Cyclo
avatar avatar
21/11/2020 @ 18:09:12
Au fond, cette Ă©trange mission en Albanie au dĂ©but des annĂ©es 60 : retrouver les restes des soldats italiens morts pendant la conquĂȘte de l’Albanie par l’Italie fasciste en 1939 puis pendant l’occupation, la rĂ©sistance des partisans et la dĂ©bĂącle qui a suivi en 1944-1945, vue du point de vue du gĂ©nĂ©ral et accessoirement du prĂȘtre, nous renseigne surtout sur la nature humaine.
Leur pérégrination dans les montagnes et les villages leur permet. de se poser des questions sur le sens de cette mission, de débattre longuement de la guerre, de son absurdité, de rencontrer des villageois pas toujours ravis de les voir, de découvrir un pays nouveau, communiste et qui vient de rompre avec Moscou. Leur tùche se révÚle ingrate dans un climat excessif, pluvieux, froid, neigeux : "La neige fondue baignait la plaine et les collines à l'entour, faisant luire l'asphalte noir de la chaussée. En toute autre saison cette pluie monotone eût semblé à quiconque une triste coïncidence". .Les autochtones ne les aident pas vraiment : "Souvent des contradictions surgissaient entre les témoignages. Les vieillards confondaient événements et combats des différentes guerres. Rien qui présentùt un caractÚre de certitude. Seule la boue détenait la vérité".
Et quand ils participent Ă  la vie locale, notamment une noce de village, le gĂ©nĂ©ral italien se fait insulter par une vieille paysanne qui a perdu son mari et sa fille, assassinĂ©s par le sinistre colonel Z en 1943 et de qui elle s’est vengĂ©e : "Le gĂ©nĂ©ral se leva machinalement et se dirigea vers elle. Il avait devinĂ© que c'Ă©tait lui qu'elle cherchait. Il se porta lui-mĂȘme au-devant d'elle comme ces bĂȘtes qui, flairant de loin la prĂ©sence de l'ennemi, sont envoĂ»tĂ©es par sa voix et, au lieu de fuir, courent jusqu'Ă  lui".
Le roman fit un triomphe en Occident lors de sa sortie en 1970 : on dĂ©couvrait un jeune romancier de l’est, totalement Ă©tranger au rĂ©alisme socialiste qui Ă©tait la ligne gĂ©nĂ©rale draconienne en littĂ©rature. D’emblĂ©e, avec ce premier roman, KadarĂ© se hausse Ă  un trĂšs haut niveau. J’ai pensĂ© au "DĂ©sert des Tartares" de Buzzati, c’est dire. Les dialogues sont nombreux, les descriptions minutieuses, mais jamais ennuyeuses, une certaine satire des Ă©trangers venus exhumer leurs morts, et qui n'Ă©pargne pas la population locale, permet au lecteur de se faire une idĂ©e du temps qui passe, de l’ennui de la mission : "Il vous faut le squelette? J'en ai un! J'ai apportĂ© les listes, mon pĂšre, vous m'entendez? Les voilĂ ! Il y a un tas de soldats d'un mĂštre quatre-vingt-deux. Levez-vous, nous allons en choisir un. ...Levez-vous, nous allons examiner les listes en dĂ©tails. Seulement celui-lĂ  a deux incisives qui lui manque. Ça ne fait rien, nous pourrions les lui faire remettre chez un dentiste".
De temps en temps, des pensĂ©es intimes ou des retours en arriĂšre coupent la narration linĂ©aire. L'inhospitalitĂ© aride du pays et du climat a façonnĂ© ce peuple albanais qui a pratiquĂ© une guerre de partisans contre les envahisseurs et n’est pas sans avoir gardĂ© une haine silencieuse pour ses anciens ennemis. Finalement le gĂ©nĂ©ral finit son dernier jour de mission en s'enivrant : "Il songeait Ă  quel point on est Ă©tranger dans un pays qui n’est pas le vĂŽtre"..
Il ne se passe presque rien, sinon la rĂ©pĂ©tition des gestes de la mission, voiture et camion qui roulent ou tombent en panne, ouvriers qui dĂ©terrent, beuveries Ă  l'hĂŽtel, discussions, lecture de cahiers fort Ă©mouvants trouvĂ©s avec tel ou tel mort, retours en arriĂšre, par exemple la belle histoire de fille Ă  soldats assassinĂ©e racontĂ©e par un cafetier... L'auteur utilise parfois le conte, ironiquement : "Il Ă©tait une fois un gĂ©nĂ©ral et un prĂȘtre partis Ă  l'aventure. Ils s'en Ă©taient allĂ©s ramasser les restes de leurs soldats tuĂ©s au cours d'une grande guerre. Ils marchĂšrent, marchĂšrent, franchirent bien des montagnes et des plaines, cherchant et ramassant ces dĂ©pouilles"..
J'ai beaucoup aimé, mais il me faudrait presque relire...

Tistou
23/11/2020 @ 18:41:52
Chapitre XX Ă  la fin.
Etonnant "pétage de plomb" du Général qui, comme pris de superstition, balance les restes du Colonel Z., si durement acquis en ce qui le concerne, dans un ravin. Impuissance manifeste et dégoût de la tùche accomplie, dégoût sûrement aussi du comportement du Colonel Z. dont il a eu connaissance.
Episode Ă©trange, de saoulerie, avec un Lieutenant-GĂ©nĂ©ral, dont tout le monde s'accorde Ă  penser qu'il pourrait ĂȘtre allemand. Qui d'autre que les Italiens est venu combattre en Albanie, il faudrait le vĂ©rifier ? Les Allemands furent-ils lĂ -bas ou plus sĂ»rement croates, serbes, ... ?
En toute fin il est harcelĂ© de tĂ©lĂ©grammes qu'il finit mĂȘme par ne plus lire. On ne sait pas, in fine, comment il va gĂ©rer l'annonce Ă  la veuve et Ă  la mĂšre du Colonel Z., lui qui les connait personnellement ?

Excellent roman. Et quand on pense que c'est son premier !

Koudoux
(Je lis...)
avatar avatar
23/11/2020 @ 18:51:49

En toute fin il est harcelĂ© de tĂ©lĂ©grammes qu'il finit mĂȘme par ne plus lire. On ne sait pas, in fine, comment il va gĂ©rer l'annonce Ă  la veuve et Ă  la mĂšre du Colonel Z., lui qui les connait personnellement ?

Je me suis posĂ© la mĂȘme question, l'auteur semble laisser le choix de la fin au lecteur.

SpaceCadet
avatar avatar
24/11/2020 @ 12:35:15
Je reviens sur le sujet de la prĂ©sence de Cognac et de chocolat en Albanie Ă  l'Ă©poque oĂč se dĂ©roule l'histoire. Pour rappel, ci aprĂšs je recopie l'essentiel de la discussion.


SpaceCadet, je ne vais pas répondre à toutes tes questions mais pour avoir été en URSS, en Bulgarie, en ex-Yougoslavie, le Cognac servi était du faux et on pouvait en boire pour pas trop cher presque dans tous les hÎtels, à fortiori s'il s'agissait d'un hÎtel pour touristes...

Le chocolat était considéré comme un produit de luxe et il était plutÎt rare...

Ah! Voilà qui m'éclaire. Ca a du sens. J'avais entrevu une telle possibilité mais mes recherches n'ont rien confirmé en ce sens.
Merci Shelton.

Ca revient Ă  dire que le prĂȘtre avec son chocolat profite autant que le gĂ©nĂ©ral avec son pseudo-cognac du confort qu'ils trouvent dans les hĂŽtels. ;-)




J’ai tentĂ© de trouver comment concrĂštement ce blocus a pu se reflĂ©ter dans la vie des Albanais et par consĂ©quent j'ai tentĂ© de comprendre comment le Cognac, le chocolat et le cafĂ© auraient pu entrer dans le pays. Sachant que dans les annĂ©es 1960 le seul alliĂ© de l’Albanie Ă©tait la Chine, j’imagine mal ces produits arriver en Albanie depuis la Chine, qui, on le sait, n’y avait pas accĂšs. Bref, je n’ai pas trouvĂ© de prĂ©cisions Ă  ce sujet. Du coup je me suis demandĂ© si I.KadarĂ© ne fantasmait pas un peu en imaginant le prĂȘtre et le gĂ©nĂ©ral en train de consommer ces produits...

Je pense aussi que malgré le blocus, il y avait sans doute de la contrebande, non?

Forcément!


Or, j'ai par la suite remarqué qu'au chapitre 18, alors que les hommes se trouvent à proprement parler 'au milieu de nulle part', on a remis en activité, dans une petite baraque datant de l'époque de la guerre, une sorte de buvette et il se trouve qu'on peut y boire du Cognac.

Ca m'amĂšne donc Ă  conclure que la boisson dont il est question n'est pas uniquement disponible dans les hĂŽtels et semble donc ĂȘtre facile Ă  trouver un peu partout. J'imagine donc qu'il s'agirait d'un alcool fabriquĂ© localement.

Une petite recherche m'a permis de dĂ©couvrir qu'en effet, Ă  partir de 1967, une boisson que l'on peut comparer au Cognac a Ă©tĂ© commercialisĂ©e en Albanie (voir le lien ci-aprĂšs (en anglais)). Ce qui peut nous induire Ă  penser que le produit ait pu ĂȘtre fabriquĂ© et vendu sous le manteau bien avant cette annĂ©e-lĂ .

https://en.wikipedia.org/wiki/…

Par contre, en ce qui a trait au chocolat... je n'ai rien trouvé à ce sujet.

SpaceCadet
avatar avatar
24/11/2020 @ 12:37:06


Il faut faire la nuance entre 'touriste' et 'Ă©tranger'.... Ca n'est pas la mĂȘme chose. Du moins, de mon point de vue.



Euh... Oui. AprÚs a moins de faire du tourisme dans son propre pays, généralement les touristes sont des étrangers...

Mais, ce n'est pas ce pas mon propos. Ce que j'ai voulu dire ici, tenait plus de la remarque sur le temps qui passe, le monde et les gens qui changent et les moeurs qui évoluent...


Ce qui met en Ă©vidence le fait qu'outre l'Ă©cart culturel, une soixantaine d'annĂ©es nous (lecteurs) sĂ©parent de l'Ă©poque oĂč se dĂ©roule et a Ă©tĂ© composĂ© le roman.

Tistou
24/11/2020 @ 13:54:43
Je reviens sur le sujet de la prĂ©sence de Cognac et de chocolat en Albanie Ă  l'Ă©poque oĂč se dĂ©roule l'histoire. Pour rappel, ci aprĂšs je recopie l'essentiel de la discussion.


SpaceCadet, je ne vais pas répondre à toutes tes questions mais pour avoir été en URSS, en Bulgarie, en ex-Yougoslavie, le Cognac servi était du faux et on pouvait en boire pour pas trop cher presque dans tous les hÎtels, à fortiori s'il s'agissait d'un hÎtel pour touristes...

Le chocolat était considéré comme un produit de luxe et il était plutÎt rare...

Ah! Voilà qui m'éclaire. Ca a du sens. J'avais entrevu une telle possibilité mais mes recherches n'ont rien confirmé en ce sens.
Merci Shelton.

Ca revient Ă  dire que le prĂȘtre avec son chocolat profite autant que le gĂ©nĂ©ral avec son pseudo-cognac du confort qu'ils trouvent dans les hĂŽtels. ;-)





J’ai tentĂ© de trouver comment concrĂštement ce blocus a pu se reflĂ©ter dans la vie des Albanais et par consĂ©quent j'ai tentĂ© de comprendre comment le Cognac, le chocolat et le cafĂ© auraient pu entrer dans le pays. Sachant que dans les annĂ©es 1960 le seul alliĂ© de l’Albanie Ă©tait la Chine, j’imagine mal ces produits arriver en Albanie depuis la Chine, qui, on le sait, n’y avait pas accĂšs. Bref, je n’ai pas trouvĂ© de prĂ©cisions Ă  ce sujet. Du coup je me suis demandĂ© si I.KadarĂ© ne fantasmait pas un peu en imaginant le prĂȘtre et le gĂ©nĂ©ral en train de consommer ces produits...

Je pense aussi que malgré le blocus, il y avait sans doute de la contrebande, non?

Forcément!



Or, j'ai par la suite remarqué qu'au chapitre 18, alors que les hommes se trouvent à proprement parler 'au milieu de nulle part', on a remis en activité, dans une petite baraque datant de l'époque de la guerre, une sorte de buvette et il se trouve qu'on peut y boire du Cognac.

Ca m'amĂšne donc Ă  conclure que la boisson dont il est question n'est pas uniquement disponible dans les hĂŽtels et semble donc ĂȘtre facile Ă  trouver un peu partout. J'imagine donc qu'il s'agirait d'un alcool fabriquĂ© localement.

Une petite recherche m'a permis de dĂ©couvrir qu'en effet, Ă  partir de 1967, une boisson que l'on peut comparer au Cognac a Ă©tĂ© commercialisĂ©e en Albanie (voir le lien ci-aprĂšs (en anglais)). Ce qui peut nous induire Ă  penser que le produit ait pu ĂȘtre fabriquĂ© et vendu sous le manteau bien avant cette annĂ©e-lĂ .

https://en.wikipedia.org/wiki/


Par contre, en ce qui a trait au chocolat... je n'ai rien trouvé à ce sujet.

Lorsqu'il s'agit d'alcool, l'imagination humaine a peu de bornes.
Je me souviens lors de mes annĂ©es VSNA (Volontaire du Service National Actif) au Maroc comme enseignant, j'avais des collĂšgues bulgares (!) qui Ă©taient lĂ  pour enseigner comme moi la Physique Chimie, ou les MathĂ©matiques (qui ne parlaient pas un mot de français par ailleurs !!). C'Ă©taient des individus isolĂ©s, envoyĂ©s par leur gouvernement, communiste jusqu'aux yeux Ă  l'Ă©poque, qui les rackettaient joliment si bien qu'ils Ă©taient esseulĂ©s lĂ -bas dans le bled oĂč nous Ă©tions, esseulĂ©s et pauvres. Alors ils fabriquaient et distillaient dans leurs cocotte-minutes un alcool de pommes de terre fermentĂ©es. Je n'ai pas eu Ă  y goĂ»ter puisque ne buvant pas d'alcool.
Alors un faux cognac en Albanie dans les annĂ©es 60 - 70, oui bien sĂ»r ce devait ĂȘtre possible. Avec un d'imagination et de dĂ©termination ...

Saint Jean-Baptiste
25/11/2020 @ 11:57:11
DĂ©terrer des soldats morts en pays Ă©trangers pour les rendre Ă  leur famille peut paraĂźtre une noble mission. On peut comprendre les famille qui veulent se recueillir sur la tombe d’un des leurs. C’est peut-ĂȘtre une façon pour la famille de « faire son deuil ». En tout cas, dans le livre, on voit Ă  quel point les familles y tiennent. Mais on doit se demander si c’est une bonne chose quand on voit comment ça se passe.

Personnellement, si ça avait dĂ» m’arriver de perdre un parent pendant une guerre comme celle du livre, je crois que j’aurais prĂ©fĂ©rĂ© qu’il reste enterrĂ© sur le terrain avec ses camarades de combat. Mais en rĂ©alitĂ©, je ne sais pas. C’est peut-ĂȘtre plus pĂ©nible de penser qu’il est Ă  l’abandon Dieu sait oĂč, dans pays Ă©tranger, peut-ĂȘtre en dessous de la tribune d’une terrain de football... On doit avoir l’impression que la famille l’a lĂąchement abandonné ; et l’absence de sĂ©pulture a toujours Ă©tĂ© considĂ©rĂ© comme une infamie.

Mais ce livre montre bien la tragi-comédie de ces déterrements de cadavres

Et la famille n’est jamais sĂ»re que c’est bien son parent qu’on lui a rendu. Mais, au fond, si c’est un autre, est-ce que ça change quelque chose si la famille ne le sait pas ?

En tout cas, si j’avais un parent enterrĂ© dans un cimetiĂšre militaire, comme les cimetiĂšres amĂ©ricains de Normandie ou d’ailleurs, je le laisserais bien lĂ . Je trouve qu’il n’y a pas de plus belle sĂ©pulture pour un soldat.

Curieux livre en tout cas qui, sous son cÎté tragi-comique, soulÚve des questions bien lugubres


SpaceCadet
avatar avatar
27/11/2020 @ 14:01:11
DĂ©terrer des soldats morts en pays Ă©trangers pour les rendre Ă  leur famille peut paraĂźtre une noble mission. On peut comprendre les famille qui veulent se recueillir sur la tombe d’un des leurs. C’est peut-ĂȘtre une façon pour la famille de « faire son deuil Â». En tout cas, dans le livre, on voit Ă  quel point les familles y tiennent. Mais on doit se demander si c’est une bonne chose quand on voit comment ça se passe.

Personnellement, si ça avait dĂ» m’arriver de perdre un parent pendant une guerre comme celle du livre, je crois que j’aurais prĂ©fĂ©rĂ© qu’il reste enterrĂ© sur le terrain avec ses camarades de combat. Mais en rĂ©alitĂ©, je ne sais pas. C’est peut-ĂȘtre plus pĂ©nible de penser qu’il est Ă  l’abandon Dieu sait oĂč, dans pays Ă©tranger, peut-ĂȘtre en dessous de la tribune d’une terrain de football... On doit avoir l’impression que la famille l’a lĂąchement abandonnĂ© ; et l’absence de sĂ©pulture a toujours Ă©tĂ© considĂ©rĂ© comme une infamie.

Mais ce livre montre bien la tragi-comédie de ces déterrements de cadavres

Et la famille n’est jamais sĂ»re que c’est bien son parent qu’on lui a rendu. Mais, au fond, si c’est un autre, est-ce que ça change quelque chose si la famille ne le sait pas ?

En tout cas, si j’avais un parent enterrĂ© dans un cimetiĂšre militaire, comme les cimetiĂšres amĂ©ricains de Normandie ou d’ailleurs, je le laisserais bien lĂ . Je trouve qu’il n’y a pas de plus belle sĂ©pulture pour un soldat.

Curieux livre en tout cas qui, sous son cÎté tragi-comique, soulÚve des questions bien lugubres



Au fait c'est la premiÚre question que je me suis posé, dÚs les premiÚres pages du roman. Je me suis d'abord demandé si cela était bel et bien 'faisable'. Mes recherches ne m'ont pas permis de tirer de conclusions à ce sujet.

Reste qu'entre dĂ©terrer un mort (ce qui n'est pas anodin) et dĂ©terrer une armĂ©e... il y a tout-de-mĂȘme une marge.

Et puis j'ai rĂ©flĂ©chis au 'besoin' auquel cela peut bien rĂ©pondre.. un 'besoin' qui du reste semble cautionnĂ© (du moins dans le roman), mais en mĂȘme temps, quand on pense Ă  la variĂ©tĂ© de rites funĂ©raires (cela fait partie des comportements universels au sein de l'espĂšce humaine) que l'homme au cours de son histoire a trouvĂ© le moyen d'inventer, on ne s'Ă©tonne plus de rien.

SpaceCadet
avatar avatar
27/11/2020 @ 14:24:05


Reste qu'entre dĂ©terrer un mort (ce qui n'est pas anodin) et dĂ©terrer une armĂ©e... il y a tout-de-mĂȘme une marge.




Et sur ce point précis, à mon avis, c'est le cÎté absurde de cette entreprise que l'auteur a voulu exploiter et cela dans le but ultime de mettre en relief l'absurdité de la guerre.

Septularisen
avatar avatar
27/11/2020 @ 14:25:52
Quelqu'un peut-il me dire ce qu'il comprend exactement dans la phrase :
"Parce que nous avons la mĂȘme patrie que ces malheureux"...Quelle patrie?



C'est ce que je soulignais un peu plus haut.
On comprends que c'est l'Italie, mais on ne nous le dit pas, on comprends que l'autre général est allemand, mais encore une fois cela n'est dit nulle part...
Il n' y a jamais de nation citée nommément, un peu comme si l'auteur voulais nous faire comprendre que les soldats morts dans une guerre sont tous des frÚres...

Septularisen
avatar avatar
27/11/2020 @ 14:27:26

Ce qui met en Ă©vidence le fait qu'outre l'Ă©cart culturel, une soixantaine d'annĂ©es nous (lecteurs) sĂ©parent de l'Ă©poque oĂč se dĂ©roule et a Ă©tĂ© composĂ© le roman.


Oui... Ou bien le développement international du tourisme, qui a "rattrapé" aussi l'Albanie...

Septularisen
avatar avatar
27/11/2020 @ 14:41:13


En tout cas, si j’avais un parent enterrĂ© dans un cimetiĂšre militaire, comme les cimetiĂšres amĂ©ricains de Normandie ou d’ailleurs, je le laisserais bien lĂ . Je trouve qu’il n’y a pas de plus belle sĂ©pulture pour un soldat.


Tout Ă  fait d'accord avec toi, ici.

Je crois en avoir déjà parle dans un autre forum, mais est-ce que tu sais que la dépouille du Général PATTON, n'a jamais été ramenée aux USA? Sa veuve s'y étant toujours opposée, parce-que il avait lui méme exprimé le souhait d'étre enterré avec ses soldats...

Il repose donc au cimetiÚre américain de Contern dans mon pays avec plus de 5.000 de ses soldats.

Et mieux que cela, alors qu'il reposait seul dans un angle du cimetiÚre, il y a queques années les autorités américaines (le cimetiÚre est un territoire américain et entretenu - 2 mio de $ par an! - par le Gouvernement US), pour respecter encore mieux ses derniÚres volontés, ont fait déplacer la dépouille au milieu du cimetiÚre, face à face aux autres soldats..

https://fr.wikipedia.org/wiki/…

Shelton
avatar avatar
27/11/2020 @ 16:53:07
Au fait c'est la premiÚre question que je me suis posé, dÚs les premiÚres pages du roman. Je me suis d'abord demandé si cela était bel et bien 'faisable'. Mes recherches ne m'ont pas permis de tirer de conclusions à ce sujet.

Reste qu'entre dĂ©terrer un mort (ce qui n'est pas anodin) et dĂ©terrer une armĂ©e... il y a tout-de-mĂȘme une marge.

Et puis j'ai rĂ©flĂ©chis au 'besoin' auquel cela peut bien rĂ©pondre.. un 'besoin' qui du reste semble cautionnĂ© (du moins dans le roman), mais en mĂȘme temps, quand on pense Ă  la variĂ©tĂ© de rites funĂ©raires (cela fait partie des comportements universels au sein de l'espĂšce humaine) que l'homme au cours de son histoire a trouvĂ© le moyen d'inventer, on ne s'Ă©tonne plus de rien.


La France a fait revenir un certain nombre de ses combattants morts d'Indochine...


SpaceCadet
avatar avatar
27/11/2020 @ 17:15:31
https://onac-vg.fr/hauts-lieux-memoire-necropoles/…



Oh! Quand mĂȘme. Ca n'a pas dĂ» ĂȘtre simple Ă  faire. Ca rĂ©pond Ă  ma question et du coup, mon interprĂ©tation suivant laquelle KadarĂ© aurait voulu exploiter l'absurditĂ© d'une telle entreprise devrait ĂȘtre repensĂ©e ou reformulĂ©e.

Merci à toi pour ces précisions.

Septularisen
avatar avatar
27/11/2020 @ 17:35:49
https://onac-vg.fr/hauts-lieux-memoire-necropoles/…

Oh! Quand mĂȘme. Ca n'a pas dĂ» ĂȘtre simple Ă  faire. Ca rĂ©pond Ă  ma question et du coup, mon interprĂ©tation suivant laquelle KadarĂ© aurait voulu exploiter l'absurditĂ© d'une telle entreprise devrait ĂȘtre repensĂ©e ou reformulĂ©e.

Merci à toi pour ces précisions.


J'en parlais plus haut dans ce fil, mais les USA ont la mĂȘme tradition.
Je me rapelle avoir vu a la télévision le retour des dépouilles de soldats MIA du Vietnam dans les années 80.
Il semble que cela continue jusque dans les années 2000...

https://www.youtube.com/watch?v=VA9FdtE9kW4

https://www.youtube.com/watch?v=TfxxsIeWN-4


Septularisen
avatar avatar
27/11/2020 @ 17:51:44

Je trouve ceci aussi, étonnant de ressemblance avec ce qui est décrit dans le livre.

On voit mĂȘme, comme dans le livre de KadarĂ©, des habitants des villages locaux embauchĂ©s comme main-d'oeuvre pour aider Ă  rechercher les sites et creuser la terre (la boue devrais-je dire...) a la recherche des dĂ©pouilles...

https://www.youtube.com/watch?v=rdpOTr3kULY

SpaceCadet
avatar avatar
27/11/2020 @ 18:01:07
La réalité et la fiction se rencontrent!

Pieronnelle
(Je lis...)
avatar avatar
27/11/2020 @ 23:58:36
J'ai l'impression que dÚs que le général rencontre le paysan avec le cercueil du déserteur le roman bascule ; ce moment est trés fort je trouve, enfin on parle des albanais et le général prend une bonne gifle quand on lui dit que ce déserteur était le valet du meunier. J'avoue avoir jubilé devant cette "humiliation" que ressent le général. En fait son vrai caractÚre ressort , il est arrogant et il reste encore avec l'esprit d'un conquérant ; il vient rechercher ses morts et méprise les albanais .
" Il doit sûrement me détester je le lis dans son regard . Nous sommes ennemis mortels , mais moi, je n'éprouve que du mépris à son endroit. En fin de compte ce n'est qu'un terrassier"
dit-il en parlant d'un albanais qui ouvre les tombes. Incroyable quand mĂȘme 20 ans aprĂšs!
Je crois que je lui ai attribué un peu trop d'humanisme à ce général...Certes il est sûrement perturbé par cette mission, mais ses motivations liées apparemment à la jolie veuve le rendent un peu superficiel...
Au fait , concernant la nationalitĂ© on a quand mĂȘme de bons indices : fascisme et Duce ! Indices qui justement font partie de cette appartĂ©e sur la maison de tolĂ©rance qui a Ă©tĂ© probablement rajoutĂ©e aprĂšs la premiĂšre Ă©dition. C'est fort bien racontĂ© mais d'un style qui correspond pas Ă  un homme de simple condition .
De mĂȘme pour le journal du dĂ©serteur , mais lĂ  il prĂ©cise au dĂ©but qu'il avait un don pour Ă©crire des histoires. Le peuple albanais grandit de plus en plus, il est fier, juste et regarde de haut ce gĂ©nĂ©ral et le prĂȘtre, je l'aime de plus en plus.

SpaceCadet
avatar avatar
28/11/2020 @ 11:01:45
https://onac-vg.fr/hauts-lieux-memoire-necropoles/…

Oh! Quand mĂȘme. Ca n'a pas dĂ» ĂȘtre simple Ă  faire. Ca rĂ©pond Ă  ma question et du coup, mon interprĂ©tation suivant laquelle KadarĂ© aurait voulu exploiter l'absurditĂ© d'une telle entreprise devrait ĂȘtre repensĂ©e ou reformulĂ©e.

Merci à toi pour ces précisions.



J'en parlais plus haut dans ce fil, mais les USA ont la mĂȘme tradition.
Je me rapelle avoir vu a la télévision le retour des dépouilles de soldats MIA du Vietnam dans les années 80.
Il semble que cela continue jusque dans les années 2000...

https://www.youtube.com/watch?v=VA9FdtE9kW4

https://www.youtube.com/watch?v=TfxxsIeWN-4




De prime abord, j'avais lancĂ© mes recherches sur ce sujet en association avec l'histoire des soldats italiens tombĂ©s en Albanie. Je n'avais rien trouvĂ© mais vos rĂ©ponses m'ont incitĂ© Ă  essayer de nouveau et lĂ  je suis tombĂ© sur un article (en anglais) Ă©manant du 'National Institute of Health' des Etats-Unis oĂč, dans le cadre d'une analyse portant sur 'L'illusion d'immortalitĂ© dans l'Albanie de l'aprĂšs-guerre' (l'article raconte comment dans l'aprĂšs-guerre on a entretenu l'idĂ©e d'une menace omniprĂ©sente pesant sur le pays), non seulement on y fait rĂ©fĂ©rence au roman de KadarĂ©, mais, plus intĂ©ressant, il est mentionnĂ© qu'une campagne d'exhumation et de rapatriation des restes des soldats italiens tombĂ©s en Albanie lors de la seconde guerre a effectivement eu lieu, environ 10 ans aprĂšs la fin de la guerre et qu'elle fut dirigĂ©e par un aumonier de l'armĂ©e italienne. Je mets le lien vers l'article ci-aprĂšs sachant que ce point prĂ©cis est mentionnĂ© au 4e paragraphe de la 3e partie de l'article.

https://ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/…

J'imagine qu'il puisse exister d'autres sources, possiblement en langue albanaise ou en italien qui pourraient apporter plus de précisions sur ce sujet. Mais c'est déjà bien de savoir que l'opération n'est pas que fictive et que l'auteur s'est évidemment inspiré du réel pour composer son roman.

Vous devez ĂȘtre connectĂ© pour poster des messages : S'identifier ou Devenir membre

Vous devez ĂȘtre membre pour poster des messages Devenir membre ou S'identifier