Tragédies de Sophocle

Tragédies de Sophocle

Catégorie(s) : Théâtre et Poésie => Théâtre

Critiqué par Jules, le 11 avril 2002 (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 79 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 7 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (709ème position).
Visites : 9 370  (depuis Novembre 2007)

Un texte sans l'ombre d'une ride !

Pourquoi l’ « Antigone » de Sophocle après avoir déjà critiqué celui d’Anouilh ? Parce que j’ai toujours été passionné par la Grèce, sa mythologie, sa philosophie du monde et de la vie.
Et puis, Antigone est un personnage qui me hante, comme Yourcenar était hantée par Hadrien. Sans toujours savoir ni comprendre pourquoi, la voilà soudain au centre de mes pensées et l’image que je m'en fais m'apparaît. Comme Prométhée, elle défend les hommes contre la tyrannie et l'arbitraire du pouvoir.
Il est probablement inutile de rappeler l'histoire, mais je crois que je le dois, alors.. Antigone est la fille d'Œdipe et de Jocaste, roi et reine de Thèbes. Elle est aussi la sœur d'Etéocle et de Polynice, ainsi que d'Ismène. L'histoire débute alors qu’Etéocle et Polynice viennent de s’entretuer pour le pouvoir. Créon, oncle d’Antigone, règne sur la ville. Il vient de décréter qu’il fallait abandonner le corps de Polynice aux charognes et que toute personne qui tenterait de lui rendre les rites funéraires serait exécutée.
Antigone ne peut accepter ce commandement, estimant qu’il s'agit là d'une violation des droits fondamentaux des hommes. Ces droits sont, pour elle, au dessus des règles imposées par le pouvoir. Elle va donc se heurter à l'arbitraire de Créon qui, lui, va toujours se réfugier derrière ce qu’il appelle la charge du pouvoir et ses obligations envers la loi et le peuple. Antigone va violer la loi et le destin va se mettre en marche.
L' « Antigone » de Sophocle a évidemment une forme plus classique que celle d'Anouilh. Le chœur y a un rôle plus important et il y a ajouté le Coryphée. Anouilh a modernisé ses personnages tant dans leurs façons de s’exprimer que dans la présentation générale du texte. Les dieux jouent aussi un rôle moins important chez lui que chez Sophocle.
Nous sommes donc ici dans un texte qui est beaucoup plus « grec » dans sa forme, ses personnages et sa philosophie. Ecoutez Antigone défendre sa position devant Créon : « … et je ne pensais pas que tes défenses à toi fussent assez puissantes pour permettre à un mortel de passer outre à d'autres lois, aux lois non écrites, inébranlables, des dieux ! »
Le choeur : « Mais quel orgueil humain pourrait donc réduire ton pouvoir, ô Zeus ?. Le proche et lointain avenir, aussi bien que le passé, viendra confirmer cette loi : il n’est pas d’existence humaine où le moindre excès ne pénètre sans quelle connaisse un désastre. »
En se suicidant sous les yeux de son père et dans les bras d'Antigone, Hémon « …aura montré du même coup aux hommes que déraison est de beaucoup le plus grand de tous les malheurs qui puissent frapper un mortel. »
Créon, frappé à mort par le décès de son fils et de sa femme, comprend enfin son erreur et appelle la mort sur lui mais le coryphée lui répond : « Va, ne fais point de voeu. Lorsque c’est le Destin qui frappe, nul mortel ne peut se libérer du malheur. » Et c'est le même Coryphée qui donne la conclusion finale : « La sagesse est de beaucoup la première des conditions du bonheur. Il ne faut jamais commettre d'impiété envers les dieux.»
Le texte de Sophocle donne une dimension plus tragique encore à toute cette histoire que ne le fait celui d'Anouilh. Chez Sophocle, Créon est également dépeint comme plus orgueilleux et plus pénétré de lui-même qu'il ne l'est chez Anouilh. Cela aussi ajoute au « tragique ».
Pauvre Créon ! « Hélas ! oui, j’ai compris enfin, malheureux ! C'est un dieu, je le vois, qui, de tout son poids, son énorme poids, vient de s'abattre sur ma tête ! C'est un dieu qui m'a secoué, jeté dans des voies sauvages, renversant, hélas ! piétinant, écrasant ce qui fut ma joie ! Ah ! douleurs, douloureux lots des mortels ! »
Un très beau texte ! Sa grandeur n’a pas pris une seule ride en presque 2.500 ans !

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Sublimes lamentations

10 étoiles

Critique de Perlimplim (Paris, Inscrit le 20 mars 2011, 47 ans) - 16 août 2011

Inutile de reprendre ce qui a déjà été très bien dit au sujet de "Antigone". L'ayant relu très récemment, c'est la beauté intrinsèque de l'oeuvre, faite de fierté et de retenue qui m'a frappé. Le personnage éponyme est très hiératique, et s'il y a un passage qui m'a davantage marqué, c'est le moment où Antigone s'apprête à mourir. Véritables lamentations au moment de l'adieu à la vie, Sophocle écrit de manière poignante, grave, mais juste. Cette oeuvre est inscrite au panthéon littéraire universel-à juste titre. "Antigone" résonne toujours dans nos vies avec la même force qu'au moment de sa création.

Symbole de résistance et de dignité

10 étoiles

Critique de Dudule (Orléans, Inscrite le 11 mars 2005, - ans) - 24 décembre 2008

Les deux frères jumeaux d’Antigone ont péri, en s’entretuant. Le décret de Créon interdit l’enterrement de Polynice (le banni), alors que Étéocle a droit à des funérailles officielles. Antigone enfreint ce décret et doit être punie de mort. Créon refuse de revenir sur sa décision malgré les supplications de son fils Hémon (fiancé d’Antigone) et seules celles de Tirésias le font changer d’avis, mais il est trop tard, Antigone et Hémon se sont tués.
Magnifique texte, effectivement il n’a pas pris une ride, Antigone restera une référence, un symbole.

une pièce importante

7 étoiles

Critique de Crapouillon (REIMS, Inscrite le 30 décembre 2006, 33 ans) - 5 avril 2007

Cette pièce est l'un des meilleurs exemples de la tragédie grecque, elle est un mythe à elle seule...
C'est une pièce formidable mais je ne trouve pas le mythe d'Antigone passionnant ce qui m'a fait trouver à la pièce quelques longueurs ; ce n'est qu'un avis personnel.
Cependant, au festival off d'Avignon 2006, j'ai pu assister à cette pièce. Par la compagnie Démodocos et une mise en scène de P. Brunet.
J'ai adoré!!! Ils ont redonné à la pièce l'atmosphère qu'elle devait avoir à l'époque grecque. En effet, les acteurs portaient des masques de tragédie les chants du Coryphée étaient présents avec une musique comme elle pouvait être à l'époque... C'était vraiment somptueux!!

Merveilleusement belle...

10 étoiles

Critique de Duhkha (Paris, Inscrite le 20 juin 2005, 37 ans) - 21 juillet 2006

Ce petit message pour encourager encore et encore à lire cette magnifique pièce, à connaître ce personnage si intense, si entier que constitue celui d'Antigone...Celle qu'Henry Bauchau sut si bien décrire dans son roman, celle qui hurlait sur cette place publique, que l'on entendait presque à la lecture... Si forte, si belle, si intense, si elle-même, elle-même contre tous, seule car trop juste... Si je pouvais voyager dans le temps, je n'hésiterais pas: je partirais en 443 avant J-C très précisément, l'année où cette si grande pièce fut mise en scène pour la première fois...Lisez, lisez-là; cette pièce ne vous laissera jamais indifférent, que ce soit lors de la première lecture ou à la cinquième !

Désolé, je me suis mal exprimé

9 étoiles

Critique de Jules (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 79 ans) - 11 avril 2002

Il est évident que Lucien a raison, mais j'étais trop emporté par ma comparaison. De toute façon ce ne pouvait qu'être Anouilh qui supprimait vu que Sophocle avait écrit un petit moment avant lui... Quant au Coryphée, j'ai eu le temps de l'apprécier pendant mes quatre années d'humanités. C'est bien souvent par lui que sont passés les messages les plus importants.

"Je suis faite pour partager l'amour, non la haine."

10 étoiles

Critique de Lucien (, Inscrit le 13 mars 2001, 68 ans) - 11 avril 2002

Moi aussi, Jules, je suis impressionné par Antigone. Sans doute le personnage féminin le plus fort de toute la littérature. Le plus beau, le plus noble, le plus grand.
Une toute petite remarque : tu dis que Sophocle "ajoute" le Coryphée. Il serait plus juste d'écrire qu'Anouilh le supprime. En effet, le Coryphée est partie intégrante de la tragédie antique, ce miracle inventé par Athènes, au cinquième siècle avant notre ère, en même temps qu'un autre miracle : la démocratie. Le Coryphée est en quelque sorte un trait d'union entre le choeur et les acteurs; il représente un peu la conscience populaire. Sophocle a écrit plus de cent vingt pièces : huit nous sont parvenues. Parmi elles, miraculeusement, Oedipe roi, Oedipe à Colone et Antigone.
A l'heure où la haine semble de plus en plus souvent prendre le pas sur l'amour, puissions-nous prêter l'oreille au message éternel que brandit cette jeune fille face à la fureur des hommes.

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