Tout passe de Vassili Grossman

Tout passe de Vassili Grossman
( Vsë tečët)

Catégorie(s) : Littérature => Russe

Critiqué par Romur, le 16 juillet 2008 (Viroflay, Inscrit le 9 février 2008, 48 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 3 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (11 245ème position).
Visites : 5 128 

Réflexions sur la liberté

URSS 1953. Staline est mort, la déstalinisation commence. Ivan a été libéré du goulag où il a passé plus de 15 ans et vient retrouver les siens. Son cousin inquiet qui craint pour sa réputation avec ce parent encombrant, la femme qu’il a aimée et qui s’est mariée, l’ami qui l’avait dénoncé. Il fini par trouver refuge chez une veuve qui lui loue une chambre et travail comme serrurier dans un foyer.
La trame narrative n’est rien, la force de cet ouvrage, aussi mince que Vie et destin est épais, est ailleurs. C’est la critique sans concession du régime communiste, la responsabilité démontrée de l’idéologie et du système fondés par Lénine à l’heure où l’URSS tente de sauver son âme en dénonçant Staline. C’est la narration insoutenable de la dékoulakisation et de la grande famine de 1932-1933, la description des camps (Grossman a manifestement recueilli des témoignages de première main). Ce sont des pages inoubliables car toutes simples sur la liberté (j’omets volontairement la majuscule).
Avec cet ouvrage, V. Grossman achève la transformation intellectuelle entamée avec « Vie et Destin ». L’écrivain officiel du réalisme socialiste a perdu toute illusion et est devenu un opposant intellectuel sans complaisance.

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Le système soviétique

8 étoiles

Critique de Falgo (Lentilly, Inscrit le 30 mai 2008, 82 ans) - 25 octobre 2017

Avec la création romanesque du retour d'Ivan de son "camp de travail", Grossman se livre à une description et une analyse du système soviétique. Lorsqu'il a fini d'être rédigé, en 1963, ce livre a témoigné du revirement intellectuel de l'auteur devenant, de plus ou moins soutien de l'autorité soviétique, un contempteur du régime. Il en explique l'instauration et la continuité par la permanence de l'esprit de soumission chez le sujet russe. A sa parution, il dénonçait en effet les perversions profondes et assassines du pouvoir soviétique et il a dû faire l'effet d'une bombe. Le lire en 2017 reste une confirmation de ce que l'on sait d'autres auteurs, je pense en particulier à Hannah Arendt, et, du coup, cela devient un livre d'histoire qui a ses mérites, mais n'apporte pas grand chose de nouveau.

A méditer par tous les contempteurs du communisme...

10 étoiles

Critique de Tanneguy (Paris, Inscrit le 21 septembre 2006, 83 ans) - 11 janvier 2010

Ce texte bref de Grossman évoque d'abord le retour d'un détenu après douze années de goulag. C'est déjà remarquable ! Mais c'est aussi l'occasion pour Grossman de nombreuses digressions et réflexions sur les mécanismes de la délation "ordinaire", sur les réformes agraires ( dékoulakisation ) et grandes famines organisées en Ukraine ( combien de morts ? ).

Mais le plus intéressant est probablement l'analyse détaillée qu'il fait du "système" et des comportements des maîtres Lénine, Saline, Trotski qui n'ont cessé, chacun à sa manière, contre la Liberté. Pour lui il n'y a pas de différence entre les totalitarismes ultérieurs (fascisme, nazisme) et le communisme qui les a inspirés. Inutile de dire qu'il n'est guère apprécié par nos "intellectuels" !

Ce livre est considéré comme le testament spirituel de Grossman ; on dit qu'il l'a profondément remanié peu de temps avant sa mort en 1964, avant d'avoir atteint la soixantaine...

Une référence pour tous ceux qui espèrent qu'on ne reverra pas ces systèmes...

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