Respire de Anne-Sophie Brasme

Respire de Anne-Sophie Brasme

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Lucien, le 11 décembre 2001 (Inscrit le 13 mars 2001, 68 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 5 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (13 058ème position).
Visites : 5 016  (depuis Novembre 2007)

A bout de souffle

Les auteurs qui publient un premier roman à moins de vingt ans sont assez rares pour rester durablement dans les mémoires : ainsi de Raymond Radiguet et du Diable au Corps, des deux Françoise (Sagan et Mallet-Joris) ou encore, plus récemment, de Christine Aventin et du Coeur en Poche.
Pas mal de jeunes femmes, donc. La difficulté pour ces talents précoces est en général de confirmer. Pour Radiguet, emporté par la phtisie à vingt ans, la question ne s'est pas posée. Sagan et Mallet-Joris ont connu des carrières intéressantes. Aventin a sorti son deuxième roman à dix-neuf ans, puis s'est tue jusqu'à l'âge de trente ans : ce n’est qu'en 2001 qu’elle publiera son troisième livre, Le désir demeuré (aux éditions Ancrage). Dans la lignée de ces petits prodiges, Anne-Sophie Brasme, née en 1984, publie aujourd'hui chez Fayard son premier roman, Respire.
La photo, sur la quatrième de couverture, est celle d’une toute jeune fille à peine sortie de l’enfance, le visage un peu boudeur appuyé sur les bras croisés, les yeux sombres. La jaquette interpelle, surtout quand on connaît le jeune âge de l’auteur : « On écrit comme on tue : ça monte depuis le ventre, et puis d’un coup ça jaillit, là, dans la gorge. » Et puis, le test de la première page : « Il est des heures où, depuis la nuit, glisse une ombre froide et incolore. Elle se laisse couler tout le long du couloir central, avant de se faufiler sous les portes en ferraille jusqu'à ce petit espace restreint encerclé par les murs des cellules. Et c'est cette même opacité qui vient nous rendre visite chaque soir, fidèle, inaltérable. On a beau passer des heures à regarder ce vide qui soudain enveloppe le monde sous nos yeux, il arrive que l'on ne puisse plus deviner aucun repère avant la pointe du jour, derrière les grilles électriques qui emmurent la cour, dans ce néant sans fin ni commencement. » Le lecteur a déjà compris qu’il n'a pas affaire à du bluff : c’est bien de littérature qu'il s’agit, et même si l'argument est emprunté à la vie d’une toute jeune fille, on y trouvera cette transposition, cette distance qui font les véritables romans. L'argument : depuis la prison où elle est incarcérée, Charlène Boher nous explique comment elle est arrivée là. Huit chapitres courts, tous titrés à l’infinitif : Oublier, Etouffer, Respirer, Jouer, Subir, Aimer et être aimé, Perdre la partie, Te regarder dormir. Des passages très forts, comme cette tentative de suicide par crise d'asthme qui donne son titre au livre : « Et puis, tout est devenu blanc. J'ai senti le goût du sang remonter de ma poitrine et caresser ma bouche, senti sur ma langue son baiser humide et cruel. J'ai su que j'avais réussi, que désormais je ne pouvais plus faire marche arrière. Avec un plaisir immense, j'ai crié victoire. Le ciel devant moi est devenu si lumineux que j'ai dû fermer les yeux, mais même ainsi, la lueur blanchâtre de plus en plus intense a continué de m'aveugler. Maintenant, il ne me restait plus qu'à me laisser glisser, lentement, doucement, en silence. Des voix lointaines se sont mises à crier : « Charlène ?! Qu'est-ce qui se passe ? Elle ne respire plus. Attention, elle va tomber! » Puis, tout s'est tu. Seul un long murmure frétillait encore contre mon oreille, même dans le silence. Respire Charlène. Respire. Et je suis tombée. » Une dernière citation qui en dit long sur la profondeur de ce tout jeune auteur : « Chaque enfance a ses parfums, ses vertiges, ses douleurs. Je me souviens de la mienne comme d'une peur. » Respire, par Anne-Sophie Brasme. Un livre qui, si vous le commencez, vous laissera peu de temps pour respirer.

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Amitié toxique et destructrice …

8 étoiles

Critique de Monde imaginaire (Bourg La Reine, Inscrite le 6 octobre 2011, 51 ans) - 5 mars 2015

« Respire » porte bien son titre car j’ai eu l’impression d’avoir du mal à reprendre mon souffle à la fin du roman.

Quelle écriture ! Je suis totalement bluffée ! Surtout lorsqu’on sait que celle qui l’a écrit avait seulement 17 ans ! Et pourtant quelle maturité dans le style !

L’auteur y décrit avec brio les affres de l’adolescence, période charnière où l’on n’est plus une enfant et pas encore une adulte.

Charlène l’héroïne et narratrice, est une jeune fille introvertie, mal dans sa peau. Sarah est son exact contraire, elle est solaire, magnétique, extrêmement sûre d’elle. Toutes deux vont alors commencer une amitié aussi fusionnelle que dévastatrice.

Peu à peu, on se rend compte que Sarah est ce qu’on appelle désormais une perverse narcissique. Egocentrique, dominatrice, elle est avenante et charmante en public mais elle va sans arrêt rabaisser Charlène. On tombe vite dans la spirale insidieuse du harcèlement moral. Cette amitié sur laquelle Charlène fondait tant d’espoir va se transformer en véritable enfer.

Dès le départ, on sait que cette histoire sera tragique, inéluctable et on y assiste impuissant jusqu’à l’acte final, un peu à la manière d’une tragédie grecque. Plus on avance dans l’histoire et plus le malaise s’insinue.

Quelques défauts néanmoins sont à relever, car même si le récit est bien construit, la psychologie des personnages aurait mérité d’être parfois plus fine et plus juste.

Néanmoins, c’est un livre qui fait mal, j’aurais tant voulu que Charlène s’en sorte, qu’elle trouve dans l’amour la force d’avoir le courage de fuir Sarah et de ne plus jamais l’approcher. Mais elle est totalement sous emprise, elle s’obstine dans cette relation qui ne lui apporte que souffrance et désespoir …

En tant que mère, ce genre d’amitié toxique m’a toujours effrayée, mais je pense très sincèrement que cette histoire ne peut laisser personne indifférent. Un livre percutant et éprouvant.

Un premier roman réussi!

8 étoiles

Critique de Nirvana (Bruxelles, Inscrite le 7 avril 2004, 51 ans) - 8 février 2006

Charlène a dix-neuf ans, un âge où l'on devrait avoir toute les envies de la vie devant soi. Mais elle se raconte depuis une cellule de prison, où elle est depuis deux ans, et nous livre, dans une série de flash-backs, des pans de sa vie. Enfant solitaire, elle souffre d'un manque indicible, impalpable, qui la retranche dans un imaginaire peuplé de monstres et de femmes blafardes dans les miroirs. Son entrée en primaire est marquée par une forte amitié, déjà exclusive, avec Vanessa. Avec le départ de celle-ci s'achève son enfance, nous dit Charlène.
Son mal-être est encore mis en exergue quand elle entre au collège, confrontée à l'assurance des autres élèves, au milieu desquels trône la populaire Sarah. C'est la rencontre de l'ombre et la lumière.
Sans comprendre pourquoi, Sarah devient son amie, et Charlène, repliée sur elle-même, savoure cette amitié qui va lui permettre de se construire une personnalité, avant que celle-ci ne soit peu à peu absorbée par Sarah. En effet, les jeunes filles grandissent, mais Sarah mûrit plus vite, et la cruauté de l'adolescente va petit à petit vampiriser Charlène, qui ne sera plus que soumission pour conserver la grâce des attentions de Sarah. Mais la mécanique de la victime et du bourreau finira bien par s'enrayer....

C'est le premier roman d'une jeune fille talentueuse, qui manie les mots à merveille pour raconter une passion d'amitié, fusionnelle entre deux adolescentes. Mademoiselle Brasme a le don pour décrire ce couple, l'excessivité des amitiés adolescentes, l'antagonisme qui se construit peu à peu, dans cette relation amour-haine. La psychologie de Charlène est approfondie, on oscille avec elle de l'admiration à la fascination. Ce roman a réveillé en moi des souvenirs, apaisés mais douloureux à l'époque, quand on voit des amitiés de longues dates se déliter parce qu'on n'évolue pas à la même vitesse..... et le style de l'auteur est à la hauteur du propos traité, noir, puissant, introspectif.
Une très belle découverte.... comme je le disais précédemment, il me tarde de découvrir son deuxième roman....

Antesarah

8 étoiles

Critique de Aamelie (chartres, Inscrite le 23 janvier 2005, 43 ans) - 14 mai 2005

Clin d'oeil évident à "Antechrista" d'Amélie Nothomb qui écrivit son roman un peu moins de dix ans après cette surprenante histoire de "Respire".

Pour un premier roman, Mademoiselle Brasme a su modérer son écrit de façon impressionnante. Avec une plume digne d'un grand écrivain elle donne à cet enfer que vit son personnage une grandeur de plus en plus étouffante.

Cette amitié qui vire en obsession est très bien décrite par l'auteur qui arrive à donner à son personnage beaucoup de coeur et une pitié que l'on aime.

poignant

8 étoiles

Critique de Shuwoman (, Inscrite le 30 juin 2003, 34 ans) - 13 mars 2005

Très très beau et écrit d'une façon telle qu'on ne peut s'arréter cela est impossible. Cette ado de 15-16 ans est incroyable et extrêmement difficile à cerner. Le roman étant sous forme de journal intime on se plonge d'autant plus vite dans l'histoire... On se captive par la chute et la rechute de l'héroïne dans sa douce "obsession". Et le pire c'est la concience de ses gestes. Cela donne au lecteur comme un avertissement "ce n'est pas parce que l'on sait que ça ne peut pas nous arriver..."
Très beau

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