L'état des lieux de Richard Ford
( The lay of the land)
Catégorie(s) : LittĂ©rature => Anglophone
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Un agent immobilier au soir de sa vie, aux USA
Ce volumineux "pavé" (plus de 700 pages) se lit sans ennui mais souvent avec agacement : nous n'avons pas l'habitude de cette perpétuelle introspection dans laquelle se délectent bien des auteurs à succÚs américains ; et leur mode de vie nous étonne encore un peu, à base de divorces répétitifs, de familles recomposées, et de "réussites sociales" étonnantes.
Le héros Frank Bascombe (qui, paraßt-il, figure dans des ouvrages précédents de Richard Ford) est agent immobilier sur la cÎte est (les intellectuels...) vient d'apprendre qu'il est atteint d'un cancer de la prostate (il décrit dans le détail la "procédure à laquelle il est soumis). Sa femme (la deuxiÚme) le quitte pour rejoindre son premier époux, disparu depuis 30 ans et déclaré mort (!). Il est alors poussé à faire un "état des lieux" de son existence, comme il le fait habituellement pour les riches villas qu'il propose à une clientÚle hétéroclite en profitant du boom immobilier. La crise des subprimes est encore loin mais se profile inéluctablement. C'est d'ailleurs un des aspects intéressants du roman : on ne nous cache rien des méthodes de la profession, qui est naturellement motivée par la seule satisfaction de la clientÚle...
La vie quotidienne des amĂ©ricains Ă cette Ă©poque est Ă©galement trĂšs intĂ©ressante ; on est Ă la veille du 11 septembre, George W Bush va ĂȘtre Ă©lu (le dĂ©compte des voix en Floride est longuement Ă©voquĂ©); La progĂ©niture de ces citoyens privilĂ©giĂ©s n'est pas toujours trĂšs sympathique, Ă la mesure du laxisme dont semblent faire preuve leurs gĂ©niteurs, davantage prĂ©occupĂ©s de leurs propres problĂšmes existentiels...
Tout ceci résulte en un livre agréable à lire, mais on l'oubliera assez vite. Richard Ford n'est pas Philip Roth !
Les éditions
L'Ă©tat des lieux [Texte imprimĂ©] Richard Ford traduit de l'anglais (Ătats-Unis) par Pierre Guglielmina
de Ford, Richard Guglielmina, Pierre (Traducteur)ISBN : 9782879295251 ; 24,30 ⏠; 28/08/2008 ; 729 p. Broché
L'Ă©tat des lieux [Texte imprimĂ©] Richard Ford traduit de l'anglais (Ătats-Unis) par Pierre Guglielmina
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Quelques jours de la vie de Frank Bascombe âŠ
Critique de Tistou (, Inscrit le 10 mai 2004, 70 ans) - 29 octobre 2025
Comme il est dâusage dans sa trilogie Bascombe (Un week-end dans le Michigan, Independance, puis LâĂ©tat des lieux), trilogie depuis augmentĂ©e de deux autres ouvrages ; En toute franchise et Le paradis des fous, les 700 pages et quelques ne traitent que quelques jours (trois si je ne mâabuse) de cette pĂ©riode de la vie de Frank Bascombe. Quelques jours centrĂ©s sur Thanksgiving day.
Richard Ford sây montre toujours autant « entomologiste » et pratique la dissection psychologique de Frank Bascombe et des quelques personnes qui gravitent autour de lui. Il ne lĂ©sine pas pour autant sur des Ă©vĂšnements, pas forcĂ©ment majeurs, quâil parvient pourtant Ă nous « vendre » comme dĂ©terminants. Il ne lĂ©sine pas non plus sur des retournements de situation mode « un gant quâon retourne, complĂštement ».
Richard Ford se montre encore trĂšs fort dans son art et Frank Bascombe prend rĂ©ellement vie dans nos cerveaux de lecteurs captĂ©s par son art de planter un dĂ©cor, aussi bien physique quâimmatĂ©riel.
Câest en mĂȘme temps un aperçu sans concession des USA et de sa sociĂ©tĂ© cĂŽte Est en 2000, au tournant de lâĂ©lection de George W. Bush et peu de temps avant le tournant radical du « 11 Septembre ». Richard Ford se montre sans illusions sur la qualitĂ© de la vie de lâamĂ©ricain moyen de la cĂŽte Est. Et câest aussi prĂ©cieux Ă lire âŠ
C'est quoi la vie?
Critique de Nothingman (Marche-en- Famenne, Inscrit le 21 août 2002, 46 ans) - 2 janvier 2012
Dâun livre Ă lâautre, on aura connu Frank jeune, mĂ»r, vieillissantâ; divorcĂ©, remariĂ©, quittĂ© par sa nouvelle Ă©pouseâ; Ă©crivain, journaliste sportif, agent immobilier. Mais cet homme semble constamment en crise existentielle. Dans « LâĂ©tat des lieux », Frank, bien quâessayant de conduire sa vie au mieux au jour le jour, est souvent confrontĂ© Ă la notion de douleur : celle dâavoir perdu un enfant, celle de voir la femme quâon aime sâen aller sans retour, celle de devoir continuer malgrĂ© un cancer de la prostate, une famille en dĂ©composition et lâhystĂ©rie du marchĂ© de lâimmobilier
Comme les volets prĂ©cĂ©dents, LâĂtat des lieux se dĂ©roule lors de quelques jours de vacances cristallisant des tensions jusquâalors tenues Ă distance. Un week-end dans le Michigan et IndĂ©pendance avaient pour cadre le week-end de PĂąques et la fĂȘte de lâIndĂ©pendance, Richard Ford nous plonge ici dans les prĂ©paratifs de Thanksgiving, fin de lâannĂ©e 2000. Le tout sous fond dâactualitĂ© politique amĂ©ricaine chargĂ©e. Dans quelques jours, Clinton laissera la place Ă Georges Bush Junior. AprĂšs des Ă©lections de triste mĂ©moire, avec recomptage des voix en Floride, qui ont profondĂ©ment divisĂ© le pays.
L'Etat des lieux dĂ©bute alors qu'il a 55 ans, un cancer de la prostate, alors que sa seconde femme Sally est partie avec son premier mari resurgi dâon ne sait oĂč, que sa fille lesbienne a dĂ©cidĂ© de redevenir hĂ©tĂ©ro, et que son fils, avec lequel ses rapports ne sont pas au mieux, est rĂ©dacteur de cartes de vĆux (avec un sens de l'humour trĂšs particulier). Autant dire que tout va bien. Ou que tout ne va pas si mal. A la veille de Thanksgiving, Franck Bascombe gĂšre ses petites affaires, s'apprĂȘte Ă recevoir ses deux enfants pour le repas traditionnel et, entre deux virĂ©es aux alentours, livre ses rĂ©flexions et interrogations sur son existence, la sociĂ©tĂ©,âŠ. La vie quoi ?
Frank se dit dâailleurs entrĂ© dans ce quâil appelle la « PĂ©riode permanente », « ce moment de la vie oĂč [âŠ] le passĂ© semble plus gĂ©nĂ©rique que spĂ©cifique, oĂč la vie est plus une destination quâun voyage », pĂ©riode oĂč lâon ce contente de ce que lâon a plutĂŽt de ce quâon pourrait avoir.
Dans ce roman dense, dĂ©coupĂ© en quelques Ă©pisodes de vie vĂ©cus sur quelques jours seulement, Richard, via son hĂ©ros rĂ©current, part toujours du particulier pour Ă©voquer une situation plus gĂ©nĂ©rale. Le roman est fort dĂ©taillĂ©. Chaque situation est dĂ©crite comme si on y Ă©tait tant dans les dialogues que la description des dĂ©cors. On sent vraiment lâĂąme profonde de New Jersey cĂŽtier.
Certains dĂ©crocheront peut-ĂȘtre devant tant de dĂ©tails. Mais les dĂ©tails parfois font le sel de la vie.
Radiographie !
Critique de Frunny (, Inscrit(e) le 28 décembre 2009, 0 ans) - 13 mai 2011
Nous sommes - en effet - dans la longue et savoureuse introspection de Frank Bascombe pour lequel un récent cancer diagnostiqué , rend les choses plus intenses.
A aucun moment je ne me suis ennuyĂ© et j'ai mĂȘme souri face au cynisme doux-amer de l'auteur .
Les Ă©tats-unis y sont dĂ©crits comme un vaste centre commercial , avec " des gens prĂȘts Ă acheter si seulement ils savaient quoi " .
Tout s'achĂšte et tout se vend , jusqu'aux Purple Hearts ( ... )
Une succession de villes fantÎmes , rayonnantes un jour..... abandonnées le lendemain ( le Far West n'est pas loin ! )
Des banniĂšres qui jonchent les rues avec l'inscription " Tout doit disparaĂźtre " ( mĂȘme les malades du cancer ? )
Avec - en toile de fond - une devise sordide : " tu vas faire un travail de merde jusqu'Ă ce que tu sois riche ou que tu sois mort " .
La maladie et le rapport à la Mort sont subtilement abordés ;" éviter la mort est une invitation à la souffrance et à la peur " .
Frank , qui a perdu son fils Ralph , mort du syndrome de Reye Ă 9 ans .
Son voisin qui est assassiné par un gamin de 14 ans et un homme de confession musulmane qui fait sauter une aile de l'HÎpital.
Un vibrant hommage à F. Scott Fitzgerald ( le jeune garagiste lit " Gatsby le Magnifique " ) , peintre de la détresse de notre siÚcle .
La littérature américaine forgée sur un unique principe : Partir et arriver dans un meilleur état .
Richard Ford n'en n'oublie pas les rapports parents/enfants , hommes/femmes ; immigrés/américains .
En résumé ; une superbe fresque de la marchandisation et d'une certaine déchéance de la société nord-américaine .
C'est savoureusement cynique et tellement bien vu !
J'ai adoré .
Au bord de l'hiver
Critique de Jlc (, Inscrit le 6 décembre 2004, 82 ans) - 8 août 2010
Comme dans « Week-end dans le Michigan » en 1986 suivi de « Independance » en 1995, Richard Ford situe son histoire au cours dâun long week-end, unitĂ© de temps pour une catharsis personnelle mais aussi politique. Frank considĂšre initialement cette fĂȘte obligĂ©e de Thanksgiving comme « des vacances sans consĂ©quences Ă un moment dĂ©primant de ma vie, avec toute ma famille autour de moi. » Bien sĂ»r les choses ne se passent jamais comme prĂ©vu et ces retrouvailles, souvent vaines, vont ĂȘtre tout Ă la fois lâoccasion pour Bascombe de faire un Ă©tat des lieux et le rĂ©vĂ©lateur de la fragilitĂ© de chacun.
« LâĂ©tat des lieux » est un trĂšs beau roman sur un moment de lâAmĂ©rique, moyenne, prosaĂŻque, pas encore abĂźmĂ©e par le onze septembre, croyant en ses rituels comme ce Thanksgiving qui annonce lâhiver alors quâelle est aussi dĂ©jĂ cette sociĂ©tĂ© Ă la « sĂ©rĂ©nitĂ© sous tranquillisants et [avec] une absence de rĂ©flexion pleine dâespoir ». Ford a une qualitĂ© dâobservation tout Ă fait magistrale, dĂ©coupant au scalpel et dessinant Ă la pointe sĂšche ses personnages et la sociĂ©tĂ© dont ils sont parties intĂ©grantes. Ses dialogues sont dâune justesse remarquable et ses notations pleines de finesse. Citons : « Son regard revient vers moi comme une plainteâŠCâest dĂ©chirant de voir ce regard chez une femme qui vous plait. » ou bien « Puis ni elle, ni moi ne disons plus rien. Les silences sont presque toujours des affirmations. » Ou aussi « nous avions Ă©changĂ© une poignĂ©e de main molle, un peu comme dans un Ă©change de prisonniers de la guerre froide sur le pont de Potsdam. »
En lisant « LâĂ©tat des lieux », je nâai pu mâempĂȘcher de penser au trĂšs beau livre de Philip Roth « Exit le fantĂŽme »: La cĂŽte Est des Etats-Unis, une pĂ©riode politiquement datĂ©e, le cancer de la prostate : ah ! Cette peur panique de lâincontinence. la vieillesse qui vient, deux personnages, Bascombe et Zuckermann, qui sans ĂȘtre les doubles des auteurs en sont nĂ©anmoins trĂšs proches ; mais New York nâest pas la banlieue du New Jersey, Roth parle dâintellectuels bourgeois, Ford de la classe moyenne et surtout il y a toujours une grande distance chez Roth alors que Ford est plus empathique, plus chaleureux.
Je fais Ă ce livre le mĂȘme reproche que celui que je faisais pour « Independance » : il est trop long et Ford aurait pu lui donner encore plus de force sâil avait su couper des pages qui sont probablement importantes pour lui mais moins signifiantes pour le lecteur.
Que cette rĂ©serve ne vous empĂȘche pas de lire ce vraiment trĂšs beau roman oĂč vous dĂ©couvrirez des moments de pure grĂące littĂ©raire, la description des plages du New Jersey au bord de lâhiver, des moments dâadieu, des chagrins et aussi des fous rires (les commentaires sur le DalaĂŻ Lama sont dâune grande drĂŽlerie et fort bien vues).
Est-ce la sensation du temps qui passe ? Ford a annoncĂ© quâil nây aurait pas de suite Ă cette trilogie. Câest nous priver dâun plaisir de lecture certain mais câest aussi peut-ĂȘtre pour ne pas vouloir imaginer Frank â et Richard ? - au cĆur de lâhiver de sa vie.
Moi j'ai aimé !
Critique de NQuint (Charbonnieres les Bains, Inscrit le 8 septembre 2009, 54 ans) - 8 septembre 2009
L'action du livre se déroule sur 3 jours et 730 pages (ce qui nous fait une page tous les 6 minutes pour les amateurs de statistiques) dans la période de Thanksgiving. Action est un grand mot pour un livre qui n'en comporte que trÚs peu (sur les derniÚres pages). Evidemment, la taille du livre s'explique par de nombreux flash-backs ou plutÎt divagations, réflexions, vagabonderies de Franck sur les passages antérieurs de son existence.
Franck Bascombe est agent immobilier de son état (le New Jersey, prÚs de la frontiÚre avec le Delaware), un métier qui lui donne une position privilégiée d'observation sur les moeurs de ses contemporains, leurs aspirations, leur grandeurs et leurs misÚres et la course contre la montre avec la mort qu'ils mÚnent en troquant quelques liasses de dollars contre un peu d'éternité immobiliÚre. C'est aussi une belle occasion pour l'auteur de faire une radiographie de ce Suburbia de bord de mer, ou plutÎt une échographie permettant de comprendre la dynamique des regroupements, les paupérisations ou les gentryfications, la formation des bulles, les petites joies et les grandes solitudes qui y sont associées.
Mais l'Ă©tat des lieux du titre, c'est celui de Franck, parvenu Ă un Ăąge d'entre deux (55 ans), une situation familiale d'entre deux (2Ăšme mariage qui part en vrac, enfants peu satisfaisants), et surtout un paquet de billes de titane radioactives dans la prostate pour combattre un cancer qui l'amĂšne Ă considĂ©rer sa vie sous un angle un peu nouveau, entre atteinte d'une sagesse ou du moins une certaine rĂ©signation (mais n'est-ce pas la mĂȘme chose ?) qu'il dĂ©signe sous la forme de la PĂ©riode Permanente, et rĂ©miniscences de poussĂ©es d'une certaine recherche inaliĂ©nable d'un mouvement. Mais vers quoi ?
L'état des lieux est un roman magnifique, intemporel, sur un homme moyen, américain mais pas tant que ça, arrivée à l'orée de la séniorité et qui s'interroge sur le sens de sa vie, sans atermoiement et grande philosophie, tenté par le renoncement et la résignation, mais en qui la sÚve est encore présente.
Une leçon d'écriture et une leçon de vie
Trop de digressions !
Critique de Maylany (, Inscrite le 11 novembre 2007, 46 ans) - 22 février 2009
AprĂšs la lecture d'une centaine de pages, oĂč je n'avais rĂ©ellement lu que quelque vingt pages, je me suis dit que ça ne fallait pas la peine de continuer.
Un peu mitigée
Critique de Maria-rosa (LiÚge, Inscrite le 18 mai 2004, 71 ans) - 4 décembre 2008
Je ne suis pas tout à fait déçue, pas vraiment enthousiaste non plus. Une longue "promenade" à travers le New Jersey à la veille de Thanksgiving est l'occasion pour le héros, Frank Bascombe, de faire l'état des lieux de sa vie mais aussi et surtout un état des lieux de l'Amérique et des américains, avec en toile de fond, à la veille de la célébration du nouveau millénaire, la campagne présidentielle qui accouchera en janvier 2000 du grotesque clown Bush comme président.
C'est lent, long, si long parfois, rien de nous est Ă©pargnĂ© de chaque instant de ce long week-end. MAIS car il y a un mais qui a fait que je n'ai pas pu abandonner ce livre en cours de route, il y a des passages vraiment trĂšs rĂ©ussis comme l'entretien de Frank au tĂ©lĂ©phone avec son ex-femme, la description de ses rapports avec son fils, rĂ©dacteur de cartes de vĆux chez Hallmark ou le rĂ©cit du jour oĂč sa deuxiĂšme femme lui dit qu'elle l'abandonne pour retourner vivre avec son premier mari, rĂ©apparu aprĂšs une disparition de 30 ans. J'aime beaucoup le personnage de son associĂ© aussi qui croit encore "au rĂȘve amĂ©ricain"⊠Cependant, tout cela me laisse un peu sur ma faim.
Oubliable oui, pas comme SaĂŒl Bellow ou Philip Roth.
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| Richard Ford | 7 | Aria | 13 mai 2011 @ 21:53 |


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