Une saga moscovite de Vassili Axionov
( MoskovskaĂą saga)
Catégorie(s) : LittĂ©rature => Russe
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Magistral !...
Cela fait plus d'un an quâune de mes amies, trĂšs calĂ©e en littĂ©rature, me tannait le cuir pour que je lise ce livre⊠le terme de « saga » me bloquait ! Elle a eu lâidĂ©e gĂ©niale de me l'offrir pour mon anniversaire en me disant : « Maintenant, tu seras bien obligĂ© de le lire ! ». Mon anniversaire aurait dĂ» ĂȘtre plus tĂŽt !.
Attention !. « La saga moscovite » fait 1.600 pages !. Mais quelles pages !.Bien trop courtes, bien trop vite lues !⊠Quelle Ă©criture !. Quel souffle !.Et puis, vivant, passionnant, intelligent et actuel. Câest « Guerre et paix » au vingtiĂšme siĂšcle que ce livre lĂ ! Beaucoup de psychologie et de finesse mais avec une tout autre dimension politiqueâŠ
Nous sommes en 1928. LĂ©nine est mort et la lutte pour le pouvoir sâengage. Trotski prĂŽne une autre ligne que celle de Staline, Ă©toile encore discrĂšte mais montante du Bureau Politique. Dans la famille Gradov, que nous allons suivre sur une pĂ©riode de 26 ans, on est chirurgien de pĂšre en fils depuis trois gĂ©nĂ©rations.
Boris III Gradov, trĂšs grand chirurgien, et sa femme, d'origine gĂ©orgienne, ont deux fils et une fille. L'aĂźnĂ© des fils, Nicolas, est gĂ©nĂ©ral d'armĂ©e, malgrĂ© son trĂšs jeune Ăąge. Le second, Kyrill, soutien la ligne stalinienne alors que sa jeune sĆur est Trotskiste et en faveur de la NEP.
Cette derniĂšre a fait que le peuple reprenait un peu son souffle et que certains produits Ă©taient rĂ©apparus dans les magasins. Mais Staline va mettre fin Ă tout cela et les trotskistes seront envoyĂ©s au goulag, dont Kyrill qui ne l'Ă©tait pas ! MĂȘme lâexubĂ©rante et mĂ©diterranĂ©enne GĂ©orgie sera mise au pas et connaĂźtra les restrictions et les purges sous la botte d'un BĂ©ria en pleine ascension dans sa rĂ©gion.
Nous allons vivre les grandes purges staliniennes ainsi que les Ă©normes et cruels dĂ©placements forcĂ©s de paysans qui se refusent Ă la collectivisation des terres et des troupeaux. Des millions de vieillards, de femmes, d'enfants et dâhommes seront transportĂ©s, comme du bĂ©tail, sur des milliers de kilomĂštres et dĂ©barquĂ©s dans des terres des plus froides, hostiles et arides.
AprÚs les purges arriveront les grands procÚs. Dans toutes ces tourmentes la famille Gradov ne sera pas épargnée malgré le trÚs grand respect dont bénéficie Boris III Gradov.
La guerre Ă©clate et l'armĂ©e a perdu bon nombre de ses cadres dans les goulags. Moscou est Ă nouveau menacĂ©e ! La peur rĂšgne partout et mĂȘme au KremlinâŠ
Au lendemain de la victoire, les folies staliniennes reprennent aussitÎt, ainsi que celles du N.K.V.D ou du M.V.D. Le sinistre et vicieux Béria fait plus que simplement seconder son triste maßtre, mégalomane et paranoïaque.
Un livre Ă©poustouflant et plein de contraste. Les pages dĂ©filent et, les derniĂšres une fois atteintes, jâai Ă©tĂ© Ă©tonnĂ©, et triste, dâĂȘtre si vite arrivĂ© au bout de ce livre !
Je voudrais encore citer ici un des derniers paragraphes du livre : « Nous autres, en Russie, oubliant nos pĂšres, nous avons fait de la Patrie un Moloch, nous nous sommes fermĂ©s Ă lâĂ©ternitĂ©, Ă Dieu, sĂ©duits par de faux Christs et de faux prophĂštes, qui nous proposent tous les jours, toutes les heures, leurs contrefaçons au lieu des rĂ©alitĂ©s.
De temps Ă autre, l'auteur rassemble des articles de presses dâorigines diverses. Ceux-ci ne font que tordre la rĂ©alitĂ© davantage !
Aux éventuels amateurs : un livre à lire d'urgence !
Axionov est né en URSS en 1932. Son premier livre date de 1960 et il en a déjà écrit plusieurs. En 1981 il est contraint à l'exil et déchu de sa nationalité. Il est devenu professeur d'université aux Etats-Unis.
Les éditions
Une saga moscovite [Texte imprimé] Vassili Axionov trad. du russe par Lily Denis
de Axionov, Vassili Denis, Lily (Traducteur)Les livres liés
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Sous le "rĂšgne" stalinien
Critique de Ngc111 (, Inscrit le 9 mai 2008, 40 ans) - 3 décembre 2013
D'une nature foisonnante, il faut avouer que le roman paraßt parfois trÚs long, la faute à des passages un peu poussifs ou répétitifs dans le second tome (c'est à dire la troisiÚme partie). D'une maniÚre générale, il accumule les fautes inhérentes au genre, en s'attardant parfois sur des moments peu importants et en utilisant à l'inverse des ellipses pour des évÚnements sur lesquels on aurait aimé avoir plus d'informations (les errements de Mitia, la création de son personnage au bagne). On échappe pas non plus à quelques facilités dans les liaisons entre personnages, à quelques situations bien pratiques pour mener l'intrigue à bien... mais cela reste non abusif et aucunement incohérent.
Au-delĂ de ces dĂ©fauts que l'on pourrait presque qualifier de structurels, Une saga moscovite dĂ©montre au contraire les qualitĂ©s propres au talent de son auteur. La plume poĂ©tique de lâĂ©crivain russe fait merveille pour souligner le charme de Moscou, la tristesse de certaines situations politiques ou militaires et donne corps Ă une intrigue pourtant fort austĂšre dans son propos.
Ce charme ne s'en trouve que plus bonifiĂ© grĂące aux personnalitĂ©s fortes qui s'Ă©chelonnent Ă travers les Ăąges et les pages, qu'elles soient du clan Gradov ou gravitant autour, ou bien personnages historiques et politiques. On trouve mĂȘme de multiples rĂ©fĂ©rences et hommages aux gĂ©nies de la littĂ©rature russe comme DostoĂŻevski, TolstoĂŻ, Gogol ou encore Pouchkine.
Impressionnante dans son apport culturel, belle dans son style, touchante dans sa représentation de diverses générations de russes, Une saga moscovite parvient à emballer son lecteur la plupart du temps, malgré de légÚres baisses de rythme et une derniÚre partie quelque peu souffreteuse par instant.
si typiquement russe !
Critique de Zaza64 (Anglet, Inscrite le 1 février 2008, 54 ans) - 12 mai 2013
Les romans russes, c'est bien souvent l'histoire du pays à travers l'histoire d'une famille. ça m'a toujours posé problÚme: on peut s'y perdre dans la foultitude de personnages et de prénoms russes...on ne sait plus qui est qui et qui fait quoi.
Dans la Saga moscovite, il y a pas mal de personnages mais on s'y retrouve trÚs bien. Ca m'a beaucoup plu, 1600 pages avalées avec plaisir.
La grande et la petite histoire
Critique de Saule (Sydney, Inscrit le 13 avril 2001, 60 ans) - 15 novembre 2009
En fait, plus on avance dans le rĂ©cit, plus il devient passionnant. Les personnages prennent vie, Ă tel point qu'ils semblent Ă©chapper Ă leur crĂ©ateur, et pour notre plus grand plaisir certains refont surface de maniĂšre imprĂ©vue aprĂšs une dĂ©portation ou un exil. On les perd, on les retrouve, la famille s'agrandit,.. Autour du noyau dur, la famille Gradov, il y a une ribambelle de figures secondaires: des faibles, des hĂ©ros,.. tout ces gens nous accompagnent durant les longues heures de cette lecture. L'auteur s'empare mĂȘme de personnages historiques, Staline bien sur, mais aussi l'abject et effrayant chef des services secret, Lavrenti BĂ©ria, qui s'empare de jeunes filles pour satisfaire ses besoins lubriques.
Cette lecture est captivante, et en plus elle nous permet d'apprendre pas mal sur cette période de l'histoire. Il faut de temps en temps aller sur le PC, ouvrir wikipédia, pour en savoir plus sur tel ou tel évÚnement ou personnage. Comme le signale un autre lecteur, ce livre laisse un arriÚre-goût de tristesse et de rage devant autant de brutalité et de stupidité de la race humaine.
Bref un livre incontournable, un de mes meilleurs moments de lecture de ces derniers temps.
Attention, pavé !
Critique de Tistou (, Inscrit le 10 mai 2004, 69 ans) - 8 octobre 2009
A lâissue de la lecture, passionnante et qui fait oublier les 1025 pages Ă lire dans mon Ă©dition, on se demande dans quel Ă©tat un peuple peut ressortir de telles Ă©preuves infligĂ©es Ă une telle masse de gens de maniĂšre dĂ©libĂ©rĂ©e. Le hasard a voulu que quelques mois avant de lire cette « saga moscovite », je lise « Les filles du tsar » de Jacqueline Monsigny. Lâenvers du dĂ©cor, pour le coup ! Lâenvers du dĂ©cor et la mĂȘme folie, dĂ©mesure, cruautĂ© âŠ
LâĆuvre dâAxionov est plus dense, plus « vĂ©cue ». MĂȘme sâil a dĂ» en 1981 sâexiler aux Etats-Unis, Axionov est russe, moscovite, et câest la meurtrissure de son peuple quâil raconte, de lâintĂ©rieur. Rien ne nous sera Ă©pargnĂ© ; des souffrances durant la guerre, des souffrances dĂ»es aux luttes internes pour la succession de LĂ©nine, des dĂ©portations, des tortures, du Goulag, de lâimpĂ©ritie et de la cruautĂ© de Staline et BĂ©ria. Un monde fou comme si vous y Ă©tiez.
LĂ©nine, Trotski, Staline, BĂ©ria. Les purges, les dĂ©portations, la guerre, la terreur. Câest incroyable comme le fait de citer les noms qui prĂ©cĂšdent vous fait quasi automatiquement Ă©crire la suite âŠ
Comme toute saga qui se respecte, Vassili Axionov fait naĂźtre et mourir quantitĂ© de membres de la famille Gradov â famille aisĂ©e de chirurgiens moscovites â et de personnages accessoires et complĂ©mentaires. Et ce nâest pas la gloire qui les attend pour la plupart mais bien plutĂŽt la dĂ©chĂ©ance, la peur, la torture. En contre-point, des passages de bonheur et de tendresse de cette famille avant que la folie stalinienne balaie tout, nous permettent dâapprĂ©cier une civilisation qui nâĂ©tait pas forcĂ©ment vouĂ©e Ă un tel sort. Oui vraiment, la question se pose ; comment un peuple peut sortir indemne de ça ?
En vĂ©ritĂ© il nâen est sĂ»rement pas sorti indemne mais ceci ne fait plus partie de la saga dâAxionov. Il faudra un autre Axionov pour nous analyser la suite, la suite que nous observons de loin de nos pays occidentaux.
« Comme toutes celles du pays, la terrible prison de Lefortovo Ă©tait surpeuplĂ©e, mais ici il Ă©tait rare quâon se battĂźt pour une place sur les chĂąlits, car les cellules Ă©taient, pour lâessentiel, peuplĂ©es de prisonniers politiques, des prisonniers trĂšs diffĂ©rents des autres, des droits communs : des gens souvent bien Ă©levĂ©s et mĂȘme portĂ©s Ă un esprit de solidaritĂ© digne de lâancien rĂ©gime. Dans de nombreuses cellules, on Ă©tait allĂ© jusquâĂ imaginer dâoccuper les chĂąlits Ă tour de rĂŽle : vous passiez une heure Ă lâhorizontale, dormiez si vous vouliez ou rĂȘviez dâune femme, puis vous cĂ©diez votre place Ă votre collĂšgue en procĂšs historique. En attendant leur tour, les dĂ©tenus sâaccotaient au mur ou sâasseyaient tĂȘte Ă tĂȘte sur le sol gluant. Dans cette position, ils Ă©taient nombreux Ă croire quâils roulaient vers une destination inconnue dans un incroyable tramway. Naturellement, il y avait des exceptions Ă ces rĂšgles, en particulier pour ceux qui revenaient de lâinterrogatoire. Celui quâon ramenait inanimĂ© avait un droit de prioritĂ© absolu. »
ArriĂšre goĂ»t de haine de lâhumanitĂ©âŠ
Critique de Manu55 (João Pessoa, Inscrit le 21 janvier 2004, 53 ans) - 22 décembre 2004
Le roman est truffĂ© de poĂ©sie, ce qui doit ravir les amateurs de la chose. Etant totalement insensible Ă la poĂ©sie, cela mâa, a vrai dire, ennuyĂ©. MĂȘme chose pour les entractes un peu trop poĂ©tiques eux aussi Ă mon goĂ»t. MalgrĂ© ces dĂ©bordements poĂ©tiques, câest un roman passionnant, qui mâa Ă©clairĂ© sur les conditions de vie pendant lâĂ©poque stalinienne.
En lisant ce livre, je nâai pu mâempĂȘcher Ă penser Ă moi, Ă ma famille. Heureux dâĂȘtre nĂ© en 1973 en France ! Ma famille nâaurait certainement pas fait long feu lĂ bas⊠Je ne peux mâempĂȘcher aussi de penser Ă mon gamin, lui aussi nĂ©, aux derniĂšres nouvelles, au bon moment et au bon endroit. Mais je garde toujours un arriĂšre goĂ»t de haine pour lâhumanitĂ©, ou tout du moins pour une partie de cette humanitĂ© qui se permet dâasservir, dâexterminer, de torturer. Pour ces grandes gens qui jouent avec la vie des autres, pour ces petites gens qui jouent avec la vie des autres.
La Russie....
Critique de Ondatra (Tours, Inscrite le 8 juillet 2002, 44 ans) - 27 août 2002
1600 pages de bonheur...
Critique de Patman (Paris, Inscrit le 5 septembre 2001, 63 ans) - 26 août 2002
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