D'acier de Silvia Avallone

D'acier de Silvia Avallone
(Acciaio)

Catégorie(s) : Littérature => Européenne non-francophone

Critiqué par CHALOT, le 18 mai 2011 (Inscrit le 5 novembre 2009, 72 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 6 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (12 812ème position).
Visites : 3 935 

du Zola, inoubliable !

« D'ACIER »
roman de Silvia Avallone
éditions Liana Lévi
avril 2011
386 pages


UN EX ROYAUME CABOSSE !

En Italie aussi...La misère sociale et économique est là pour les damnés de la terre et leurs familles.
Ils s'accrochent à l'usine même si les hommes s'y ruinent la santé et même si la délocalisation prochaine est quasi inéluctable.
« ça veut dire quoi, grandir dans un ensemble de quatre barres d'immeubles d'où tombent des morceaux de balcon et d'amiante, dans une cour où les enfants jouent à côté des jeunes qui dealent et des vieilles qui puent ? Quel genre d'idée tu te fais de la vie, dans un endroit où il est normal de pas partir en vacances, de ne pas aller au cinéma, de ne rien savoir du monde, de ne pas feuilleter les journaux, de ne pas lire de livres, où la question ne se pose pas. »
C'est roman social, bien noir mais aussi et surtout une histoire humaine à l'aube du 3 ème millénaire dans un pays industriel où se côtoient sans vivre ensemble, deux mondes différents: les condamnés et les nantis !
Anna et Francesca, jeunes adolescentes qui n'ont pas encore quatorze ans ont un atout, c'est de rêver d'évasion et d'avenir ensemble....
Vont-elles avoir le temps de grandir comme n'importe quel enfant de cet âge ?
Rien n'est moins sûr....
Elles sont belles, elles le savent et en jouent sans bien envisager les conséquences et les risques de voir leur enfance sacrifiée...Elles délaissent le monde des enfants pour se risquer à celui des hommes qui eux cherchent à oublier l'acier incandescent qui les attend.
Leurs mères sont perdues, prisonnières d'une condition qui les voue à être deux fois victimes :
Elles sont des femmes humbles qui doivent faire bouillir la marmite et payer les traites et aussi des épouses de maris pas toujours à la hauteur....
Le père de l'une des héroïnes est possessif et violent alors que l'autre est démissionnaire et naturellement absent...
Comment voulez vous pouvoir vous construire et trouver le bonheur?
La violence qui est faite aux femmes est ignorée quand elle n'est pas banalisée et quand les liens sociaux sont distendus, il n'y a plus qu'à glisser au fil de l'eau et attendre...
C'est du Zola d'aujourd'hui....
Le rythme de l'histoire est soutenu et même s'il ne s'agit pas là d'un livre policier, le suspense nous tient en haleine.
La Méditerranée et ses plages offrent quelques moments de fausse détente et si l'Ile d'Elbe n'est pas loin, cette terre n'est pas un espace de vacances.
Cet ex royaume de la beauté est une terre cabossée où sont sorties des usines et des barres de béton où s'échouent les désirs d'évasion.

Jean-François Chalot

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pas mal

7 étoiles

Critique de Catoate (, Inscrite le 6 octobre 2014, 36 ans) - 4 novembre 2014

Ce livre fut un petit éclair dans le monde littéraire italien. Eclair commercial mais aussi critique. Souvent acclamé, il en est devenu un film.
Je l'ai lu le mois dernier. Il est rare que je me décide à ouvrir un bouquin qui multiplie les ventes. C'est idiot et très snob. Une jolie découverte toutefois. L'incipit est fulgurant, il prend, et on peut sauver ce roman de l'oubli juste pour les premières pages. On se laisse prendre par la narration, par ces deux jeunes filles, soleils de Piombino, lumière dans le brouillard industriel. Souvent le style m'a rappelé les écrits d'un auteur très aimé en Italie, Ammaniti, lui aussi écrivain à l'oeil cinématographe, influencé par les films de Tarantino... il fait partie de "l'école" des cannibales, cette génération d'écrivains qui dévorent cinéma, séries, publicités USA et les digère ensuite sur papier.
Une jolie découverte.
Le dernier roman d'Avallone est sorti il y a peu en Italie, je me laisserai peut-être tenter...

Tranchant

8 étoiles

Critique de Michel A (Montpellier, Inscrit le 28 août 2013, 66 ans) - 28 août 2013

Le récit est nerveux et tendu, sans une once de graisse. Il nous présente une Italie laborieuse et meurtrie où la vie ne fait pas de cadeau, à des années-lumière de tous les clichés. Ici on trime beaucoup et on trafique un peu, mais à l'arrivée il faut payer cash...

Très belle découverte.

Formidable portrait

8 étoiles

Critique de Granite (, Inscrit le 11 juillet 2010, 42 ans) - 10 février 2013

Un roman social, oui, dans une ville ouvrière italienne au bord de l'eau. Il y a l'usine qui broie les hommes et il y a cette eau, l'ile d'Elbe, un paradis inaccessible et surtout deux jeunes filles. Plus tout à fait des enfants, pas encore des femmes et une amitié inaltérable.

Malgré la chaleur de l'aciérie, du soleil, le poids de la misère quotidienne, il n'y a pas de misérabilisme mais une certaine force, la vie malgré tout qui s'agite dans le coeur de ces deux jeunes filles pour qui tout est encore possible puisque rien n'est advenu. Avec la violence crue et parfois maladroite de ses mots qui semblent tout droit sortis d'une coulée de feu de l'aciérie, Sylvia Avallone réussit à nous saisir aux tripes et au coeur pour nous camper un formidable portrait d'ados dans une Italie plus que réaliste.

Un très bon roman, malgré quelques ratées...

8 étoiles

Critique de Mithrowen (La Chaux-de-Fonds, Inscrite le 23 août 2011, 31 ans) - 11 janvier 2013

Personnellement, j'ai vraiment eu un très grand plaisir à lire ce livre. J'ai principalement aimé l'inspiration sociologique du roman caractérisée par l'influence, voire le déterminisme du lieu, du quartier où l'on naît. J'ai également apprécié la description de cette Italie, ouvrière, pauvre, presque archaïque dans sa manière de fonctionner, très loin de l'image d’Épinal des lieux touristiques.

Pour ce qui de la lecture, en général, j'ai été happée par le roman, j'avais vraiment hâte de connaître le destin de ces deux jeunes filles, qui, si elles étaient nées sous des cieux plus cléments, auraient sans doute pu donner un tout autre tournant à leur vie, particulièrement la jeune Francesca.

J'ai beaucoup moins aimé certaines scènes clichées que l'on trouve dans le roman, notamment la scène du parking entre Alessio et Elena... Sincèrement, j'ai trouvé que c'était un cliché très éculé. De plus, comme le roman se veut social ou sociologique, la probabilité que les deux anciens amoureux se retrouvent est quasiment nulle si l'on tient compte d'un point de vue sociologique... Mais bref, arrêtons-nous là, cela reste un roman pas un traité de sociologie...

Mais je donne tout de même une très bonne note à ce roman, car je trouve qu'il a la très grande qualité de pouvoir s'adresser à des adultes, comme à des ados !

Des dialogues de feuilleton télévisé

5 étoiles

Critique de Alma (, Inscrite le 22 novembre 2006, - ans) - 25 juillet 2011

Attirée par les critiques élogieuses découvertes ici et ailleurs sur le roman, je l’ai lu ……J’en sors bien déçue.

Certes, on peut le qualifier de roman social et c’est, à mon avis, cet aspect qui donne sa valeur à l’ouvrage. L’aciérie : La Lucchini, le pôle géographique central , est présenté comme un personnage à part entière, comme un organisme qui suscite crainte face à son gigantisme et à sa puissance dévorante, et fascination face au spectacle nocturne qu’elle procure. Un organisme de transformation, un monstre dont les machines : les entrailles ont un rythme frénétique. Pour suivre ce rythme, pour dominer et alimenter la puissance de l’aciérie, les ouvriers consomment des amphétamines. Mais cet antre de métal, ce lieu de travail est aussi un lieu de mort car ce monstre détruit, dévore ses employés. Cette aciérie, qui il y a 30 ans employait 30000 salariés, ne remplit plus son office : faire vivre toute une armée de travailleurs. On a commencé à la démanteler , une de ses parties est devenue une friche industrielle peuplée de rats, de chats dégénérés. Si l’évocation du cadre de l’intrigue, à tonalité fantastique, récurrente dans le roman, peut, en effet, faire penser à du Zola, (on songe au Voreux, la fosse dans GERMINAL ), la comparaison s’arrête là .

Car ce qui touche aux personnages est à mon avis bien loin du style du romancier naturaliste ! Même si l’auteur trace le portrait d’une génération enfermée dans le microcosme d’un quartier ouvrier sinistre, face au paradis touristique mais inaccessible de l’île d’Elbe, j’ai eu l’impression d’être plongée dans un roman pour adolescents ou dans un feuilleton télévisé ! Des oppositions systématiques entre les personnages : pour les deux filles , une brune, l’autre blonde ; l’une bonne élève, l’autre sans intérêt pour l’école . Quant à leurs pères , les « babouins » , l’un est un escroc glandeur et permissif ; l’autre un bosseur, mais aussi un cogneur qui lorgne d’un œil libidineux les courbes harmonieuses de sa fille . En ce qui concerne les mères, l’une est active, militante ; l’autre soumise . Parmi les adolescentes, deux super bimbos : nos héroïnes ; les autres, toutes des boudins !

Les conversations entre les deux Lolitas aguicheuses de 13 ans qui entretiennent un rapport fusionnel sont, à mon avis, plus proches d’un sit-com que d’un grand roman . Pas étonnant que l’on ait déjà acheté les droits de tournage au cinéma ! Des tartines de propos branchés, dans l’air du temps , pleins de banalité, souvent redondants, tant dans les dialogues que dans les monologues intérieurs ….Si les pages descriptives témoignent d’une écriture soutenue, d’un regard personnel de l’auteur sur l’usine, et d’un point de vue désabusé sur la cité où vivent les protagonistes, le très grand nombre de pages de discours pleines de clichés a parasité pour moi les passages évoquant le lieux et l’atmosphère de l’action .

Un roman écrit par une jeune auteure de 25 ans qui a su trouver la recette pour accrocher un large public, à lire dans le train, pour meubler votre temps de trajet, ou sur le sable, si vous n’avez pas d’autre ouvrage à placer dans votre sac de plage !

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