L'Astragale de Albertine Sarrazin

L'Astragale de Albertine Sarrazin

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Saint-Germain-des-Prés, le 18 novembre 2004 (Liernu, Inscrite le 1 avril 2001, 51 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (19 636ème position).
Discussion(s) : 1 (Voir »)
Visites : 2 917  (depuis Novembre 2007)

C'est trop injuste !

Quand on connaît un peu la biographie d’Albertine Sarrazin, ce livre (et les deux autres qui le suivront) prend une autre ampleur. Anne, l’héroïne, est Albertine. L’auteur nous épargne les longues ouvertures avec une première phrase choc : « Le ciel s’était éloigné d’au moins dix mètres ». Et oui, ici, c’est avec la chute que cela commence... Anne vient de sauter du mur d’enceinte d’une prison. Mais ce faisant, elle se casse l’astragale, petit os du pied. Elle est obligée de se traîner sur les coudes et les genoux, loin, le plus loin possible de la prison. Dans son malheur, elle a une chance : quelqu’un va la prendre en charge, un homme, lui-même recherché par la police pour vol, veillera sur elle. Julien lui trouve une planque, puis une autre. Après des semaines de souffrance, elle se rend à l’hôpital où la fracture sera réduite, mais Anne-Albertine boitera toute sa vie.

Albertine parle peu de sa détention (ce qui sera le sujet de « La Cavale »), mais plutôt de son évasion, de sa rencontre avec l’homme de sa vie, des relations avec les personnes qui la cachent. Le style est double. Par moment, le langage utilisé est brut, exprimé en patois de prison, en sabir des brigands, les choses sont exposées sans qu’on ait cherché à les rendre « jolies ». Et puis, à d’autres moments, un style imagé prend le dessus, la poésie émerge, une douceur, une mélancolie s’imposent. Le contraste est une réussite : humour, pas d’apitoiement sur son sort, une impression de volonté à tout prix, le tout se tendant vers l’espoir d’un mieux vivre.

Albertine vaut le détour. Je veux dire le personnage. Sa biographie est tragique, à tomber par terre, on se dit « non, c’est pas vrai, ça suffit ». Née de père et mère inconnus, elle est adoptée à quatre ans. Mais cela se passe mal, elle sera confiée à une institution. Elle sera violée à 10 ans. Puis, prostitution, vol, prison, évasion, vol, prison, mariage en prison, … En prison, elle écrit. Ses deux premiers livres, « L’Astragale » et « La Cavale » sont publiés au même moment et apportent le succès et la reconnaissance à Albertine. Une belle rentrée financière étant assurée, Julien et Albertine se rangent, plus besoin de voler. On serait tenté de se dire « Ouf !, Sauvés ! » Mais non, elle n’en profitera pas longtemps : deux ans après, elle mourra sur une table d’opération. Erreur médicale. Julien gagnera le procès intenté contre les médecins.

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A bout de souffle

8 étoiles

Critique de Fanou03 (*, Inscrit le 13 mars 2011, 44 ans) - 22 décembre 2017

Quelle force, quelle énergie à la fois nonchalante et désespérée il émane de ce récit ! La prose d’Albertine Sarrazin y est pour quelque chose : je découvre là une sacrée auteure, qui mêle, dans un équilibre stupéfiant, un style populaire fait de spontanéité et du jargon des prisons à une écriture littéraire, poétique par laquelle elle dissèque ces semblables et ses sentiments, montrant là une sensibilité à fleur de peau. Albertine Sarrazin parvient, à travers ce roman, vif, nerveux, riche en dialogue, à nous faire sentir l’insouciance des vingt ans d’Anne, sa force et sa fragilité, ses révoltes aussi.

L'astragale est peut-être avant tout un roman d’amour qui décrit cette passion dévorante que la narratrice partage avec son sauveur, Julien. Passion tumultueuse s’il en est, Julien étant lui aussi mêlé à des affaires louches, Julien dont on sent parfois les sentiments ambigus, dont on devine les amours cachées, dont les longues absences, parfois inexpliquées, énervent Anne, l’inquiète et la laissent seule avec ses gardiennes.

Car la chair de ce livre est fait de ce paradoxe, de cette douleur à la fois physique et morale : c’est au moment où Anne s’échappe de l’univers carcéral que, par la malédiction de son pied cassé, elle se retrouve immobile, planquée, au bon vouloir de ses hôtes parfois bougons qui hébergent la jeune fille sur la demande de Julien (et contre espèce sonnante et trébuchante). Cet astragale brisé et qui tarde tant à se solidifier est presque la métaphore d’une jeunesse elle-même brisée, qui n’arrive pas à s’extraire de son destin (les affaires louches, la prostitution, le monde des magouilles), sans passé (Anne ne l’évoque jamais) et qui rêve d’un futur incertain.

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  Pour SGDP: Albertine Sarrazin 4 Sahkti 4 janvier 2005 @ 22:30

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