Direction Quai des bulles en compagnie de Marc Jailloux…

Toujours en pleine préparation du festival Quai des bulles de Saint-Malo, nous voici avec la série « Le Sang des Valois », une série dessinée par Marc Jailloux… J’avais entendu parler de cette série avant sa sortie, j’avais même vu quelques dessins… et je le dis honnêtement, j’attendais la sortie avec impatience ! Autant le dire tout de go, la lecture fut à la hauteur de mes espérances !

Mais reprenons tout avec sérénité et calme. J’attendais une série qui puisse permettre à Marc Jailloux de donner la pleine mesure de son talent sans être enfermé dans l’attente de certains lecteurs qui veulent de lui un dessin comme celui de Martin… Ici, on est chez Jailloux, c’est clair, précis, efficace dans la narration et beau… Du grand art, du moins à mon avis et j’aime !

L’histoire – écrite par Didier Decoin sur une idée de Jérôme Clément – commence avec François 1er et là encore ce n’est pas un choix anodin. François 1er, c’est ce roi chevalier qui après avoir brillé à Marignan tombe de haut à Pavie et devient le prisonnier de Charles Quint, un prisonnier que l’empereur redonne à la France moyennant une grosse rançon…

Ce règne de François 1er est aussi celui de l’arrivée de la Réforme en France. La sœur du roi se laisse presque séduire et le roi reste au départ assez silencieux mais lorsque l’on vient placarder au sein même de son château des libelles luthériens sur les portes, il déclenche des actions beaucoup moins humanistes… des bûchers sont dressés et pas seulement pour réchauffer les passants…

François 1er c’est aussi le roi qui est séduit par l’humanisme ambiant ramené d’Italie mais aussi qui est vogue du côté de Constantinople. Pour un peu, on pourrait presque croire à un roi ouvert et pour la mondialisation… Ce qui n’est quand même pas le cas…

Alors, ce « Sang des Valois » commence par tout cela, un récit bien construit, passionnant et agréable à lire. Il y a les personnages bien réels et historiques et d’autres qui sont là pour mettre en place certains aspects fictionnels. Ici, ce n’est pas une thèse d’histoire mais une véritable bande dessinée d’aventure, le récit historique étant parfois plus vrai que la fiction, c’est bien connu des historiens…

De toute évidence, la série ne va pas se limiter à François 1er et la suite va certainement nous permettre de profiter de cette famille étonnante qui verra des rois très surprenants se succéder sur le trône… Le prochain qui va arriver a déjà fait quelques petites apparitions alors qu’il n’était même pas encore dauphin, le futur Henri II…

Donc, sans plus attendre, c’est avec plaisir que je m’apprête à rentrer et interviewer Marc Jailloux à Saint-Malo, d’ici quelques jours… La rencontre permettra peut-être d’attendre plus sereinement la suite…

Direction Quai des bulles en compagnie de Dominique Bertail…

J’ai lu, début septembre, un album de bande dessinée d’une très grande qualité qui mérite plus qu’un détour… Oui, il faut le lire et le faire lire car notre période contemporaine mérite des ouvrages éclairants et salutaires et ce premier volume de « Madeleine, Résistante » appartient bien aux ouvrages de référence qu’il va falloir garder chez soi, offrir et partager avec le plus grand nombre…

En 1994, Madeleine Riffaud ne parlait jamais de son expérience dans le Résistance, probablement par pudeur comme si toutes les horreurs vécues à cette période-là ne méritaient pas d’entrer chez les gens… C’est Aubrac qui est venu chez elle et qui lui a demandé de témoigner et elle a fini par accepter…

Quelques années plus tard, en 2017, Jean-David Morvan va, un peu par hasard, tomber sur un reportage qui lui fait découvrir Madeleine. Elle a déjà plus de 90 ans, s’il veut la rencontrer, il faut faire vite… Je ne vous en dis pas plus car les auteurs de cette bande dessinée le racontent bien mieux et avec de beaux dessins… Ce qui est certain, c’est qu’après des réticences, Madeleine va se lancer à fond dans ce projet, accompagnée par Jean-David Morvan le scénariste, Eloïse de la Maison dans le rôle d’archiviste des entretiens et Dominique Bertail le dessinateur. Elle ouvre sa mémoire, ses archives et le fait sans aucune retenue un peu comme quand à 17 ans elle s’est engagée dans la Résistance…

Ce premier volet d’une trilogie, « La Rose dégoupillée », est en plus un magnifique album graphique. Le dessin de Dominique Bertail tout en bichromie est d’une qualité et d’une précision qui rendent la narration fluide et très agréable. La lecture dégage une émotion triple : la force du témoignage à la première personne, la narration graphique artistique et le ressenti des liens qui se sont noués entre les auteurs et Madeleine elle-même. On ne peut plus lâcher l’album dès que l’on est entré dans l’histoire…

Madeleine est une des dernières résistantes encore vivantes et au moment où certains utilisent à tort et à travers un langage marqué par cette Seconde Guerre mondiale – collabos, résistance, docteur Mengele, occupation, dictature… et j’en passe et des pires – il me semble salutaire de prendre conscience de ce que fut l’engagement d’une jeune femme de 17 ans, malade et amoureuse, dans la Résistance !

Aubrac voulait que Madeleine témoigne, elle l’avait déjà bien suivi dans cette voie mais avec la rencontre avec Jean-David Morvan et cette bande dessinée, un nouveau pas vient d’être franchi avec probablement un public lecteur qui va découvrir, au moins pour les plus jeunes, certains aspects d’un engagement humain qu’il ne connaissait pas ! Oui, la résistance n’était pas un jeu ni une mode !

Durant le festival Quai des bulles, je vais avoir le plaisir de rencontrer et interviewer Dominique Bertail pour le Kiosque à BD de RCF en Bourgogne.

Direction Quai des bulles en compagnie de Fabien Vehlmann…

Très rapidement après la sortie du premier tome, la série « Le dernier Atlas » a commencé à faire parler d’elle. Je n’ai pas immédiatement répondu à l’appel du livre, mais dès que j’ai commencé à lire j’ai été séduit, plus exactement fasciné et hypnotisé. Quand on commence à lire « Le dernier Atlas », on a bien du mal à arrêter d’autant plus que maintenant la série est complète en trois gros volumes…

Pour ceux qui ont déjà lu des romans feuilletons du XIX° siècle, vous allez retrouver le même phénomène. Une histoire assez simple au départ, qui se complexifie au fur et à mesure, des personnages très nombreux, des séquences assez courtes qui se succèdent et qui ne se déroulent pas aux mêmes endroits (de Nantes à l’Inde, il y a de la place en passant par le Moyen-Orient et l’Algérie), enfin une petite dose d’aventures, de polar, de fantastique et même d’amour !!! On s’y croirait presque !

Il y a bien un personnage principal, du moins si on veut, un certain Tayeb. On va en apprendre un peu plus sur lui tout au long de l’histoire et je ne veux pas trop vous casser le suspense bien construit par Fabien Vehlmann et Gwen de Bonneval. Ce qui est certain c’est qu’au départ de l’histoire Tayeb appartient au milieu nantais, il est le bras droit de « Dieu le Père » (et il n’y a là rien de religieux !). Je me suis même demandé si les deux scénaristes savaient, quand ils ont commencé le tome 1, qui était réellement Tayeb…

Ce qui est certain, c’est que l’humanité se trouve confronté à une manifestation de l’inconnu, l’UMO. Quand il est apparu en Algérie, des phénomènes climatiques dangereux se sont produits et très rapidement certains s’interrogent sur la façon de faire disparaître cet UMO. D’où l’idée du recours à l’Atlas…

Les Atlas furent des robots géants utilisés pour la construction. Le dernier, le « George Sand », allait être démantelé en Inde et c’est là que certains vont se retrouver pour le récupérer, le remettre en état et se préparer à aller lutter contre l’UMO… C’est schématique mais vous avez là la trame générale de l’histoire…

Je ne vais pas non plus vous parler de tous les personnages de ce long feuilleton mais sachez que certains sauront vous toucher tandis que d’autres vous agaceront profondément. Certains perdront la vie (le meilleur moyen pour se débarrasser de personnages dont on n’a plus besoin) tandis que d’autres nous accompagneront jusqu’à la fin comme Françoise, l’ancienne journaliste du Canard enchainé.

Le second volume est peut-être moins surprenant que le premier (ou alors on s’est habitué) tandis que le troisième est explosif et jubilatoire. En fait, en regardant la série avec un peu de recul c’est comme une symphonie ; Le premier volume correspond au premier mouvement, un allegro. Puis, pour permettre au lecteur de se remettre, le second est un adagio, tandis que pour clore l’histoire on commence par un menuet suivi d’une gigue et d’un presto infernal !

Quant à moi, je me réjouis de retrouver Fabien Vehlmann devant mon micro lors du prochain festival Quai des bulles à Saint-Malo !

Direction Quai des bulles en compagnie de Sophie Ruffieux…

Je poursuis ma préparation du festival Quai des bulles avec la lecture ce matin de « Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une » de Raphaëlle Giordano, Lylian et Sophie Ruffieux. Certes, cet album (ou roman graphique, à votre choix) raconte une histoire de la vie quotidienne, sans pouvoir spéciaux ni super héros, sans crime ni guerre, en tentant d’aider à regarder tout d’une façon positive… Cela peut paraitre hors normes, atypique et un peu naïf… et, pourtant, ça fonctionne bien !

Alors, je comprends bien que cette lecture touchera beaucoup plus un public éloigné de la bédé classique, mais, après tout, la bande dessinée peut tout raconter et donc aussi des ouvrages de management personnel, de coaching individuel, de philosophie de vie… Toutes les bédés, pourvu qu’elles soient bien construites et réalisées, ont le droit à l’existence !

Sophie Ruffieux, illustratrice free-lance, diplômée en droit et en archéologie, Sophie Ruffieux a choisi d’opter pour une reconversion récente dans le monde de l’illustration. Elle s’est fait connaître par son blog www.sophieruffieux-blog.com. Depuis, elle a travaillé pour des magazines féminins, à destination de la jeunesse et pour des agences publicitaires. Elle a également participé à l’ouvrage collectif « Un soleil pour » aux Éditions Limonade. Elle a illustré les titres de la collection Mon Cahier, chez Solar.

Alors, Camille est une femme active, mariée et mère de famille et elle a tout, au premier abord, pour être heureuse. Pourtant, comme beaucoup d’entre nous, elle se sent ballotée, contrainte, oppressée, enfermée dans sa routine… Mais comment retrouver le chemin du bonheur humain simple ? Un soir de galère où rien ne se passe comme il faudrait, après un accident de voiture, elle rencontre pour la secourir Claude, routinologue. Et tout changera !

Quant à moi, je suis heureux de la recevoir, durant Quai des bulles. Elle a réussi à trouver le ton graphique juste pour que l’on prenne plaisir à lire les aventures quotidiennes de Camille jusqu’à la dernière page !

Précisons qu’il s’agit d’une adaptation du roman de Raphaëlle Giordano…

Direction Quai des bulles en compagnie de Kim Consigny…

Continuons paisiblement notre petit voyage au cœur de la BD pour préparer mes interviews de Quai des bulles 2021 !

Kim Consigny est né en 1991 en France et elle fait ses études à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Marseille (ENSAM), cursus complété par un Master à l’École Nationale Supérieure d’Architecture, à Paris. Elle a toujours dessiné, pour elle et pour les autres…

« Il y a quelques années, j’ai le souvenir d’avoir interviewé dans les locaux de Delcourt, des autrices qui venaient présenter leur « bébé ». Elles n’étaient pas très connues, enfin, disons que je ne les connaissais pas réellement : Rokhaya Diallo et Kim Consigny. Le livre était « Pari(s) d’amies » que j’avais pour le coup bien apprécié… Depuis Rokhaya a fait son chemin et Kim aussi… Les bandes dessinées sans être trop nombreuses sont marquantes : Forté, La petite mosquée dans la cité, Magic Félix et maintenant George Sand…

Pour cette nouveauté, la scénariste, Séverine Vidal, et la dessinatrice, Kim Consigny, présente une biographie indiscutablement très complète et elle raconte Geroge Sand quasiment de sa naissance à sa mort. Elle présente une femme indépendante et éprise de sa propre liberté, forte mais aussi sensible et artiste, qui aime la nature tout en ne pouvant pas se passer de la ville… Elle est, à sa façon et sans vouloir projeter nos mots sur une autre époque, une féministe de son temps. Mais son universalisme (là aussi sans faire de contresens) lui permet d’être attentive à la vie des plus pauvres, de la classe ouvrière, de la démocratie naissante…

La narration graphique de Kim Consigny permet une lecture très aisée et Séverine ne nous inonde pas de textes trop longs tout en livrant toutes les informations nécessaires à la compréhension de George Sand ! Le dessin en noir et blanc, au trait simple et même léger, permet au lecteur de pouvoir souvent entrer en méditation, en contemplation (surtout avec les dessins pleine page).

C’est un magnifique ouvrage qui ouvre pleinement à la découverte de cette femme de lettres du XIX° siècle ! On a envie de prolonger la lecture avec « Indiana », « Elle et lui » ou « Histoire de ma vie »…

Mais dans quelques petits jours, je vais avoir le plaisir de retrouver Kim Consigny pour le Kiosque à BD de RCF en Bourgogne…

Direction Quai des bulles en compagnie d’Emile Bravo…

Dans quelques jours, à Quai des bulles, je vais avoir le plaisir de rencontrer Emile Bravo…

Avec « Le journal d’un ingénu », Emile Bravo avait secoué les lecteurs à plus d’un titre. D’une part, il créait un Spirou un peu à l’ancienne, un personnage porteur de nostalgie et à la tenue vintage, tout en ayant le dynamisme de la jeunesse sûre d’elle-même… On était dans la période initiale de la seconde Guerre mondiale, au moment où tout était possible même si tout le monde refusait d’envisager le pire…

On voyait aussi un Spirou en genèse, en formation, en devenir et chaque lecteur pouvait finir par accepter que le Spirou qu’il aimait avait bien commencé comme cela, comme Bravo le racontait…

Enfin, pour tous les amateurs respectueux ou pas, de la ligne claire d’Hergé, on renouait avec la « grande » bande dessinée franco-belge. Elle n’était pas morte encore, elle vivait grâce à Bravo !

Alors, lecteur séduit par « Le journal d’un Ingénu », je ne pouvais que plonger sans appréhension dans le premier tome de « L’espoir malgré tout », deuxième partie de l’histoire qui allait se dérouler en quatre volumes. Depuis, trois tomes parus et toujours un récit d’une grande qualité…

Tout d’abord, car il faut être précis dans notre propos, il s’agit bien d’une histoire de Spirou et même de Spirou et Fantasio. Donc, on ne sera jamais surpris de la pointe d’humour dans le récit, du côté enfantin parfois de Spirou (certains diront naïf) ou déjanté de Fantasio. Donc, oui, même en pleine guerre des enfants continuent de jouer au football et cela est bien normal !

Deuxième point important, si la toile de fond est bien historique, sans aucun doute, il ne s’agit pas d’une bande dessinée d’histoire. Ici, c’est bien la drôle de guerre, la débâcle et l’occupation de la Belgique vécues par Spirou et Fantasio. Certes, Emile Bravo s’est excessivement bien documenté, est très précis dans sa narration pour ne pas être pris en défaut, mais il ne raconte pas l’histoire militaire ou politique de la période même si tout est évoqué ou presque…

Ce qui est totalement réussi dans cette fresque de la Seconde Guerre mondiale en Belgique, c’est la dose de subtilité dans les personnages, la diversité des regards et la mosaïque qui se met en place devant le lecteur. Car il n’y a pas chez Bravo les noirs et les blancs, il y a les noirs (les méchants, les nazis) et toutes les teintes de couleurs qui vont jusqu’au blanc. Du coup, on sent tout cela très crédible et chaque lecteur peut trouver un personnage qui lui ressemble…

Emile Bravo n’est pas non plus angélique ou bienveillant envers une catégorie ou une autre car dans chaque groupe un personnage peut être plus ou moins sympathique… Quelques exemples pour illustrer le propos…

Du côté du clergé, on a deux prêtres, un que l’on dirait aujourd’hui réactionnaire, intégriste, de droite… et celui-là est touché par la vision allemande même s’il trouve parfois que les nazis vont trop loin… sauf quand il s’agit des Juifs étrangers où là tout est normal ! Le deuxième est plus humain, probablement touché par la philosophie des lumières et l’humanisme du siècle. Lui, bien sûr, veut sauver les Juifs, les Communistes, écoute les enfants, est touché par les petites misères quotidiennes du peuple belge…

Fantasio illustre bien des situations rencontrées par les Belges et il ne comprend pas tout très vite. Il se fait piéger mais le bon sens ou Spirou le ramène rapidement aux réalités. Il veut aider mais parfois son aide peut gêner, il veut être responsable mais il n’a pas toujours la raison assez solide, il veut résister mais peut mettre en danger les résistants… Bref, la vie n’est pas toujours simple !

De page en page, d’album en album, on suit Spirou et Fantasio dans cette période sans voir le temps passer et, pourtant, le temps il en faut pour lire ces gros albums ! C’est passionnant, réussi, humain, fin, tendre, parfois cruel (mais cette période le fut bien) et très souvent juste ! Je ne suis pas belge et donc je ne porterai pas de jugement sur ce pays et son peuple… mais cela ressemble tant à la France que les lecteurs des deux pays s’y retrouveront sans problème !!!

Alors, bien sûr, on attend avec impatience le quatrième volet de ce récit. On sait que la Belgique sera libérée, on sait que Spirou et Fantasio vont survivre pour vivre tous les aventures que nous avons déjà lues… Mais, pourtant, on est là, tenu en haleine par un récit majestueusement construit par Emile Bravo, remarquablement mis en images et avec des personnages plein d’humanité que l’on est heureux de retrouver !!!

A lire et faire lire !!!

Direction Quai des bulles en compagnie de Luc Brahy…

Toujours dans ma préparation du festival de Saint-Malo, Quai des bulles, il est temps aujourd’hui de parler de Luc Brahy… Un dessinateur de bandes dessinées que certains ont apprécié avec Cognac, Imago mundi ou Alto plano… On va donc le retrouver, encore dans l’univers du polar, avec une mise en dessin de romans de Franck Thilliez…

Franck Thilliez est un écrivain de romans policiers et thrillers, scientifique de formation, qui a rencontré le succès auprès des lecteurs ce qui lui a permis de vivre entièrement de sa plume. Il a une écriture vive, dynamique, et ses romans comportent une certaine dose de violence y compris vis-à-vis de ses héros qu’il maltraite de façon récurrente… On n’est pas chez les Bisounours, on est chez Thilliez !

L’éditeur Steinkis, avec son label Philéas, propose des adaptations de romans en bédés et c’est donc tout naturellement qu’une place a été ouverte aux romans de Franck Thilliez avec un triptyque dont les deux premiers tomes sont sortis. Dans cet ensemble de trois récits, on trouve deux policiers atypiques, deux personnages hauts en couleurs, Franck Sharko et Lucie Henebelle…

Dans le premier volume, « Le syndrome [E] », tout commence avec un amateur de cinéma gore qui visionne une bobine… Mais, il se retrouve aveugle sans que l’on comprenne ce qui lui est réellement arrivé… probablement un film maudit… Ludo, l’homme victime de ce film, téléphone à Lucie pour lui demander de l’aide…

Dans « Gataca », il est encore question de violence mais cette fois avec un lien avec des gauchers, des hommes préhistoriques… Serait-il même possible d’expliquer la violence humaine, de remonter à ses sources, la comprendre, la maitriser, la faire disparaitre… Du lourd, quoi !

Pour adapter ces deux romans en bédé, c’est le scénariste réputé Sylvain Runberg qui s’y est collé et ce n’est pas une mince affaire. En effet, dans un album on ne peut pas tout mettre, tout raconter avec tous les détails et il a fallu qu’il réussisse pour autant à garder sa cohérence au récit… Heureusement, il y avait là un talent et de l’expérience (rappelons, entre autres, que c’est Runberg qui a adapté Millénium en BD).

Quant à Luc Brahy, le dessinateur, il a une expérience dans le polar en BD et cela ne lui faisait probablement pas trop peur de s’attaquer à un auteur populaire de thrillers… Sa narration graphique s’est parfaitement adaptée à l’histoire et au style de Runberg pour finalement proposer au lecteur deux excellentes bandes dessinées très agréable à lire !

Alors, du coup, je suis pressé de rencontrer Luc Brahy à Saint-Malo, pour qu’il nous explique comment il a travaillé avec Runberg sur ces romans de Thilliez, qu’il nous confirme sa passion des ambiances polars, qu’il nous confie, qui sait, quelques secrets du prochain volume à venir pour clore cette trilogie !

Et on se retrouvera très vite sur RCF en Bourgogne dans le Kiosque à BD !

Direction Quai des bulles en compagnie de Romain Ronzeau…

Cette nuit, je suis tombé, de façon presque inattendue, dans un ouvrage qu’il est fort difficile de classer… Bande dessinée, roman graphique, documentaire, musicologie, histoire, fait divers, biographie, archives… Bref, il y a de tout ça et d’autres choses encore dans ce livre, « Les amants d’Hérouville, une histoire vraie ».

Je dis bien « tombé » car dès que l’on entre dans l’histoire de Michel et Marie-Claude, il est bien difficile de faire une pause. Tout s’enchaine, tout est lié, tout devient dramatique et fascinant et on ne peut qu’aller jusqu’à la fin, au moins celle de Michel Magne, le 19 décembre 1984…

Mais le mot « drame » cache d’autres aspects de cette histoire : la créativité, la musique, la fête, la recherche, le cinéma, la notoriété, les années soixante-dix, la pop-rock de notre adolescence, la magie d’un lieu et la grande histoire d’amour entre Michel et Marie-Claude… Mais comme il n’y a pas d’amour heureux, du moins c’est le poète qui l’affirme, c’est bien aussi un drame humain…

Ce livre, 250 pages (et pas en petit format écrit en gros), est à lui seul une performance. Yann Le Quellec et Romain Ronzeau réalisent un véritable travail de fourmi, une présentation d’archives et de témoignages pour faire revivre ce musicien de talent et génie, cet homme incroyable, son château d’Hérouville et ses studios. Il y a du texte, du dessin, de la photo, des tableaux, des articles de journaux… Bref, c’est un rendez-vous multimédias sur papier et c’est ahurissant de voir tout cela… L’avantage du dessin et de la bande dessinée étant de pouvoir redonner de la vie à tout ce que l’on ne peut pas voir en photos…

Alors, je sais, vous allez me dire que pour évoquer un compositeur de génie, il faudrait quand même un peu de son… Il y en a avec une possibilité d’écouter la playlist « Les amants d’Hérouville » sur Spotify, Apple music ou Deezer… Les auteurs et l’éditeur ont pensé à tout, il ne vous reste plus qu’à vous laisser porter !

Pour ceux qui ne connaissent pas (encore) Michel Magne, précisons qu’il fut un compositeur avant-gardiste à sa façon mais surtout le créateur de la musique de très nombreux films de son époque comme Compartiment tueurs, Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, Un singe en hiver, Le repos du guerrier, Fantômas se déchaîne, La route de Salina, Merveilleuse Angélique…

Quant aux groupes et musiciens qui sont venus travailler au château d’Hérouville, leurs noms racontent une grande histoire de la musique des années soixante-dix : Pink Floyd, Elton John, Iggy Pop, Bill Wyman, Gene Kelly, David Bowie, Bee Gees…

Mais cette histoire est aussi le récit de la démesure, de la déchéance, de la violence et de la souffrance, du travail forcé pour survivre… C’est aussi la rencontre avec une femme libre, moderne, douce et aimante qui n’arrivera pas à sauver Michel quand il tombera dans le gouffre…

Je ne peux pas tout évoquer, du dessin parfait de Romain Ronzeau jusqu’aux pages de la fin qui permettent à quelques personnalités de rendre hommage à Michel Magne, il faut sans aucun doute lire ce livre et on comprendra tout sur cette époque grandiose et aussi dramatique qui a bouleversé au moins une génération… la mienne !

Durant le festival Quai des bulles de Saint-Malo, je vais avoir le plaisir d’évoquer cet ouvrage et cette période avec le dessinateur Roman Ronzeau et je m’en réjouis d’avance !

Direction Quai des bulles en compagnie de Jérôme Lereculey…

Toujours dans la préparation du festival Quai des bulles de Saint-Malo (après y en aura-t-il encore qui diront que les journalistes ne travaillent pas ?), je voudrais, aujourd’hui, vous parler du dessinateur Jérôme Lereculey…

C’est au tout début des années 2000 que j’ai découvert ce dessinateur avec la série Arthur. Le scénario de David Chauvel était de qualité mais le dessin de Jérôme Lereculey était exceptionnel, tout simplement ! J’ai eu l’occasion de l’interviewer plusieurs fois et je dois vous avouer qu’il était même un des chouchous de mes étudiants. Ils n’allaient pas jusqu’à se frapper pour avoir le plaisir et l’honneur de le rencontrer lors de nos reportages à Angoulême ou Saint-Malo, mais une partie de « Pierre, feuille, ciseau » pour désigner l’heureux lauréat… Oui !

Après, Arthur, ce fut cette série de qualité Wollodrïn dont j’ai attendu avec impatience chaque volume, chaque rencontre aussi, bien sûr, Jérôme devenant un repère dans la vie d’intervieweur…

Juste avant la période de pandémie, j’ai eu le plaisir de rencontrer Jérôme pour le premier volume de sa nouvelle série, Les 5 Terres. Certes, tout commençait fort mais je n’avais encore aucune idée de l’évolution de cet univers créé avec trois scénaristes de talent : Andoryss, David Chauvel et Patrick Wong. Maintenant, six albums sont sortis, un premier cycle achevé et il est temps de se faire une idée beaucoup plus précise… Fortissimo, génial, époustouflant… Oui, difficile de dire moins… en tous cas, à mon humble avis !

C’est tout d’abord une performance du dessinateur car le défi est simple : chaque cycle de 6 albums doit être réalisé en 2 ans. Six albums en deux ans, avec une telle qualité et une telle précision dans le trait… Certes, Jérôme est aidé mais quand même, il fallait oser !

Pour l’histoire, pour ceux qui ne connaissent pas encore, je vais essayer de vous donner quelques indications générales, sans casser le suspense, sans me fixer trop sur des détails qui ne durent jamais trop longtemps bousculés rapidement par des retournements de situations incroyables…

Certains comparent cette série à ces grandes sagas historiques, familiales, moyenâgeuses… Un peu comme Trône de fer, Les rois maudits… Et il y a bien quelque chose de cela mais avec une touche de Shakespeare pour le drame, le langage accompagnant ce drame, le caractère de certains personnages… Je ne vais certainement pas essayer de vous citer les personnages importants car ils sont trop nombreux et comme dans le feuilleton du XIX° siècle vous avez le droit d’en oublier, de revenir en arrière pour retrouver un détail qui vous a échappé ou même de ne pas être touché par un tel ou tel autre… Quand au tome 6, les auteurs souhaitent nous offrir une sorte de trombinoscope des personnages, ils sont quand même obligés d’en présenter 31 ! Ce qui n’est pas rien !

Heureusement, certains meurent assez vite !

Pour être complet, ou presque, il faut préciser que cette série est anthropomorphique et que nous voyons, à la cour royale, des lions, des tigres, des animaux d’espèces différentes… Et vous allez certainement être séduit par la qualité graphique de tous ces personnages…

Le cycle commence presque par « Le roi est mort, vive le roi ! » et il se termine par « Le roi est mort, vive la reine ! » et vous verrez qu’entre les deux, la vie à Angleon, la terre des félins, n’est pas un long fleuve tranquille…

Voici donc pourquoi je me réjouis de rencontrer à Saint-Malo ce dessinateur Jérôme Lereculey. Il faut dire qu’il est presque un local de l’étape car il réside en Bretagne du Nord… Bon, ben, on va encore manger des huitres !

Direction Quai des bulles en compagnie de Fabien Toulmé…

Comme je vais réaliser à Saint-Malo, durant le festival Quai des bulles, une trentaine d’interviews d’auteurs de bandes dessinées, il ne sera pas surprenant que je continue à vous présenter encore durant quelques jours ces auteurs et autrices…

Aujourd’hui, voici le tour venu de parler de Fabien Toulmé… Alors, même sans remonter à sa première bédé, il est incontournable de commencer par évoquer « L’odyssée d’Hakim » tant elle reste d’actualité…

Tout commença le jour où Fabien s’est retrouvé devant une énigme et sa fille qui lui demandait des explications : Dis Papa, pourquoi il y a des gens qui meurent dans la mer Méditerranée ? Auriez-vous su répondre chers amis ? Pas sûr, en tous cas nous aurions tous eu des doutes, des interrogations sans réponses, des blancs… Fabien était comme nous et il a décidé d’en savoir plus et d’en faire une bande dessinée avec enquête, c’est-à-dire surtout en rencontrant un de ces migrants…

Bon, c’est sûr, cette bande dessinée est militante d’une certaine façon, pédagogique et pas exhaustive. En effet, Fabien Toulmé a bien rencontré Hakim, un Syrien, il a pris le temps de l’interviewer et il raconte son « grand voyage » de la Syrie à la France. Mais ce n’est qu’un témoignage, cela n’a pas vocation à donner toutes les clefs de ces migrations de notre temps…

Un témoignage fort, profond, raconté avec empathie et bienveillance, décrit avec précisions et détails, et, à ce titre, ce livre est indispensable pour comprendre un peu mieux qui sont ces femmes et ces hommes qui arrivent chez nous ! J’oubliais les enfants aussi et, pourtant, ils sont bien présent dans cet ouvrage qui est composé de trois volumes…

Mais Fabien continue son travail d’auteur de bédés et récemment, il s’est intéressé à l’histoire d’une certaine Suzette… Nous sommes là dans une fiction (inspirée ou pas par ses proches, je ne peux le dire) et cela change bien sûr de la série L’odyssée d’Hakim basée sur une très longue série d’interviews d’un véritable migrant venant de Syrie… Là, on découvre Suzette, octogénaire qui vient de perdre son mari, et Noémie, sa petite fille, pleine d’amour pour sa grand-mère…

Or, une petite-fille aimante ne cherche que le bien de sa grand-mère. Elle se met donc en tête de ramener Suzette en Italie pour retrouver le jeune homme qu’elle avait aimé quand elle était jeune fille au pair… La grand-mère, au départ pas très chaude pour une telle expérience, finit par accepter au moins pour passer quelques jours de vacances, pour oublier les mauvais jours, pour profiter d’un peu de bon temps avec Noémie…

Noémie, fleuriste, obtient de son patron quelques jours de vacances et peut utiliser le véhicule de l’entreprise… Bon, je ne vous ai pas beaucoup donné de détails sur la vie mouvementée de Noémie qui vit quelques tensions dans son couple… Mais il faut bien que vous ayez quelques surprises quand même, si non à quoi bon lire ?

Donc je ne vous dirai rien de plus sur ce voyage en Italie, sur les aventures de Suzette ni l’évolution des amours de Noémie… Mais Fabien Toulmé en plus de 300 planches nous balade, nous émerveille, nous apprivoise pour nous offrir une issue dont je ne vous dirai rien !

Voici donc pourquoi j’ai hâte de reparler avec Fabien Toulmé que je n’ai pas rencontré depuis… Oui, c’était avant la crise sanitaire… Vivement Saint-Malo !