L'origine de la violence de Fabrice Humbert
Catégorie(s) : LittĂ©rature => Francophone
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L'homme de la photo
Un jeune professeur de français, accompagnant ses Ă©lĂšves en voyage scolaire, visite le camp de Buchenwald. AccrochĂ© sur un mur du musĂ©e une photo attire son attention, sur la photo un dĂ©tenu du camp, cet homme est le sosie de son pĂšre, mais impossible que lâhomme de la photo soit son pĂšre, celui-ci est bien vivant, il nâa jamais Ă©tĂ© prisonnier, personne dans la famille nâa Ă©tĂ© dĂ©portĂ©, alors ?
Ici commence une enquĂȘte qui plonge le narrateur dans lâhorreur des camps, dans les archives de Buchenwald. Il cherche les documents, les tĂ©moins qui pourront lâĂ©clairer.
« Dans le calme de lâEttersberg, le souvenir des cinquante-trois mille morts faisait se lever une armĂ©e dâombres silencieuses. Je mâavançait dans le brouillard avec une lĂ©gĂšre angoisse. Aux aguets comme si jâĂ©tais en attente. »
Il apprend lâidentitĂ© de lâhomme de la photo : David Wagner, mais rien en apparence ne relie cet homme Ă sa famille. Il part sur les traces des autres personnages de la photo, tous nazis notoires.
EnquĂȘteur tenace, ses recherches vont le mener Ă Göttingen, Ă Berlin, mais surtout dans sa propre famille. Câest une quĂȘte des origines, une rĂ©flexion sur le sens du mot « filiation ».
On retrouve dans ce roman le thĂšme central d' « Un juif pour lâexemple » le thĂšme de la violence, du mal absolu mais traiter de façon totalement diffĂ©rente et avec un grand talent.
Le narrateur est obsédé par la violence, y compris celle dont il est capable.
« Depuis toujours, la peur et la violence mâont hantĂ©. Jâai vĂ©cu dans ces tĂ©nĂšbres. jâai toujours craint quâon mâentraĂźne, mâattache, mâĂ©corche, comme un animal nuisible. »
Fabrice Humbert invite dans son roman, Primo Levi et Jorge Semprun, il rĂ©ussit le tour de force dâĂ©crire un roman profondĂ©ment humain, trĂšs bien documentĂ©, historiquement et psychologiquement juste et qui se lit avec avec un sentiment dâurgence trĂšs fort.
Les éditions
L'origine de la violence [Texte imprimé], roman Fabrice Humbert
de Humbert, FabriceISBN : 9782847421293 ; 18,25 ⏠; 08/01/2009 ; 314 p. Broché
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La violence enfouie
Critique de Paofaia (Moorea, Inscrite le 14 mai 2010, 0 ans) - 28 octobre 2013
Je suis lâhomme le plus gentil du monde. Avec mes Ă©lĂšves de sixiĂšme et cinquiĂšme au lycĂ©e franco-allemand, je suis lâhomme le plus doux qui soit. En plusieurs annĂ©es dâenseignement, je crois ne mâĂȘtre jamais mis en colĂšre. Ils me font rire et je les trouve incroyablement touchants et drĂŽles, si merveilleusement enfantins, juste avant le grand dĂ©part de lâadolescence qui va les perturber pour des annĂ©es. Dans la vie courante, je suis calme, presque lymphatique, marchant lentement dans la rue, le nez en lâair, comme un benĂȘt.
Mais lâenvers du dĂ©cor, câest lâautre homme. Celui quâun mot agresse, quâune Ă©lĂ©vation de la voix inquiĂšte, met sur ses gardes, comme un animal. Celui quâun geste trop brusque du bras alerte. Celui qui se rĂ©veille le matin plein dâangoisse et qui doit organiser ses pensĂ©es pour faire le bilan de sa vie et dĂ©clarer: « Il nây a aucun motif dâinquiĂ©tude, calme-toi. »
Et par consĂ©quent, celui qui ne supportera pas le mot agressif, la voix trop forte, ou le geste brusque. Celui qui sentira la violence monter en lui comme une furie. Et qui sera prĂȘt Ă frapper, comme il lâa fait dans la rue, lorsquâun excitĂ© a tapĂ© sur sa voiture. Celui qui a tellement honte de cette violence quâil tĂąche de lâengloutir au plus profond de lui-mĂȘme, jusquâĂ en ĂȘtre minĂ©, jusquâĂ en investir chaque phrase de ce travail de lâinconscient quâest lâĂ©criture. Je parle toujours de la violence, jâĂ©cris toujours la violence. Mon rĂȘve depuis toujours est dâĂ©crire des romans comiques, alors pourquoi faut-il que jâaligne des personnages semi-tarĂ©s, emportĂ©s au loin par lâivresse de la destruction?
Lâhistoire est celle dâun enseignant qui, lors dâun voyage scolaire Ă Buchenwald, tombe sur une photographie de Himmler, venu visiter le camp de concentration. Il y est entourĂ© de plusieurs personnages qui auront une grande importance dans ce roman. Et on y aperçoit aussi un dĂ©tenu qui ressemble de façon stupĂ©fiante au pĂšre du narrateur. Cette vision va mener ce narrateur Ă une enquĂȘte sur sa famille, et surtout sur les secrets de sa famille. EnquĂȘte qui va transformer toute sa vie, Ă la recherche, finalement, de lâorigine de ses terreurs nocturnes et de ses propres pulsions violentes.
Une violence sans bornes ni limites, une violence qui chemine sourdement Ă travers les Ă©poques, levant par instants sa tĂȘte sifflante et serpentine. Et mĂȘme si l'origine a pu se trouver dans ce destin familial, la violence a Ă©tĂ© convoyĂ©e jusqu'Ă moi, sans doute tapie dans les silences de mon pĂšre. Par ces Ă©tranges et fascinants cheminements de l'enfance, cette plaque sensitive qui lĂšgue pour toute la vie une conscience, la violence m'a Ă©tĂ© livrĂ©e en hĂ©ritage. Je suis mon grand-pĂšre livrĂ© aux bourreaux, je suis mon pĂšre frĂ©missant d'une violence suicidaire, je suis l'hĂ©ritier d'une immense violence qui traverse mes rĂȘves et mes rĂ©cits.
Ce nâest pas un roman que lâon peut raconter (et il ne faudrait pas, il y a un cĂŽtĂ© "polar" avec des rebondissements jusqu'Ă la derniĂšre page), mĂȘme si le fil conducteur est bien sĂ»r lâenquĂȘte. Car il regorge de longues digressions, dâallers et retours dans le temps, lâHistoire et la rĂ©flexion. MĂȘme sâil comprend de longs passages- souvent difficilement soutenables, câest-Ă -dire simplement trĂšs documentĂ©s, sur Buchenwald- ce nâest pas un roman uniquement centrĂ© sur cette pĂ©riode tragique, ni sur les secrets de famille, ni sur lâidentitĂ©, ni sur lâĂ©criture, etc.
Câest tout Ă la fois. Et câest un sacrĂ© tour de force de rĂ©ussir Ă conduire ce rĂ©cit qui appartient Ă plusieurs registres, historique, roman de formation, mythologique, philosophique et bien dâautres ( autobiographique? On se pose la question aprĂšs avoir lu les remerciements), et dans lequel interviennent tant de personnages rĂ©els comme bien sĂ»r Levi et Semprun, mais aussi Artaud, Ronsard, ( « Il faut tuer le corps de lâadversaire/Il faut, mon Duc, la dĂ©pouille attacher, /Toute sanglante au dessus de la porte, LâHydre dĂ©fait, dĂ©jĂ moins charmant que Mignonne, allons voir si la rose. . ), Stanley Kubrick et Ilan Halimi. Et dâautres fictifs. Ou non, peu importe.
En tout cas, jâai vĂ©rifiĂ©, Erich Wagner, mĂ©decin Ă Buchenwald a bien existĂ©, et sâest effectivement suicidĂ© en 1959 (fait prisonnier par les AmĂ©ricains en 45, il sâĂ©tait Ă©vadĂ© et exerçait tranquillement en BaviĂšre. . ) .
Et les derniÚres pages font frémir devant tant de monstruosité finalement tristement ordinaire..
Brillant roman et auteur Ă suivre de prĂšs!
une histoire de quĂȘte
Critique de Tyty2410 (paris, Inscrite le 1 août 2005, 39 ans) - 28 octobre 2013
Ce livre est un livre de recherche, de quĂȘte de soi. On se rend compte que la question dâoĂč je viens est aussi importante que la question oĂč on va? Ce que nous sommes en tant qu'individu vient de nous-mĂȘmes mais aussi de notre enfance. La quĂȘte de soi passe donc par le passĂ© et l'histoire. Et quand l'histoire se mĂȘle Ă l'Histoire, tout se complique..... La vĂ©ritĂ© commence Ă ĂȘtre difficile
J'ai beaucoup aimé ce livre, pour le thÚme, pour le style d'écriture, pour les questionnements et l'avancée de l'auteur vers son passé, son présent, son avenir.
Ce n'est pas un livre à proprement parler sur la Shoah mais cela nous fait réfléchir sur la place de l'Histoire dans l'histoire. Sur le passé et la place qu'il doit occuper dans notre vie
Chacun son dĂ».
Critique de Hexagone (, Inscrit le 22 juillet 2006, 55 ans) - 5 novembre 2011
Facile en 2011 de tirer sur l'ambulance, bien confortablement assis devant son PC avec un pseudo. J'ai apprécié la démarche de Humbert qui trouve une autre voie que celle de la compassion ou du jugement. Ni procureur, ni trop indulgent, Humbert jette à la figure de ses lecteurs le récit d'une famille qui s'étale sur trois générations, la bourgeoisie de province, l'amour, l'adultÚre, la guerre et ses fichus camps de la mort. Humbert le dit avec beaucoup de tact, nous sommes tous les petits enfants de cette période. J'ai parfois le sentiment que nos historiens modernes oublient tout ce que le nazisme a induit dans notre société actuelle, Humbert remet les pendules à l'heure.
Un peu brouillon, manque de maturité et de profondeur
Critique de Rouchka1344 (, Inscrite le 31 août 2009, 35 ans) - 16 juillet 2011
Le roman me donne l'impression d'ĂȘtre un peu brouillon, il traite beaucoup de sujets Ă la fois sans vraiment les approfondir. Il y a plusieurs bonnes idĂ©es, mais au final, l'auteur se rĂ©pĂšte, fait du blabla pour combler les faiblesses de l'intrigue. Il y a pas mal de rĂ©pĂ©titions et les rĂ©flexions sur les camps et sur les origines du Mal qui pourraient ĂȘtre intĂ©ressantes deviennent vite rabĂąchĂ©es.
L'écriture simple et agréable mais sans génie n'arrive pas à estomper les manques de fond du roman.
Humbert cite beaucoup d'auteurs comme Haffner, Levi, Semprun... Je crois qu'au final, il vaudrait mieux laisser Humbert et lire les livres de ceux qui s'y connaissent vraiment.
enquĂȘte sur le mal intime
Critique de Madamedub (Paris, Inscrite le 27 janvier 2011, 41 ans) - 14 février 2011
Cette image ne cessera de le tourmenter jusqu'à ce qu'il découvre le véritable parcours de cet homme, tailleur juif français, amoureux de l'épouse d'un riche préfet normand.
Mais qui était David Wagner, et qu'a-t-il fait pour mériter une fin si violente et si inhumaine?
Car la violence est le véritable thÚme ici, et l'insupportable aléatoire des destinées. Comment comprendre, justifier, le sort de millions de gens dans les camps? De devenir de la sorte le martyr de tout un continent?
Toute sa vie, le narrateur s'est interrogé, pour reprendre un titre de Primo Levi, sur "les élus et les damnés", ceux qui s'en sortent et ceux sur lesquels le malheur et la souffrance s'acharnent. Et au milieu que reste t-il, à part celui qui, spectateur de l'histoire, peut décider ou non d'intervenir?
Car finalement, qu'est-ce qui distingue les bourreaux des martyrs? Qu'est-ce que ce mal qui s'empare sporadiquement de certains parmi les hommes? Est-ce une folie ou un véritable Mal? Un dérapage de l'histoire ou une véritable conséquence de l'échec de la politique et de la morale européennes?
Deux parcours sont enchùssés dans le récit, celui du grand-pÚre inconnu, et celui du narrateur ; mais ce double récit est également enclavé dans une double histoire, celle de la seconde guerre mondiale et celle de deux familles, hasardeusement connectées et pourtant diamétralement opposées, les Fabre et les Wagner.
Chacun est finalement hanté par la question de la faute, de la culpabilité, et de la responsabilité. Aux réponses habituelles "c'était une autre époque", "un autre que moi aurait fait pire", "tout le monde a été saisi de folie", demeurent des questions destinées à ombrager la bonne conscience humaine.
En France particuliĂšrement, la question de la collaboration reste un trouble dans la civilisation.
Le grand-pÚre (finalement adoptif) du narrateur était préfet en Normandie durant le régime de Vichy. Mais qui peut dire qu'il aurait agi différemment?
Dans "La Chute", Albert Camus clÎt de cette façon son récit alors que le héros voit sa vie remise en question aprÚs n'avoir pu réagir à temps pour sauver la vie d'une femme: " il est trop tard, il est toujours trop tard, heureusement..." Et c'est tout l'édifice de sa conscience qui s'écroule.
Secret perdu
Critique de Jlc (, Inscrit le 6 décembre 2004, 82 ans) - 13 octobre 2010
Si ce bon roman est original, il est aussi imparfait. Le rĂ©cit fait plus penser Ă une Ă©nigme Ă rĂ©soudre, ce qui parfois peut le banaliser, quâĂ la recherche de « la rĂ©gion cruciale de lâĂąme oĂč le Mal absolu sâoppose Ă la fraternitĂ© » pour reprendre lâexpression de Malraux que Fabrice Humbert cite aprĂšs Styron et Semprun. Par ailleurs, lâauteur qui a souvent un style Ă©lĂ©gant, voire brillant â« LâĂ©phĂ©mĂšre de la vie suspendu par une photo »- se laisse aller Ă quelques formules trop rĂ©pĂ©tĂ©es comme celle des deux adjectifs â « lâun est « sĂ©duisant et ambitieux, lâautre intelligent et rusĂ© », « un frisson rassurant et fugitif », « ce respect opaque et insignifiant quâon accorde Ă des murs vides », etc⊠Mais surtout, Fabrice Humbert veut trop en dire ce qui nâest pas sans crĂ©er parfois une certaine confusion. Son style sâalourdit alors dâincidences et de dĂ©tails sans intĂ©rĂȘt particulier. Il veut aussi trop en dire en abordant des points qui certes ne sont pas « hors sujet » mais ne sont pas sans crĂ©er une confusion des genres. Ainsi le drame dâIlan Halimi, ce jeune juif torturĂ© et assassinĂ© il y a quelques annĂ©es par une bande de racistes mâa-t-il paru « dĂ©placĂ© ».
Mais un roman imparfait peut apporter le bonheur dâune lecture un peu grave que la personnalitĂ© et la jeunesse de lâauteur vivifient.
introspection
Critique de Jaimeoupas (Saint gratien, Inscrite le 4 octobre 2010, 54 ans) - 4 octobre 2010
Un style agréable, clair et prenant.
Une jolie histoire de rencontre avec les origines
Assez convenu, assez complaisant...
Critique de Tanneguy (Paris, Inscrit le 21 septembre 2006, 87 ans) - 26 septembre 2010
Malheureusement ce jeune auteur en rajoute un peu, l'horreur concentrationnaire est abordĂ©e avec un peu de complaisance et transforme parfois le lecteur en voyeur. Par ailleurs le Mal avait plusieurs visages Ă cette Ă©poque, il n'Ă©voque que le Mal convenu aujourd'hui, Ă savoir le nazisme. Pourtant le communisme faisait des ravages. Ayant moi-mĂȘme visitĂ© BĂŒchenwald bien avant la chute du Mur, donc sous la houlette des autoritĂ©s communistes, j'aurais bien des choses Ă raconter sur le sujet...
Pourtant, n'accablons pas l'auteur, il nous livre un ouvrage bien documentĂ© que l'on referme sans regret, mĂȘme si l'on n'y apprend pas grand'chose de nouveau.
A la recherche d'un visage sur une photo au camp de Buchenwald
Critique de Francesco (Bruxelles, Inscrit le 16 février 2001, 81 ans) - 27 janvier 2010
Une enquĂȘte haletante Ă travers sa famille qui aboutira Ă des rĂ©vĂ©lations surprenantes et tragiques.
Assurément un premier coup de coeur littéraire de cette année.
Vite, trop vite (?),
Critique de Monito (, Inscrit le 22 juin 2004, 53 ans) - 5 juillet 2009
Recherche d'identité
Critique de Aliénor (, Inscrite le 14 avril 2005, 58 ans) - 28 mai 2009
Tout commence par une visite scolaire dans le camp de BĂŒchenwald. Une visite organisĂ©e par un jeune professeur dâun lycĂ©e franco-allemand, qui est le narrateur de cette histoire. Parmi les photographies prĂ©sentĂ©es, une attire tout particuliĂšrement lâattention du jeune homme. Une photo sur laquelle il reconnaĂźt son pĂšre. Mais il ne peut bien sĂ»r sâagir de lui, son pĂšre Ă©tant nĂ© en 1942. HantĂ© par cette ressemblance frappante, il va alors se lancer dans une vĂ©ritable enquĂȘte pour dĂ©couvrir lâidentitĂ© de cet homme. Une enquĂȘte qui va lever le voile sur de lourds secrets familiaux et rĂ©pondre Ă de nombreuses questions quâil se posait dĂ©jĂ .
Ce roman est beau, tout simplement, et je veux vraiment vous donner envie de le lire sans trop dĂ©voiler de lâintrigue. Haletant durant toute sa premiĂšre partie, qui correspond Ă la rĂ©solution de lâĂ©nigme de la photographie, il prend toute son ampleur dans la seconde partie, dans laquelle lâauteur Ă©crit â Ă mon sens- ses plus belles pages. Les plus touchantes et les plus Ă©mouvantes, notamment lorsque le grand-pĂšre Marcel prend la parole et dĂ©voile enfin ses sentiments. Le tout dans un style qui nâa rien dâexceptionnel, mais qui a ce je ne sais quoi qui accroche.
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