Un héros de notre temps de Mikhaïl Lermontov

Un héros de notre temps de Mikhaïl Lermontov

Catégorie(s) : Littérature => Russe

Critiqué par Jules, le 5 novembre 2001 (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 74 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 6 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (1 498ème position).
Visites : 3 547  (depuis Novembre 2007)

Un très grand auteur !

Lermontov est mort, tué en duel, en 1841 à l’âge de vingt-sept ans. Pouchkine était mort dans les mêmes circonstances quatre années plus tôt… Sales coups pour la littérature russe !…
Lermontov a créé Pétchorine, « Un Héros de Notre temps », pour qu’il soit le reflet des vices de toute une génération. Il vit à l’époque de Nicolas I et, à l’image de la jeunesse noble, ou bourgeoise, de son pays, il a assimilé les cultures de l’Occident. Mais dans une Russie aussi fermée qu'elle l’était à cette époque, ces jeunes ne sont guère assimilables et ils n'auront qu'une seule obsession, comme Petchorine, : partir !
Ce livre est composé de deux parties. La première comprend deux textes intitulés « Bella » et « Maxime Maximytch ». La seconde est « Le Journal de Petchorine » qui compte trois textes : « Tamagne », « La Princesse Mary » et « Fataliste ».
Prenons l’ambiance et le portrait qui se dégage du « héros de notre temps » à travers cet ensemble. Ce livre est profondément russe par les personnages très variés qui s’y croisent. Il y aura des Caucasiens, des Tchétchènes, des Cosaques, des Tcherkesses, ainsi que des Moscovites et Saint-Petersbourgeois.
Petchorine nous apparaît comme enfant gâté d'une bonne vingtaine d'années, né riche, pour qui la vie est d'abord et avant tout un terrain d’expériences pour aiguiser sa réflexion et son pouvoir sur les autres. Il ne pense qu'à lui-même et, quand par malheur il cède à un sentiment qui n'a pas lui pour objectif, il se reprend bien vite. Ni l’amitié, ni l'amour, n’auront la moindre prise sur cet homme.
On peut même aller plus loin, le fait de mourir ou de continuer à vivre n’a pas une grande importance pour lui. Juste avant de se rendre à son duel, il dit : « Mais quoi ? Mourir ? Soit ! Mourir ! La perte pour le monde n’est pas grande ; et moi-même je m’ennuie déjà passablement ! Je suis comme un homme qui bâille dans une soirée dansante et qui ne va pas se coucher, tout simplement parce que sa voiture n’est pas encore là. Mais la voiture est prête. adieu !… »
L’obsession de Petchorine est toujours de partir, partir ailleurs, toujours ailleurs, pour ne pas se retrouver lui-même… Il a trois passions : les paysages sans limites à la Russe, les chevaux et les femmes. Mais, quant aux femmes, il s'émerveille surtout sur l’empreinte que sa volonté
Dans Pétchorine je n'ai pu m'empêcher de voir du Choderlos de Laclos, ou plutôt du Valmont. Un jeu de séduction accompagné de cynisme et du rationalisme le plus froid. Pour ceux qui l’auraient vu, Petchorine ce serait aussi un peu du « Raphaël le débauché » film des années soixante-dix avec Maurice Ronet et la très belle Françoise Fabian.
Le grand problème de Petchorine sera aussi de savoir si nous ne faisons que suivre une destinée écrite d’avance, ou si notre libre arbitre est autre chose qu'un simple rêve…
Il ne trouvera pas la réponse, malgré ses efforts.
Lermontov écrit vraiment très bien et est un excellent conteur. A disséquer l'âme humaine et ses motivations, il est aussi passé maître !.arrive à laisser en elles. Il prétend qu’il lui est impossible d’être amoureux, il le sera pourtant deux fois à nos yeux. Mais nous comprendrons vite que cet amour sera rapidement lassé et remplacé par son éternelle lucidité et sa seule préoccupation : lui.

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Quel regard !

9 étoiles

Critique de Nathafi (SAINT-SOUPLET, Inscrite le 20 avril 2011, 51 ans) - 12 décembre 2013

Quel personnage antipathique que ce Petchorine !
Faux ami, menteur, opportuniste, coureur, misogyne, bien qu'il s'en défende, imbu de sa personne malgré les questions existentielles qui l'assaillent, le portrait dressé par l'auteur n'est pas des plus tendres ! Peu lui importent les sentiments des autres, leurs attentes ou même leurs vies, il fait comme bon lui semble et vit comme il l'entend !

J'ai aimé l'écriture de Mikhaïl Lermontov qui attise l'intérêt du lecteur pour l'histoire de ce héros singulier, son regard sur les choses, l'analyse de ses personnages et ses descriptions très parlantes.

Dommage que cet auteur soit mort si jeune, il aurait pu encore nous écrire d'innombrables histoires...

Un héros tourmenté

9 étoiles

Critique de Yossarian (, Inscrit le 6 février 2013, 58 ans) - 6 février 2013

Un excellent livre, original par sa composition. On y découvre Pétchorine au travers d'un assemblage de plusieurs histoires, pas forcément chronologiques, tantôt racontées par un narrateur ou par le journal intime de l'intéressé. Pétchorine, personnage tourmenté, porte en lui le cynisme du héros romantique. Tout comme lui il est désabusé, torturé, blasé, ténébreux... La séduction de Mary me rappelle celle de Cornelia chez Kierkegaard. Considéré comme le premier roman psychologique de la littérature russe la personnalité de Pétchorine est complexe et tourmentée. Il faut chercher du côté de Goethe et byron. On retrouve dans ce roman la mélancolie, la langueur (cf Oblomov), les grands espaces propres à bien des auteurs russes (cf La Steppe de Tchekhov) magnifiés par un Lermontov tout autant poète que conteur.

Double Lapsus

9 étoiles

Critique de Patman (, Inscrit(e) le 5 septembre 2001, 56 ans) - 12 novembre 2001

Voilà que tu me confonds avec Bolcho! Allez, bon, c'est la fatigue. J'ai commis moi-même un énorme lapsus en attribuant "Oblomov" à Lermontov. L'auteur en évidemment Gontcharov (à lire aussi à l'occasion). Autre grand "homme en trop", c'est évidemment Eugène Onéguine de Pouchkine!

A Patman

8 étoiles

Critique de Jules (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 74 ans) - 10 novembre 2001

Nous sommes alors deux à ne pas être parfaits (de toute façon je ne l'ai jamais été et pas que pour cette seule raison !...) j'adore la littérature classique russe. Je connais peu l'actuelle... Dostoïevski, Lermontov, Gogol, Toltoï, Gorki... Tous les trois ou quatre ans, je relis "L'Idiot", "Les Karamazov". Je fais aussi cela pour certains Camus, pour Yourcenar, pour certains Malraux, Faulkner et quelques autres... On ne peut le faire que pour les tout grands car on n'oublie que très peu l'histoire et on ne les relit donc que pour les idées. D'ici deux ou trois ans, j'en ferai autant pour Harrison, Cormac McCarthy et quelques autres.

L'homme de trop

10 étoiles

Critique de Patman (, Inscrit(e) le 5 septembre 2001, 56 ans) - 9 novembre 2001

La littérature russe du XIXème siècle abonde de héros de ce genre. Les anglo-saxons les appellent "Losers", les Russes "L'homme de trop" (j'ai oublié le terme russe précis...honte sur moi!) Le plus célèbre est Pierre dans "Guerre & Paix". Il y a aussi Oblomov, personnage de paresseux geignard créé par Lermontov. Il en existe un très bon film soviétique "Quelques jours de la vie d'Oblomov" que je ne peux que recommander (en collection à la Médiathèque). Bon j'avoue, je suis un grand admirateur de littérature russe, que voulez-vous, nul n'est parfait!

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