La grande Beune de Pierre Michon

La grande Beune de Pierre Michon

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Jules, le 14 avril 2007 (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 75 ans)
La note : 4 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 8 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (3 008ème position).
Visites : 5 850  (depuis Novembre 2007)

J'ai dû atteindre mes limites...

J’ai eu l’oreille attirée par le nom de cet auteur par quelques personnes qui en disaient le plus grand bien. J’ai donc acheté ce petit livre d’à peine 77 pages et j’ai constaté qu’à l’époque de sa sortie, soit en 1991, j’avais déjà lu « Rimbaud le fils » de cet auteur, attiré que je suis par tout ce qui touche à Rimbaud. J’ai vu que j’y avais souligné par mal de phrases, cela a donc dû m’intéresser.

Il se fait cependant qu’aujourd’hui je suis confronté à un problème de fond.

Il est indiscutable que Pierre Michon a un style d’écriture foisonnant et qui coule à la vitesse de la rivière Beune ou des rêves de son instituteur à propos du corps de la buraliste du petit village.

L’histoire est des plus simples. Le personnage central de celle-ci est un tout jeune instituteur qui vient d’être nommé à son premier poste. Il se retrouve dans un trou, à Castelnau, et loge à l’hôtel. Une fois face à la buraliste du village celle-ci ne quittera quasiment plus ses pensées. Elle, elle et encore elle… Ses yeux, ses joues, ses lèvres, son cou, ses seins, son ventre, ses jambes, ses mollets, tout cela et plus encore le fait rêver à ne plus en pouvoir. Mais il subodore qu’elle a déjà un amant au village et finit par savoir qui. Cela n’arrange rien à ses soucis, surtout que, maintenant, il se l’imagine faisant l’amour avec celui-ci et va jusqu’à entendre ses ahanements de plaisirs.

Cela lui passe si mal qu’il va jusqu’à être totalement injuste avec le fils de cette femme, qu’il a comme élève, avec l’espoir qu’elle viendra le trouver. Là aussi il sera déçu…

Céline disait « Le style pas les idées » partant du principe que ces dernières viendraient automatiquement si le style était là. Et puis, tout a déjà été dit ou écrit disait-il. Et j’adore Céline…

Ici, du style il y en a à revendre et les ‘flashs » poétiques ne manquent pas. Les mots défilent en de longues phrases, rythmées par de nombreuses virgules. Nous en avalons tellement, de virgules, et passons par tant de chicanes avant le point que nous ne savons plus où nous en sommes ni de quoi il était question.

Et ne parlons pas de la richesse du vocabulaire ! Celui qui aurait la patience de l’ouvrir à chaque mot inconnu l’userait plus que les années précédentes. Cependant s’il lui venait à l’idée de se servir de ces mots plus personne ne le comprendrait.

Par moments, nous pourrions nous croire dans un ouvrage de Christian Bobin ou Charles Julliet. Mais nous comprendrons vite que tel n’est pas le cas !

Si Camus nous a bien appris, et avec style, que le monde est absurde, Bobin et Julliet tendent à nous le rendre plus agréable. A défaut d’un sens qui n’existe pas, ils nous proposent un comportement, une façon plus agréable de le comprendre et de traverser la vie.

Je suis un peu gêné de cette critique qui est ce qu’elle est et cela pour une raison que je crois connaître.

L’habitude m’est venue de lire souvent les bons écrivains américains contemporains. Avec style, ils ont l’art de nous faire vivre des histoires passionnantes avec davantage de souffle et de nombreuses idées. D’accord pour dire que l’écriture est plus sobre, mais aussi plus efficace. C’est aussi un style…

Je dirais que je suis arrivé au bout de ce très petit livre un peu essoufflé et déçu de ne pas en avoir trouvé le but. Sauf celui de m’avoir prouvé que mon vocabulaire est vraiment insuffisant. Le style, à mes yeux, ne peut être une fin en soi. Moi aussi je l’adore mais chez une Yourcenar, ou quelques autres, parce que les idées suivent.

L’auteur a dû se faire grand plaisir à écrire cet ouvrage. Quant à moi, je n’en ai trouvé aucun à le lire.

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Les éditions

  • La grande Beune [Texte imprimé] Pierre Michon
    de Michon, Pierre
    Gallimard / Collection Folio
    ISBN : 9782070305056 ; EUR 3,00 ; 23/03/2006 ; 77 p. ; Poche
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"Mon désir s'appelait précisément Yvonne et vendait des Marlboro"

9 étoiles

Critique de Sissi (Besançon, Inscrite le 29 novembre 2010, 48 ans) - 14 juillet 2013

Le narrateur se remémore un des pans de sa vie, sa nomination à son premier poste, sur la Grande Beune à Casltelnau, en 1961, et le livre débute comme un récit on ne peut classique, avec le plantage de décor, les informations spatiales et temporelles, l'usage du passé simple et de l'imparfait.

Pourtant, Pierre Michon ne racontera rien, et c'est toute la beauté de ce texte qui n'est fait que de sensations, dans une succession d'ambiances particulières, celle des salles de classe dans la brume automnale, celle de l'auberge d'Hélène, l'antre et le refuge, celle des étranges rituels animaliers archaïques , et puis celle du bureau de tabac.

Yvonne, la sensuelle buraliste, sacralise toute la lecture de son empreinte érotique. On ne la voit pas, on se sait pas vraiment à quoi elle ressemble, mais on la perçoit, on ressent fortement ce qu'elle dégage, grâce à ses mouvements, le froissement de ses jupes et ses fameux sequins.

Quand le désir tenaille...

Entre plaisir et reproches

7 étoiles

Critique de Laventuriere (, Inscrite le 6 mars 2010, 119 ans) - 15 avril 2013

Ainsi que l'a écrit Alma dans sa critique, ce livre nous laisse un goût étrange...
Il est tout à la fois plaisir d'une belle écriture, de recherche stylistique, de vocables puissants et c'est en cela, paradoxalement, qu'il nous offre un récit sans fluidité, "lourd" avec, dans certains passages, un terme récurrent qui est "surnuméraire"- pour le citer.

A titre de conclusion personnelle, j'avoue que ce récit d'un fantasme érotique absolu demeure très puissant par ses évocations mais je ne peux qu’émettre un jugement de valeur très, très négatif sur le sort, cette souffrance qu'il fait subir au gamin en raison d'un fantasme sexuel inassouvi.

Pour cette dernière raison, j’ôte 1 étoile: toute forme de violence faite à un enfant m'est insupportable et, ce, y compris dans un roman, une fiction.

Trop de métaphores .....

6 étoiles

Critique de Alma (, Inscrite le 22 novembre 2006, - ans) - 19 novembre 2012

Après le bonheur de lecture que fut pour moi LES ONZE, j’ai voulu lire LA GRANDE BEUNE , espérant y trouver le même plaisir .

Si j’ai goûté le balancement harmonieux des longues phrases de Michon, la dimension romanesque de ses personnages de « sans grade » pris dans son intrigue de peu de matière , la continuité de ma lecture s’est souvent trouvée brisée par la récurrence de métaphores poétiques déroutantes .

L’image poétique a souvent pour vertu d’illuminer la phrase romanesque, mais sa trop grande fréquence risque inversement de l’obscurcir . Le lecteur de poésie s’attend à être comme éclaboussé par le concentration de métaphores au sein d’un poème dont la brieveté permet de garder la trace des fulgurances de l’esprit, mais le lecteur attentif d’un roman peut souffrir de sentir dérouté par leur présence et de voir interrompue la continuité de sa lecture.

Le taux d’images poétiques m’a semblé plus élevé dans LA GRANDE BEUNE que dans LES ONZE . Michon aurait-il dégraissé son style au fil des ans ?

Il est paradoxal de reprocher à un auteur son talent en matière de style . Je reconnais la qualité indéniable de l’écriture de Michon, mais je n’ai pas réussi pleinement à l’apprécier dans cet ouvrage

5 étoiles pour l’écriture, mais seulement 3 pour le plaisir pris à la lecture .

La Grande Beune

8 étoiles

Critique de Ravachol (, Inscrit le 24 octobre 2010, 35 ans) - 8 juin 2012

Quelle écriture magique!! Quelle poésie!!!

"La Grande Beune" est mon premier Michon mais certainement pas mon dernier. J'aime les auteurs qui magnifient le banal, la routine, le simple. Quoi de plus commun que "l'histoire" racontée dans "La Grande Beune". Et pourtant, quelle richesse!

Pourquoi toujours vouloir une histoire mirobolante? Quelque chose d'extraordinaire? Cette évasion recherchée dans la littérature ne peut-elle pas simplement se faire au moyen du style?

Un peu comme l'a fait Depardon dans son tour de France en photographies, Michon valorise le quotidien et les choses simples, comme un paysage, une rue, un corps de femme, la solitude, la routine,...

A l'instar de ce passage sur la pluie: "[...] la pluie laissant des pavés luisants et rajeunis [...]"
Il ne s'agit pas forcément de mots compliqués mais d'une fine observation littéraire de notre environnement ambiant.

Certes, on sent que Michon n'est pas un exalté de la vie terrienne mais sa vie littéraire semble compenser à merveille ce désenchantement. Et en même temps, il y a quelque chose d'intemporel dans l'écriture de Michon,

A lire!!

Traces du temps et de l'amour

10 étoiles

Critique de Garance62 (, Inscrite le 22 mars 2009, 57 ans) - 5 mars 2010

Il y a Bernard, l'instituteur qui vient enseigner dans le village. Il y a Yvonne, la buraliste à la chair ravageuse. Et il y a La Beune, la rivière poissonneuse qui passe au bas du village.
Il y a le temps qui passe sur lequel les hommes d'autrefois ont laissé des traces, peintures rupestres et pierres taillées dont les petites mains des écoliers s'emparent. Il y a l'amour qui tenaille les corps et laissent ses morsures, autres éclats visibles qui aiguisent les sens encore plus.
Il y a le désir, la banalité, la crudité, l'injustice aussi.
Il y a ce que l'on veut bien y voir et aussi, pour ma part, ce que je peux y voir car il y reste des mystères sans doute, et ce ne peut pas être en une lecture, même faite lentement pour essayer de tout savourer, que je peux prétendre y goûter toute son essence.
Il y a du génie dans l'écriture de Michon. Une écriture à nulle autre pareille. Phrases ciselées, poésie qui me laisse pantoise, béate de bien-être. Un ami de choix dans ma bibliothèque que j'inviterai encore à ma table de lecture. Sergueï parle de « gourmandise ». Le mot me convient tout à fait : j'en redemande encore.

Est-ce que je peux avouer que j'aime?

10 étoiles

Critique de Falgo (Lauris, Inscrit(e) le 30 mai 2008, 79 ans) - 1 septembre 2009

Je rejoins tout à fait la critique de Serguei et m'interroge sur le discrédit qui frappe Michon sur ce site. Il est bien possible d'aimer des écritures et des auteurs totalement différents, sans diminuer l'admiration que l'on a pour l'un d'entre eux.
J'ai aimé "La Grande Beune" quand je lai lue. Je la relis donc pour tenter de donner des pistes plus positives que celles de Jules.
Le cadre du texte me touche. Un jeune (20 ans) instituteur débarque à Castelnau, petit bourg du Périgord. Il y découvre la vie locale au travers du prisme de l'hôtel-café-restaurant où il est hébergé. Il apprend l'importance de la chasse, de la pêche et d'autres activités rurales. Il approche sa première classe d'enfants, se sentant proche des "hussards de la république" qui l'ont précedé probablement dans les mêmes locaux. Et il tombe amoureux - platonique - de la buraliste sur laquelle il concentre ses fantasmes.
Tout ceci me parle, confrontation de notre monde moderne et de cette tradition rurale déclinante, mais encore bien vivante en certains lieux.
L'écriture de Michon brode cette histoire si simple avec ses détours, ses chemins parallèles, son vocabulaire recherché, ses envolées surprenantes. On vit avec l'instituteur la vie qui passe, ses petits instants quotidiens et ses sentiments qui le submergent, comme la Grande Beune inonde ses berges.Une grande poésie relie la vie de Castelnau aux peintures de Lascaux, établissant ainsi la chaîne des hommes si différents dans le temps et pourtant toujours les mêmes. Tel ce compagnon d'un moment qui nous est si proche

Écoutons la confession d'un compagnon d'enfer

10 étoiles

Critique de Serguei (, Inscrit le 29 juin 2005, 45 ans) - 10 mai 2007

On ne passe pas impunément d'un auteur américain à Pierre Michon. Entre ces deux mondes il faut observer une pause, s’aérer, se rincer l’esprit. Car ce qui fait le succès des Américains, la sujétion à l'histoire, la lisibilité immédiate, l’efficacité rythmique, la communicabilité, tout cela est absent des textes de Pierre Michon. Et ce qui est avant tout scandaleusement absent de "la Grande Beune" comme de "Vies Minuscules", c’est le lecteur : Michon est seul et il n’écrit que pour lui car il est prisonnier à l’intérieur de lui-même. Mais c'est justement pour cet enfermement qu’il est pour certains d'entre nous si attachant car nous y voyons un frère, un compagnon d’enfer, un voisin de cellule.

Donc il ne parle que de lui, le lecteur n’existe pas et lui-même est si peu vivant qu’il n’est entouré que de morts : des vieux plus vieux que le monde et lorsqu’il parle des femmes de sa vie, il en parle comme de reines mortes, statufiées dans son souvenir. Sa voix nous parvient assourdie, déformée comme celle d’un homme en train de se noyer, une vraie voix d’outre-tombe ! Certains écrivent pour
vivre, Michon, lui, écrit pour ne pas mourir même s'il est conscient qu'il s'agit d'une vie misérable.

Sur ce site, Pierre Michon est victime plus qu’un autre d'un préjugé qu’il doit à son inclination pour les « mots difficiles ». Les lecteurs qui le soupçonnent de cuistrerie, savent-ils qu'ils font preuve eux-mêmes d'autosuffisance lorsqu’ils jugent comme difficiles voire incompréhensibles les mots dont ils ignorent le sens ? Car ils se posent comme représentants du savoir ordinaire, mètres étalon du vocabulaire normal, sans soupçonner leur propre manque de curiosité. Pierre Michon use de mots qui existent et si certains sonnent bizarrement à nos oreilles, cette bizarrerie ne doit pas nous faire peur mais nous inciter à davantage de gourmandise.

Je trouve que Michon est méjugé sur ce site ; pour autant mes rapports avec ses livres sont ambigus mais je le remercie de cette ambiguïté.

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