Kitchen de Banana Yoshimoto

Kitchen de Banana Yoshimoto
( Kitchin)

Catégorie(s) : Littérature => Asiatique

Critiqué par Vigno, le 13 juillet 2001 (Inscrit le 30 mai 2001, - ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 9 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (2 517ème position).
Visites : 4 215  (depuis Novembre 2007)

Deuil, solitude et nourriture

Kitchen a connu un immense succès au Japon. On dit même que toute une génération s’est reconnue dans ce roman. Banana (Maiko de son vrai nom) Yoshimoto n'avait que 23 ans. Deux films ont été tirés de ce récit.
En fait, ce livre contient deux longues nouvelles, Kitchen et Moonlight Shadow. Elles mettent en scène de jeunes adultes qui ont perdu des êtres chers et qui essaient, tant bien que mal, de surmonter leur deuil.
Dans Kitchen, Mikage a perdu sa grand-mère et se retrouve sans famille jusqu’au jour où Yûichi, un vague camarade de classe, l’invite à venir habiter chez lui et sa fabuleuse mère transsexuelle. Dans Moonlight Shadow, un frère et sa sœur sont tués dans un accident d'automobile. Leurs amoureux respectifs tentent de se consoler mutuellement.
La mort est donc constamment au rendez-vous. Pourtant, nul désespoir dans ces récits au ton plutôt mélancolique. S’il y a la mort et l’immense solitude, il y a aussi un appétit de vie, qui se traduit d'abord dans la nourriture. Pourquoi Kitchen? Parce que la cuisine (et la nourriture, et les repas) est le lieu de reconstitution de la famille au-delà des liens du sang. « Je crois que j'aime les cuisines plus que tout autre endroit au monde », dira l’orpheline Mikage, au début du roman. Les personnages mangent et discutent continuellement de nourriture. On a même droit aux multiples plats japonais : l'oden, le tempura, le soba, le tanuki-soba, le katsudon, le sashimi, le okonomi-yaki, sans oublier le fameux tôfu que les protagonistes semblent peu apprécier, ce qui me console.
Incapables de nommer les sentiments qui les lient les uns aux autres, les personnages de Yoshimoto se cherchent sans se trouver vraiment, se quittent pour mieux se retrouver et, à défaut de mieux, se rencontrent dans leurs rêves.
Ce roman nous rappelle Carson McCullers, J. -D. Salinger, Réjean Ducharme et tous ces romanciers qui ont raconté la dérive du jeune adulte qui découvre que le monde est cruel.
« Alors nous sommes restés tous les deux, sans oser parler de cette mort, ce qui nous a fait perdre encore davantage toute notion de temps et de lieu; mais nous ne pouvions pas faire autrement que d'être là, ensemble. Sans rien, sans la moindre perspective, dans cet espace rassurant qui nous enveloppait de sa chaleur. Mais - comment dire ?- je sentais bien qu’un jour ou l'autre il nous faudrait payer pour ce moment de répit. Et c’était un pressentiment énorme et effrayant. Qui, par son énormité même, nous exaltait encore, nous les enfants perdus dans les ténèbres de la solitude. »

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BLEUETTE A LA SAUCE JAPONAISE!

4 étoiles

Critique de Septularisen (Luxembourg, Inscrit le 7 août 2004, 52 ans) - 1 juillet 2015

Désolé de ne pouvoir me joindre à toutes les critiques précédentes plus que dithyrambiques, mais franchement… Non ! Je n’ai pas trouvé grand-chose à défendre dans ces deux nouvelles de l’auteur japonais, qui tournent ici un peu à la bluette pour lycéennes (un manga ?) en mal d’amour !...
Alors disons le tout de suite, il y a en effet quelques pages d’une écriture limpide et unique, quelques belles envolées lyriques, et quelques belles réflexions sur l’amour, le deuil, la vie et la mort… Et ?
Et c’est tout ! Le reste n’est qu’une écriture très banale et très linéaire, typiquement « japonaise », mais sans aucun style, moderne certes mais très quelconque, qui n’a pas été sans me rappeler celle de « Serpents et piercings » de Hitomi KANEHARA (déjà critiqué sur CL), mais au final très très ennuyeuse.

Franchement je ne comprends pas comment on peut définir ce livre de chef-d’œuvre. C’est facile à lire, cela se lit même en quelques heures... Mais franchement désolé, pour moi cela ne vaut pas grand-chose ! Il n'y a pas vraiment de début, pas vraiment de fin, pas vraiment de fil rouge à suivre. Juste les personnages posés là et que l'on fait vivre... Désolé Mme. YOSHIMOTO mais j'aurais tellement voulu en savoir plus...Et vous ne m'avez donné... Rien! Rien qui m’a vraiment enthousiasmé, rien qui m’a fait plonger dans l’histoire et qui m’y a fait sentir bien, rien qui m’a fait aimer les personnages, rien dans quoi je me suis retrouvé, rien dans quoi je me suis reconnu… Le vide absolu !…

Je ne comprends vraiment pas non plus comment dans une des critiques précédentes on peut comparer l’écriture de Banana YOSHIMOTO à celle d’Haruki MURAKAMI ? C’est comme comparer un livre de la collection harlequin à l’eau de rose et une histoire racontée par Philip ROTH !... Il y a un monde entre les deux, que dis-je un univers !... Je vous garantie que ce ne sont vraiment pas les mêmes livres !
J’ai dû me faire violence à moi-même et me forcer pour lire ce livre (pourtant de seulement 180 pages), jusqu’à la fin, ce qui est vraiment, mais vraiment très rare chez moi !...

Le thé et les nouilles

8 étoiles

Critique de Yotoga (, Inscrite le 14 mai 2012, - ans) - 21 janvier 2013

Tout est dans la légèreté, dans la simplicité...

Une escapade de nuit, entre rêve et réalité, une intimité familiale avec des étrangers le coeur sur la main, une incompréhension du monde extérieur,
une amitié intense, et un amour naissant...

Ce livre est une petite parenthèse dans la vie, on l'ouvre et tout se ferme....
Et puis, ça donne faim !

Frais, amusant, élégant, philosophique !

9 étoiles

Critique de Vee (, Inscrite le 25 mai 2010, 41 ans) - 25 mai 2010

- tout ça, sous une seule couverture ! Une excellente ambiance, une écriture légère et poétique, les personnages attachants ! A lire absolument !

variations autour du deuil

9 étoiles

Critique de Féline (Binche, Inscrite le 27 juin 2002, 41 ans) - 26 avril 2008

Kitchen est la première œuvre publiée par Banana Yoshimoto dans les années 80, alors qu’elle n’était âgée que d’une vingtaine d’années. Toute une génération de japonais s’est identifiée à cette œuvre. C’est vrai que c’est un très beau livre, très poétique, dans lequel on retrouve de nombreux thèmes chers aux écrivains japonais. Ca m’a un peu fait penser à l’univers de certains romans de Haruki Murakami, à certaines nouvelles de « Après le tremblement de terre » par exemple. Le thème de la mort est omniprésent mais il est abordé de manière positive avec un message d’espoir : « Malgré la difficulté et la douleur, il faut aller de l’avant ». D’ailleurs, plus que la mort, c’est le deuil que l’auteur évoque au travers de ces nouvelles. Ses personnages apprennent à dire au revoir aux êtres chers qu’ils ont perdus et à continuer à vivre, tout en les gardant dans leur coeur. Comme chez Murakami, la mort est abordée de manière poétique et avec une touche de surnaturel.
Banana Yoshimoto, en romancière moderne, n’hésite pas à aborder le thème de la transsexualité, qu’elle présente comme quelque chose de tout à fait naturel. Je ne sais pas comment est vécu l’homosexualité au Japon et encore moins dans les années 80, mais j’ai beaucoup apprécié le personnage d’Eriko et le naturel avec lequel Mikage apprend la vérité sur elle. Eriko m’a un peu rappelé le personnage de Mme Madrigal des « Chroniques de San Francisco ». Dernier point, l’originalité de ces nouvelles m’a beaucoup plu, notamment le goût prononcé de Mikage pour les cuisines et le côté un peu fou fou des personnages.

Encore une belle découverte pour moi en littérature japonaise, que j’apprécie de plus en plus.

Très jeune, très Tokyo, très Japon ! Avis aux amateurs ...

8 étoiles

Critique de BMR & MAM (Paris, Inscrit le 27 avril 2007, 59 ans) - 27 avril 2007

Voilà bien un étrange objet que ce Kitchen de la japonaise Banana Yoshimoto.
Deux nouvelles en fait : une première, Kitchen, en deux parties et une autre petite nouvelle.
Toutes ces histoires brassent les mêmes fantasmes : amours de jeunes qui viennent de basculer dans l'âge adulte, fascination pour les travestis, traumatismes de la mort soudaine des êtres proches, ... et cuisine, comme dans tout roman asiatique qui se respecte, et celui-ci, avec un titre pareil, ne pouvait manquer à la tradition !
L'auteure avait 23 ans en 1988 lorsque son bouquin est paru au Japon pour devenir rapidement un best-seller.
Cette jeunesse (celle de l'auteure, celle des personnages) transparaît dans l'écriture, fraîche, parfois presque "fleur bleue" malgré le sérieux des thèmes abordés.
C'est également un voyage instructif : très jeune, très Tokyo, très Japon, avis aux amateurs !

Fraîcheur

8 étoiles

Critique de Catinus (Liège, Inscrit le 28 février 2003, 68 ans) - 25 juin 2005

" Kitchen " suivi de " Moonlight shadow " fut un best-seller et à juste titre, je crois.
Si je l'avais lu, ado., j'aurais craqué mais l'âge aidant ...
Ah ! Les z'amours adolescentes ... ( " a long-long time ago, i can still remember ... " ).
Ce que je retiendrai surtout, c'est la spontanéité et la fraîcheur des sentiments ; la force qu'ont ces jeunes pour affronter les décès de proches, ces décès qui constituent le fil conducteur de ces récits.

A conseiller !

A la recherche du bonheur

9 étoiles

Critique de Darius (Bruxelles, Inscrite le 16 mars 2001, - ans) - 10 juin 2003

De prime abord, j'avais intitulé mon texte "Omniprésence de la mort" tant il est vrai que la mort est à l'origine de ces deux nouvelles. En relisant mes notes, je me suis rendue compte que l’auteur était préoccupée par le bonheur, alors, j'ai opté pour ce titre plus positif.
Petite sélection : "Dans la vie, si on ne touche pas au moins une fois le fond, si on n’arrive pas à comprendre à quelle part de soi on tient vraiment, alors on grandit sans même savoir ce qu’est le bonheur." "Il y a tellement de coups durs dans la vie, tellement de moments où on se dit que le chemin est trop raide, qu'on voudrait fermer les yeux ! Même l’amour ne sauve pas de tout." "Elles vivaient leur bonheur. Elles avaient beau enrichir leurs connaissances, elles étaient éduquées de façon à ne jamais sortir des limites de ce bonheur. Mais les vrais plaisirs, elles ne savaient pas ce que c’était… Le bonheur, c'est de mener une vie où rien ne vous oblige à prendre conscience de votre solitude."
Et puis, cette petite phrase d'une grande lucidité, qui prouve que l'auteure, malgré son très jeune âge a subit des revers, des coups durs, mais qu’elle a compris comment y faire face, n'est-ce pas là, ce phénomène de résilience dont parle Boris Cyrulnik ? "On ne succombe pas aux circonstances ou aux formes extérieures, c’est de l'intérieur de soi que vient la défaite".
Et pour terminer, je vous livre cette petite phrase remplie de poésie : "Nos sentiments, blottis l'un contre l'autre, étaient en train d'amorcer, en douceur, un virage dans des ténèbres environnées de mort."
Si je me réfère à la réflexion de Lucien, il s’agit d'un bon livre… J'espère que les petits extraits que j’ai sélectionnés vous auront convaincus.

Une ambiance particulière

9 étoiles

Critique de Saule (Bruxelles, Inscrit le 13 avril 2001, 54 ans) - 8 août 2001

Il y a vraiment une atmosphère particulière dans les livres de Banana Yoshimoto, une sorte de douce mélancolie. J'aime aussi son style simple et assez poétique. Ses personnages, en général au début de la vingtaine, sont très réels, évoluant dans un monde moderne, et on se sent assez proche d'eux.
J'avais lu N.P, son deuxième roman vraiment excellent et que j'avais beaucoup aimé et Lézard, un recueil de nouvelles très bon mais qui m'avait moins plu. La critique de Vigno m'a donné envie de lire Kitchen, alors que j'avais un a-priori défavorable, et j'ai beaucoup aimé, surtout la deuxième partie.
A lire pour l'ambiance, les personnages et la philosophie de vie qui s'en dégage.

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