Purge de Sofi Oksanen

Purge de Sofi Oksanen
(Puhdistus)

Catégorie(s) : LittĂ©rature => EuropĂ©enne non-francophone

Critiqué par Miette, le 14 octobre 2010 (Inscrite le 25 aoĂ»t 2010, 60 ans)
Critiqué par Miette, le 14 octobre 2010 (Inscrite le 25 aoĂ»t 2010, 60 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 8 Ă©toiles (basée sur 28 avis)
Cote pondérée : 7 Ă©toiles (907ème position).
Discussion(s) : 1 (Voir »)
Visites : 15 169 

Un petit bijou

Histoire de l'Estonie Ă  travers l'histoire d'une femme ou Histoire d'une femme Ă  travers l'histoire de l'Estonie...
C'est tout simplement merveilleusement beau et bien traduit ! Soit, dur, mais beau...
Le passage de la rencontre avec Hans... : "... Aliide sut tout de suite qu'elle, l'homme ne la verrait jamais, ..."
Je ne dis rien de plus et vous laisse découvrir ce petit joyau !

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Les éditions

Purge [Texte imprimé], roman Sofi Oksanen traduit du finnois par Sébastien Cagnoli
de Oksanen, Sofi Cagnoli, Sébastien (Traducteur)
Stock / La Cosmopolite (Paris).
ISBN : 9782234062405 ; 10,98 € ; 25/08/2010 ; 408 p. BrochĂ©
Amazon FR
Amazon BE
BNF
Purge [Texte imprimé], roman Sofi Oksanen traduit du finnois par Sébastien Cagnoli
de Oksanen, Sofi Cagnoli, Sébastien (Traducteur)
le Livre de poche / Le Livre de poche
ISBN : 9782253161899 ; 1,77 € ; 01/02/2012 ; 429 p. Poche
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Une vraie réussite

10 étoiles

Critique de Marineco (, Inscrite le 14 août 2025, 43 ans) - 14 août 2025

Magistral! À lire !

Une histoire estonnienne ingénieuse et émouvante

10 étoiles

Critique de Cédelor (Paris, Inscrit le 5 février 2010, 54 ans) - 13 septembre 2018

Lors d’une opĂ©ration Cirul’livres dans mon quartier, je suis tombĂ© sur ce livre, « Purge » de Sofi Oksanen. Tant le livre que l’auteur m’étaient inconnus. AprĂšs avoir lu la 4Ăšme de couverture, je me suis dit que ça ne serait pas mal de le lire, surtout d’un auteur d’un pays exotique, l’Estonie ! Je l’ai donc pris et ramenĂ© Ă  la maison.

Peut-ĂȘtre 1 an plus tard, je me suis enfin trouvĂ© prĂȘt Ă  le lire ! Plusieurs fois j’ai voulu le lire, puis en ai toujours repoussĂ© le moment, parce que j’avais toujours finalement choisi d’autres titres. J’avais peur en fait que « Purge » ne soit plutĂŽt quelconque et que j’aurai de l’ennui Ă  le lire.

Eh bien, j’avais tort ! Maintenant, que je l’ai fini, je peux vous dire que c’est un trĂšs trĂšs bon livre, un de ceux qui donne toujours envie de savoir la suite ! C’est vrai qu’au dĂ©but, j’ai eu du mal Ă  le dĂ©marrer, l’histoire telle qu’elle commençait me paraissait pesante, de mĂȘme que son style. Puis petit Ă  petit l’intĂ©rĂȘt est montĂ©, montĂ©, et Ă  la fin le livre Ă©tait devenu passionnant !

Alors accrochez-vous et vous serez récompensé !

« Purge » raconte l’histoire d’Aliide et de Zara, dans l’Estonie de 1992, au moment oĂč ce pays accĂ©dait Ă  l’indĂ©pendance, en plein pĂ©restroĂŻka. L’occasion pour l’auteur de revisiter l’histoire rĂ©cente de l’Estonie Ă  travers les gens qui y vivent et y ont vĂ©cu, depuis l’époque de la dictature communiste Ă  partir des annĂ©es 30 jusqu’à l’indĂ©pendance chaotique de 1992 et l’essor du crime organisĂ©, dont la vieille Aliide et la jeune Zara sont reprĂ©sentatives. L’une et l’autre ont vĂ©cu des traumatismes propres Ă  leurs Ă©poques, qui se rejoignent en un continuum tragique.

Pas d’analyse sociologique ni historique dans ce roman, juste la force dĂ©gagĂ©e par les rĂ©cits de la vie de ces femmes victimes de l’environnement social et politique dans lequel elles durent vivre et surtout survivre. Leur simple histoire de femmes meurtries et des complications tragiques et sordides qu’elles subirent est Ă©difiante et en mĂȘme temps rĂ©vĂ©latrice de ce que dut subir l’Estonie entiĂšre, l’emprise d’abord du totalitarisme soviĂ©tique, reprĂ©sentĂ©e par Aliide, puis de la montĂ©e en puissances des organisations mafieuses aprĂšs la dĂ©composition de l’URSS, montrĂ©e avec Zara.

Un rĂ©cit intelligent et Ă©mouvant, Ă  la construction ingĂ©nieuse, au ton souvent trĂšs cru. J’ai dĂ©couvert ensuite qu’il avait remportĂ© nombre de prix littĂ©raires, dont le Femina Ă©tranger. Je ne suis pas du tout prix littĂ©raires, n’écoutant que mon envie propre quant Ă  mes choix de lecture, mais que Sofi Oksanen ait remportĂ© des prix avec ce roman me semble tout Ă  fait justifiĂ©.

Un roman coup de poing qui vaudrait honnĂȘtement 4,5 et pas plus mais comme c’est un coup de cƓur, je lui mets 5, pour le faire partager et connaĂźtre.

Destins de femmes en Estonie

6 étoiles

Critique de Psychééé (, Inscrite le 16 avril 2012, 38 ans) - 12 août 2015

Deux femmes estoniennes, Aliide et Zara, se rencontrent en 1992. La premiĂšre a la soixantaine et raconte sa vie depuis les annĂ©es 50 ; la seconde a une vingtaine d’annĂ©es et est nĂ©e en Russie ; elle est arrivĂ©e en Estonie par chance si l’on peut dire pour Ă©chapper Ă  des mafieux russes. Sa rencontre avec Aliide n’est pas tout Ă  fait fortuite, mĂȘme si on peut y croire au dĂ©but. Leur destin tragique permet de dĂ©couvrir l’histoire de l’Estonie trop mĂ©connue, les souffrances de ses habitants, le communisme, l’oppression, le mensonge et la peur au cƓur de tout. Pas de discussion possible pour les dissidents, aussitĂŽt maltraitĂ©s ou envoyĂ©s en SibĂ©rie.
Un ouvrage intéressant pour se rendre compte de cette époque sombre et violente vécue par les peuples baltes. Attention, ùmes sensibles, les discours sont assez crus.

Un roman sombre et oppressant sur l'Estonie soviétique

6 étoiles

Critique de Pierre Ier de Serbie (, Inscrit le 9 janvier 2014, 52 ans) - 21 novembre 2014

Un beau matin, Aliide Truu une vieille fermiÚre estonienne découvre une jeune femme prostrée devant chez elle. La fille s'appelle Zara Pekk, une prostituée russo-estonienne qui a fui des souteneurs russes particuliÚrement violents. Avec de nombreux flash-backs entre la seconde guerre mondiale, la période stalinienne, Sofi Oksanen nous raconte à travers l'histoire d'une famille déchirée l'histoire d'un pays mal connu en France. Il y a la violence du bolchevisme russe, l'écrasement des patriotes estoniens, le viol des femmes soupçonnées d'activités anti-soviétiques.

Je ne raconterai pas l’histoire qui est trĂšs sombre. le style m’a parfois fait penser Ă  Agota Kristof (Le Grand cahier). Le problĂšme avec la rĂ©alitĂ© oppressante c’est qu’elle devient vite trĂšs lourde pour le lecteur, surtout que les personnages manquent un peu d’épaisseur. Pas une seule lueur de joie dans cette obscuritĂ©. Les allers-retours entre les pĂ©riodes dĂ©stabilisent la lecture, le rythme s’enlise un peu, la progression se ralentit alors que le dĂ©but Ă©tait trĂšs fort. Comme si l’auteur commençait, elle aussi, Ă  se lasser de ses personnages.

La fin est assez Ă©trange, ceci est accentuĂ© par une suite de rapports de police. On aurait aimĂ© que quelque chose d'humain naisse entre ces deux femmes: une rĂ©demption pour Aliide. Mais ce ne sera pas le cas. La fin de Hans est obscure. Cette obscuritĂ© se double d’un cĂŽtĂ© trĂšs statique puisque presque tout le roman se situe entre les murs de cette ferme estonienne, parfois mĂȘme dans un cagibi. Tout cela accentue l’impression d’enfermement que ressent le lecteur.

Au final ce roman commence bien mais s’enferme vite dans une sorte de piĂšge sombre et statique. Il prĂ©sente malgrĂ© tout le grand intĂ©rĂȘt de mieux nous faire comprendre ce qu’ont subi les peuples occupĂ©s par la Russie soviĂ©tique, l’écrasement systĂ©matique de leur nationalisme, de leur identitĂ©, la rĂ©pression sans merci.

Pas vraiment emballé

6 étoiles

Critique de Pacmann (Tamise, Inscrit le 2 février 2012, 61 ans) - 7 novembre 2014

EncensĂ© par bon nombre d’activistes sur CL, j’avoue ne pas vraiment avoir Ă©tĂ© sĂ©duit par ce livre qui m’a surtout surpris et dĂ©sorientĂ© par le choix continuel et sans logique apparente de passer d’une Ă©poque Ă  l’autre. Il faut donc souvent s’accrocher pour rester concentrĂ© sur le fil du rĂ©cit.

D’abord focalisĂ© sur une "matrouchka" en fuite, le roman dĂ©vie sur l’histoire de personnages naviguant du dĂ©but de la seconde guerre mondiale jusqu’à la fin du communisme en Estonie. L’auteur ne fait rien de particulier pour rendre ce thĂšme passionnant et le relatif bon style d’écriture ne rattrape pas entiĂšrement le manque d’intĂ©rĂȘt du scĂ©nario.

Certes, on respire une certaine profondeur dans ce bouquin, mais j’avoue avoir tout de mĂȘme dĂ» souquer ferme pour le terminer.

En rĂ©sumĂ©, loin de vouloir dĂ©nigrer complĂštement ce livre en respectant la perception d’autres lecteurs, que ce soit dans la perspective de se dĂ©tendre ou d’ĂȘtre captĂ© par une lecture prenante, aucun des deux objectifs n’a pu ĂȘtre atteint dans mon chef.

Maitrise parfaite de l'histoire

10 étoiles

Critique de Fa (La LouviÚre, Inscrit le 9 décembre 2004, 50 ans) - 11 juin 2014

Le portrait saisissant de personnages complexes, qui aiment, haïssent, souffrent et surtout veulent vivre, avec parfois un passé lourd qui, comme les bienveillantes, vient voleter autour d'eux quitte à les rendre fous.

Une description de l'Estonie au sortir de l'URSS : sorte de nulle part, coincĂ© entre la ferme, le champ et la forĂȘt, le reste Ă©tant perçu comme un Enfer de Dante.

Une maßtrise parfaite de la narration, fragmentée en chapitres semés au gré des pages qui, petit à petit, nous font saisir la vie des différents personnages telle qu'elle s'est insérée dans la trame de l'Histoire avec un grand "H".

Voici ici les ingrédients d'une fiction réussie. Brillamment.

Les souffrances se lavent dans la mémoire !

8 étoiles

Critique de Frunny (, Inscrit(e) le 28 décembre 2009, 0 ans) - 27 juillet 2013

De pÚre finlandais et de mÚre estonienne, Sofi Oksanen est née (1977) et a passé sa jeunesse en Finlande. Son pÚre, électricien, est finlandais et sa mÚre est ingénieur et a grandi en Estonie durant l'occupation soviétique avant d'émigrer en Finlande en 1970.
Son troisiÚme roman, Puhdistus (Purge), a reçu de nombreux prix en Finlande et en France (dont le Prix Fémina Etranger 2010).

L'Histoire de l'Estonie moderne (1936-1992) au travers 2 femmes de générations différentes.
Aliide et Zara ont vécu les blessures et les humiliations d'une population écartelée par une Histoire des plus mouvante.
L'Estonie, à la croisée des chemins, à la situation géographique stratégique, frontiÚre naturelle entre l'Europe capitaliste et le bloc soviétique communiste.
Entre fragile indépendance, domination de l'Allemagne nazi et joug soviétique, les positionnements individuels restent acrobatiques et lourds de conséquences.
L'auteure éclaire les travers d'un régime absurdement criminel. La dictature communiste qui détruit l'individu par la contrainte, la violence et la déportation.
Une vie de peur, de paranoĂŻa, faite de petits arrangements pour survivre et sauver sa famille.
S.Oksanen entre dans la crudité des choses. Certaines scÚnes sont trÚs dures (Tortures, viols, dénonciations arbitraires, ...).
La fragile et récente indépendance n'a pas réglé tous les problÚmes. Les réseaux mafieux ont pris la place des milices. L'exploitation des femmes (prostitution organisée à grande échelle, ... ) reste un fléau. Une société qui continue de régler ses comptes avec les anciens "pro-russes".
Une transition qui se fera dans la souffrance et sur la durée.

MĂȘme si je n'ai pas appris grand chose sur la problĂ©matique du communisme soviĂ©tique et de ses ravages dans les nations annexĂ©es, l'Ă©clairage sur l'Estonie reste trĂšs intĂ©ressant.
Un moment de lecture intense.

les murs ont des oreilles et les oreilles ont de jolies boucles d'oreilles..

6 étoiles

Critique de Ndeprez (, Inscrit le 22 décembre 2011, 50 ans) - 7 avril 2013

Une bien tragique histoire de femmes débutant à la fin de la seconde guerre mondiale.
Le récit transpire toute la rudesse mais aussi la fierté de ce peuple qui aura subi bien des occupations durant sa courte existence.
Ce livre ne m'a pas toutefois bouleversé , ayant trouvé les personnages assez peu attachants mais son éclairage sur l'occupation soviétique et son héritage mérite qu'il soit lu.

Tentacules politiques

6 étoiles

Critique de Aaro-Benjamin G. (Montréal, Inscrit le 11 décembre 2003, 57 ans) - 12 octobre 2012

La rencontre - vraisemblablement par hasard - de deux femmes - l’une ĂągĂ©e et l’autre jeune – dans la contrĂ©e estonienne est une excellente idĂ©e de dĂ©part. Le mystĂšre plane. Graduellement, nous apprenons par bribes leurs histoires respectives et les liens qui les unissent Ă  travers l’Histoire turbulente de cette rĂ©gion.

Par contre, l’ambition de l’auteur s’est avĂ©rĂ©e trop grande pour moi. Le mĂ©lange dense de politique, drame familial et thriller s’épaissit tellement au fil de pages qu’il devient un Ă©norme labyrinthe.

Dans la version anglaise, la traduction m’a semblĂ© mauvaise. À moins que ce soit le style de l’auteur ? Les phrases sont courtes et les scĂšnes se terminent souvent en suspens. C’est le cas aussi pour le destin de nombreux personnages. Enfin, les sauts dans le temps rĂ©currents engendrent de la rĂ©pĂ©tition et une certaine confusion.

Sans contredit, un roman fascinant mais mal ficelé selon moi.


l'amour, la haine, l'occupation, la misĂšre...

7 étoiles

Critique de Ellane92 (Boulogne-Billancourt, Inscrite le 26 avril 2012, 50 ans) - 29 août 2012

La vieille Aliide Truu prĂ©pare ses conserves au fin fond de la campagne estonienne. Quand vient la nuit, elle se barricade, tandis que les gamins et les voyous du village lancent des cailloux sur sa fenĂȘtre en la traitant de « sale Russe ». Un matin, elle dĂ©couvre une jeune femme couverte de crasse et d’ecchymoses dans son jardin. Aliide recueille ainsi une certaine Zara chez elle, qui dit avoir fui son mari aprĂšs une violente dispute. Presque malgrĂ© elle, Aliide lave, nourrit et cache la jeune femme.
Commence alors pour nous la dĂ©couverte de ces deux femmes que tout sĂ©pare et pourtant que beaucoup rapproche. On dĂ©couvre ainsi la vie d’Aliide au temps de l’occupation soviĂ©tique communiste (aprĂšs un bref temps d’occupation nazie), et le destin de Zara, qui a fui sa vie paisible de Vladivostok, entre une mĂšre silencieuse et une grand-mĂšre secrĂšte, pour le miroir aux alouettes de l’argent vite gagnĂ© en Allemagne, tombant sans dĂ©fense et sans s’y ĂȘtre prĂ©parĂ©e dans l’univers de la prostitution et de la misĂšre.

De la façon dont je l’ai perçu, il s’agit avant tout d’histoires d’amour, inachevĂ©es, interrompues, trompeuses ou jamais consommĂ©es, avec en fond de toile la difficultĂ© d’ĂȘtre une femme dans un monde en guerre, occupĂ©, oĂč les hommes usent et abusent les uns des autres, y compris et surtout des femmes. C’est l’histoire d’une femme qui aime Ă  la dĂ©raison un homme qui en aime une autre et qui vit constamment dans la peur. Peur de ne pas ĂȘtre une femme estonienne comme il faut, peur de ne pas ĂȘtre aimĂ©e, peur d’ĂȘtre torturĂ©e, affamĂ©e... Peur Ă©galement d’ĂȘtre face Ă  son passĂ©, Ă  ses actions, Ă  son histoire
 Elle agit alors en rĂ©action, tentant de vivre et de survivre dans cette Estonie qui ne sait plus vraiment qui elle est, ce qui est juste, ce qui est possible...
Difficile dans ce cadre de s’attacher au personnage d’Aliide, et pourtant, vieille et insignifiante, mais aussi froide et dure que le fer, je n’ai jamais Ă©prouvĂ© de haine ou de dĂ©gout Ă  son Ă©gard. Elle est trop malheureuse, trop silencieuse pour ça, et puis, elle assume toujours et en tout temps ses actions ; son personnage m’inspire un certain respect. Tout au long de l’histoire, jeune et amoureuse ou vieille et seule mais semblant prĂȘte Ă  affronter n’importe qui et n’importe quoi, elle vit avec ses peurs cachĂ©es en elle. Il y a beaucoup de pudeur liĂ© Ă  ce personnage, d’autant plus que son histoire est racontĂ©e tout en suggestions. L’auteure a en revanche fait le choix de raconter l’histoire de Zara avec des mots durs, rĂ©alistes, qu’il s’agisse de sa descente aux enfers, de sa fuite, ou de son espoir
 J’ai trouvĂ© ce dĂ©calage parfois difficile Ă  supporter, l’histoire d’Aliide n’ayant rien Ă  envier en terme de souffrance, humiliation ou violence Ă  celle de Zara.
Dans les deux cas, ces femmes ont fait ce qui leur paraissaient le plus appropriĂ© Ă  leur situation, dans les deux cas, elles ont fait de mauvais choix et sont tombĂ©es plus bas qu’elles n’étaient.

J’ai eu un peu de mal Ă  entrer dans ce roman, qui malgrĂ© tout se laisse lire avec intĂ©rĂȘt. La construction du livre, avec ses allers-retours incessants entre les histoires, les personnages et les Ă©poques, finit par devenir un peu lassante
 Mais ce que je regrette vraiment, c’est qu’il n’y ait pas eu de rĂ©elle rencontre entre les deux personnages principaux : elles ne crĂ©ent pas de liens, de passerelles entre elles, entre leurs histoires cruelles, sordides et misĂ©rabilistes vĂ©cues Ă  40 ans d’écart. Il n’y a pas de pardon, pas de rĂ©demption chez Sofi Oksanen. Les responsabilitĂ©s et culpabilitĂ©s ne sont pas partagĂ©es, tout est blanc ou noir. C’est dommage.

Mitigée

7 étoiles

Critique de Sandie06 (, Inscrite le 20 mars 2012, 46 ans) - 20 mars 2012

J'ai acheté ce livre sans connaßtre le succÚs littéraire qui l'entourait. C'est donc vierge de préjugés (positifs ou négatifs) et sans attente particuliÚre outre le résumé qui m'avait semblé intéressant que j'ai attaqué la lecture.

Historiquement, le roman vaut la peine d'ĂȘtre lu : on en apprend beaucoup sur les relations internationales de l'Ă©poque dans la zone URSS.
Le tour de force de faire s'attacher le lecteur au personnage d'Aliide, anti-héroïne par excellence, et également réussi. Jalouse, traitre, et j'en passe, nous l'excuserions presque en se disant "qu'aurais-je fait à sa place".
La dissymétrie entre la vie actuelle d'Aliide, faite de mise en bocaux dans la cuisine, et son passé moralement dérangeant est saisissante. La rencontre entre Zara, prostituée et esclave sexuelle, et cette vieille dame est également trÚs contrastante.

Mais pour autant, le livre ne m'a pas non plus renversée, bouleversée. Je l'ai lu d'une traite mais sans grande conviction. En un mot, je n'est pas été transportée.

En conclusion, un livre intéressant à lire.

estonie

4 étoiles

Critique de Gardigor (callian, Inscrit le 27 avril 2011, 48 ans) - 20 octobre 2011

Cette véritable découverte de ce pays et surtout de son histoire à travers des destins tragiques est trÚs bien écrite.
Je pense néanmoins que le livre commence à avoir du rythme sur sa deuxiÚme moitié et j'ai eu du mal à vraiment vivre cette histoire, les personnages ne m'ont pas donné beaucoup d'émotion.


Glaçante Europe orientale

9 étoiles

Critique de Tistou (, Inscrit le 10 mai 2004, 70 ans) - 14 octobre 2011

Un sĂ©jour du cĂŽtĂ© de l’Europe dite « de l’Est » vous fait rĂ©guliĂšrement cet effet : vous sentez que la vie s’y est arrĂȘtĂ©e un moment, disons, qu’elle s’est figĂ©e. Et ça se sent encore. L’Estonie, enclavĂ©e dans la grande Russie, ex-domino de l’URSS, a ce malheur d’une trop grande proximitĂ© avec le « grand frĂšre ». Quand, en plus, il a fallu essuyer, au mitan du XXĂšme siĂšcle, l’invasion – vĂ©cue au dĂ©part comme une libĂ©ration – des Nazis, ça fait beaucoup pour des pays qu’on pourra qualifier de « martyrs ».
Sofi Oksanen est une jeune auteuse finlandaise, d’un peu plus de trente ans Ă  cette date, aux racines en partie estonienne. « Purge » est son troisiĂšme roman, le premier traduit en français, et c’est peu de dire qu’il a fait un tabac, ici aussi, comme en Finlande, puisqu’il a reçu le Prix Femina Etranger en 2010.
Il est sombre, ce roman, comme l’histoire – et l’Histoire – qu’il nous conte. Comme si, au contact du mal et de ceux qui font le mal, on ne pouvait dĂ©finitivement en sortir indemne ? A mes yeux, outre l’histoire particuliĂšre de ce petit bout de pays balte, cette contamination par le mal est le sujet du roman.
Il n’est pas forcĂ©ment facile Ă  lire dans la mesure oĂč Sofi Oksanen a dĂ©libĂ©rĂ©ment choisi d’en faire comme un kalĂ©idoscope, Ă©clatant des bouts de rĂ©cit dans tous les coins, dans le style « tuez les tous, Dieu reconnaĂźtra les siens » !
TrĂšs fĂ©mino-centrĂ© Ă©galement, ce roman. Les hommes n’y ont pas de beaux rĂŽles 
 A vrai dire, y ont-ils rĂ©ellement un autre rĂŽle que celui de vecteurs du mal ? Toujours est-il qu’à travers l’histoire d’Aliide et de Zara, la vieille et la jeune, c’est tout le rouleau compresseur de l’Histoire passĂ© sur l’Estonie qui nous est dĂ©crit. L’invasion allemande et la « libĂ©ration » soviĂ©tique, puis l’occupation et la grande misĂšre des jeunes femmes de l’est attirĂ©es par le miroir aux alouettes occidental de nos jours, finissant par exemple entre les griffes de proxĂ©nĂštes Ă  Berlin ou ailleurs 

Aliide Truu a Ă©tĂ© ballotĂ©e par le contexte historique et affligĂ©e d’une vie sentimentale mal engagĂ©e dĂšs le dĂ©part. Zara est tombĂ©e dans le piĂšge. Mais il y davantage. Car en fait quelque chose les rapproche. Il n’y a pas de hasard en la matiĂšre et Sofi Oksanen nous distille les infos nĂ©cessaires au grĂ© de son « kalĂ©idoscope ».
De la belle ouvrage, un peu plombant quand mĂȘme, Ă  la hauteur d’un « Rapport de Brodeck » de Philippe Claudel.

« Quand ceux qui rentraient des camps arrivĂšrent et s'installĂšrent pour une nouvelle vie, elle les reconnut parmi les autres gens. Elle les reconnut Ă  leur regard obscurci, le mĂȘme qu'ils avaient tous, les jeunes comme les vieux. Elle les Ă©vitait dans la rue, de loin dĂ©jĂ  elle les Ă©vitait, et elle avait peur avant mĂȘme de tourner la tĂȘte. Elle avait peur avant mĂȘme de tourner la tĂȘte. Elle avait peur avant mĂȘme de rĂ©aliser que c'Ă©tait l'odeur du camp qu'elle voyait dans leurs yeux. Elle Ă©tait toujours dans leurs yeux, la conscience du camp. «

Des destins bouleversants

9 étoiles

Critique de Saule (Sydney, Inscrit le 13 avril 2001, 60 ans) - 10 octobre 2011

J'ai beaucoup aimĂ© ce livre. En particulier, le destin de la jeune fille Zara est bouleversant et m'a remuĂ©. Peut-ĂȘtre, comme le dit Stavro, cette histoire des filles de l'est qu'on force Ă  se prostituer a-t-elle Ă©tĂ© mieux racontĂ©e par d'autres ? Mais pour moi c'Ă©tait nouveau.

Ca me fait penser Ă  un film, "De battre mon coeur s'est arrĂȘtĂ©", qui m'avait choquĂ©. On y voyait des gens qui brutalisaient des Ă©migrĂ©s pour les forcer Ă  libĂ©rer des squats. AprĂšs le film, je m'Ă©tais dis que ça ne pouvait pas exister des gens aussi mauvais, qui usent de la violence de maniĂšre gratuite sans pitiĂ©. Dans ce roman, on voit le sort rĂ©servĂ© Ă  des femmes, les brutalitĂ©s, et on hĂ©site Ă  croire que ça arrive vraiment. Malheureusement, si, certaines personnes sont des bĂȘtes.

L'aspect historique est un peu anecdotique, mais quand mĂȘme, on dĂ©couvre un pays dont je ne connaissais que le nom. Un petit bĂ©mol pour la fin, fastidieuse, comme le mentionne d'ailleurs une critique. Mais heureusement ce ne sont que quelques pages qui ne gĂąchent pas le reste.

Deux destins tragiques

7 étoiles

Critique de Ichampas (Saint-Gille, Inscrite le 4 mars 2005, 62 ans) - 20 septembre 2011

Le destin de ces deux femmes qui a priori, dans un premier temps, rien ne les lie, est tragique. Nous dĂ©couvrons que ce n’est pas le hasard qui les rĂ©unit. Les propos sont parfois violents mais sont nĂ©cessaires Ă  la comprĂ©hension des situations vĂ©cues. La structure du roman est un peu complexe, Ă©tait-elle nĂ©cessaire ? Certains lecteurs s’attendaient Ă  dĂ©couvrir l’Estonie, ce n’est pas le cas, le roman laisse tout simplement transparaitre l’ambiance rĂ©gnant dans un pays de l’est avant et aprĂšs l’effondrement du bloc soviĂ©tique.

Lecture poussive

4 étoiles

Critique de El grillo (val d'oise, Inscrit le 4 mai 2008, 52 ans) - 5 septembre 2011

A force d'entendre ou de lire du bien d'un roman, on fini sans doute par en attendre de trop. ça a été mon cas ici, sauf que j'en attendais pas grand chose, et pour ça, je n'ai pas été déçu finalement...
Certe, on en apprend de bonnes sur l'Estonie et ses rapports avec la Russie pendant et aprĂšs guerre, mais cela ne m'a pas suffit Ă  rendre cette lecture captivante, loin s'en faut. J'ai eu beaucoup de mal a rentrer en sympathie pour Zara, Aliide et consort, j'ai trouvĂ© l'Ă©criture banale. Donc hormis le dernier quart du livre oĂč le rythme est plus enlevĂ©, ce qui a Ă©veillĂ© je le reconnais mon intĂ©rĂȘt, j'ai peinĂ© Ă  me mettre au lit le soir pour attaquer ma lecture, c'est jamais bon signe...

Le sang de l'histoire...

10 étoiles

Critique de Fleur783 (, Inscrite le 8 décembre 2005, 73 ans) - 22 mai 2011

Magnifique roman retraçant la quĂȘte incessante de la dignitĂ©.
Pureté de l'écriture, pudeur des sentiments....trÚs fortes émotions.
Chef-d'oeuvre absolu !

Un récit éclaté

7 étoiles

Critique de Alma (, Inscrite le 22 novembre 2006, 80 ans) - 6 mai 2011

Les prĂ©cĂ©dentes critiques ayant parfaitement prĂ©sentĂ© et analysĂ© les diffĂ©rentes facettes du roman, je me contenterai de ne traduire ici que ma rĂ©action de lectrice partagĂ©e entre intĂ©rĂȘt et agacement.

IntĂ©rĂȘt pour son contenu et pour sa portĂ©e ( il ne servirait Ă  rien de reprendre les propos des autres CLiens et de les paraphraser) , intĂ©rĂȘt pour les personnages, en particulier pour Allide dont l’auteur distille progressivement les secrets, personnage ambigu, dans le dĂ©ni, porteuse d’une part d’obscuritĂ©. Rien de clair, de prĂ©cis pour Ă©voquer son passĂ©, tout est dans le non-dit, le suggĂ©rĂ© alors que pour relater le parcours de Zara, Sofi Oksanen adopte le ton cru du roman porno. On a alors l’impression d’ĂȘtre projetĂ© dans un autre roman.

Agacement face Ă  la construction de l’ouvrage, non Ă  cause de l’alternance des chapitres datĂ©s , et aux aller et retour dans le temps auxquels le roman contemporain nous a depuis longtemps habituĂ©s, mais Ă  cause de l’éparpillement des lettres de Hans, dont , pendant longtemps , on ne sait quel rapport il entretient avec l’intrigue ,et pourquoi ses lettres sont ainsi saupoudrĂ©es ; et Ă  la fin du roman, Ă  cause des compte-rendus des services secrets, censĂ©s confĂ©rer une forme d’authenticitĂ© Ă  cette fiction romanesque mais dont la lecture est fastidieuse et dont le style administratif fait oublier que nous avons lu un roman.

J’ai souvent eu l’impression que Sofi Oksanen compliquait à dessein l’organisation et la lecture de son ouvrage.

Un beau livre, pourtant , puissant, présentant des enjeux familiaux et politiques , et qui ne laisse pas indifférent.


l'asservissement

10 étoiles

Critique de Cyclo (Bordeaux, Inscrit le 18 avril 2008, 80 ans) - 7 avril 2011

1992 : l'Estonie est redevenue indépendante. Terrée dans sa ferme, la vieille Aliide Truu, dont le mari était membre du parti communiste, est harcelée par de jeunes voyous dont elle redoute les violences. Sa fille Talvi vit en Finlande, et elle ne la voit pas souvent. Aussi, lorsqu'elle trouve dans son jardin une jeune femme en guenilles, Zara, apeurée et épuisée, "boueuse, loqueteuse et malpropre", couverte d'ecchymoses, elle hésite un moment à lui ouvrir sa porte, craignant qu'il ne s'agisse d'un artifice pour la voler. Elle la fait pourtant entrer dans sa maison, la soigne, lui fait prendre un bain, mais chacune reste sur ses gardes, avec ses propres inquiétudes. Mais peu à peu, les deux femmes vont apprendre à s'apprivoiser, la confiance s'installant lentement, au fil de la remontée de leurs souvenirs. Car Zara n'est pas arrivée ici par hasard... Elle est en effet la petite-niÚce d'Aliide, qui ignorait son existence.
AprĂšs la chute de l'URSS, Zara a quittĂ© Vladivostok pour l'Ouest oĂč on lui a fait miroiter des gains faciles, mais elle y est piĂ©gĂ©e par la mafia de la prostitution. Aliide, de son cĂŽtĂ©, a subi les violences morales et physiques au moment des changements successifs de rĂ©gimes dans les annĂ©es 40 (en 1939 occupation par l'ArmĂ©e rouge, puis en 1941 par les Allemands, en 1944 reprise par les Russes), et n'a dĂ» son salut qu'Ă  son mariage inespĂ©rĂ© avec Martin Truu, elle qui Ă©tait partie pour rester vieille fille. Elle est toujours restĂ©e amoureuse de son beau-frĂšre, Hans Pekk, violemment anti-communiste, trĂšs liĂ© aux Allemands, et qui a dĂ» se cacher Ă  partir de 1945. À dĂ©faut de trouver Hans, les autoritĂ©s soviĂ©tiques dĂ©portent en SibĂ©rie sa femme Ingel et sa fille Linda. Et Aliide continue Ă  cacher Hans pendant plusieurs annĂ©es.
Tout ce passĂ© ressurgit entre les deux femmes, parce qu'elles ont Ă©tĂ© victimes d'humiliations sans nom (torture pour faire avouer Ă  Aliide en 1945 oĂč est Hans, viols et coups de la part des proxĂ©nĂštes pour Zara, attention, certains passages sont trĂšs noirs et crus, l'auteur ne nous cache rien de la violence des rapports de domination). Et qu'elles sont toujours dans la crainte : Aliide pour avoir Ă©tĂ© "complice" du rĂ©gime (mais il y allait de sa survie), Zara parce qu'ayant assassinĂ© un chef maffieux pour pouvoir s'Ă©chapper, se sait poursuivie ("Le temps Ă©tait comptĂ©. Pacha et Lavrenti la retrouveraient, cela ne faisait aucun doute"). C'est ainsi que la cachette de Hans va de nouveau servir Ă  dissimuler Zara Ă  ses poursuivants cette fois.
Un roman fort sur la guerre des empires, les bassesses humaines, les purges et les dĂ©portations, les mensonges, les superstitions, l'effondrement du communisme, les traumatismes de toute sorte, l'illusion de l'Ă©migration vers l'Occident, et aussi sur l'amour, et plus exactement sur la jalousie, car Aliide et Ingel ont aimĂ© le mĂȘme homme, Hans Pekk. Et, en fin de compte, un roman sur l'absence d'amour (on ne sait plus ce qu'aimer veut dire), sur un monde sans perspectives, oĂč tout se tait. Un roman pas si facile Ă  lire, car il est constituĂ© de multiples retours en arriĂšre, en un montage parallĂšle assez complexe. Une derniĂšre partie Ă©claire d'un autre jour les donnĂ©es Ă  partir de rapports des services secrets, sans dĂ©voiler tous les mystĂšres restants. Mais Purge est un livre passionnant, presque trop dense. L'auteur, dont le pĂšre est finlandais et la mĂšre estonienne, a certainement construit le livre Ă  partir de donnĂ©es prĂ©cises. Enfin, c'est un roman sur les femmes, les hommes jouent un rĂŽle secondaire, quoique presque toujours nĂ©faste. Et un roman qui vĂ©rifie l'assertion "Les deux grandes mĂ©taphores du XXĂšme siĂšcle : le camp de concentration et la pornographie – toutes les deux sous l'angle de l'asservissement, de l'esclavage"
(Imre Kertész, Journal de galÚre) : oui, la déportation vers les camps comme la pornographie (ici le proxénétisme mafieux) sont asservissants.
Une carte et une chronologie de l'histoire de l'Estonie permettent de mieux se repérer dans l'espace et dans le temps, mais personnellement je n'ai pas eu à les utiliser, le roman se lit trÚs bien sans ça.

C'est à la femme que l'homme a imposé le joug

7 étoiles

Critique de Silex (dole, Inscrit le 13 mars 2011, 0 ans) - 13 mars 2011

Dans la foulĂ©e de " Millenium" de plus en plus de romans nous parviennent des froides contrĂ©es scandinaves et " Purge" de Sofi Oksanen est probablement un des plus percutants et Ă©mouvants de ces derniĂšres annĂ©es. Ce roman publiĂ© en 2010 chez Stock est le troisiĂšme de ce jeune auteur finlandais et le premier traduit en français. Il a d’abord Ă©tĂ© un vĂ©ritable phĂ©nomĂšne en Finlande et il est actuellement traduit dans de nombreuses langues. Sofi Oksanen a 33 ans, un look de geisha gothique et une plume dĂ©capante.

Ce roman Ă©tait au dĂ©part une piĂšce de théùtre. Il met en scĂšne, en 1992, la rencontre de deux femmes: la vieille Aliide et la jeune Zara. Il se dĂ©roule en grande partie en Estonie, pays plus scandinave que balte, et il conte, Ă  partir de leur rencontre, l’histoire de ces deux femmes qui ont traversĂ© chacune l’histoire de l’URSS pour l’une puis de la nouvelle Russie pour l’autre. Cette rencontre n’est pas un hasard mais seule la plus jeune le sait.

Aliide termine sa vie terrĂ©e dans sa maison perdue dans un village estonien, la mĂ©moire lourdement chargĂ©e de son histoire liĂ©e au destin de son pays: elle a connu le bruit des bottes, celles des rouges puis celles des nazis et Ă  nouveau celles des rouges. Elle s’est accommodĂ©e comme elle pouvait du destin cruel et rĂ©pĂ©titif de ces petites rĂ©publiques soviĂ©tiques satellites en se recroquevillant sur elle-mĂȘme mais en vivant une tragique histoire d’amour. Le titre du roman " Purge" ne s’applique pas directement Ă  elle mais elle a tentĂ© de survivre au mieux dans cet enfer stalinien en tirant peut-ĂȘtre profit de l’histoire pour, telle une tragĂ©dienne, vivre cet amour qui n’était pas partagĂ©. D’une façon empreinte d’une certaine malignitĂ© elle a utilisĂ© les mĂ©thodes de l’époque pour faire disparaitre sa rivale et pouvoir avoir Ă  elle et Ă  sa façon l’homme qu’elle aime.

Zara, elle, est le fruit de ces purges et a connu le destin violent de ces pauvres filles piĂ©gĂ©es par le miroir aux alouettes de l’occident, pensant s’en sortir aprĂšs avoir vendu son Ăąme et son corps aux mafias russes ultra violentes nĂ©es aprĂšs la chute de l’empire soviĂ©tique. Pour sauver sa vie et sa mĂ©moire elle retrouve, au bout de tout, Aliide qui, elle, ne sait pas encore qui elle est.

Le roman est articulĂ© autour d’un huis-clos entre ces deux femmes avec de multiples retours en arriĂšre vers les pĂ©riodes charniĂšres de l’histoire contemporaine de l’Estonie. Les mots et les sentiments sont forts, violents parfois crus mais reflĂštent le climat dans lequel ces deux femmes ont vĂ©cu, Ă  des pĂ©riodes diffĂ©rentes, mais constamment sous le joug de la brutalitĂ© d'abord idĂ©ologique puis mafieuse. La lecture de ce livre est difficile en raison de ces flash-backs incessants ne respectant aucune chronologie particuliĂšre nous plongeant dans l’Estonie d’avant-guerre, puis d’aprĂšs-guerre en passant par Vladivostok ou Berlin en 1991 pour nous ramener brutalement en pleine 2Ăšme guerre mondiale ou dans l’URSS stalinienne de l’aprĂšs-guerre. Nous suivons l’itinĂ©raire des petits dignitaires communistes, des rĂ©sistants de la forĂȘt estonienne ou des mafieux trafiquants de femmes des annĂ©es 90. L’homme est prĂ©sentĂ© de maniĂšre assez univoque dans toute sa violence et la femme dans sa triste condition, quelle que soit l’époque. Savoir que ce roman fut d’abord une piĂšce de théùtre mettant en scĂšne la rencontre de ces deux femmes permet de suivre plus facilement le cheminement de l’auteur qui nous livre un vĂ©ritable documentaire d’une prĂ©cision inouĂŻe sur ces pays si petits, si mĂ©connus et pourtant si proches de nous. L’extrĂȘme minutie avec laquelle sont dĂ©crits chaque piĂšce de la maison d’Aliide, chaque repas ou dĂ©coction dont elle a le secret, chaque regard, chaque silence nous plonge souvent dans un profond sentiment de malaise propre Ă  ces romans venus du froid dont nous n’avons pas l’habitude. Il s’agit d’un habile mĂ©lange entre cette littĂ©rature propre et les grands classique russes qui ont baignĂ© la jeunesse de l’auteur. A ce moment de la critique littĂ©raire il faut parler, une fois n’est pas coutume, de la traduction de ce roman Ă©crit en finnois, langue improbable et mystĂ©rieuse, proche du hongrois, on se demande bien pourquoi!!!Le traducteur est SĂ©bastien Cagnoli et son travail pour rendre au mieux l’atmosphĂšre Ă©touffante et tragique de cette oeuvre est absolument prodigieux permettant au lecteur francophone de pĂ©nĂ©trer dans cette Ă©trange histoire.

Beaucoup de critiques ont parlĂ© de chef d’oeuvre ce qui semble exagĂ©rĂ© Ă  l’humble lecteur que je suis. Cependant, en tant qu’homme, on ne peut rester insensible Ă  ces deux terribles vies de femmes symbole de celles de millions d’autres Ă  travers le monde. Ce roman n’a pas vĂ©ritablement de fin permettant de souhaiter une vie enfin digne Ă  ces deux femmes.

L'enfer, d'est en ouest ...

9 étoiles

Critique de BMR & MAM (Paris, Inscrit le 27 avril 2007, 66 ans) - 23 février 2011

Prix Femina étranger, ce bouquin avait fait, à l'automne dernier, la Une de la rentrée littéraire et de nombreux blogs.
Il faut dire qu'avec Purge, la jeune finno-estonienne de 34 ans Sofi Oksanen a frappé fort.
TrÚs fort, façon coup de poing.
Lors d'un voyage il y a quelques annĂ©es Ă  Riga et Talinn on avait Ă©tĂ© scotchĂ©s par l'Ă©tonnant musĂ©e, je cite, des occupations nazie et soviĂ©tique ... les habitants de ces pays baltes ont en effet un point de vue dĂ©capant sur ces deux grands bouleversements du XX° siĂšcle. Pour eux les invasions allemandes et russes sont Ă  mettre sur le mĂȘme plan, bonnet blanc et blanc bonnet. Ils accueillirent Ă  bras ouverts les nazis venus les dĂ©livrer des soviĂ©tiques, puis accueillirent de nouveau dans les mĂȘmes bras, l'armĂ©e rouge en route pour Berlin. Ils s'en repentirent en attendant la chute du Mur.
Les baltes manquaient peut-ĂȘtre de discernement gĂ©opolitique mais surtout ils se trouvaient vraiment mal placĂ©s, juste lĂ  oĂč il ne fallait pas et ils furent victimes du pacte germano-soviĂ©tique comme des accords de Yalta.

[...] - Roosevelt va venir !
- Roosevelt est mort.
- L'Ouest ne nous oubliera pas !
- Ils nous ont déjà oubliés. Ils ont gagné et oublié.

C'est sur ce fond historique que Sofi Oksanen peint sa toile.
En 1992, une vieille mamie estonienne fait ses conserves dans sa ferme des environs de Tallinn.
Un beau matin, elle découvre une jeune fille perdue dans sa cour.
Mais visiblement cette jeune fille paumée n'est pas arrivée là par hasard ...
Quel est est le lien qui unit ces deux générations ?
On le découvrira au fil de toute une série de flash-backs qui vont éclairer la vie de ces deux femmes.
Comme on l'évoquait plus haut, elles ont traversé (et subi) les grands bouleversements du siÚcle, non sans dommages.
Et Sofi Oksanen se charge de nous faire partager les souffrances de ces deux femmes détruites.
C'est un bouquin choc, dur, Ă  ne pas mettre en toutes les mains. Ou plutĂŽt si : Ă  mettre entre toutes les mains, il faut lire cette histoire, il faut comprendre notre siĂšcle.
Une histoire qui serait un peu la version estonienne des hommes qui n'aimaient pas les femmes ...
La jeune Zara revient d'un exil forcé à Vladivostok. Attirée par les lumiÚres de l'ouest, elle est passée par la case bordel à Berlin avant d'atterrir dans la cour de la vieille Allide.
Mais la vieille Aliide n'a pas eu la vie beaucoup plus facile. Peut-ĂȘtre pire.
Et quel est donc le lien qui unit ces deux femmes, peut-ĂȘtre contre leur grĂ© ?
On n'en dévoile pas plus, vous décrouvrirez toute l'histoire, toute l'Histoire, au fil des pages.
Au fil des chapitres sont égrénées les pages d'un vieux cahier mystérieux, découvert dans un placard de la ferme d'Allide.
Qui est ce Hans qui y était enfermé ? Combien de temps y est-il resté et pourquoi ?

[...] Elle ramena l'armoire devant la porte et alla nettoyer le sang sur le sol de la cuisine.

Un prénom par ici, une soeur par là, un mari à telle ou telle époque ... peu à peu Sofi Oksanen nous livre les piÚces d'un terrible puzzle dont on se doute que l'image finale ne sera pas bien belle à regarder ...
On pourrait se croire parfois dans un polar mais on est vite rattrapé par l'Histoire et son cortÚge de malheurs. Des choses terribles capables de vous détruire une femme, une vie, une famille, ...
La vieille Aliide n'a plus qu'une idĂ©e dans sa pauvre tĂȘte : faire ses conserves et remplir sa cave ...
Ce bouquin, fort bien écrit, est l'occasion éprouvante mais idéale de découvrir ces petits pays méconnus malmenés par l'Histoire, notre Histoire commune.
Que cette terrible et sombre histoire ne vous empĂȘche pas d'aller visiter Tallinn et surtout Riga : deux trĂšs belles capitales. Les allemands sont partis, les russes ... presque ... l'URSS avait mis en place un plan d'immigration massive, notamment en Estonie : aujourd'hui encore, prĂšs d'1/3 de la population est russophone. On se souvient peut-ĂȘtre des Ă©vĂ©nements qui avaient agitĂ© ce pays il y a peu. C'Ă©tait en 2007.

Une double épreuve...

8 étoiles

Critique de Isis (Chaville, Inscrite le 7 novembre 2010, 81 ans) - 18 janvier 2011

Voici un livre dont on ne sort pas indemne, tant il est éprouvant, à la fois par le fond de l'histoire racontée, que par la forme de la narration faite d'incessants flashbacks de l'aprÚs 91 aux années 30,40 et 50.
Petit à petit le puzzle familial et politique se reconstitue et le lecteur qui aura surmonté ces deux obstacles sera, certes, largement récompensé de sa persévérance.

Pas mal ou bien ?

8 étoiles

Critique de Senoufo (, Inscrit le 9 janvier 2009, 67 ans) - 21 novembre 2010

Je ne suis pas déçu pas ce roman.
Contrairement à d'autres, je ne m'attendais, ni ne souhaitais lire un livre pour découvrir l'Estonie. il y a des livres d'histoire et de géographie pour cela.
Contrairement Ă  d'autres, j'ai l'impression que l'intrigue principale est autour cette vieille estonienne; l'histoire du destin de certaines filles de l'Est n'est lĂ  que pour faire se rencontrer les deux femmes, sinon comment auraient-elles pu le faire ?
Contrairement à d'autres, je ne sais pas si cette écrivaine finnoise visait particuliÚrement la rentrée littéraire en France ( Mais j'ai ma petite idée ...).

Que reste-t-il aprĂšs cette lecture ?

Une certaine qualitĂ© d'Ă©criture ( Que ceux qui n'aiment pas retournent lire Levy et Werber). Un dĂ©coupage intĂ©ressant. On n'a qu'Ă  imaginer l'histoire racontĂ©e de façon linĂ©aire pour comprendre ce que cela apporte. Et puis l'histoire de cette femme, dont la jalousie, peut-ĂȘtre la haine et puis l'amour ont façonnĂ© la vie.

Prometteur, mais...

5 étoiles

Critique de Rouchka1344 (, Inscrite le 31 août 2009, 35 ans) - 6 novembre 2010

J'ai enfin fini le livre dont on parle pas mal depuis quelques temps. "Purge" commence bien, le début et l'histoire semblent vraiment prometteurs et intéressants. Pour une fois, on va nous parler d'un pays que je ne connais absolument pas : l'Estonie. Mais, c'est là que ça coince.

En effet, m'attendant Ă  un livre parlant de l'Estonie et de son Histoire, j'ai vraiment Ă©tĂ© déçue par cette superficialitĂ© du contexte historique. A croire qu'Oksanen ne connaĂźt pas trĂšs bien son sujet et n'a utilisĂ© l'Estonie que comme dĂ©cor de mise en scĂšne pour placer l'histoire de son roman. LĂ -dessus, j'ai eu le sentiment de m'ĂȘtre fait avoir et qu'on m'ait prise pour une imbĂ©cile.
L'auteure nous donne, quand mĂȘme, une carte qui m'a franchement bien aidĂ©e ainsi que quelques dates utiles mais incomplĂštes, comme si Oksanen nous disait "DĂ©brouillez-vous avec ça, j'ai mon roman Ă  finir".

Mise Ă  part ce gros point noir de ce roman, l'histoire en elle-mĂȘme n'est pas mauvaise, il y a de bonnes idĂ©es mais je le sentiment qu'Oksanen aurait pu creuser un peu plus ses personnages masculins et fĂ©minins (Ă  part le personnage d'Aliide qui est bien). En fait, le tout manque de profondeur.

En tout cas, j'avais espéré un roman nous parlant d'un pays qui avait souffert, un pays qui avait perdu à de nombreuses reprises son identité. Au lieu de ça, Oksanen réaffirme les clichés que l'on peut avoir sur ces anciens pays de l'URSS (par exemple la prostitution). D'ailleurs on aurait pu me dire que le roman se passait en Biélorussie, je n'aurais pas vu la différence.

C'est un roman superficiel qui aurait pu ĂȘtre grandiose si il avait Ă©tĂ© plus creusĂ©.

L'aprĂšs guerre froide en images d'Epinal

3 étoiles

Critique de Stavroguine (Paris, Inscrit le 4 avril 2008, 42 ans) - 1 novembre 2010

On sent Ă  la lecture de Purge que son auteur veut avant tout Ă©voquer ses racines, comme un hommage Ă  ses aĂŻeux, surtout comme une de ces quĂȘtes vers soi un peu trop Ă  la mode et artificielles, comme si se rapprocher d’oĂč l’on vient permettait de mieux entrevoir oĂč l’on va. Ce chez-soi romantique, pour Sofi Oksanen, c’est l’Estonie de ses ancĂȘtres ; mais la prĂ©sentation qu’elle en fait, si elle a le mĂ©rite d’exister, n’en reste pas moins bien superficielle, tout juste quelques dates jetĂ©es en annexe comme un os Ă  ronger et, pas plus Ă©voquĂ©es qu’un Ă©lĂ©ment de contexte quelconque, un arbre ou une rue dans le dĂ©cors qui serviraient de cadre Ă  l’action, les occupations successives de l’Allemagne nazie et de l’Union SoviĂ©tique. Si Oksanen nous fait dĂ©couvrir l’Estonie, c’est donc vĂ©ritablement au sens propre du terme et ces quelques rudiments, s’ils peuvent bien susciter une curiositĂ© et pousser certains Ă  se lancer dans des recherches plus avancĂ©es sur le sujet, ne contenteront vraiment que ceux qui ignoraient pour ainsi dire jusqu’à l’existence de ce pays dont l’avenir est pourtant commun au nĂŽtre.

La seconde prĂ©occupation de l’auteur, qu’elle dĂ©veloppe dans ce cadre, c’est de raconter le destin tragique des filles de l’Est depuis plus de cinquante ans. Son premier sujet est Ă  la fois le plus universel et le plus insignifiant : une simple rivalitĂ© amoureuse entre sƓurs dont les consĂ©quences, en plus d’ĂȘtre tragiques, nous rendront particuliĂšrement antipathique un des personnages principaux du roman, entraĂźnant un certain dĂ©sintĂ©rĂȘt quant Ă  son sort. Un autre personnage, l’homme objet de ladite rivalitĂ© (voire, l'homme-objet tout court), semblera quant Ă  lui remarquablement creux et insignifiant, ce qui semble ĂȘtre le lot de chacun des personnages masculins de ce roman, tous Ă©trangement unidimensionnels. L’auteur se dĂ©finit comme fĂ©ministe et cela se ressent fortement dans sa plume. Il n’y a en soi aucun mal Ă  cela et nombre d’auteurs talentueux partageaient des convictions similaires ou proches de celles d’Oksanen. Seulement, le sujet est ici mal traitĂ© et ne dĂ©coule que sur une accumulation de clichĂ©s, ceci malgrĂ© tout le tragique des existences Ă©voquĂ©es. La premiĂšre de ces tragĂ©dies vĂ©ritables jettera une jeune fille aux mains de la police soviĂ©tique avec le lot de dĂ©tentions arbitraires, viols, exils forcĂ©s et dĂ©portations imposĂ© par l’exercice, mais Ă©voquĂ© pourtant avec une pudeur bienvenue, laissant plus de place Ă  d'Ă©loquents non-dits qu’à un Ă©talage de sĂ©vices Ă  la fois rĂ©pugnant et racoleur. Cette discrĂ©tion ne sera malheureusement pas de mise pour ce qui est de la seconde tragĂ©die, celle de Zara, nĂ©e Ă  l’Est et leurrĂ©e, Ă  la tombĂ©e du mur, par les sirĂšnes de l’Ouest oĂč elle finira prostituĂ©e et pourchassĂ©e par ses souteneurs, et dont le sort sera quant Ă  lui narrĂ© Ă  grand renfort de "bites", de partouzes et de clichĂ©s Ă  caractĂšre pornographique qui ponctuent le texte de maniĂšre bien trop rĂ©currente. Outre ces choix narratifs contestables, un problĂšme plus grand encore rĂ©side dans le fait que ce sujet a dĂ©jĂ  maintes fois Ă©tĂ© abordĂ© et de façon souvent plus convaincante, notamment au cinĂ©ma dans le poignant Lilja 4-ever ou plus rĂ©cemment dans Les Promesses de l’ombre de Cronenberg.

Qu’y a-t-il donc Ă  retenir de ce livre ? Une histoire qui aurait pu se rĂ©vĂ©ler intĂ©ressante mais tellement mal traitĂ©e que tout ou presque se retourne contre elle, Ă  commencer par cette construction en flashbacks qui, si elle constitue d’abord une accroche formidable, apparaĂźt bien vite comme ce qu’elle est : un leurre narratif aussi superficiel que le reste du roman. Celui-ci, sous des airs prĂ©tentieux, se contente finalement de fournir au lecteur le minimum de ce qu’il est en droit d’attendre d’un auteur publiĂ© : une histoire pas trop mauvaise Ă©crite sans faute d’orthographe. L’analyse psychologique des personnages et le dĂ©veloppement du contexte historique, s'ils sont tous deux pourtant prometteurs sur le papier, se rĂ©vĂ©leront au-dessus des forces et des capacitĂ©s de l'auteur dont les qualitĂ©s d'analyse semblent par trop limitĂ©es pour fournir une oeuvre qui soit plus qu'un roman lambda de rentrĂ©e littĂ©raire, formatĂ© et destinĂ© sans doute Ă  glaner quelques prix, sans apparaĂźtre jamais Ă  la hauteur des ambitions placĂ©es en lui. D'un point de vue commercial, on appelle une telle oeuvre un succĂšs. Pour d'autres, c'est une dĂ©ception.

Rouge et noir

9 étoiles

Critique de Marvic (Normandie, Inscrite le 23 novembre 2008, 67 ans) - 31 octobre 2010

Rouge: l'Histoire de ce pays qu'est l'Estonie, coincé entre l'Allemagne hitlérienne et l'Union Soviétique. Envahie tour à tour par les fascistes ou les communistes en quelques années.
Autant de violence, de peurs, de dictature sous les dominations russes ou allemandes. (Les grandes dates de cette nouvelle république sont rappelées à la fin du livre).
Encore une page d'histoire que je ne connaissais peu ou pas et que ce roman m'a permis de "rencontrer" de l'intérieur.

Noir: comme le destin des deux héroïnes.
Aliide était une jeune fille pendant la premiÚre guerre mondiale; amoureuse du mari de sa soeur, "pro-allemand", elle va pourtant se marier avec un communiste.
Zara, jeune fille élevée à l'Est, va vivre une tragédie en voulant devenir une fille de l'Ouest.

Une histoire douloureuse de trahison, de violence, de peur viscérale; Malgré la narration de scÚnes difficiles, on est accroché par la rencontre de ces deux femmes, par le voile levé doucement sur les secrets de ces vies martyrisées.
Difficile de passer Ă  une autre lecture quand on ferme ce livre...

Les européens devraient apprendre à mieux connaßtre l'Estonie

9 étoiles

Critique de Tanneguy (Paris, Inscrit le 21 septembre 2006, 87 ans) - 30 octobre 2010

Et c'est probablement le but que s'est fixĂ© la jeune romanciĂšre Sofi Oksanen. Elle le fait magistralement avec ce roman qui, par petites touches pleines de sensibilitĂ©, nous fait revivre l'histoire rĂ©cente de ce pays martyrisĂ© Ă  plusieurs reprises, par les Russes, par les Allemands nazis, puis Ă  nouveau par les SoviĂ©tiques, avant d'ĂȘtre livrĂ© Ă  tous les excĂšs du libĂ©ralisme dĂ©bridĂ© et mafieux.

Le rĂ©cit commence par l'arrivĂ©e dramatique d'une jeune fille Ă©puisĂ©e dans la cour de la ferme d'une vieille grand'mĂšre peu disposĂ©e Ă  accueilir cette Ă©pave pourchassĂ©e par des bandits assez effrayants ; d'autant qu'elle-mĂȘme ne tient pas Ă  ce qu'on dĂ©couvre quelques Ă©pisodes peu glorieux de son existence. Pourtant la magie va opĂ©rer et elles vont s'apprivoiser mutuellement. Nous allons progressivement dĂ©couvrir leurs secrets et en mĂȘme temps nous familiariser avec l'histoire de l'Estonie.

Une écriture tout en nuances, un récit magistral heureusement éclairé par une carte de la zone et un rappel des dates principales de l'histoire officiel.

Encore bravo Ă  Sofi Oksanen !

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  Bravo pour le prix ! 113 Tanneguy 28 juillet 2013 @ 11:58


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