Une si longue lettre de Mariama BĂą

Une si longue lettre de Mariama BĂą

Catégorie(s) : LittĂ©rature => Africaine , LittĂ©rature => Francophone

Critiqué par DĂ©bĂ©zed, le 20 octobre 2008 (Besançon, Inscrit le 10 fĂ©vrier 2008, 79 ans)
Critiqué par DĂ©bĂ©zed, le 20 octobre 2008 (Besançon, Inscrit le 10 fĂ©vrier 2008, 79 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 9 Ă©toiles (basée sur 4 avis)
Cote pondérée : 6 Ă©toiles (12 760ème position).
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La condition de la femme africaine

« Modou est bien mort, AĂŻssatou. » AprĂšs le dĂ©cĂšs de son mari, Modou, Ramatoulaye Ă©crit une longue lettre Ă  sa meilleure amie qui a quittĂ© son mari depuis un certain temps dĂ©jĂ . « Amie, amie, amie ! Je t’appelle trois fois. Hier, tu as divorcĂ©. Aujourd’hui, je suis veuve. » La veuve de Mario dans l’ouvrage de Miguel Delibes, « Cinq heures avec Mario », dresse le portrait du mari tel qu’elle ne l’a pas connu et fait l’inventaire des erreurs qu’elle a faites, mais Ramatoulaye raconte d’abord comment sa meilleure amie a laissĂ© son mari quand il n’a pas pu ni su rĂ©sister Ă  la demande de sa mĂšre qui lui imposait une nouvelle Ă©pouse. Elle raconte ensuite sa propre mĂ©saventure qui a vu son mari s’enticher d’une camarade de sa fille et comment elle a dĂ©cidĂ© de vivre en marge de cette nouvelle Ă©pouse.

« PrivilĂšge de notre gĂ©nĂ©ration, charniĂšre entre deux pĂ©riodes historiques, l’une de domination, l’autre d’indĂ©pendance. Nous Ă©tions restĂ©s jeunes et efficaces, car nous assistions Ă  l’éclosion d’une RĂ©publique, Ă  la naissance d’un hymne et Ă  l’implantation d’un drapeau. » Mais, les traditions sont toujours vivaces en Afrique et les hommes ont bien peu de considĂ©ration pour les femmes et surtout celles qu’ils ont Ă©pousĂ©es. C’est un long rĂ©quisitoire Ă  l’encontre de ces traditions, des hommes et des femmes qui manipulent les hommes que dresse Mariama, mais aussi un regard lucide qu’elle jette sur cette Afrique qui balance entre modernitĂ© et tradition, entre l’Europe et la nĂ©gritude.

C’est un texte sombre sans bien peu d’espoir, les enfants seront-ils « Fin ou recommencement ? », que livre cet excellent Ă©crivain qui Ă©crit dans une langue remarquable de justesse, de rythme et de vie. Une lettre sans concession pour ces Africains qui n’ont pas dĂ©laissĂ© leur mƓurs discriminatoires oĂč les castes et les classes ne se mĂ©langent pas, oĂč l’éducation, pour les filles surtout, n’est pas encore une prioritĂ©.

Quand l’Afrique saura-t-elle allier la sagesse africaine à l’instruction des blancs ?

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Les éditions

Une si longue lettre [Texte imprimé], roman Mariama Bù
de BĂą, Mariama
le Serpent Ă  plumes / Motifs (Paris).
ISBN : 9782842612894 ; 7,10 € ; 12/10/2001 ; 164 p. BrochĂ©
Amazon FR
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BNF
Une si longue lettre
de BĂą, Mariama
Nouvelles Éditions Africaines
ISBN : 9782723610421 ; EUR 8,40 ; 01/01/2000 ; 131 p. Poche
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Etat des lieux sur la polygamie en Afrique de l'ouest

9 étoiles

Critique de Pucksimberg (Toulon, Inscrit le 14 août 2011, 46 ans) - 23 septembre 2025

Ce roman donne la parole à Ramatoulaye, qui écrit une lettre à son amie Aïssatou dans laquelle elle évoque la condition féminine au Sénégal en accordant particuliÚrement de l'attention à la polygamie. Toutes les deux ont été confrontées à un époux qui a épousé par la suite une femme bien plus jeune, une coépouse. Aïssatou a divorcé de son époux quand la situation s'est présentée alors que Ramatoulaye n'a pas opté pour cette solution. Elle a eu 12 enfants avec son époux, s'est mariée avec lui par amour mais souffre de ce sentiment qu'il transfÚre sur une jeune femme.

En de courts chapitres, l'Ă©crivaine permet d'entrer dans les secrets de la polygamie. Dans notre imaginaire, peut-ĂȘtre que l'on aurait tendance Ă  se figurer une sorte de sĂ©rail domestique. Dans les descriptions faites par le personnage fĂ©minin principal, il n'en est rien. Le conjoint dĂ©couche, donne trĂšs peu de nouvelles, semble abandonner Ă©pouse et enfants. Cette souffrance est dĂ©crite habilement dans le roman sans tomber dans le pathĂ©tique. Elle se sent abandonnĂ©e avec ses enfants. les symptĂŽmes dĂ©crits rappellent ceux de la sĂ©paration amoureuse. L'on suit la vie de cette maman avec ses enfants, ses inquiĂ©tudes lĂ©gitimes, les propositions de mariage faites suite au dĂ©cĂšs de son Ă©poux, ce qui rentre dans les coutumes africaines. Ramatoulaye Ă©voque cette difficultĂ© Ă  faire le deuil en Ă©tant dĂ©jĂ  confrontĂ©e Ă  des demandes en mariage de personnes proches.

Le roman est touchant et se rĂ©vĂšle d'une grande modernitĂ©. Il a Ă©tĂ© publiĂ© en 1979 et Mariama BĂą prend clairement position dans ce roman en dĂ©fendant la cause fĂ©minine, en donnant Ă  voir ce qui est ignorĂ©. L'Ă©crivaine ne tombe pas dans des remarques naĂŻves. Ramatoulaye est mariĂ©e Ă  un homme qu'elle aime, ce n'est pas un mariage arrangĂ©. Les blessures Ă©prouvĂ©es par la femme confrontĂ©e Ă  l'apparition d'une coĂ©pouse sont abordĂ©es. Une rĂ©flexion fĂ©ministe peut ĂȘtre engagĂ©e si l'on considĂšre ces femmes vues comme au service du plaisir masculin et seulement rĂ©duite au rĂŽle familial de maman.

Le roman est sensible, plein de vie et porteur d'espoir malgrĂ© tout. Il peut Ă©veiller les consciences en abordant avec justesse la condition fĂ©minine. Le roman vient d'ĂȘtre adaptĂ© au cinĂ©ma et rencontre un franc succĂšs en Afrique de l'ouest en dĂ©passant les scores des blockbusters amĂ©ricains. Aucun producteur pour le circuit europĂ©en Ă  ce jour. Le roman est considĂ©rĂ© en Afrique comme un classique.

une femme africaine

10 étoiles

Critique de Jfp (La Selle en Hermoy (Loiret), Inscrit le 21 juin 2009, 77 ans) - 28 octobre 2018

Ce roman Ă©pistolaire dĂ©crit par le menu la condition de la femme, soumise Ă  la toute-puissance de la famille de son mari et aux quatre volontĂ©s de celui-ci, en terre d’islam version sĂ©nĂ©galaise. Veuve, dĂ©pouillĂ©e de ses biens chĂšrement acquis au cours de trente annĂ©es de mariage, Ramatoulaye se confie Ă  sa meilleure (et seule) amie AĂŻssatou, qui elle a fait le choix de ne plus subir cette condition de dĂ©pendance extrĂȘme. Le rĂ©cit, cheminant Ă  travers les divers personnages que l’on dĂ©couvre au fil de cette trĂšs longue lettre, dresse un terrible rĂ©quisitoire contre les abus d’une soi-disant tradition asservissant l’individu, de son plus jeune Ăąge au seuil de la vieillesse, au pouvoir de la sacro-sainte famille. L’homme aussi est victime de cette nĂ©gation de la dignitĂ© individuelle, mais sa condition demeure nĂ©anmoins Ă  cent coudĂ©es au-dessus de celle de la femme, que dĂ©nonce avec un rĂ©el bonheur d’écriture ce fleuron des lettres africaines qu’est Mariana BĂą. Puisse un tel tĂ©moignage rĂ©veiller les consciences


Triste sort

7 étoiles

Critique de Sissi (Besançon, Inscrite le 29 novembre 2010, 55 ans) - 14 avril 2011

C'est un témoignage fort que cette femme sénégalaise offre à travers cette "si longue lettre" qu'elle adresse à son amie.
Une femme qui se retrouve seule, quand son mari en Ă©pouse une autre, et qui perd aussi un peu d'elle mĂȘme au moment de la mort de ce dernier, au nom des traditions encore bien ancrĂ©es:

"C'est le moment redoutĂ© de toute SĂ©nĂ©galaise, celui en vue duquel elle sacrifie ses biens en cadeaux Ă  sa belle-famille, et oĂč, pis encore, outre les biens, elle s'ampute de sa personnalitĂ©, de sa dignitĂ©, devant une chose au service de l'homme qui l'Ă©pouse (...)."


Aïssatou, la destinataire de la lettre, est partie quand son mari lui a annoncé qu'il épousait une autre femme, elle écrit alors elle aussi une lettre à cet époux volage mais sûr de son bon droit, dont voici un extrait:

"Mawdo,

Les princes dominent leurs sentiments pour honorer leurs devoirs. Les "autres" courbent leur nuque et acceptent en silence un sort qui les brime.
Voilà, schématiquement, le rÚglement intérieur de notre société avec ses clivages insensés. Je ne m'y soumettrai point."

La polygamie, encore en vigueur alors que la société évolue (les deux femmes travaillent), apparaßt comme une contradiction qui fait bien des ravages.

Ecrit sobrement, mais avec beaucoup d'humanité et de coeur, ce récit est un beau portrait de femme qui cherche à s'émanciper et qui aspire à changer la société dans laquelle elle vit.

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