Le massacre de Pangbourne / Sauvagerie de J. G. Ballard

Le massacre de Pangbourne / Sauvagerie de J. G. Ballard
(Running wild)

Catégorie(s) : LittĂ©rature => Anglophone

Critiqué par AmauryWatremez, le 11 novembre 2011 (Evreux, Inscrit le 3 novembre 2011, 57 ans)
Critiqué par AmauryWatremez, le 11 novembre 2011 (Evreux, Inscrit le 3 novembre 2011, 57 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 9 Ă©toiles (basée sur 3 avis)
Cote pondérée : 7 Ă©toiles (3 134ème position).
Visites : 7 679 

Des enfants si sages

Livre court et formidable.
Il y a quelques temps, une émission de télévision a proposé semble-t-il comme solution au problÚme de la violence des jeunes de revenir cinquante ans en arriÚre, c'est de la télé-réalité teintée de fiction, d'autres proposent d'accentuer la répression, certains pays mettent les jeunes et les plus pauvres en prison pour résoudre la question.
Il semble que la société moderne ait peur de ses jeunes, s'inquiÚte de leurs aspirations et les cadre absolument par la publicité, l'éducation et l'économie.
Dans cette histoire, Ballard parle de jeunes trÚs sages, travailleurs, disciplinés, qui ne se plaignent jamais, obéissent aux normes des parents et acceptent de perdre toute intimité pour respecter les rÚgles imposées. Ils vivent dans un quartier protégé, une communauté fermée, verrouillée, une prison dorée et fliquée.
Un jour, un massacre horrible est commis, il semble bien que ce soit les enfants.
Personne ne semble comprendre leur geste...

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Les éditions

Le massacre de Pangbourne [Texte imprimé] Ballard trad. de l'anglais par Dominique Sila-Khan
de Ballard, J. G. Khan, Dominique-Sila (Traducteur)
Éd. Mille et une nuits / Mille et une nuits.
ISBN : 9782842050030 ; 2,98 € ; 01/07/1997 ; 103 p. Poche
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BNF
Sauvagerie [Texte imprimé] J. G. Ballard traduction de l'anglais par Robert Louit
de Ballard, J. G. Louit, Robert (Traducteur)
Tristram / Souple
ISBN : 9782367190051 ; 6,95 € ; 03/01/2013 ; 85 p. BrochĂ©
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Terrifiant!

10 étoiles

Critique de Numanuma (Tours, Inscrit le 21 mars 2005, 53 ans) - 30 avril 2013

C’est Ă©trange la façon dont une couverture peut attirer l’Ɠil. Ici, une couverture cartonnĂ©e, souple, sur un fond bleu, est ornĂ©e d’une camĂ©ra vissĂ©e Ă  un mur. Difficile de faire plus impersonnel, plus neutre, plus mort dirais-je, et pourtant.
Pourtant, j’ai Ă©tĂ© happĂ© par cette couverture si peu aguichante. J.G Ballard. Je dois l’avouer, je ne connais l’auteur que pour avoir croisĂ© son nom lors de lectures de divers magazines littĂ©raires. Le titre, Sauvagerie. LĂ , par contre, j’ai senti qu’il pouvait y avoir lĂ  quelque-chose pour moi. Un meurtre massif non Ă©lucidĂ©, une rĂ©flexion sur la logique ultra-sĂ©curitaire qui imprĂšgne progressivement nos sociĂ©tĂ©s, dĂ©cidĂ©ment, pour 5,95€, il n’y avait pas Ă  hĂ©siter.
Les éditions Tristam nous proposent une nouvelle traduction de ce court roman, plutÎt une nouvelle à mon avis, auparavant éditée en France sous le titre Le massacre de Pangbourne, titre sous lequel il est chroniqué sur le site.
Le livre Ă©tant plutĂŽt court et le style de l’auteur ultra-clinique, il est dĂ©licat d’aller plus loin dans la description de l’intrigue sans dĂ©voiler le nom du coupable mĂȘme si, Ă  l’inverse d’un roman policier, le lecteur viendra trĂšs vite Ă  la terrifiante conclusion : il sait qui est l’auteur des crimes mais se l’avouer est extrĂȘmement choquant.
Ceci dit, il est important de situer l’action : Pangbourne, un enclos rĂ©sidentiel Ă  l’ouest de Londres pour gens friquĂ©s mais humanistes, pour la plupart parents, vivant en vase clos, ou presque, sous la sĂ©curitĂ© d’un circuit de vidĂ©osurveillance interne et de gardes. Tout un systĂšme sophistiquĂ© qui n’a rien empĂȘchĂ© finalement.
J’ai cru, tout d’abord, que le roman proposait une rĂ©flexion sur la culpabilitĂ© mais je pense maintenant qu’il s’agit plutĂŽt d’une rĂ©flexion sur l’innocence, les raisons des meurtres Ă©tant en totale opposition Ă  la psychĂ© humaine.
En confiant l’enquĂȘte au psychologue Richard Greville, il semble que la figure du psy soit une constante dans l’Ɠuvre de Ballard, l’auteur peut lĂ©gitimement utiliser un ton d’une brutale neutralitĂ©. Le texte est dĂ©pourvu de passion, de chaleur. Tout est description, rĂ©flexion, les dialogues sont rares et pauvres, tout est vu par l’Ɠil d’une camĂ©ra au sens propre, Greville visionnant les images du massacre de Pangbourne, comme au figurĂ©, l’auteur se faisant ne faisant que dire ce qui se passe sans jamais intervenir, ce qui demande un savoir-faire assez incroyable et, vu le sujet traitĂ©, une paire de balloches de bĂ©ton armĂ© !
De plus, la vie des habitants de Pangbourne se dĂ©roule sous les yeux inquisiteurs mais discrets des camĂ©ras de surveillances de la zone mais, et c’est plus insidieux, sous les yeux des parents qui peuvent Ă  tout moment surveiller leur progĂ©niture grĂące Ă  leurs propres camĂ©ras. Terrible mise en abĂźme qui ne peut que pousser le lecteur Ă  se souvenir que le mieux est l’ennemi du Bien et que l’Enfer est pavĂ© de bonnes intentions.
Dire que ces 85 pages sont dĂ©rangeantes, c’est bien peu. Et pourtant, Ă  l’heure des Ă©missions de tĂ©lĂ©-rĂ©alitĂ© qui font du spectateur le juge et le complice de concurrents dĂ©cĂ©rĂ©brĂ©s, ou parfaitement calibrĂ©s pour la cĂ©lĂ©britĂ© jetable, ce qui revient au mĂȘme, illustration absurde du quart d’heure de gloire prophĂ©tisĂ© par Andy Warhol, le lecteur pourrait arriver Ă  la conclusion terrible : quand ?
Quand la mort programmée, mise en scÚne, scénarisée, budgétisée et bien calée en prime time va-t-elle débouler sur nos écrans ?
Ce roman date de 1988 ; des villages, bien rĂ©els ceux-lĂ , existent dĂ©sormais aux Etats-Unis, Ă  la diffĂ©rence qu’ils sont pour l’instant des enclaves de retraitĂ©s riches tenant loin deux enfants et petits-enfants. Pour dĂ©crire son travail, Ballard parle de « prĂ©sent visionnaire » ; on ne saurait mieux dire.

Si mignons

9 étoiles

Critique de Antihuman (Paris, Inscrit le 5 octobre 2011, 43 ans) - 20 novembre 2011

Des gosses de riches vivants dans une "prison" dorée, ayants tous les droits, sinon des crédits nécessaires POUR OU AFIN DE, et se rebellants tout à coup à la surprise de tous en un terrible drame oedipien.

Encore une fiction culte et trÚs actuelle, car Ballard en fait - trÚs insidieusement, et trÚs finement - une sorte de docu-fiction clinique ou rÚgne essentiellement l'absence de passion ou, justement, d'idéologie. Ainsi, comme nous le savons tous, la nature a horreur du vide et à l'image des vaguelettes soudaines de cette piscine idéale du club de forme de leur résidence multiluxe, construite à l'intérieur de laquelle ils vivent, l'ambiance assourdissante de vraie incompréhension devient. Et les officiels délégués sur les lieux ne trouvent aucune explication, ni rien ni personne. Enfin Ballard, ce fabuleux auteur, n'explique rien, ne constate rien, il ne fait que décrire.

De plus cette tragédie rappellera certains drames récents !..

Ironique et dérangeant. Pour les psychologues de tout bord.

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