La chambre de Mariana de Aharon Appelfeld
( Pirhe ha'afela)
Catégorie(s) : LittĂ©rature => Moyen Orient
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Un nouveau "Journal d'Anne Frank"
Pendant la Seconde Guerre Mondiale, dans le ghetto juif d'une petite ville d'Ukraine, la mĂšre d'Hugo, pharmacienne gĂ©nĂ©reuse et trĂšs aimĂ©e des habitants, confie son fils Ă Mariana, une ancienne camarade de classe qui travaille maintenant dans une maison close. Les Allemands traquent les juifs pour les envoyer dans des camps de concentration. Ceux-ci se cachent et dissimulent leurs enfants comme ils peuvent souvent en les confiant Ă des amis ou Ă des proches, ceux qu'on appellera plus tard « Les Justes ». Hugo devra donc vivre dans un rĂ©duit sans fenĂȘtre et sans chauffage pendant que Mariana recevra ses clients. Il ne pourra accĂ©der Ă la chambre que quand Mariana sera seule. Toute l'existence de l'enfant est donc suspendue aux bruits qu'il entend, aux scĂšnes qu'il devine Ă travers la cloison. Dans la peur et l'angoisse, il fait la dĂ©couverte des massacres en train de se perpĂ©trer ainsi que celle des mystĂšres du sexe tarifĂ©. Un jour, la Wehrmacht reflue et l'ArmĂ©e rouge arrive. Panique dans le bordel, il faut fuir car il est Ă craindre que les Russes passent par les armes les prostituĂ©es coupables d'avoir couchĂ© avec des Allemands...
Partiellement inspirĂ© de la vie de l'auteur qui a vu sa mĂšre tuĂ©e, s'est retrouvĂ© Ă l'Ăąge de dix ans dĂ©portĂ© en compagnie de son pĂšre, et qui a rĂ©ussi Ă s'Ă©vader et Ă survivre dans la forĂȘt avec des marginaux, des voleurs et des prostituĂ©es. « J'Ă©tais blond et je pouvais facilement passer pour un petit ukrainien... » dira-t-il. Un livre trĂšs Ă©mouvant qui fait penser au cĂ©lĂ©brissime « Journal d'Anne Frank », sur le mĂȘme thĂšme de la rĂ©clusion mais dans un contexte un peu diffĂ©rent. Hugo a beaucoup d'imagination, il se rĂ©fugie dans le rĂȘve et l'onirisme. Il est capable de faire apparaĂźtre ses parents qui lui manquent tant, ainsi que ses amis ou les gens de sa famille. Le style d'Appelfeld agrĂ©able Ă lire ajoute encore Ă la qualitĂ© de ce livre remarquable surtout en raison de la personnalitĂ© exceptionnelle de Mariana, la putain au grand coeur.
Les éditions
La chambre de Mariana [Texte imprimé] Aharon Appelfeld traduit de l'hébreu par Valérie Zenatti
de Appelfeld, Aharon Zenatti, Valérie (Traducteur)ISBN : 9782879295725 ; 20,30 ⏠; 07/02/2008 ; 317 p. Broché
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La chambre des vertiges
Critique de Poet75 (Paris, Inscrit le 13 janvier 2006, 69 ans) - 2 novembre 2021
Dans La Chambre de Mariana, publiĂ© en 2006, lâon retrouve prĂ©cisĂ©ment certains de ces Ă©lĂ©ments. Câest dâun garçon, ayant onze ans au dĂ©but du rĂ©cit et prĂ©nommĂ© Hugo, dont il est question. Sa mĂšre, au moment de fuir le ghetto afin dâessayer dâĂ©chapper Ă la dĂ©portation, prĂ©fĂšre se sĂ©parer de son fils en le confiant Ă une femme dont elle fut lâamie durant son enfance, Mariana, persuadĂ©e que cette derniĂšre pourra le protĂ©ger bien mieux quâelle-mĂȘme. Mariana ne se fait pas prier, elle accueille lâenfant, dâautant plus quâil se trouve dans un recoin de sa chambre un rĂ©duit, certes glacial mais discret, oĂč elle pourra facilement le soustraire aux regards inquisiteurs. Or, il se trouve que Mariana travaille dans une maison close oĂč lâon reçoit, dâailleurs, un nombre important de soldats allemands !
Ce thĂšme de lâenfant recueilli par une prostituĂ©e, Aharon Appelfeld lâa explorĂ© dans dâautres de ses romans, mais peut-ĂȘtre jamais avec autant dâintensitĂ© que dans ce livre. Dans son rĂ©duit ou dans la chambre, lorsque Mariana lây reçoit, Hugo fait lâexpĂ©rience de sentiments totalement ambivalents. Dâune part, il y a la peur car, comme on le lui affirme plus dâune fois, les Allemands sont dĂ©cidĂ©s Ă retrouver tous les Juifs et Ă les dĂ©porter dans des camps. Dâautre part, il y a les longues heures de solitude et dâennui, durant lesquels Hugo sâĂ©vade par le rĂȘve, songeant Ă ses parents et Ă son oncle Sigmund, homme promis Ă un bel avenir mais qui sombra dans lâalcoolisme avant dâĂȘtre pris dans une rafle. Enfin, il y a lâĂ©veil Ă la sensualitĂ© car, bien sĂ»r, la prĂ©sence de Mariana ne peut le laisser indiffĂ©rent. Quand elle reçoit des clients, lâenfant, cachĂ© dans son rĂ©duit, nâen entend pas moins les bruits, les discussions, souvent les disputes. Car Mariana nâest pas du genre Ă laisser faire aux hommes tout ce quâils veulent. En vĂ©ritĂ©, elle est malheureuse et, elle aussi, comme lâoncle Sigmund, trouve un exutoire dans lâalcool. Mais avec Hugo, chaque fois quâelle le peut, elle fait preuve dâune tendresse et dâun dĂ©vouement sans limites, le recevant volontiers dans son lit, chaque fois que câest possible, et lui accordant mĂȘme des moments de trĂšs grande intimitĂ©.
Mariana, trop insoumise, ayant Ă©tĂ© congĂ©diĂ©e par la tenanciĂšre de la maison close, Hugo est confiĂ©e, par celle-ci, pendant un temps, aux bons soins de Nacha, une autre prostituĂ©e, mais beaucoup plus distante. NĂ©anmoins, câest bien Mariana que Hugo retrouve, pour finir, Ă lâheure de la dĂ©faite des Allemands. Mais ce qui, pour les uns, procure la joie, pour dâautres, procure une autre forme de dĂ©tresse. Arrivent les soldats russes, bien dĂ©cidĂ©s Ă ne pas faire de cadeaux Ă celles et ceux qui se sont montrĂ©s accueillants pour les Allemands, entre autres les prostituĂ©es. Pour Hugo et Mariana, commence un temps dâerrance dans la forĂȘt, dans lâespoir de pouvoir se cacher et survivre. Cette tentative de fuite, câest aussi lâoccasion dâĂ©changes et de confidences : Mariana, pressentant que sa vie sâachĂšvera bientĂŽt, se livre Ă Hugo dans toute sa vĂ©ritĂ©, voulant lui laisser en hĂ©ritage ce quâil y a de meilleur chez elle. « Prends de Mariana ce quâil y a en elle, et jette lâĂ©corce », dit-elle en substance Ă lâenfant. Car, et câest tout le paradoxe dâune femme qui ne manque pas de complexitĂ©, si elle a suscitĂ© chez Hugo lâĂ©veil de sa sensualitĂ©, elle lâa aussi guidĂ© sur un chemin de spiritualitĂ©. Lâun et lâautre. Ă la fin du roman, la voyant en rĂȘve, Hugo lâentend dire Ă son sujet : «⊠je lâai armĂ© dâune grande foi. » Elle qui nâĂ©tait pas juive a conduit lâenfant sur un chemin de redĂ©couverte de la foi. Câest une des grandes impressions que laisse ce superbe roman quand on en termine la lecture : Mariana, la prostituĂ©e rebelle, Ă©tait un ĂȘtre de lumiĂšre.
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| Disparition de Aharon Appelfeld | 2 | Patman | 5 janvier 2018 @ 01:53 |


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