Courir de Jean Echenoz

Courir de Jean Echenoz

Catégorie(s) : LittĂ©rature => Francophone

Critiqué par Palorel, le 6 novembre 2008 (Inscrit le 25 dĂ©cembre 2004, 45 ans)
Critiqué par Palorel, le 6 novembre 2008 (Inscrit le 25 dĂ©cembre 2004, 45 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 8 Ă©toiles (basée sur 19 avis)
Cote pondérée : 7 Ă©toiles (739ème position).
Visites : 16 947 

La course Ă  l'abĂźme

Il y a deux ans, Jean Echenoz avait eu la merveilleuse idĂ©e de nous faire entrer dans l'univers de Ravel en nous le montrant s'apprĂȘtant Ă  sortir de sa baignoire. Incipit idĂ©al pour nous mettre dans le bain, d'autant plus idĂ©al et Ă©lĂ©gant que le livre dĂ©butait par un parfait alexandrin avec cĂ©sure Ă  l'hĂ©mistiche : « On s'en veut quelquefois de sortir de son bain. » Avec « Courir », son dernier « roman », c'est du moins le mot figurant sur la couverture du livre (on peut donc lĂ©gitimement penser que l'auteur ne s'y est pas opposĂ©), il en va tout Ă  fait diffĂ©remment. Cette fois-ci, nous ne sortons plus de la baignoire avec Ravel, mais nous entrons de plain-pied dans la guerre avec Émile. De plain-pied peut-ĂȘtre, mais avec un pied en moins tout de mĂȘme, l'alexandrin se faisant hendĂ©casyllabe : « Les Allemands sont entrĂ©s en Moravie ». Vers boiteux, auquel il manque un pied, premiĂšre phrase surprenante pour un livre intitulĂ© «Courir» et ayant pour sujet la vie du coureur tchĂšque Émile Zatopek. Surprenante Ă©galement la maniĂšre dont il vient Ă  la course Ă  pied. Émile, dont le patronyme ne sera rĂ©vĂ©lĂ© qu'Ă  la page 93 (c'est Zatopek, mais faut pas le dire, oups c'est dĂ©jĂ  fait, tant pis!), le jeune Zatopek, dont nous tenterons donc de prĂ©server l'anonymat, ne s'intĂ©resse en effet pas du tout au sport, « d'autant moins que son pĂšre lui a transmis sa propre antipathie pour l'exercice physique, lequel n'est Ă  ses yeux qu'une pure perte de temps et surtout d'argent. » (p.13). Pas trop un truc pour lui, la course Ă  pied donc. C’est d'ailleurs Ă  une carriĂšre de chimiste qu’il se destine, aprĂšs avoir travaillĂ© un temps chez Bata Ă  fabriquer des chaussures, ça ne s’invente pas. Mais bon, le fait est que, pour Ă©tendre sa propagande, l'occupant allemand a dĂ©cidĂ© d'organiser une course dans l'Ă©cole professionnelle dont Émile est Ă©lĂšve. Pas de chance pour lui, qui, bien obligĂ© d'y participer, prend donc le dĂ©part en traĂźnant des pieds, ce qui n'est jamais Ă©vident, mĂȘme quand on s'appelle Zatopek, mais nous ne le saurons qu’à la page 93. «Comme il termine deuxiĂšme sans s’en apercevoir» (p.16), il prend progressivement goĂ»t Ă  la discipline sportive. Opposant tout d’abord un refus poli Ă  ses amis qui lui demandent de courir avec eux, refus qui contrairement Ă  celui du Bartleby de Melville, auquel Echenoz fait parfois subtilement allusion, n’a rien de dĂ©finitif (« on sait comme il est Émile, quand il dit non, c’est en souriant », p.17), il commence vite Ă  s’entraĂźner trĂšs sĂ©rieusement. SĂ©rieusement mais pas de façon trĂšs acadĂ©mique. C’est qu’Émile privilĂ©gie l’efficacitĂ© au style : « Mais non, dit-il, le style, c’est des conneries. Et puis ce qui ne va pas chez moi, c’est que je suis trop lent. Tant qu’à courir, il vaut mieux courir vite, non ? » (p.21). Si tu le dis, Émile, c’est que ça doit ĂȘtre vrai. N’empĂȘche que ce style heurtĂ©, extrĂȘmement bizarre a de quoi dĂ©concerter les spĂ©cialistes : «Ce type fait tout ce qu’il ne faut pas faire et il gagne.» (p.46). A l’instar de Zatopek et de sa foulĂ©e gagnante, Jean Echenoz fait Ă©galement tout pour que ses romans gagnants ne tiennent pas debout. A propos de Cherokee, son deuxiĂšme livre, Jean-Patrick Manchette parlait d’un « amas de dĂ©chets spĂ©cialement hĂ©tĂ©roclites et qui devraient se dĂ©truire les uns les autres », ajoutant que « tout ce bordel devrait ĂȘtre, au bout du compte, une autodestruction et un ratage, un sommet de l’effondrement. Or non. Ça tient. D’une maniĂšre antiphysique : comme un chĂąteau de cartes qui serait une brique. » Et pour Zatopek, ça tient mĂȘme trĂšs bien. Il sera notamment le premier homme Ă  parcourir plus de 20 kilomĂštres en une heure, triple champion olympique Ă  Helsinki, dĂ©tenteur de tous les records du monde sur longue distance, du six miles aux trente kilomĂštres
. Jusqu’à la page 93. L’émergence de son nom marque en effet le dĂ©but de son dĂ©clin, ce qui n’a rien d’étonnant eu Ă©gard au contexte politique de l’Europe de l’Est Ă  cette Ă©poque, contexte dont le roman se fait largement l’écho. Un contexte oppressant bien entendu, mais souvent traitĂ© de façon ironique par Echenoz :
« Cependant sur le théùtre des procĂšs politiques, on n’est jamais allĂ© si loin non plus. Grand spectacle produit par la SĂ©curitĂ© d’État, avec le concours artistique des conseillers soviĂ©tiques pour la dramaturgie, comparution impeccable des prĂ©venus, dĂ©cors et costumes trĂšs soignĂ©s, public de premiĂšre, rĂŽles admirablement appris sur le bout des doigts par tout le monde – juges, procureurs, avocats, accusĂ©s-, livret de mise en scĂšne minutieux. Progression dramatique parfaite jusqu’au coup de cymbale du verdict, pendaisons comme s’il en pleuvait, applaudissements nourris, nombreux rappels, longue vie au prĂ©sident Gottwald. » (p.75).
EntraĂźnĂ© dans le tourbillon politique comme il l’avait Ă©tĂ© dans celui du sport, malgrĂ© lui, Émile servira en mĂȘme temps qu’il les subira le rĂ©gime et ses multiples avatars jusqu’en 1968, annĂ©e oĂč il sera exclu du Parti, radiĂ© de l’armĂ©e oĂč il travaillait et renvoyĂ© du ministĂšre oĂč il occupait un poste. Il finit archiviste en sous-sol au Centre d'information des sports de Prague. La boucle semble bouclĂ©e, ce que souligne parfaitement la structure cyclique du roman, le vingtiĂšme et dernier chapitre reprenant bon nombre d’élĂ©ments de l’incipit. Courir, s’obstiner dans le refus de l’attraction terrestre, ne lui aura donc entre-temps servi qu’à ne pas sombrer, un divertissement en somme, au sens pascalien du terme. Ce qui n'empĂȘche pas le lecteur de prendre son pied!

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Les éditions

Courir [Texte imprimé] Jean Echenoz
de Echenoz, Jean
les Éditions de Minuit
ISBN : 9782707320483 ; 13,80 € ; 09/10/2008 ; 142 p. BrochĂ©
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Merci Ă  Jean Echenoz !

9 étoiles

Critique de Tanneguy (Paris, Inscrit le 21 septembre 2006, 87 ans) - 15 février 2016

C'est le style parfait de Jean Echenoz qui m'enchante, contrairement Ă  certains...

Le sujet est assez mince, c'est vrai, mais personnellement j'avais vécu une partie de mon adolescence au rythme des performances étonnantes de cet athlÚte mystérieux... et soviétique. Que Jean Echenoz ait pu s'y intéresser, et pas seulement un journaliste sportif peut étonner de prime abord mis on se pose moins de questions en refermant le livre. Il a, lui aussi, été fasciné par l'homme et la période pendant laquelle il a exercé ses talents ; il y avait de quoi en effet !

Deux locomotives

9 étoiles

Critique de Catinus (LiÚge, Inscrit le 28 février 2003, 75 ans) - 9 décembre 2014

Et dire qu’au dĂ©but, il n’aimait pas du tout le sport, l’Emil. Et puis cela lui est venu. TrĂšs vite, on le surnomme : « La Locomotive » ; l’homme qui court le plus vite au monde dans les annĂ©es ’40-’50. Le 3 mille mĂštres, le 5 mille, le marathon, ce TchĂ©coslovaque est le premier partout, il pulvĂ©rise tous les superlatifs. Il n’a pas de mĂ©decin attitrĂ©, ni de masseur, il fait bien tout cela lui-mĂȘme. Il fait le contraire de tous les autres coureurs, pas pour la provoc, mais parce que pour lui, cela coule de source. Question style, il ne fait pas dans l’élĂ©gance : il souffre, donc il grimace, et le montre au public, aux photographes, aux camĂ©ras de tĂ©lĂ©vision.

L’excellent Jean Echenoz revisite – oh si peu ! – l’incroyable biographie d’Emile Zatopek, l’homme qui dĂ©testait courir, avec en champ de vision, le dos de ses adversaires


On imagine Jean Echenoz raconter, Ă  sa façon, la vie d’Eddy Merckx. Ou, comme il est Français, celle de Jacques Anquetil, ou mieux encore celle de Raymond Poulidor, l’éternel second. Je rĂȘve qu’il « refasse » la bio d’Eric Satie 



Extraits :

- Un jour on calculera que, rien qu’en entraünements, Emile aura couru trois fois le tour de la Terre.

- Sa curiositĂ© le pousse quand mĂȘme aussi Ă  visiter le zoo de Berne oĂč Emile se rĂ©jouit de voir enfin des singes, espĂšce qui n’a pas encore droit de sĂ©jour en TchĂ©coslovaquie. Mais les singes ont l’air mĂ©chant, aigris ,amers, perpĂ©tuellement vexĂ©s d’avoir ratĂ© l’humanitĂ© d’un quart de poil. Ça les obsĂšde Ă  l’évidence, ils ne pensent qu’à ça.

Sans Ă©lan et trĂšs vite Ă  l’arrivĂ©e

8 étoiles

Critique de Pacmann (Tamise, Inscrit le 2 février 2012, 61 ans) - 14 juillet 2014

Entre Ravel et Tesla (« Des Eclairs ») , l’auteur dĂ©peint dans son style remarquable la biographie romancĂ©e d’Emile Zatopek, sans doute le plus grand coureur de fond de tous les temps avant l’arrivĂ©e des africains dans l’athlĂ©tisme.

Plus optimiste que ces deux autres romans, le personnage d’Emile est dĂ©peint comme un ĂȘtre attachant, courageux, enthousiaste et Ă  certains Ă©gards fataliste.

Il est prĂ©sentĂ© comme un hĂ©ros malgrĂ© lui qui n’a jamais cherchĂ© la gloire et qui, pour son malheur lors du Printemps de Prague, aura toujours voulu le bien de son entourage et de ses compatriotes.

Certes la prĂ©sentation de la carriĂšre sportive de Zatopek ressemble lors de certains passages Ă  un inventaire brut d’évĂšnements auxquels il a participĂ©, mais il n’en demeure pas moins que « Courir » plus encore que les deux autres ouvrages qui composent la trilogie, est un excellent petit roman qui se lit d’une traite.

Mitigé

6 étoiles

Critique de PPG (Strasbourg, Inscrit le 14 septembre 2008, 50 ans) - 25 novembre 2012

Bien Ă©crit, ce livre est pourtant froid Ă  lire. En partant de faits rĂ©els (notamment les courses, bien restituĂ©es, captivantes), l'auteur brode une histoire Ă  partir de scĂšnes inventĂ©es, procĂ©dĂ© "Ă  la mode" qui se retrouve chez d'autres auteurs contemporains. A mon sens, le problĂšme vient que leurs enchaĂźnements donnent souvent le sentiment que la logique proposĂ©e est trop mĂ©canique, dĂ©shumanisĂ©e, voire improbable. Zatopek est juste prĂ©sentĂ© comme un pion semblant s'ĂȘtre construit uniquement par contraintes extĂ©rieures : le climat social, le Parti qui prend une grande place (ce qui doit ĂȘtre juste historiquement)... Ainsi, son point de vue et ses propres motivations sont quasi inexistantes, alors que le roman aurait gagnĂ© en Ă©paisseur en prenant un peu plus le point de vue du mythique coureur.
Finalement, peut-ĂȘtre tout simplement un peu trop court ce roman...

Fascinant petit bouquin!

9 étoiles

Critique de Leroymarko (Toronto, Inscrit le 19 septembre 2008, 52 ans) - 15 janvier 2012

VoilĂ  un rĂ©cit qui m’a fort plu. Je ne savais pas du tout sur quoi portait le sujet, mais j’ai Ă©tĂ© attirĂ© par le court texte en quatriĂšme de couverture : «On a dĂ» insister pour qu’Émile se mette Ă  courir. Mais quand il commence, il ne s’arrĂȘte plus. Il ne cesse plus d’accĂ©lĂ©rer. Voici l’homme qui va courir le plus vite sur la Terre». Avouons que ça pique la curiositĂ©! D’autant plus que le livre est Ă©crit dans ce mĂȘme style simple, clair et teintĂ© d’humour. De courtes phrases qui en disent long.

Émile, c’est bien sĂ»r Emil Zatopek, ce lĂ©gendaire coureur de fond tchĂ©coslovaque qui va rĂ©gner sur ses adversaires dans les annĂ©es suivant la Seconde guerre. Pourtant, Echenoz ne mentionne le nom Zatopek qu’à la page 93. TrĂšs vite, toutefois, on comprend que l’auteur s’inspire de faits rĂ©els et on trace rapidement les liens qui s’imposent en se souvenant de celui que l’on surnommait «la locomotive tchĂšque». On comprend aussi que l’auteur s’inspire de faits rĂ©els, mais qu’il brode le reste. Ce qui est rĂ©el, ce sont bien sĂ»r toutes ces courses que Zatopek a remportĂ© en adoptant pourtant une mĂ©thode bien peu orthodoxe. C’est aussi l’atmosphĂšre qui rĂšgne dans cette TchĂ©coslovaquie qui subit le joug allemand, puis celui des Russes. Zatopek devient alors, qu’il le veuille ou non, l’homme modĂšle de ce socialisme imposĂ©. Pourtant, en 68, il prend le parti des rĂ©formistes, ce qu’il lui vaudra, une fois les tanks russes bien en contrĂŽle dans Prague, d’ĂȘtre envoyĂ© dans les mines d’uranium pour y travailler. Ce n’est que bien des annĂ©es plus tard qu’il sera rĂ©habilitĂ©. Un ouvrage Ă  lire.

Sport et socialisme soviétique

8 étoiles

Critique de Elya (Savoie, Inscrite le 22 février 2009, 36 ans) - 13 décembre 2011

Premier réflexe aprÚs avoir fini ce court roman : chercher si Emile Zatopek a vraiment existé, et le cas échéant, si la biographie est fidÚle ou non. Je suis un peu déçue d'apprendre qu'en effet ce grand coureur de fond a réellement existé, et a été l'emblÚme du régime socialiste tchÚque à ses heures sordides.

Car finalement quel est le mĂ©rite d'Echenoz ? Sans conteste, on peut le remercier d'entretenir la postĂ©ritĂ© de ce grand sportif, et aussi de dĂ©noncer le rĂ©gime soviĂ©tique autoritaire de l'Ă©poque. L'histoire Ă©tait certes dĂ©jĂ  toute tracĂ©e mais elle valait le coup d'ĂȘtre contĂ©e, avec un peu d'humour et de distance. Elle ne nĂ©cessitait pas qu'on s'attarde trop, qu'on s’exalte trop, qu'on accuse trop ; tout compte fait Jean Echenoz nous livre ici un sympathique rĂ©cit.

Vraie-fausse biographie, ou l’inverse ?

6 étoiles

Critique de Tistou (, Inscrit le 10 mai 2004, 69 ans) - 21 juin 2011

C’est un objet littĂ©raire un peu incertain que ce « Courir ». On comprend trĂšs vite qu’il est question – et n’est question que – de Emil Zatopek, mĂȘme si le patronyme n’apparait en clair que dĂ©jĂ  trĂšs loin dans la lecture. Alors, une biographie ? Oui, c’en est rĂ©ellement une. Mais qui ne dirait pas son nom, qui pourrait passer pour un roman. Oui, un roman dans la mesure oĂč la vie d’Emil Zatopek peut ĂȘtre qualifiĂ©e d’une certaine maniĂšre de « romantique ».
Pour les trĂšs jeunes et les non intĂ©ressĂ©s par le sport qui seraient passĂ©s Ă  cĂŽtĂ©, signalons qu’Emil Zatopek fĂ»t un prodige de la course Ă  pied, demi-fond et fond, dĂ©tenant un moment tous les records mondiaux du 800 m au 10 000 m ! A l’époque – il fĂ»t triple Champion Olympique Ă  Helsinki – il Ă©tait l’extra-terrestre de la course Ă  pied et surtout, il Ă©tait TchĂ©coslovaque. Et Ă  ce titre, nĂ© du cĂŽtĂ© oriental de l’Europe Ă  un moment oĂč la guerre froide battait son plein et oĂč victoires sportives comme exploits dans l’Espace Ă©taient les Ă©talons permettant de mesurer le succĂšs de tel ou tel systĂšme politique.
C’est que le roman de Jean Echenoz est autant un roman sur l’avĂšnement d’un champion et sa psychologie que la relation du quotidien d’un champion nĂ© du cĂŽtĂ© Est du rideau de fer, dans l’aprĂšs-guerre. Un champion qui va d’abord s’accommoder des vicissitudes imposĂ©es par le pouvoir TchĂ©coslovaque pour « exploiter » au mieux cette image d’homme – socialiste – le plus rapide du monde sur un plan politique (censure de ses interviews, blocage de sa participation aux Ă©preuves sportives hors de la sphĂšre orientale, 
), puis qui, la retraite sportive arrivant, ses galons de colonel sur les Ă©paules, se ralliera Ă  Alexander Dubcek lors des Ă©vĂšnements de l’étĂ© 1968, une des premiĂšres tentatives de rĂ©sistance Ă  l’impĂ©rialisme soviĂ©tique, et qui lui vaudra d’ĂȘtre dĂ©gradĂ©, radiĂ© de l’armĂ©e et humiliĂ© via des tĂąches, au mieux considĂ©rĂ©es comme censĂ©es porter le dĂ©shonneur (Ă©boueur), au pire susceptibles d’altĂ©rer sa santĂ© (mineur dans une mine d’uranium). L’affaire, on le sait, se terminera aussi mal pour la TchĂ©coslovaquie en 1968 que pour l’ami Emil.
Jean Echenoz relate tout ceci sans implication particuliĂšre, d’une Ă©criture relativement froide 
 Un peu comme un biographe 


détester courir, adorer Courir

9 étoiles

Critique de Lutzie (Paris, Inscrite le 20 octobre 2008, 61 ans) - 29 janvier 2011

- Tu devrais lire ça.
- Maman, tu t'intéresses à Zatopeck et à la course de fond ...??!!
- Pas du tout. Mais ce livre est excellent.

L'avis ferme d'une dame d'un ùge respectable étant respectable, je me suis exécutée. Eh bien oui, on ne peut qu'abonder.

C'est toujours un rĂ©gal de redĂ©couvrir l'Ă©criture de Jean Echenoz, unique dans le paysage français. Les passages rĂ©jouissants sont lĂ©gion, Ă  l'origine de rires frĂ©quents. L'ascension puis le dĂ©clin du champion tiennent le lecteur en haleine, si j'ose dire, et l'Ă©motion, mĂȘme tenue Ă  distance, est bel et bien lĂ .
Pour le reste, tout est trÚs bien dit dans les critiques qui précédent.

A lire dùs l’adolescence et sans limites d’ñge aucunes.

Une perle

10 étoiles

Critique de Maria-rosa (LiĂšge, Inscrite le 18 mai 2004, 71 ans) - 19 novembre 2010

J'aime bien les Editions de Minuit et j'aimais bien le titre, "Courir", tout un programme. Et j'ai été époustouflée par l'écriture de Jean Echenoz que je ne connaissais pas, sa façon de dire les choses, sans y toucher, ironique, tendre aussi. Je ne suis pas prÚs d'oublier Zatopek et Echenoz. Une petite perle.

passionnant

8 étoiles

Critique de Clubber14 (, Inscrit le 1 janvier 2010, 34 ans) - 16 juillet 2010

Beaucoup apprĂ©ciĂ© ce livre d'Echenoz sur la vie du fabuleux Zatopek. En tant que sportif moi-mĂȘme je comprends cette envie de franchir les limites de son propre corps, de toujours vouloir battre un record, d'ĂȘtre en perpĂ©tuelle concurrence avec les autres athlĂštes.

J'ai Ă©galement trĂšs fortement apprĂ©ciĂ© le contexte gĂ©opolitique : la Russie d'aprĂšs-guerre, les tensions Occident / Europe de l'EST... Echenoz arrive Ă  nous intĂ©resser tout Ă  la fois Ă  la vie sportive de cet ĂȘtre hors-norme et aux tensions politiques connexes.

En trois mots : Ă  lire absolument !!

Trottiner

6 étoiles

Critique de El grillo (val d'oise, Inscrit le 4 mai 2008, 52 ans) - 18 janvier 2010

La vie sportive de Zatopek, pourquoi pas. Mais ce que j'aime dans un livre retraçant la vie d'un glorieux athlĂšte, c'est d'en apprendre sur ce qu'il a dans la tĂȘte, ses motivations, ses joies, ses peurs, etc... Ici, ce n'est pas le parti pris d'Echenoz: on a une succession d'Ă©vĂšnements sportifs, les rĂ©sultats obtenus, le contexte historique certes est Ă©voquĂ©, mais survolĂ©. Il est effectivement trĂšs intĂ©ressant d'avoir un rĂ©sumĂ© de la vie de ce fou souriant mais finalement, Zatopek reste pour moi une Ă©nigme.
Ou bien le roman est trop court, ou bien on ne sait pas tout car l'homme est discret et avare de déclaration sur sa vie privée, ou ce n'est pas le but du récit.
De ce fait, je suis restĂ© un peu Ă  l'Ă©cart. MĂȘme si ce grand homme du sport ne m'est plus tout Ă  fait inconnu, il m'en reste une couche de mystĂšre que j'aurais aimĂ© moins Ă©paisse.

Tout public

8 étoiles

Critique de Jmacphee (, Inscrit le 11 décembre 2009, 36 ans) - 12 décembre 2009

Si je me suis intéressé à ce livre, ce n'est sûrement pas pour l'écriture de Echenoz, ni pour son style que j'aurai apprécié dans un autre de ses livres, mais véritablement pour le thÚme abordé: Zatopek. C'est en fan et pratiquant d'athlétisme, et inconditionnel admirateur de cet athlÚte que j'ai choisi ce bouquin.

J'ai Ă©tĂ© surpris par le format extrĂȘmement rĂ©duit, un des dĂ©fauts du livre selon moi, j'y reviendrai un peu plus tard. J'y ai appris des choses extraordinaire, sur un athlĂšte hors du commun, racontĂ© avec beaucoup de rythme, on ne se perd pas dans les descriptions de la politique actuelle, mĂȘme si elles sont trĂšs importantes dans la vie de Zatopek. De l'enfance, l'adolescence et le dĂ©but du succĂšs, qu'il ne recherche pas du tout, on dĂ©couvre un talent, comme le monde Ă  l'Ă©poque, et on pousse derriĂšre lui (lorsqu'on ne se souvient pas du rĂ©sultat) dans chaque course, afin de le faire gagner.

J'ai malheureusement vu les limites de l'auteur, qui ne semble pas un grand spĂ©cialiste de la course Ă  pied. Je n'ai jamais lu de livre oĂč les courses Ă©taient relatĂ©es de cette façon (je n'ai jamais lu de romans parlant d'athlĂ©tisme), je m'attendais Ă  quelque chose de plus long, faisant vraiment entrer le lecteur dans les sentiments de la course, de l'avant course, parfois stressant et rempli de doute, le pendant, et l'aprĂšs, oĂč jaillit une quantitĂ© Ă©norme de sensations et de sentiments. Certaines parties m'ont un peu laissĂ© sur ma faim, mais mon addiction Ă  ce sport doit me rendre exigeant.

TrÚs bon livre, qui peut faire un beau cadeau pour vos amis athlÚte en cette période de Noël.

A la limite du radio-crochet de gauche!

8 étoiles

Critique de Habertus (, Inscrit le 6 août 2009, 82 ans) - 24 septembre 2009

Echenoz a un point commun avec Zatopek. C’est au moins ce « Z », dĂ©but et fin de l’existence de ce sportif tchĂšque, qui va consacrer toute sa vie Ă  la course Ă  pied.
Il dĂ©marre modestement dans cette discipline, risĂ©e de tous alors, et pulvĂ©rise nonchalamment les records des hĂ©ros officiels du sport du pays et de l’étranger. On le prend donc en considĂ©ration. Comme souvent, l’Etat lui trouve une fonction. Il sera militaire. Ses grades croĂźtront au fur et Ă  mesure de ses succĂšs. Il s’unira Ă  un « javeliste ». Il finira colonel, sera rĂ©trogradĂ© aux fonctions civiles, Ă©prouvante de mineur d’uranium, dĂ©gradante d’éboueur, puis sera virĂ© de l’armĂ©e quand trop en vue, il profĂšrera trop de critiques du rĂ©gime socialiste et de l’occupant soviĂ©tique.
C’est un hĂ©ros pour le peuple, qui lui conserve toute son admiration mĂȘme aprĂšs sa chute, lorsqu’il sera trop ĂągĂ© pour gagner encore les compĂ©titions.

Il commence tout seul sa vie de sportif, misĂ©rablement sans y croire. Les succĂšs internationaux s’enchaĂźnent. Et alors, il incarne le pays. L’Etat se sert de sa notoriĂ©tĂ©. Les interviews sont truquĂ©es par la censure.
Sur la fin il signera (on le forcera Ă  signer) son auto-critique marxiste, qui serait un pĂ©chĂ©-menteur caractĂ©risĂ© aux yeux d’un catholique.

Il paraĂźt que l’auteur n’aurait pas d’expĂ©rience de la course Ă  pied (son interview de J-L Ezine dans le Nouvel Observateur). Il n’empĂȘche -c’est un tour de force !- qu’il entre dans la peau du coureur, Ă©crit admirablement sa souffrance, son raisonnement, sa technique.
L’auteur, dĂ©veloppe pour le lecteur une sorte de commentaire des compĂ©titions de Zatopek ,comme dans un reportage en direct. Echenoz conjugue tout au prĂ©sent et en style indirect. Aucun dialogue. C’est sa caractĂ©ristique d’écrivain, et cela produit une trĂšs belle langue.

Trop

6 étoiles

Critique de NQuint (Charbonnieres les Bains, Inscrit le 8 septembre 2009, 54 ans) - 8 septembre 2009

J'avais vraiment envie de lire ce livre. D'abord, ça parle de course à pied. Ensuite, de la vie d'Emil Zapotek, la locomotive tchécoslovaque qui a été le meilleur coureur de fond pendant 10 ans dans les années 50/60, un gars au style pourri mais qui battait tout le monde. Enfin, les critiques étaient bonnes. Bref, toutes les bonnes raisons du monde.
De fait, le livre se lit avec une facilitĂ© dĂ©concertante, il est court (140 pages) et en quelques (petites) heures de lecture, il passe tout seul. Cela permet de se refamiliariser avec Ă  la fois le parcours dudit Emil (oui Echenoz ne l'appelle - presque - que par son prĂ©nom) et du contexte historique (rideau de fer, mainmise soviĂ©tique, Printemps de Prague et Ă©crasement subsĂ©quent). Mais le traitement et le style sont dĂ©concertants. Echenoz adopte un rĂ©cit "ForrestGumpien" (je n'ai pas vu le film mais bon ...) : celui d'un type qui n'aime pas le sport, va courir pour faire plaisir Ă  2/3 potes et en un rien de temps, sans se prendre la tĂȘte, se retrouve multi-mĂ©daillĂ© au JO, dĂ©tenteur de 8 records du monde, idole de son pays puis connait la dĂ©chĂ©ance suite Ă  l'Ă©crasement du printemps de Prague sans avoir vraiment soutenu le dĂ©gel, lĂ  encore un peu par hasard.
Bref, dans sa gloire comme dans sa dĂ©chĂ©ance, Emil semble n'ĂȘtre qu'un pur produit d'un certain hasard, propulsĂ© au milieu d'Ă©vĂ©nements qui le dĂ©passent complĂštement. J'ai quand mĂȘme le sentiment que cette trajectoire singuliĂšre et l'arriĂšre-fond historique possĂ©daient une richesse qui auraient permis d'en faire quelque chose de nettement plus riche. Mais on m'objectera que le parti-pris de l'auteur Ă©tait de faire un roman (court) et non une biographie. Certes ...
NĂ©anmoins, mĂȘme face Ă  cette dĂ©ception, je ne peux nier le plaisir que j'ai pris Ă  lire ce petit livre, mĂȘme si j'en aurais voulu plus !

Un gars bien ordinaire ......

9 étoiles

Critique de Alma (, Inscrite le 22 novembre 2006, 80 ans) - 19 mars 2009

Si je me suis embarquĂ©e dans la lecture de ce roman dont le sujet n’avait, Ă  priori, aucune raison de m’intĂ©resser, c’est parce qu’il Ă©tait signĂ© Jean Echenoz dont j’avais apprĂ©ciĂ© le prĂ©cĂ©dent RAVEL .

Et si j’ai rencontrĂ© beaucoup de plaisir dans cette lecture, c’est d’abord en raison de la proximitĂ© que le lecteur entretient avec le protagoniste . Toujours dĂ©signĂ© par son prĂ©nom Emile, il devient une sorte de copain ou de cousin sympathique dont on partage les faiblesses, les erreurs , les maladresses . Le champion est dĂ©mythifiĂ©, c’est « le doux Emile », un gars bien ordinaire, celui qui sans ambition, sans plan de carriĂšre, mais au bonheur des opportunitĂ©s qui lui ont Ă©tĂ© offertes, est devenu « la locomotive tchĂšque ».

C’est aussi en raison de l’efficacitĂ© de l’écriture de Echenoz, qui se fait ici conteur . Le rĂ©cit , qui s’appuie souvent sur des mots tremplins, ne semble pas s’arrĂȘter , mĂȘme aux changements de chapitres . Les dialogues jamais annoncĂ©s par des tirets ou des guillemets, s’intĂšgrent toujours au rĂ©cit . Le narrateur, s’introduisant parfois dans le roman pour commenter l’attitude du hĂ©ros ou interpeller le lecteur, reste toujours prĂ©sent , par un regard Ă  la fois tendre sur le hĂ©ros et ironique sur le rĂ©gime politique .

C’est enfin par le fait d’avoir replacĂ© Emile dans le contexte politique de son pays, ce qui apparaĂźt en particulier dans le chapitre d’ouverture et celui de fermeture, Ă  la fois parallĂšles dans leur construction , mais opposĂ©s par leur contenu . Le sport n’est pas seulement ici affaire de souffle, de muscles, d’entrainement , mais aussi affaire de politique .

Eche...naze

1 étoiles

Critique de Alainw (, Inscrit le 31 janvier 2009, 55 ans) - 31 janvier 2009

Eh oui, mal écrit mais vite lu cet ouvrage ne vous mÚnera pas bien loin. Ne courrez pas pour l'acheter, vous risquez l'abandon dÚs les premiÚres pages.
Pas d'intrigue, suspens brisé d'avance, il faut bien du courage pour terminer ce "roman", comme un marathon de 142 pages.
Lisez la derniÚre phrase du livre dans le magasin, appliquez-la à l'auteur ... et reposez-le l'ouvrage sur le présentoir !

Alain

Eblouissant

10 étoiles

Critique de Vda (, Inscrite le 11 janvier 2006, 51 ans) - 30 janvier 2009

Pas spécialiste de la prose de Jean Echenoz pour un sou, de la course à pied pour deux sous, je suis sortie éblouie de ce court roman / chronique / portrait / reportage.
L'écriture de l'auteur m'a fait m'exclamer - intérieurement, j'ai des voisins - wouahou tous les demi-heures - vachement plus en vérité, mais je sais me tenir -. Les extraits cités par Palorel en sont un bon exemple, tout le livre est ainsi. L'auteur, à l'image de son héros Emile qui cassait le rythme de ses courses, usant et décrochant ses adversaires, emploie le contre-pied littéraire dans la construction de ses phrases, obligeant son lecteur à l'attention et au wouahou.
A peine tournée la derniÚre page que l'envie vous vient de retourner au début, d'entamer un nouveau tour de piste. Et de s'inscrire sur d'autres distances, de parcourir les autres titres de Jean Echenoz.
[u]Courir est un délice.

C'est l'histoire d'un type ...

10 étoiles

Critique de BMR & MAM (Paris, Inscrit le 27 avril 2007, 66 ans) - 17 janvier 2009

C'est l'histoire d'Émile.
Émile n'aime pas le sport. Émile travaille dans une usine de chaussures Bata en TchĂ©coslovaquie (c'est ça le destin ?).
Émile sera pourtant le coureur le plus rapide du monde.
Émile n'aime pas trop son boulot Ă  l'usine. Et on s'aperçoit qu'Émile est vraiment trĂšs rapide Ă  la course, mĂȘme s'il court n'importe comment.
Alors, poussĂ© par son entourage, Émile s'entraĂźne, s'entraĂźne encore, par tous les temps.
BientĂŽt les records de TchĂ©coslovaquie commencent Ă  tomber dans les poches du survĂȘtement d'Émile.
Encore quelques années d'entraßnement et ce sera les records d'Europe puis du monde. Le 5.000 mÚtres, le 10.000 mÚtres, le record de l'heure (plus de 20.000 mÚtres), les médailles d'or des Jeux Olympiques, jusqu'au mythique marathon.
C'est l'histoire d'Émile.
C'est l'histoire de Zatopek, Émile Zatopek, la locomotive tchĂšque qui sera pendant de nombreuses annĂ©es l'homme le plus rapide du monde, accumulant records et mĂ©dailles et courant n'importe comment, sans style, la tĂȘte bringuebalant sur le cĂŽtĂ©, sans mĂ©thode, au grand dam des entraĂźneurs et docteurs sportifs. À une Ă©poque oĂč ces gens-lĂ  n'avaient pas encore inventĂ© le mot dopage et oĂč sur la piste, sur la cendrĂ©e comme l'on disait encore, il n'y avait que des hommes.

[...] Un jour on calculera que, rien qu'en s'entraĂźnant, Émile aura couru trois fois le tour de la Terre. Faire marcher la machine, l'amĂ©liorer sans cesse et lui extorquer des rĂ©sultats, il n'y a que ça qui compte et sans doute est-ce pour ça que, franchement, il n'est pas beau Ă  voir. C'est qu'il se fout de tout le reste. Cette machine est un moteur exceptionnel sur lequel on aurait nĂ©gligĂ© de monter une carosserie. Son style n'a pas atteint ni n'atteindra peut-ĂȘtre jamais la perfection, mais Émile sait qu'il n'a pas le temps de s'en occuper : ce seraient trop d'heures perdues au dĂ©triment de son endurance et de l'accroissement de ses forces. Donc mĂȘme si ce n'est pas trĂšs joli, il se contente de courir comme ça lui convient le mieux, comme ça le fatigue le moins, c'est tout.

Enfin, presque tout. Car Échenoz a l'intelligence de replacer la course d'Émile dans la course folle du monde.
Émile a 17 ans quand le III° Reich envahit les SudĂštes (beaucoup) et la TchĂ©coslovaquie (un peu, tant qu'on y est, on y reste). La premiĂšre course officielle d'Émile est un cross de la Wehrmacht. AprĂšs la guerre il court Ă  Berlin dans le stade construit par Hitler pour les fameux JO de 1936. Plus tard son talent est "utilisĂ©" par la propagande communiste tchĂšque (ou mĂȘme celle du PC français avec le cross de l'HumanitĂ©). MĂȘme si le pouvoir communiste ne lui dĂ©livre des visas qu'au compte-goutte ... dĂšs fois qu'il prenne goĂ»t Ă  la course de l'autre cĂŽtĂ© du rideau de fer.
Encore un peu plus tard, il se rallie Ă  la banniĂšre de Dubcek pendant le printemps 68.
On sait comment le printemps s'est terminĂ© : Émile signera son autocritique et, aprĂšs un passage par les mines d'uranium, finira archiviste dans un sous-sol du ministĂšre des sports.
Ce petit bouquin d'Échenoz (tous les bouquins d'Échenoz sont petits) se lit à toute allure, à toute vitesse.
En moins de deux heures, en moins de temps qu'il n'en faut à Émile pour courir les 20.000 mùtres.
On suit tout cela (les courses d'Émile et la roue de l'Histoire) au rythme donnĂ© par Échenoz et Émile : c'est passionnant, captivant, haletant.
Sous la plume d'Échenoz, on a l'impression de voir le monde courir Ă  sa perte tandis que le petit bonhomme Émile court sur la panĂšte essayant vainement d'Ă©chapper Ă  l'Histoire qui finit par le rattraper lorsque, avec l'Ăąge, Émile s'essouffle et se trouve bien heureux de voir quelques jeunes prendre la relĂšve.
Échenoz est un Ă©crivain français fort discret et fort talentueux. C'est son dernier bouquin et son Ă©criture si caractĂ©ristique (une douce ironie, une tendre cocasserie, faussement naĂŻves), est ici parfaitement dosĂ©e et maĂźtrisĂ©e.
Impeccable.

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