Une fille de pasteur de George Orwell
( A clergyman's daughter)
Catégorie(s) : LittĂ©rature => Anglophone
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Sans foi ni joie
Lâaction se situe dans lâAngleterre des annĂ©es trente, sur fond de chĂŽmage et de prĂ©caritĂ©. Aussi ce roman de jeunesse de George Orwell a pour le lecteur dâaujourdâhui le goĂ»t amer non seulement dâun remember, mais encore, hĂ©las, dâun return ! Cela ajoutĂ© au style flirtant dâassez prĂšs avec le nouveau roman en fait une oeuvre rĂ©solument moderne ; mais le rĂ©alisme sans concession et lâabsence de mĂ©taphore futuriste le place assez loin de son cĂ©lĂšbre ouvrage de science-fiction 1984.
Câest Ă travers lâĂ©mancipation avortĂ©e de Dorothy, une fille de pasteur comme tant dâautres, que lâauteur nous invite Ă examiner sous son scalpel les tenants et les aboutissants dâune chronique de vieille fille annoncĂ©e.
Ne faisant appel ni de loin ni de prĂšs Ă un psychologisme fouillĂ©, il dĂ©crit les faits, les gens et les choses sans jamais vĂ©ritablement extrapoler, et aboutit ainsi Ă un constat lucide, plus percutant que le plus brillant des rĂ©quisitoires, contre le matĂ©rialisme de son temps : Un matĂ©rialisme mĂȘme pas dialectique, placĂ© sous le signe de la pingrerie et de la sĂ©cheresse de cĆur, orchestrĂ© par une chrĂ©tientĂ© dĂ©sincarnĂ©e qui rĂ©cite son catĂ©chisme Ă lâenvers.
DĂ©bute donc avec le rĂ©veil Ă 5h30 du matin le rĂ©cit hallucinant du quotidien de cette jeune femme surmenĂ©e, qui partage son temps entre les dĂ©votions, les travaux du mĂ©nage et de lâĂ©glise, les bonnes actions de prosĂ©lytisme et le souci occasionnĂ© par les crĂ©ances de son pĂšre. Car Dorothy est orpheline de mĂšre et fille unique dâun pasteur anglican, acariĂątre et Ă©goĂŻste, dont les maniĂšres hautaines on rĂ©ussi Ă faire fuir la moitiĂ© de ses paroissiens.
Nous entrons de plain pied dans son univers morne avec jubilation, par la grĂące dâune Ă©criture concise et colorĂ©e, oĂč le mariage du pittoresque et du banal dessinent une fresque terriblement vivante.
Câest dâailleurs la seule *grĂące de lâĂ©criture* que nous rencontrerons, celle de lâauteur, dans ce monde maussade de punaises de sacristie qui pratiquent *les Ă©critures* au sous-pied de la lettre, et distillent avec parcimonie une charitĂ© besogneuse, qui nâest la plupart du temps quâun hypocrite calcul de bons points pour lâau delĂ âŠou pour ici.
Or Dorothy nâest pas ainsi, elle aime son travail paroissial et le fait de bon grĂ©.
Il lui arrive mĂȘme dans son existence dâabnĂ©gation dâĂ©prouver de vraies joies, emportĂ©e par sa foi qui dĂ©place des montagnes : mais aussitĂŽt elle les rĂ©prime, comme sâil sâagissait dâune luxure, voire les punit Ă coups de mortification de sa chair.
Nous suivrons ensuite avec intĂ©rĂȘt son Ă©trange odyssĂ©e, quand, frappĂ©e dâamnĂ©sie probablement suite Ă son surmenage, elle erre dans les environs de Londres. Elle y partagera lâexistence affamĂ©e de ceux qui survivent au jour le jour, depuis les cueilleurs de houblon quĂ©mandant du travail le long des routes, jusquâaux clochards de Trafalgar square qui piĂ©tinent et soliloquent toute la nuit les uns Ă cĂŽtĂ© des autres en grelottant de froid : (signalons au passage ce morceau de bravoure, Ă©crit Ă la maniĂšre dâune piĂšce de théùtre, qui vous fait ressentir la folle nuit glacĂ©e rien que de le lire !)
Cependant, bien pire sera son expĂ©rience du travail salariĂ©, dans lâĂ©cole privĂ©e "de quatriĂšme catĂ©gorie" oĂč elle trouve Ă sâembaucher comme institutrice sous la fĂ©rule de lâavaricieuse veuve Creevy.
LĂ aussi, on tient des morceaux de choix, car Georges Orwell, qui exerça un temps comme professeur, connaĂźt son sujet : par exemple la maniĂšre dont les instances tutĂ©laires rĂ©priment systĂ©matiquement le « gai savoir », au nom dâun prĂ©tendu savoir *utile*. La maniĂšre aussi dont lâenseignant du privĂ©, la mort dans lâĂąme, se plie Ă des aberrations pĂ©dagogiques dĂ©bilitantes *pour ne pas perdre son emploi*.
La boucle se rebouclera, aprĂšs dâautres pĂ©ripĂ©ties, avec un retour Ă la case dĂ©part.
En apparence, rien nâa changĂ©, et pourtant :
Le cĆur de Dorothy nây est plus. Ce cĆur, atrophiĂ© dĂšs lâenfance par une Ă©ducation puritaine, avait achevĂ© sa faible croissance au seuil dâun monde bornĂ©, calculateur et hypocrite, oĂč la misĂšre spirituelle et la misĂšre matĂ©rielle sâinterpĂ©nĂštrent, voire se potentialisent.
A travers son errance et lâexpĂ©rience quâelle en a retirĂ©e, lâoccasion lui avait Ă©tĂ© donnĂ©e de se dessiner un avenir autre que son racornissement fatal. Pourtant elle rejoindra la troupe de ses catĂ©chumĂšnes qui ne croient plus en Dieu et continuent contre vents et marĂ©es Ă rĂ©citer leur credo dĂ©senchantĂ©, parce que câest Ă ces valeurs et Ă ce rituel de cohĂ©sion sociale quâils ont Ă©tĂ© habituĂ©s, et que les perpĂ©trer est censĂ© ĂȘtre, dâun point de vue moral, un moindre mal.
Ainsi Dorothy va-t-elle retourner à ses fonctions de fille de pasteur, par habitude, par devoir, par attachement conformiste à un christianisme de façade :
Sans foi ni joie.
Sur fond de puritanisme Ă la sauce anglicane, Dorothy est un personnage terriblement kantien. Il lui aura manquĂ©, pour dĂ©fier son destin, non pas de lâĂ©nergie, car elle en avait Ă revendre, mais simplement un zeste de rĂ©volte et un soupçon dâimpertinence.
§
NB : De savoir « comment ça finit », ici, ne devrait pas empĂȘcher de lire le livre (ne serait-ce que pour en tirer dâautre substantifique moelle ).
Il ne sâagit pas dâun roman dâaventures et de plus je suis loin dâavoir tout racontĂ© !
Les éditions
Une fille de pasteur [Texte imprimé], roman George Orwell traduit de l'anglais par Silvain Chupin
de Orwell, George Chupin, Silvain (Traducteur)ISBN : 9782268060729 ; 20,30 ⏠; 04/01/2007 ; 349 p. Broché
Une fille de pasteur [Texte imprimé], roman George Orwell traduit de l'anglais par Silvain Chupin
de Orwell, George Chupin, Silvain (Traducteur)Les livres liés
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Critique de Falgo (Lentilly, Inscrit le 30 mai 2008, 86 ans) - 6 novembre 2023
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Tout pauvres quâils soient il les caractĂ©rise par une Ă©troitesse dâesprit fiĂšre de son ignorance, les montre sans amĂ©nitĂ© prompts Ă colporter les ragots comme principale distraction, capables dây ajouter une pingrerie mĂ©chante et cynique, les pires nâayant de cesse de glaner quelques sous Ă de plus dĂ©munis quâeux. Encore loin des best-sellers qui plus tard feront sa renommĂ©e mondiale il aborde briĂšvement la question du sens de la vie et du besoin de spiritualitĂ© mĂȘme sans pratique religieuse.
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| Sacré George... | 2 | TELEMAQUE | 24 février 2007 @ 22:11 |


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