Noces de Albert Camus

Noces de Albert Camus

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Jules, le 15 avril 2001 (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 73 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 6 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (1 240ème position).
Visites : 5 342  (depuis Novembre 2007)

À la gloire du monde, de la vie et de la pensée

Camus, c’est le penseur de « l’ Etranger », « la Peste », « le Mythe de Sisyphe » et « l’ Homme révolté », mais c'est aussi un formidable amoureux de la vie !
Cette facette de sa personnalité est plus méconnue du grand public. Pour beaucoup, Camus est d'abord une sorte de mythe, confiné au rôle d’un des grands penseurs du vingtième siècle, comme Sartre ou Malraux.
Dans ce volume, nous avons deux textes importants pour éclairer un peu plus sa personnalité. Chacun est divisé en plusieurs parties.
Dans « Noces », Camus nous parle de l’amour sans bornes qu'il porte à l’Algérie, à ses lumières, à sa terre, à ses pierres, à la mer, mais aussi à ses hommes. Et il les connaît bien ! Avec leurs qualités et leurs défauts. Les unes comme les autres découlent, pour lui, de leur environnement. Cette terre où tout est brutal ne peut pas donner des hommes aux goûts et aux comportements mesurés.
Il faut jouir de ce pays et vite, car il est fait pour les jeunes. La vie y est déjà finie à trente ans. Jouir de la vie, c'est jouir de ce qu’elle offre, sans compter, tant qu’il en est temps. Elle offre la nature immortelle aussi dure que douce, comme peut l’être le soleil au fur et à mesure de sa courbe. La mer et la lumière sont les cadeaux fait à tous, pauvres ou riches et l’ensemble fait que ceux qui sont capables d'en jouir peuvent dire : « …nous étalons tous l’heureuse lassitude d'un jour de noces avec le monde. »
Mais Camus, s’il peut jouir de ce que la vie lui offre, du seul présent, puisque seul lui existe, ne peut pas ne pas penser non plus. Et ce texte fourmille de pensées sur la vie, la mort, l’espoir, le renoncement, l’absurde, la condition et la grandeur de l’homme.
Dans les différents essais repris sous le titre global de « L’Eté », nous retrouvons l'Algérie, mais dans des textes plus tardifs, ainsi que des impressions et pensés recueillies par Camus lors d’un voyage en Italie et à Florence en particulier.
L’auteur du « Mythe de Sisyphe » se bat aussi pour l'avenir de l'homme, de la pensée. Il dit qu’il nous appartient de lutter pour ne pas être dominés par le glaive et le vingtième siècle nous demande d’énormes efforts en ce sens, sous peine d'être terrassés. La notion d'équité, si chère aux Grecs anciens, qui définissait un équilibre et des limites, est des plus menacée. « Notre Europe, au contraire, lancée à la conquête de la totalité est fille de la démesure. elle n'exalte qu'une seule chose qui est l'empire futur de la raison. Elle recule dans sa folie les limites éternelles et, à l'instant, d’obscures Erinnyes s’abattent sur elle et la déchirent… Nous tournons le dos à la nature, nous avons honte de la beauté. Nos misérables tragédies traînent une odeur de bureau et le sang dont elles ruissellent a
couleur d'encre grasse."
L’homme trahit Prométhée en se soumettant à l’histoire, en en devenant l'esclave. Mais :
" Oui, il suffit d'un soir de Provence, d’une colline parfaite, d’une odeur de sel, pour apercevoir que tout est encore à faire. "
Nous devons incarner les mythes, leur rendre vie, et tout peut redevenir possible !

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Critique de Banco (Cergy, Inscrit le 6 août 2004, 35 ans) - 10 août 2004

Les deux recueils d'essais du maître algérois offrent une multitude d'invitations au voyage dans son Algérie natale ou dans le monde de la pensée sa patrie d'élection.

Quoi qu'en disent les bibliographies, Noces ou l'été ne peut être considéré comme un essai. Aucun des deux ouvrages n'offre une thèse forte ou une argumentation rigoureuse. Bien au contraire, les deux ouvrages sont des recueils de tentatives littéraires de Camus. Pas des brouillons ou des ouvrages inachevés. Simplement des textes courts qui trouvent en eux leur propre cohérence nous emmène généralement en Algérie, pays de sable et de poussière où les villes ont encore l'audace de tourner le dos à la mer qui les borde et de leur préférer les pierres du désert.

Dans ces deux recueils, Camus se livre à des évocations lyriques de son pays natal auxquels ils opposent la froideur de la vie européenne, contrainte par le Passé et l'Histoire. Toutefois, il lui arrive de tomber dans l'essai promotionnel, certains se veulent plaidoyer, tract publicitaire, brochure touristique et Camus, malgré son talent d'écriture, se laisse aller à avancer l'argument puéril que seules les grandes âmes et les beaux tempéraments peuvent jouir du voyage en Algérie.

Les meilleurs essais dans l'été forment tout au plus des balades agréables et critiques dans les grandes villes algériennes, Alger et Oran surtout dont il décrit l'aspect poussiéreux, le dédale de ruelles qui détourne la ville de la mer et le travail sysiphéen des hommes qui déplacent les cailloux des jetées dans la mer.

Mais jamais dans ces deux recueils qui se répondent parfaitement et se font parfois écho quand on s'approche de Tipasa, jamais Camus ne parvient à transcrire ces noce avec le paysage algérien, avec la vie algérienne qu'ils annoncent dans le titre du premier recueil. Pour le lecteur même plein de bonne volonté, ces essais restent les descriptions des paysages et des villes algériennes dans l'été qui les révèlent.

Une erreur et une précision

9 étoiles

Critique de Jules (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 73 ans) - 28 décembre 2001

Tout d'abord parlons de l'erreur. Je crois avoir eu tort en te proposant de répondre par la messagerie. En effet, ce site est après tout fait pour le genre de discussion que tu proposais. Ceux que cela n'intéresseraient pas sauteront tout simplement nos interventions, mais il est aussi possible, sans être prétentieux, qu'elles intéressent certains.
Quant à la réponse que tu m'as donnée (le mythe de Prométhée oui, pas les mythes religieux), elle me semble parfaitement juste. Je crois simplement ceci: "Noces" est un écrit qui, je crois, est antérieur au "Prométhée" qui est un texte de 1950. Il me semble que dans ce dernier texte, celui auquel je fais allusion dans ma critique, Camus a davantage explicité sa notion du mythe, parce que, personnellement, j'interprète ta phrase comme tu le fais, à savoir: tous les mythes et surtout les religieux évidemment.
En parlant du mythe de Prométhée, il évoque un mythe qui lui semble bon parce qu'il pousse l'homme vers l'avant. Spartacus, cité par lui dans "L'homme révolté" est aussi devenu un mythe et est un exemple au même titre que
Prométhée. Comme ce dernier, Spartacus, en se révoltant, crie à la face du monde qu'il ne peut pas accepter le sort qui lui est fait. Parce qu'il est un homme, il se doit de se révolter et, ce faisant, il grandit tous les hommes. Il clame à tous ce que sont leurs droits d'êtres humains, tout simplement parce qu'ils sont humains. Ce qui n'est pas acceptable pour lui ne l'est pas plus pour n'importe quel homme ! Or Camus, dans sa notion de révolte a évolué avec le temps. Dans un premier temps il a surtout défendu la révolte individuelle, comme celle de Meursault face à la société et aux juges. Par la suite, il a poussé sa recherche dans le sens de la révolte collective.
J'en déduis que tu n'avais pas tort pour cette phrase là. Camus me semble tout simplement avoir précisé davantage sa pensée et, aussi, avoir affiné sa notion du mythe.

A propos du mythe

9 étoiles

Critique de Jules (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 73 ans) - 28 décembre 2001

"Noces" et "L'Eté" sont deux textes qui, chez moi, sont soulignés à tours de bras. C'est le cas aussi pour ta phrase sur Florence. Elle est superbe! Mais je suis bien obligé de tenir compte de l'efficacité que devrait avoir une critique. Elle doit donc ne pas dépasser une certaine longueur et faire des choix est donc obligatoire. Tu me cites cette phrase, je pourrais en trouver une autre... et toi aussi. Ne recopions pas le livre ! On m'a assez reproché d'être trop long, et avec raison. Il est vrai que Camus écrit "Bien pauvre ceux qui ont besoin de mythes" dans "Noces à Tipasa". Mais dans "Prométhée aux enfers" (une partie de "L'Eté") il ecrit: "Les mythes n'ont pas de vie par eux-mêmes. Ils attendent que nous les incarnions. Qu'un seul homme au monde réponde à leur appel, et ils nous offrent leur sève intacte. Nous avons à préserver celui-ci et faire que son sommeil ne soit point mortel pour que la résurrection devienne possible." J'ai toujours compris ce texte de la façon suivante: il concerne Prométhée, or Prométhée est le dieu chargé de l'homme. Il se révolte contre Zeus qu'il considère comme un tyran (voir Ismaïl Kadaré "Mauvaise saison sur l'Olympe"). Pour Camus:"Au plus noir de notre nihilisme, j'ai cherché seulement des raisons de dépasser ce nihilisme".Comment le dépasser ? Par la révolte. Là me semble bien être le message de Camus. Or, quand il écrit: "Ils (les mythes) attendent que nous les incarnions" il parle de celui de Prométhée, pas d'un autre, et Prométhée c'est la révolte. Voilà pourquoi il parle de la nécessité d'incarner le mythe. Ce n'est bien sûr que mon interprétation... Un débat qui n'intéresse peut-être que nous (en tout cas, moi oui!)aussi je m'arrête ici. Si tu souhaitais le prolonger, passons peut-être sur la messagerie ?

"Bien pauvres sont ceux qui ont besoin de mythes."

10 étoiles

Critique de Lucien (, Inscrit le 13 mars 2001, 61 ans) - 27 décembre 2001

Je partage entièrement l'enthousiasme de Jules pour ces deux petits chefs-d'oeuvre de Camus que sont "Noces" et "L'été". Deux livres jumelés qui présentent autrement un Camus trop souvent confondu avec la philosophie "absurde" de ses premières oeuvres, "Le malentendu", "Caligula", "Le mythe de Sisyphe" ou "L'étranger". C'est le Camus charnel, sensuel, amoureux de la terre d'Algérie, de son peuple, de son soleil, de sa mer, de ses femmes; c'est ce Camus vivant qui se dévoile ici sous les mots. Je ne comprends pas bien toutefois, la phrase finale de Jules : "Nous devons incarner les mythes, leur rendre vie, et tout peut redevenir possible !"
En effet, l'une des phrases clés de ce livre s'oppose radicalement à cette vision : "Bien pauvres sont ceux qui ont besoin de mythes" proclame Camus dès les premières pages de "Noces à Tipasa". Et, au début du "vent à Djémila" : "Il est des lieux où meurt l'esprit pour que naisse une vérité qui est sa négation même." Pour Camus, en tout cas dans cette oeuvre, il ne s'agit pas, me semble-t-il,
"d'incarner les mythes" mais de s'incarner, soi, de "vivre le plus", comme il l'écrit à la fin du "Mythe de Sisyphe". Une dernière remarque... il est vrai que ce petit livre fourmille de pensées, que ces pensées nous interrogent, éveillent notre intelligence. Mais le plus grand plaisir que puissent nous procurer ces douze textes, d'après moi, tient davantage à la somptueuse écriture de Camus ainsi qu'à la simple et grande beauté des paysages qu'elle vise à évoquer, telle cette Florence des jardins Boboli qui s'offre à nous dans la dernière page du "désert" : "Florence! Un des seuls lieux d'Europe où j'ai compris qu'au coeur de ma révolte dormait un consentement. Dans son ciel mêlé de larmes et de soleil, j'apprenais à consentir à la terre et à brûler dans la flamme sombre de ses fêtes. J'apprenais... mais quel mot? quelle démesure? comment consacrer l'accord de l'amour et de la révolte? La terre! Dans ce grand temple déserté par les dieux, toutes mes idoles ont des pieds d'argile."

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