Une saga moscovite de Vassili Axionov

Une saga moscovite de Vassili Axionov
( MoskovskaĂą saga)

Catégorie(s) : LittĂ©rature => Russe

Critiqué par Jules, le 26 aoĂ»t 2002 (Bruxelles, Inscrit le 1 dĂ©cembre 2000, 81 ans)
Critiqué par Jules, le 26 aoĂ»t 2002 (Bruxelles, Inscrit le 1 dĂ©cembre 2000, 81 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 9 Ă©toiles (basée sur 8 avis)
Cote pondérée : 7 Ă©toiles (935ème position).
Visites : 15 272  (depuis Novembre 2007)

Magistral !...

Cela fait plus d'un an qu’une de mes amies, trĂšs calĂ©e en littĂ©rature, me tannait le cuir pour que je lise ce livre
 le terme de « saga » me bloquait ! Elle a eu l’idĂ©e gĂ©niale de me l'offrir pour mon anniversaire en me disant : « Maintenant, tu seras bien obligĂ© de le lire ! ». Mon anniversaire aurait dĂ» ĂȘtre plus tĂŽt !.
Attention !. « La saga moscovite » fait 1.600 pages !. Mais quelles pages !.Bien trop courtes, bien trop vite lues !
 Quelle Ă©criture !. Quel souffle !.Et puis, vivant, passionnant, intelligent et actuel. C’est « Guerre et paix » au vingtiĂšme siĂšcle que ce livre lĂ  ! Beaucoup de psychologie et de finesse mais avec une tout autre dimension politique

Nous sommes en 1928. LĂ©nine est mort et la lutte pour le pouvoir s’engage. Trotski prĂŽne une autre ligne que celle de Staline, Ă©toile encore discrĂšte mais montante du Bureau Politique. Dans la famille Gradov, que nous allons suivre sur une pĂ©riode de 26 ans, on est chirurgien de pĂšre en fils depuis trois gĂ©nĂ©rations.
Boris III Gradov, trĂšs grand chirurgien, et sa femme, d'origine gĂ©orgienne, ont deux fils et une fille. L'aĂźnĂ© des fils, Nicolas, est gĂ©nĂ©ral d'armĂ©e, malgrĂ© son trĂšs jeune Ăąge. Le second, Kyrill, soutien la ligne stalinienne alors que sa jeune sƓur est Trotskiste et en faveur de la NEP.
Cette derniĂšre a fait que le peuple reprenait un peu son souffle et que certains produits Ă©taient rĂ©apparus dans les magasins. Mais Staline va mettre fin Ă  tout cela et les trotskistes seront envoyĂ©s au goulag, dont Kyrill qui ne l'Ă©tait pas ! MĂȘme l’exubĂ©rante et mĂ©diterranĂ©enne GĂ©orgie sera mise au pas et connaĂźtra les restrictions et les purges sous la botte d'un BĂ©ria en pleine ascension dans sa rĂ©gion.

Nous allons vivre les grandes purges staliniennes ainsi que les Ă©normes et cruels dĂ©placements forcĂ©s de paysans qui se refusent Ă  la collectivisation des terres et des troupeaux. Des millions de vieillards, de femmes, d'enfants et d’hommes seront transportĂ©s, comme du bĂ©tail, sur des milliers de kilomĂštres et dĂ©barquĂ©s dans des terres des plus froides, hostiles et arides.
AprÚs les purges arriveront les grands procÚs. Dans toutes ces tourmentes la famille Gradov ne sera pas épargnée malgré le trÚs grand respect dont bénéficie Boris III Gradov.
La guerre Ă©clate et l'armĂ©e a perdu bon nombre de ses cadres dans les goulags. Moscou est Ă  nouveau menacĂ©e ! La peur rĂšgne partout et mĂȘme au Kremlin

Au lendemain de la victoire, les folies staliniennes reprennent aussitÎt, ainsi que celles du N.K.V.D ou du M.V.D. Le sinistre et vicieux Béria fait plus que simplement seconder son triste maßtre, mégalomane et paranoïaque.
Un livre Ă©poustouflant et plein de contraste. Les pages dĂ©filent et, les derniĂšres une fois atteintes, j’ai Ă©tĂ© Ă©tonnĂ©, et triste, d’ĂȘtre si vite arrivĂ© au bout de ce livre !
Je voudrais encore citer ici un des derniers paragraphes du livre : « Nous autres, en Russie, oubliant nos pĂšres, nous avons fait de la Patrie un Moloch, nous nous sommes fermĂ©s Ă  l’éternitĂ©, Ă  Dieu, sĂ©duits par de faux Christs et de faux prophĂštes, qui nous proposent tous les jours, toutes les heures, leurs contrefaçons au lieu des rĂ©alitĂ©s.
De temps Ă  autre, l'auteur rassemble des articles de presses d’origines diverses. Ceux-ci ne font que tordre la rĂ©alitĂ© davantage !
Aux éventuels amateurs : un livre à lire d'urgence !

Axionov est né en URSS en 1932. Son premier livre date de 1960 et il en a déjà écrit plusieurs. En 1981 il est contraint à l'exil et déchu de sa nationalité. Il est devenu professeur d'université aux Etats-Unis.

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Les éditions

Une saga moscovite [Texte imprimé] Vassili Axionov trad. du russe par Lily Denis
de Axionov, Vassili Denis, Lily (Traducteur)
Folio / Collection Folio
ISBN : 9782070402229 ; 12,90 € ; 01/03/1998 ; 1031 p. Poche
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Sous le "rĂšgne" stalinien

7 étoiles

Critique de Ngc111 (, Inscrit le 9 mai 2008, 40 ans) - 3 décembre 2013

A la fois saga familiale et saga historique, couvrant des gĂ©nĂ©rations de Gradov ayant vĂ©cu le rĂšgne de Staline, Une saga moscovite porte bien son nom. ProfondĂ©ment russe, jusqu'Ă  en paraĂźtre obscure voire impĂ©nĂ©trable lorsque le vocabulaire typique s'accompagne d'un enchevĂȘtrement de situations politiques mĂ©connues, le roman fleuve de Vassili Axionov pourra perdre des lecteurs qui deviendront vite rĂ©fractaire Ă  une Ɠuvre riche, pĂ©dante mais peu pĂ©dagogue.
D'une nature foisonnante, il faut avouer que le roman paraßt parfois trÚs long, la faute à des passages un peu poussifs ou répétitifs dans le second tome (c'est à dire la troisiÚme partie). D'une maniÚre générale, il accumule les fautes inhérentes au genre, en s'attardant parfois sur des moments peu importants et en utilisant à l'inverse des ellipses pour des évÚnements sur lesquels on aurait aimé avoir plus d'informations (les errements de Mitia, la création de son personnage au bagne). On échappe pas non plus à quelques facilités dans les liaisons entre personnages, à quelques situations bien pratiques pour mener l'intrigue à bien... mais cela reste non abusif et aucunement incohérent.

Au-delĂ  de ces dĂ©fauts que l'on pourrait presque qualifier de structurels, Une saga moscovite dĂ©montre au contraire les qualitĂ©s propres au talent de son auteur. La plume poĂ©tique de l’écrivain russe fait merveille pour souligner le charme de Moscou, la tristesse de certaines situations politiques ou militaires et donne corps Ă  une intrigue pourtant fort austĂšre dans son propos.
Ce charme ne s'en trouve que plus bonifiĂ© grĂące aux personnalitĂ©s fortes qui s'Ă©chelonnent Ă  travers les Ăąges et les pages, qu'elles soient du clan Gradov ou gravitant autour, ou bien personnages historiques et politiques. On trouve mĂȘme de multiples rĂ©fĂ©rences et hommages aux gĂ©nies de la littĂ©rature russe comme DostoĂŻevski, TolstoĂŻ, Gogol ou encore Pouchkine.

Impressionnante dans son apport culturel, belle dans son style, touchante dans sa représentation de diverses générations de russes, Une saga moscovite parvient à emballer son lecteur la plupart du temps, malgré de légÚres baisses de rythme et une derniÚre partie quelque peu souffreteuse par instant.

si typiquement russe !

9 étoiles

Critique de Zaza64 (Anglet, Inscrite le 1 février 2008, 54 ans) - 12 mai 2013

je me souviens en effet d'un roman trĂšs prenant, mĂȘme si un peu essoufflĂ© sur le dĂ©but du 2Ăšme tome...mais vite, ça reprend du collier pour la suite.
Les romans russes, c'est bien souvent l'histoire du pays à travers l'histoire d'une famille. ça m'a toujours posé problÚme: on peut s'y perdre dans la foultitude de personnages et de prénoms russes...on ne sait plus qui est qui et qui fait quoi.
Dans la Saga moscovite, il y a pas mal de personnages mais on s'y retrouve trÚs bien. Ca m'a beaucoup plu, 1600 pages avalées avec plaisir.

La grande et la petite histoire

9 étoiles

Critique de Saule (Sydney, Inscrit le 13 avril 2001, 60 ans) - 15 novembre 2009

Une saga Moscovite, c'est 1600 pages dans l'Ă©dition Folio. Une brique qui mĂȘle la petite histoire, celle d'une famille sur trois gĂ©nĂ©rations, et la grande histoire, celle de la Russie sous la dictature Stalinienne. Tout les ingrĂ©dients habituels de ce genre de saga sont rĂ©unis: famille, amour, sexe,.. pour la petite histoire, et les guerres (celle de 40), la cruautĂ©, les trahisons, dĂ©portations, famines,.. pour la grande. Le mĂ©lange est parfaitement rĂ©ussi.

En fait, plus on avance dans le rĂ©cit, plus il devient passionnant. Les personnages prennent vie, Ă  tel point qu'ils semblent Ă©chapper Ă  leur crĂ©ateur, et pour notre plus grand plaisir certains refont surface de maniĂšre imprĂ©vue aprĂšs une dĂ©portation ou un exil. On les perd, on les retrouve, la famille s'agrandit,.. Autour du noyau dur, la famille Gradov, il y a une ribambelle de figures secondaires: des faibles, des hĂ©ros,.. tout ces gens nous accompagnent durant les longues heures de cette lecture. L'auteur s'empare mĂȘme de personnages historiques, Staline bien sur, mais aussi l'abject et effrayant chef des services secret, Lavrenti BĂ©ria, qui s'empare de jeunes filles pour satisfaire ses besoins lubriques.

Cette lecture est captivante, et en plus elle nous permet d'apprendre pas mal sur cette période de l'histoire. Il faut de temps en temps aller sur le PC, ouvrir wikipédia, pour en savoir plus sur tel ou tel évÚnement ou personnage. Comme le signale un autre lecteur, ce livre laisse un arriÚre-goût de tristesse et de rage devant autant de brutalité et de stupidité de la race humaine.

Bref un livre incontournable, un de mes meilleurs moments de lecture de ces derniers temps.

Attention, pavé !

10 étoiles

Critique de Tistou (, Inscrit le 10 mai 2004, 69 ans) - 8 octobre 2009

C’est effectivement un pavĂ©. Un peu genre « Belle du seigneur ». En plus gros encore. Mais Vassili Axionov ne nous prend pas par surprise, il nous l’annonce : c’est une saga. La saga de la famille Gradov, par les yeux de laquelle nous allons assister Ă  ce siĂšcle qui a bouleversĂ© la Russie – et le monde - et dans ce siĂšcle, plus prĂ©cisĂ©ment des annĂ©es 20 jusqu’au milieu des annĂ©es 50.
A l’issue de la lecture, passionnante et qui fait oublier les 1025 pages Ă  lire dans mon Ă©dition, on se demande dans quel Ă©tat un peuple peut ressortir de telles Ă©preuves infligĂ©es Ă  une telle masse de gens de maniĂšre dĂ©libĂ©rĂ©e. Le hasard a voulu que quelques mois avant de lire cette « saga moscovite », je lise « Les filles du tsar » de Jacqueline Monsigny. L’envers du dĂ©cor, pour le coup ! L’envers du dĂ©cor et la mĂȘme folie, dĂ©mesure, cruautĂ© 

L’Ɠuvre d’Axionov est plus dense, plus « vĂ©cue ». MĂȘme s’il a dĂ» en 1981 s’exiler aux Etats-Unis, Axionov est russe, moscovite, et c’est la meurtrissure de son peuple qu’il raconte, de l’intĂ©rieur. Rien ne nous sera Ă©pargnĂ© ; des souffrances durant la guerre, des souffrances dĂ»es aux luttes internes pour la succession de LĂ©nine, des dĂ©portations, des tortures, du Goulag, de l’impĂ©ritie et de la cruautĂ© de Staline et BĂ©ria. Un monde fou comme si vous y Ă©tiez.
LĂ©nine, Trotski, Staline, BĂ©ria. Les purges, les dĂ©portations, la guerre, la terreur. C’est incroyable comme le fait de citer les noms qui prĂ©cĂšdent vous fait quasi automatiquement Ă©crire la suite 

Comme toute saga qui se respecte, Vassili Axionov fait naĂźtre et mourir quantitĂ© de membres de la famille Gradov – famille aisĂ©e de chirurgiens moscovites – et de personnages accessoires et complĂ©mentaires. Et ce n’est pas la gloire qui les attend pour la plupart mais bien plutĂŽt la dĂ©chĂ©ance, la peur, la torture. En contre-point, des passages de bonheur et de tendresse de cette famille avant que la folie stalinienne balaie tout, nous permettent d’apprĂ©cier une civilisation qui n’était pas forcĂ©ment vouĂ©e Ă  un tel sort. Oui vraiment, la question se pose ; comment un peuple peut sortir indemne de ça ?
En vĂ©ritĂ© il n’en est sĂ»rement pas sorti indemne mais ceci ne fait plus partie de la saga d’Axionov. Il faudra un autre Axionov pour nous analyser la suite, la suite que nous observons de loin de nos pays occidentaux.

« Comme toutes celles du pays, la terrible prison de Lefortovo Ă©tait surpeuplĂ©e, mais ici il Ă©tait rare qu’on se battĂźt pour une place sur les chĂąlits, car les cellules Ă©taient, pour l’essentiel, peuplĂ©es de prisonniers politiques, des prisonniers trĂšs diffĂ©rents des autres, des droits communs : des gens souvent bien Ă©levĂ©s et mĂȘme portĂ©s Ă  un esprit de solidaritĂ© digne de l’ancien rĂ©gime. Dans de nombreuses cellules, on Ă©tait allĂ© jusqu’à imaginer d’occuper les chĂąlits Ă  tour de rĂŽle : vous passiez une heure Ă  l’horizontale, dormiez si vous vouliez ou rĂȘviez d’une femme, puis vous cĂ©diez votre place Ă  votre collĂšgue en procĂšs historique. En attendant leur tour, les dĂ©tenus s’accotaient au mur ou s’asseyaient tĂȘte Ă  tĂȘte sur le sol gluant. Dans cette position, ils Ă©taient nombreux Ă  croire qu’ils roulaient vers une destination inconnue dans un incroyable tramway. Naturellement, il y avait des exceptions Ă  ces rĂšgles, en particulier pour ceux qui revenaient de l’interrogatoire. Celui qu’on ramenait inanimĂ© avait un droit de prioritĂ© absolu. »

ArriĂšre goĂ»t de haine de l’humanité 

9 étoiles

Critique de Manu55 (João Pessoa, Inscrit le 21 janvier 2004, 53 ans) - 22 décembre 2004

C’est bel est bien une saga que nous livre Vassili Axionov ; le destin d’une famille d’intellectuels moscovites pendant les annĂ©es du rĂšgne de Staline. Et quel destin ! Prisons, trahisons, tortures, guerres, camps de travail. La famille rĂ©ussit quand mĂȘme Ă  vivre quelques morceaux de bonheur, distillĂ©s dans ces 1600 pages d’horreur.

Le roman est truffĂ© de poĂ©sie, ce qui doit ravir les amateurs de la chose. Etant totalement insensible Ă  la poĂ©sie, cela m’a, a vrai dire, ennuyĂ©. MĂȘme chose pour les entractes un peu trop poĂ©tiques eux aussi Ă  mon goĂ»t. MalgrĂ© ces dĂ©bordements poĂ©tiques, c’est un roman passionnant, qui m’a Ă©clairĂ© sur les conditions de vie pendant l’époque stalinienne.

En lisant ce livre, je n’ai pu m’empĂȘcher Ă  penser Ă  moi, Ă  ma famille. Heureux d’ĂȘtre nĂ© en 1973 en France ! Ma famille n’aurait certainement pas fait long feu lĂ  bas
 Je ne peux m’empĂȘcher aussi de penser Ă  mon gamin, lui aussi nĂ©, aux derniĂšres nouvelles, au bon moment et au bon endroit. Mais je garde toujours un arriĂšre goĂ»t de haine pour l’humanitĂ©, ou tout du moins pour une partie de cette humanitĂ© qui se permet d’asservir, d’exterminer, de torturer. Pour ces grandes gens qui jouent avec la vie des autres, pour ces petites gens qui jouent avec la vie des autres.

La Russie....

8 étoiles

Critique de Ondatra (Tours, Inscrite le 8 juillet 2002, 44 ans) - 27 août 2002

Cette saga est la vie d'une famille russe avec tous ses complots et ses trahisons telles qu'elles ont pu exister sous le rĂ©gime de Staline, lors de la succession de LĂ©nine, et il est extrĂȘmement passionnant de voir la Russie de ce milieu du siĂšcle... A lire si on est motivĂ© par cette pĂ©riode tout en sachant qu'il y a deux volumes, ou mĂȘme pavĂ©s, mais une fois qu'on est dedans, on ne peut plus quitter ce monde. Bonne lecture et bon voyage en Russie stalinienne!!!!

1600 pages de bonheur...

10 étoiles

Critique de Patman (Paris, Inscrit le 5 septembre 2001, 63 ans) - 26 août 2002

J'ai lu ce livre il y a environ 2 ans, aprÚs moultes hésitations à cause de sa taille énorme, mais une fois que j'ai été plongé dedans, je n'ai pas pu en sortir ! Une prodigieuse saga à lire par tous ceux qui aiment l'Histoire...et la Russie !

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