Le Colosse de Maroussi de Henry Miller

Le Colosse de Maroussi de Henry Miller

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par Miller, le 1 octobre 2002 (STREPY, Inscrit le 15 mars 2001, 65 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 3 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (21 943ème position).
Visites : 10 975  (depuis Novembre 2007)

Une plongée en lumière pure

Pourquoi lire ou relire Le Colosse de Maroussi ? Parce qu'il n’a pas une ride ! Car c'est le roman de l'anti -matérialisme, de la pureté d’être, de la gratuité des rapports humains, bref des valeurs qui sont nettement en baisse. Henry Miller approche les 50 ans quand il découvre la Grèce. La rencontre est un choc. « Vivre signifie être conscient, joyeusement, jusqu'à l'ébriété. » écrit Miller. Il y a le Miller d'avant et celui d'après son séjour en Grèce. C'est cette expérience qu'il raconte dans Le Colosse de Maroussi. Quelques années plus tôt, en 1930, le gosse de Brooklyn, fils de tailleur, a rompu avec l'Amérique, pour vivre une bohème miséreuse dans un Montparnasse qu’aurait pu chanter Aznavour dans la Bohème, mais avec une odeur d'alcool de sexe et de philosophie.
Car jamais le (vrai) Miller ne séparera jamais le sexe de la philosophie (c’est d’ailleurs indissociable, sauf pour les puritains, les tordus, bref les petits nazis en puissance, les détourneurs de Coran, etc.). « Si c'est vers une plus grande réalité que nous nous tournons, c'est à une femme de nous montrer le chemin. L'hégémonie du mâle touche à sa fin. Il a perdu contact avec la terre » écrit Miller. Pourtant au moment du Colosse de Maroussi, notre écrivain a deux divorces et quelques romans, dont les célèbres Tropique du cancer et Tropique du capricorne, frappés par la censure du pays de notre actuel Cow-Boy Bush, un va-t-en- guerre des plus primaires.
Le pays le plus pollueur du monde. Le pays berceau du Coca dont le logo a été sauvagement peint sur un des versants de l'Himalaya. Ne voyez pas là de l’anti-américanisme, de ma part. D'ailleurs, j'aime Woody Allen, Madona et Martin Scorcese et Thelma et Louise.
Rien a changé Henry ! ai-je envie de lui crier.
Rien a changé ou presque. Les bouquins de Miller furent donc frappés d'interdiction pour cause de pornographie (celle-ci ne sera levée qu'en 1961!). Plus fauché, comme les blés sur une toison d’une blonde épilée, plus libre que jamais, en cet été 1939, Miller s'accorde une période sabbatique. Son pote Lawrence Durrell l'attend dans sa maison de Corfou, mais, à part cela,
pas de plan sur la comète. Miller a tout le temps de glander, mais il n’a rien du glandeur.
Pour la première fois depuis longtemps, Henry est dans un état de « contemplation active ». Au sens bouddhiste. GONG ! Dès la première île grecque découverte,
Miller est en plein GONG :
« Je ne pouvais rien demander de plus; je ne pouvais rien désirer de plus, j'avais tout ce qu'un homme pouvait souhaiter, et je le savais.» La Grèce de Miller est celle qui déhanche sa propre mythologie.
La Grèce de Miller c’est celle de l’amitié.
Dans Le colosse de Maroussi, ce sera Katsimbalis le «colosse». Katsimbalis, un molosse, un fabuleux conteur.
Miller l’écoute. La Grèce de Miller, c’est aussi une part de la Grèce actuelle. Celle de la beauté naturelle du blanc et du bleu, des Cyclades, des troupeaux de brebis, des dernières vieilles femmes en noir, de la musique, des poètes, du sourire.
La Grèce de Miller c’est ce qui reste de grec en Grèce, tout ce que le tourisme n’a pas encore massacré.
Dans Le colosse de Maroussi, nous sommes pourtant en 1939.
Au loin se fait entendre le bruit de bottes de courte bite molle, alias Adolf Hitler.
D'où l'urgence d’écrire : «La lumière de la Grèce m'a ouvert les yeux, a pénétré mes pores, a fait se dilater mon être tout entier. J'ai retrouvé ma patrie; le monde avec le centre véritable, la signification réelle de la révolution. Aucun conflit guerrier entre les nations de la terre ne saurait troubler cet équilibre...»
Le Colosse de Maroussi c'est du Kerouac, c’est un mouvement Hippie, c'est de la Beat génération, c’est un road movie filmé d’une main de maître, c’est un chant mozartien, un hymne à la vie. C'est une plongée en lumière pure.
Une apnée de vie dans la vie. Et ce n'est pas seulement un « carnet de voyage » dont il a la forme.
Miller a écrit :
« En Grèce, on a l'impression de nager dans le ciel ».
« A quoi servent les livres s'ils ne ramènent pas vers la vie, s'ils ne parviennent pas à nous y faire boire avec plus d'avidité ? » . « Le monde n'a pas besoin qu'on y mette de l'ordre ; le monde est ordre, incarné. C'est à nous de nous harmoniser avec cet ordre ». Trente ans après le Colosse de Maroussi , Henry Miller sera l'un des maillots jaunes du tour de la révolution sexuelle contestataire. Sur un air de sirtaki, le visage d'Anthony Queen dans le rôle de Zorba le Grec se superposera à celui de Katsimbalis.
« Il ne se passe pas de jours que nous menions à l'abattoir les plus purs de nos élans » écrit Miller dans je ne sais plus quel autre livre.
Lisez, pour terminer, ce que nous écrit Miller dans la dernière page du Colosse de Maroussi : «.
Il se peut que la Grèce elle-même soit mêlée un jour à l’imbroglio général, comme nous sommes en passe de l'être, nous aussi ; mais je refuse catégoriquement de tomber à l'avenir, au dessous de cette condition de citoyen du monde. ».

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Enorme le Colosse

8 étoiles

Critique de Aurobindo (, Inscrite le 23 février 2007, 36 ans) - 23 février 2007

Henry Miller a fait le livre du voyage immobile : posé sur le sol grec pour un temps incertain mais long, il nous fait rencontrer des personnalités hors du commun, principalement le conteur Katsimbalis, bon vivant et coq nocturne.
Le séjour fût à l'initiative de Lawrence Durrell mais bien vite affranchi, HM se lance dans sa Grèce en s'y donnant totalement. Au passage, il jette le fondement de l'esprit nomade : "En fait, franchies les frontières qui me sont familières, c'en est habituellement fini pour moi de l'ennui, de l'hostilité, des préjugés."(p.287)
Comme une devise pour Nicolas Bouvier !
On se tord de penser au pauvre vice-consul du Royaume-Uni moqué comme tous ces compatriotes, les années parisiennes d'HM l'ont surement marquées de ce trait.
Voyage modeste par ses hébergements, on pourrait dire un routard de 1949 mais riche par ses rencontres... "Je suis assez fou pour croire que l'homme le plus heureux sur terre est celui qui a le moins de besoins". (p.174)

L'ultime voyage

6 étoiles

Critique de Mœlibée (Paris, Inscrit le 17 avril 2004, 37 ans) - 20 mai 2004

Miller fut toute sa vie un exilé (volontaire), souhaitant toujours fuir les misères du cœur et de l'âme et se rapprocher le mieux possible de la source de l’art, du noyau de la vie. Dans Tropique du Cancer, Miller écrit : « Ça n'existe pas l'Amérique. C'est un nom qu'on donne à une idée abstraite… » Certes, pour lui, l’Europe n’est pas plus reluisante, mais moins prometteuse, moins idéaliste, plus concrète et désespérée : « c’est justement parce que les chances sont toutes contre vous, justement parce qu’il y a si peu d’espoir, que la vie est si douce ici. Au jour le jour. » (toujours dans Tropique.) Plus précisément, c’est en France qu’il va s’établir et trouver une vie littéraire et artistique digne de son appétit d’authenticité. Mais celle-ci devient bientôt pour lui trop superficielle et factice, quand il découvre la Grèce, toujours lancé dans sa quête de vérité. Car il ne suffisait pas de traverser l’Atlantique pour trouver l’omphalos : c’est bien à Delphes qu’il est. Ah ! La Grèce et sa lumière, son peuple modeste — mais grand dans l’âme, ses plaines nues et rocailleuses, ce monde hors du temps… Quoi mieux que la prose enthousiaste, explosive et foisonnante d’Henry Miller pour nous la décrire ? Certes, le lyrisme de Miller confine parfois au délire cacophonique, et pour être honnête, il devient vite, dans quelques rares passages, incompréhensible. Ce sont des pages qu’on apprend rapidement à passer. Le (gros) reste est une littérature sur le vif, qui a peine à se contenir, comme on a peine à garder son calme dans les moments d’exaltation que la beauté, le plaisir des sens, le bonheur de vivre, en se conjuguant apportent à leur ineffable paroxysme. Ce livre est le témoignage de l’ultime migration de Miller. Pourtant, son passage en Grèce ne dura que le temps d’un voyage, et il n’y revint pas. Mais il confie dans sa préface au Colosse : « … j’y suis retourné, en Grèce, et je ne sais combien de fois — en esprit. Qui pourrait oublier ce paradis, après y avoir goûté ? Pour moi, la Grèce n’est plus un endroit, un pays ; elle est un état d’esprit. » Car enfin, le véritable voyage fut cette migration spirituelle, intellectuelle — et définitive, que Miller nous raconte dans ce livre qu’il estimera être son meilleur roman.

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