Une fille de pasteur de George Orwell

Une fille de pasteur de George Orwell
( A clergyman's daughter)

Catégorie(s) : LittĂ©rature => Anglophone

Critiqué par Mae West, le 15 fĂ©vrier 2007 (Grenoble, Inscrite le 26 dĂ©cembre 2004, 75 ans)
Critiqué par Mae West, le 15 fĂ©vrier 2007 (Grenoble, Inscrite le 26 dĂ©cembre 2004, 75 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 7 Ă©toiles (basée sur 3 avis)
Cote pondérée : 5 Ă©toiles (42 811ème position).
Discussion(s) : 1 (Voir »)
Visites : 8 997  (depuis Novembre 2007)

Sans foi ni joie

L’action se situe dans l’Angleterre des annĂ©es trente, sur fond de chĂŽmage et de prĂ©caritĂ©. Aussi ce roman de jeunesse de George Orwell a pour le lecteur d’aujourd’hui le goĂ»t amer non seulement d’un remember, mais encore, hĂ©las, d’un return ! Cela ajoutĂ© au style flirtant d’assez prĂšs avec le nouveau roman en fait une oeuvre rĂ©solument moderne ; mais le rĂ©alisme sans concession et l’absence de mĂ©taphore futuriste le place assez loin de son cĂ©lĂšbre ouvrage de science-fiction 1984.

C’est Ă  travers l’émancipation avortĂ©e de Dorothy, une fille de pasteur comme tant d’autres, que l’auteur nous invite Ă  examiner sous son scalpel les tenants et les aboutissants d’une chronique de vieille fille annoncĂ©e.
Ne faisant appel ni de loin ni de prĂšs Ă  un psychologisme fouillĂ©, il dĂ©crit les faits, les gens et les choses sans jamais vĂ©ritablement extrapoler, et aboutit ainsi Ă  un constat lucide, plus percutant que le plus brillant des rĂ©quisitoires, contre le matĂ©rialisme de son temps : Un matĂ©rialisme mĂȘme pas dialectique, placĂ© sous le signe de la pingrerie et de la sĂ©cheresse de cƓur, orchestrĂ© par une chrĂ©tientĂ© dĂ©sincarnĂ©e qui rĂ©cite son catĂ©chisme Ă  l’envers.

DĂ©bute donc avec le rĂ©veil Ă  5h30 du matin le rĂ©cit hallucinant du quotidien de cette jeune femme surmenĂ©e, qui partage son temps entre les dĂ©votions, les travaux du mĂ©nage et de l’église, les bonnes actions de prosĂ©lytisme et le souci occasionnĂ© par les crĂ©ances de son pĂšre. Car Dorothy est orpheline de mĂšre et fille unique d’un pasteur anglican, acariĂątre et Ă©goĂŻste, dont les maniĂšres hautaines on rĂ©ussi Ă  faire fuir la moitiĂ© de ses paroissiens.
Nous entrons de plain pied dans son univers morne avec jubilation, par la grĂące d’une Ă©criture concise et colorĂ©e, oĂč le mariage du pittoresque et du banal dessinent une fresque terriblement vivante.
C’est d’ailleurs la seule *grĂące de l’écriture* que nous rencontrerons, celle de l’auteur, dans ce monde maussade de punaises de sacristie qui pratiquent *les Ă©critures* au sous-pied de la lettre, et distillent avec parcimonie une charitĂ© besogneuse, qui n’est la plupart du temps qu’un hypocrite calcul de bons points pour l’au delà
ou pour ici.
Or Dorothy n’est pas ainsi, elle aime son travail paroissial et le fait de bon grĂ©.
Il lui arrive mĂȘme dans son existence d’abnĂ©gation d’éprouver de vraies joies, emportĂ©e par sa foi qui dĂ©place des montagnes : mais aussitĂŽt elle les rĂ©prime, comme s’il s’agissait d’une luxure, voire les punit Ă  coups de mortification de sa chair.

Nous suivrons ensuite avec intĂ©rĂȘt son Ă©trange odyssĂ©e, quand, frappĂ©e d’amnĂ©sie probablement suite Ă  son surmenage, elle erre dans les environs de Londres. Elle y partagera l’existence affamĂ©e de ceux qui survivent au jour le jour, depuis les cueilleurs de houblon quĂ©mandant du travail le long des routes, jusqu’aux clochards de Trafalgar square qui piĂ©tinent et soliloquent toute la nuit les uns Ă  cĂŽtĂ© des autres en grelottant de froid : (signalons au passage ce morceau de bravoure, Ă©crit Ă  la maniĂšre d’une piĂšce de théùtre, qui vous fait ressentir la folle nuit glacĂ©e rien que de le lire !)
Cependant, bien pire sera son expĂ©rience du travail salariĂ©, dans l’école privĂ©e "de quatriĂšme catĂ©gorie" oĂč elle trouve Ă  s’embaucher comme institutrice sous la fĂ©rule de l’avaricieuse veuve Creevy.
LĂ  aussi, on tient des morceaux de choix, car Georges Orwell, qui exerça un temps comme professeur, connaĂźt son sujet : par exemple la maniĂšre dont les instances tutĂ©laires rĂ©priment systĂ©matiquement le « gai savoir », au nom d’un prĂ©tendu savoir *utile*. La maniĂšre aussi dont l’enseignant du privĂ©, la mort dans l’ñme, se plie Ă  des aberrations pĂ©dagogiques dĂ©bilitantes *pour ne pas perdre son emploi*.

La boucle se rebouclera, aprĂšs d’autres pĂ©ripĂ©ties, avec un retour Ă  la case dĂ©part.
En apparence, rien n’a changĂ©, et pourtant :
Le cƓur de Dorothy n’y est plus. Ce cƓur, atrophiĂ© dĂšs l’enfance par une Ă©ducation puritaine, avait achevĂ© sa faible croissance au seuil d’un monde bornĂ©, calculateur et hypocrite, oĂč la misĂšre spirituelle et la misĂšre matĂ©rielle s’interpĂ©nĂštrent, voire se potentialisent.

A travers son errance et l’expĂ©rience qu’elle en a retirĂ©e, l’occasion lui avait Ă©tĂ© donnĂ©e de se dessiner un avenir autre que son racornissement fatal. Pourtant elle rejoindra la troupe de ses catĂ©chumĂšnes qui ne croient plus en Dieu et continuent contre vents et marĂ©es Ă  rĂ©citer leur credo dĂ©senchantĂ©, parce que c’est Ă  ces valeurs et Ă  ce rituel de cohĂ©sion sociale qu’ils ont Ă©tĂ© habituĂ©s, et que les perpĂ©trer est censĂ© ĂȘtre, d’un point de vue moral, un moindre mal.
Ainsi Dorothy va-t-elle retourner à ses fonctions de fille de pasteur, par habitude, par devoir, par attachement conformiste à un christianisme de façade :
Sans foi ni joie.

Sur fond de puritanisme Ă  la sauce anglicane, Dorothy est un personnage terriblement kantien. Il lui aura manquĂ©, pour dĂ©fier son destin, non pas de l’énergie, car elle en avait Ă  revendre, mais simplement un zeste de rĂ©volte et un soupçon d’impertinence.

§

NB : De savoir « comment ça finit », ici, ne devrait pas empĂȘcher de lire le livre (ne serait-ce que pour en tirer d’autre substantifique moelle ).
Il ne s’agit pas d’un roman d’aventures et de plus je suis loin d’avoir tout racontĂ© !

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Les éditions

Une fille de pasteur [Texte imprimé], roman George Orwell traduit de l'anglais par Silvain Chupin
de Orwell, George Chupin, Silvain (Traducteur)
le Serpent à plumes / Collection Fiction. Domaine étranger
ISBN : 9782268060729 ; 20,30 € ; 04/01/2007 ; 349 p. BrochĂ©
Une fille de pasteur [Texte imprimé], roman George Orwell traduit de l'anglais par Silvain Chupin
de Orwell, George Chupin, Silvain (Traducteur)
le Livre de poche / Le Livre de poche
ISBN : 9782253122661 ; 7,20 € ; 10/09/2008 ; 384 p. Poche
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Inégal

5 étoiles

Critique de Falgo (Lentilly, Inscrit le 30 mai 2008, 86 ans) - 6 novembre 2023

Je n'ai que peu apprĂ©ciĂ© ce roman d'Orwell. Il commence par une description ironique et sans amĂ©nitĂ© de la pauvre vie de la fille d'un pasteur anglican. Ses occupations quotidiennes n'ont rien de rĂ©jouissant et la compagnie des paroissiens et paroissiennes de l'endroit rĂ©vĂšle une volontĂ© manifeste de l'auteur de critiquer ce milieu Ă©troit. Ensuite le rĂ©cit part de maniĂšre inexpliquĂ©e dans une errance dans la campagne et la ville de Londres. qui sont des transferts peu intĂ©ressants d'expĂ©riences vĂ©cues par Orwell (La cueillette du houblon en aoĂ»t/septembre 1931- Essais, articles et lettres, vol 1, p.78, Ivrea, et un sĂ©jour Ă  Londres repris dans le mĂȘme livre p.79 et dans un autre ouvrage "Dans la dĂšche Ă  Paris et Ă  Londres"). La trame du rĂ©cit se poursuit par un sĂ©jour dans une Ă©cole minable oĂč Dorothy tente d'apporter un enseignement Ă  des jeunes filles un peu tarĂ©es, rappelant les expĂ©riences d'enseignement d'Orwell. Le roman se termine par un retour dĂ©sespĂ©rant de Dorothy auprĂšs de son irascible pasteur de pĂšre et dans son triste milieu. Je n'ai pas trouvĂ© dans ce roman la fulgurance de la pensĂ©e d'Orwell ni une Ă©tape dans l'Ă©laboration de sa pensĂ©e. Pour moi c'est un triste ratage.

Roman social des années 1930

7 étoiles

Critique de Colen8 (, Inscrite le 9 décembre 2014, 84 ans) - 2 novembre 2023

Sans gaietĂ© ni chaleur ni lumiĂšre de dĂ©roule la triste vie d’une jeune anglaise naĂŻve appartenant Ă  la petite bourgeoisie d’une modeste ville de campagne. Sans espoir de changement Ă  priori, cette existence monotone confite en bigoterie est rompue par le biais d’un scĂ©nario Ă  rebondissements jusqu’au retour Ă  la case dĂ©part. Au travers d’une typologie centrĂ©e sur les gens d’en bas de son Ă©poque et en observateur attentif de leurs mƓurs George Orwell n’y va pas par quatre chemins.
Tout pauvres qu’ils soient il les caractĂ©rise par une Ă©troitesse d’esprit fiĂšre de son ignorance, les montre sans amĂ©nitĂ© prompts Ă  colporter les ragots comme principale distraction, capables d’y ajouter une pingrerie mĂ©chante et cynique, les pires n’ayant de cesse de glaner quelques sous Ă  de plus dĂ©munis qu’eux. Encore loin des best-sellers qui plus tard feront sa renommĂ©e mondiale il aborde briĂšvement la question du sens de la vie et du besoin de spiritualitĂ© mĂȘme sans pratique religieuse.

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  SacrĂ© George... 2 TELEMAQUE 24 fĂ©vrier 2007 @ 22:11


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