La chambre de Mariana de Aharon Appelfeld

La chambre de Mariana de Aharon Appelfeld
( Pirhe ha'afela)

Catégorie(s) : LittĂ©rature => Moyen Orient

Critiqué par CC.RIDER, le 11 avril 2010 (Inscrit le 31 octobre 2005, 68 ans)
Critiqué par CC.RIDER, le 11 avril 2010 (Inscrit le 31 octobre 2005, 68 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 9 Ă©toiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 6 Ă©toiles (23 856ème position).
Discussion(s) : 1 (Voir »)
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Un nouveau "Journal d'Anne Frank"

Pendant la Seconde Guerre Mondiale, dans le ghetto juif d'une petite ville d'Ukraine, la mĂšre d'Hugo, pharmacienne gĂ©nĂ©reuse et trĂšs aimĂ©e des habitants, confie son fils Ă  Mariana, une ancienne camarade de classe qui travaille maintenant dans une maison close. Les Allemands traquent les juifs pour les envoyer dans des camps de concentration. Ceux-ci se cachent et dissimulent leurs enfants comme ils peuvent souvent en les confiant Ă  des amis ou Ă  des proches, ceux qu'on appellera plus tard « Les Justes ». Hugo devra donc vivre dans un rĂ©duit sans fenĂȘtre et sans chauffage pendant que Mariana recevra ses clients. Il ne pourra accĂ©der Ă  la chambre que quand Mariana sera seule. Toute l'existence de l'enfant est donc suspendue aux bruits qu'il entend, aux scĂšnes qu'il devine Ă  travers la cloison. Dans la peur et l'angoisse, il fait la dĂ©couverte des massacres en train de se perpĂ©trer ainsi que celle des mystĂšres du sexe tarifĂ©. Un jour, la Wehrmacht reflue et l'ArmĂ©e rouge arrive. Panique dans le bordel, il faut fuir car il est Ă  craindre que les Russes passent par les armes les prostituĂ©es coupables d'avoir couchĂ© avec des Allemands...
Partiellement inspirĂ© de la vie de l'auteur qui a vu sa mĂšre tuĂ©e, s'est retrouvĂ© Ă  l'Ăąge de dix ans dĂ©portĂ© en compagnie de son pĂšre, et qui a rĂ©ussi Ă  s'Ă©vader et Ă  survivre dans la forĂȘt avec des marginaux, des voleurs et des prostituĂ©es. « J'Ă©tais blond et je pouvais facilement passer pour un petit ukrainien... » dira-t-il. Un livre trĂšs Ă©mouvant qui fait penser au cĂ©lĂ©brissime « Journal d'Anne Frank », sur le mĂȘme thĂšme de la rĂ©clusion mais dans un contexte un peu diffĂ©rent. Hugo a beaucoup d'imagination, il se rĂ©fugie dans le rĂȘve et l'onirisme. Il est capable de faire apparaĂźtre ses parents qui lui manquent tant, ainsi que ses amis ou les gens de sa famille. Le style d'Appelfeld agrĂ©able Ă  lire ajoute encore Ă  la qualitĂ© de ce livre remarquable surtout en raison de la personnalitĂ© exceptionnelle de Mariana, la putain au grand coeur.

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Les éditions

La chambre de Mariana [Texte imprimé] Aharon Appelfeld traduit de l'hébreu par Valérie Zenatti
de Appelfeld, Aharon Zenatti, Valérie (Traducteur)
Editions de l'Olivier
ISBN : 9782879295725 ; 20,30 € ; 07/02/2008 ; 317 p. BrochĂ©
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La chambre des vertiges

9 étoiles

Critique de Poet75 (Paris, Inscrit le 13 janvier 2006, 69 ans) - 2 novembre 2021

NĂ© en 1932 Ă  Czernowitz en Bucovine (Ukraine) et mort en 2018 en IsraĂ«l, Aharon Appelfeld puisa souvent dans sa propre histoire pour l’écriture de ses romans. En effet, ce qu’il avait vĂ©cu pendant la guerre, alors qu’il Ă©tait un enfant, le marqua Ă  jamais et il y avait de quoi ! Quand Ă©clata la guerre, il fut, dans un premier temps, transfĂ©rĂ© dans un ghetto avec sa famille. Puis, alors que sa mĂšre avait Ă©tĂ© tuĂ©e, il fut dĂ©portĂ© avec son pĂšre et, Ă  l’automne 1942, il parvint Ă  s’évader, alors qu’il n’avait que dix ans, du camp de Transnistrie. Il se cacha ensuite dans la forĂȘt oĂč il fut recueilli par des marginaux, des voleurs et des prostituĂ©es. Ajoutons qu’à cause de sa chevelure blonde, il put facilement passer pour un petit Ukrainien, dissimulant ainsi sa judĂ©itĂ© pour mieux assurer sa sĂ©curitĂ©.
Dans La Chambre de Mariana, publiĂ© en 2006, l’on retrouve prĂ©cisĂ©ment certains de ces Ă©lĂ©ments. C’est d’un garçon, ayant onze ans au dĂ©but du rĂ©cit et prĂ©nommĂ© Hugo, dont il est question. Sa mĂšre, au moment de fuir le ghetto afin d’essayer d’échapper Ă  la dĂ©portation, prĂ©fĂšre se sĂ©parer de son fils en le confiant Ă  une femme dont elle fut l’amie durant son enfance, Mariana, persuadĂ©e que cette derniĂšre pourra le protĂ©ger bien mieux qu’elle-mĂȘme. Mariana ne se fait pas prier, elle accueille l’enfant, d’autant plus qu’il se trouve dans un recoin de sa chambre un rĂ©duit, certes glacial mais discret, oĂč elle pourra facilement le soustraire aux regards inquisiteurs. Or, il se trouve que Mariana travaille dans une maison close oĂč l’on reçoit, d’ailleurs, un nombre important de soldats allemands !
Ce thĂšme de l’enfant recueilli par une prostituĂ©e, Aharon Appelfeld l’a explorĂ© dans d’autres de ses romans, mais peut-ĂȘtre jamais avec autant d’intensitĂ© que dans ce livre. Dans son rĂ©duit ou dans la chambre, lorsque Mariana l’y reçoit, Hugo fait l’expĂ©rience de sentiments totalement ambivalents. D’une part, il y a la peur car, comme on le lui affirme plus d’une fois, les Allemands sont dĂ©cidĂ©s Ă  retrouver tous les Juifs et Ă  les dĂ©porter dans des camps. D’autre part, il y a les longues heures de solitude et d’ennui, durant lesquels Hugo s’évade par le rĂȘve, songeant Ă  ses parents et Ă  son oncle Sigmund, homme promis Ă  un bel avenir mais qui sombra dans l’alcoolisme avant d’ĂȘtre pris dans une rafle. Enfin, il y a l’éveil Ă  la sensualitĂ© car, bien sĂ»r, la prĂ©sence de Mariana ne peut le laisser indiffĂ©rent. Quand elle reçoit des clients, l’enfant, cachĂ© dans son rĂ©duit, n’en entend pas moins les bruits, les discussions, souvent les disputes. Car Mariana n’est pas du genre Ă  laisser faire aux hommes tout ce qu’ils veulent. En vĂ©ritĂ©, elle est malheureuse et, elle aussi, comme l’oncle Sigmund, trouve un exutoire dans l’alcool. Mais avec Hugo, chaque fois qu’elle le peut, elle fait preuve d’une tendresse et d’un dĂ©vouement sans limites, le recevant volontiers dans son lit, chaque fois que c’est possible, et lui accordant mĂȘme des moments de trĂšs grande intimitĂ©.
Mariana, trop insoumise, ayant Ă©tĂ© congĂ©diĂ©e par la tenanciĂšre de la maison close, Hugo est confiĂ©e, par celle-ci, pendant un temps, aux bons soins de Nacha, une autre prostituĂ©e, mais beaucoup plus distante. NĂ©anmoins, c’est bien Mariana que Hugo retrouve, pour finir, Ă  l’heure de la dĂ©faite des Allemands. Mais ce qui, pour les uns, procure la joie, pour d’autres, procure une autre forme de dĂ©tresse. Arrivent les soldats russes, bien dĂ©cidĂ©s Ă  ne pas faire de cadeaux Ă  celles et ceux qui se sont montrĂ©s accueillants pour les Allemands, entre autres les prostituĂ©es. Pour Hugo et Mariana, commence un temps d’errance dans la forĂȘt, dans l’espoir de pouvoir se cacher et survivre. Cette tentative de fuite, c’est aussi l’occasion d’échanges et de confidences : Mariana, pressentant que sa vie s’achĂšvera bientĂŽt, se livre Ă  Hugo dans toute sa vĂ©ritĂ©, voulant lui laisser en hĂ©ritage ce qu’il y a de meilleur chez elle. « Prends de Mariana ce qu’il y a en elle, et jette l’écorce », dit-elle en substance Ă  l’enfant. Car, et c’est tout le paradoxe d’une femme qui ne manque pas de complexitĂ©, si elle a suscitĂ© chez Hugo l’éveil de sa sensualitĂ©, elle l’a aussi guidĂ© sur un chemin de spiritualitĂ©. L’un et l’autre. À la fin du roman, la voyant en rĂȘve, Hugo l’entend dire Ă  son sujet : «  je l’ai armĂ© d’une grande foi. » Elle qui n’était pas juive a conduit l’enfant sur un chemin de redĂ©couverte de la foi. C’est une des grandes impressions que laisse ce superbe roman quand on en termine la lecture : Mariana, la prostituĂ©e rebelle, Ă©tait un ĂȘtre de lumiĂšre.

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  Disparition de Aharon Appelfeld 2 Patman 5 janvier 2018 @ 01:53


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