Une histoire d'amour de Stéphane Lambert

Une histoire d'amour de Stéphane Lambert

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Lucien, le 27 décembre 2002 (Inscrit le 13 mars 2001, 67 ans)
La note : 8 étoiles
Visites : 2 995  (depuis Novembre 2007)

Ceux de l'autre rive

Un titre à la Mireille Mathieu. Pourtant, c'est à une chanson de Zazie que l’on pense : "Adam et Yves". «Pour Adam et Yves et ceux de l'autre rive…» L’autre rive, l’autre bord, on y pense déjà quand «l'homme» assiste, enfant, à la noyade d'un oisillon qui tente de la rejoindre d'une aile malhabile. L'autre rive de la Semois, à Membre.
Membre-sur-Semois. Membre sur ce Moi. Le membre qu’il découvre sur ce Moi qu’il cherche, «l'homme». Ce membre viril, centre de gravité, axe d'une girouette qui voyage au gré des vents de la vie. Car l’homme a rencontré la femme. L’homme a tenté de s'unir à la femme, malgré la marque qui la désignait au destin, malgré cette cicatrice au milieu de la poitrine, cette blessure, trace éternelle d’une siamoise absente, arrachée à elle quelques heures après la naissance pour qu'elle au moins puisse vivre. L'homme s'est uni à la femme. Leurs deux blessures ont même produit la vie. Un homme, une femme, un enfant. Jusque-là, rien que de très banal. Et puis, l'homme a rencontré le jeune écrivain. Le jeune écrivain, depuis toujours, attend sur l'autre rive. Que sera l’homme, entre les mains du jeune écrivain, sinon un oisillon que l’on réchauffe un instant puis que l'on abandonne ? L’homme séduit par un roman, séduit par les mots, séduit par ces deux mots qui titrent le roman, «Un amour» L’homme qui ne sait pas encore – ou qui ne veut pas savoir – que «si verbaliser un acte ne pose finalement pas trop de problème, accomplir un verbe est un autre défi.»
Ligne claire de ce roman dont les personnages ne seront jamais désignés que par leurs appellations génériques : l'homme, la femme, le jeune écrivain. Triangle tragique, épure, découpe au bistouri dans la chair des âmes. Rien de trop. Passé simple, troisième personne. Classicisme. Et ces passages au présent, à l’impersonnel, où le narrateur se fait moraliste : «ce qu’on croit qu’on doit être, ça prend une enfance à inculquer, une vie à empoisonner. Et ça meurt sans avoir rien digéré.» «On peut vivre avec un esprit sans y penser, il suffit de l’enfouir ou il suffit de ne pas le connaître. Leur esprit s'ennuyait à mourir : tous deux le négligeaient. Mais il continuait à vivre secrètement au fond d'eux-mêmes. Finit-on par tuer son esprit en le maltraitant?» «Les hommes sont trop gourmands : ils ne veulent rien céder. C’est comme cela qu’on finit par tout perdre.» «Il est normal que l’on reste plus attaché à ce qui est fini qu'à ce qui réconforte : la vie est plus présente dans ce qui l’abîme que dans ce qui la soigne.» «Dans l’amour, on ne décide vraiment de rien : même son extinction nous est étrangère.»
Ligne claire. Comme la Semois qui, depuis toujours, charrie la vérité de l’homme. L'eau de la Semois qui baigne le roman d’un symbolisme tout aquatique où l’on trouve aussi le liquide amniotique, les piscines, la marée noire, la pluie, les larmes…

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