L'âge productiviste de Serge Audier

L'âge productiviste de Serge Audier

Catégorie(s) : Sciences humaines et exactes => Philosophie , Sciences humaines et exactes => Histoire , Sciences humaines et exactes => Economie, politique, sociologie et actualités

Critiqué par Colen8, le 30 novembre 2019 (Inscrite le 9 décembre 2014, 78 ans)
La note : 9 étoiles
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L’écologie, éternelle sacrifiée sur l’autel de la croissance

De droite comme de gauche, considéré durant tout le XIXe siècle comme le passage obligé avant l’avènement d’un socialisme international, le productivisme autrement dit la production illimitée des biens s’est imposée à plusieurs titres. Il s’est conformé à l’injonction de la Bible « croissez et multipliez », à l’affirmation de Descartes voyant le progrès nous rendre « comme maîtres et possesseurs de la nature », il est devenu la priorité des esprits rationnels hérités des Lumières, aveuglés par les immenses capacités de la technique dans l’industrie et dans l’agriculture. Ayant fait leur credo de celles-ci à vaincre la pauvreté au profit d’un art de vivre accessible à tous, gouvernants et entrepreneurs se sont rués vers la course à la puissance industrielle, d’essence nationaliste avant tout.
C’était vrai des mouvements progressistes depuis les saint-simoniens et leurs utopies jusqu’aux prises de pouvoir par les communistes en Russie puis en Chine. Ce l’était aussi de l’Amérique championne du libéralisme absolu, de ses modèles associés d’organisation tayloriste et de production de masse fordiste dont la réussite a ébloui les penseurs et gouvernements européens dans leur ensemble. Ça l’est resté après la disparition du régime soviétique qui a rouvert un boulevard au néolibéralisme, renvoyé aux oubliettes les avancées sociales consécutives à la démarche keynésienne et aux politiques de redistribution de la richesse caractéristiques des Trente Glorieuses.
Ainsi s’est poursuivie une course à la puissance, une exploitation tous azimuts des ressources de la planète à un prix, temporaire dans leur esprit mais nécessaire et sans plus d’état d’âme, qui justifiait bien des dérives contraires à l’humanisme. Le capitalisme triomphant fermait les yeux sur la souffrance sociale des ouvriers, le colonialisme imposé par la violence sans respect pour les droits des autochtones allait de soi, la révolution russe se devait de suivre les chemins de l’Occident en commençant par se doter d’une vitrine comparable. Les désastres sur l’environnement observés dès la révolution industrielle, lourdement aggravés par la Grande Guerre, accélérés depuis lors ont été délibérément ignorés.
Rares et peu audibles étaient ceux qui n’ont cessé même en défendant un productivisme raisonné de proposer une troisième voie. Ils se sont efforcés de professer une pensée pour la préservation de la nature et celle du bien-être animal, lesquelles ne deviendront le credo de l’écologie que beaucoup plus tard. Très tôt leurs voix et quelques autres ont dénoncé les conséquences négatives des atteintes à l'environnement mais pas seulement. Ils n’ont pas manqué de déplorer les paysages détruits, les espèces animales en danger dont certaines déjà disparues, les sols épuisés requérant des quantités croissantes de produits chimiques, la déforestation à grande échelle nuisible à la qualité de l’air et au climat, la karstification des roches calcaires due aux rejets acides de gaz carbonique, tous ces effets menaçant jusqu’à la vie elle-même.
Il y a là 10 ans et plus de recherche universitaire dans cette reconstitution quasi exhaustive de Serge Audier(1). Une longue introduction en livre les principales conclusions pour celles et ceux que rebuterait ce lourd pavé néanmoins fort éclairant. Avec une maîtrise consommée des thèmes abordés, un langage fluide proche de l’expression orale, il disserte sur les innombrables courants de pensée, les écrits et autres contributions publiées. Il s’efforce de disséquer cette histoire complexe des occasions manquées pour tenter de comprendre ce qui dans les théories politiques et économiques n’ont cessé d’étouffer jusqu’à présent une prise de conscience écologique responsable, en dépit d’une communauté de destin des êtres vivants sur terre.
(1) On en mesure l’ampleur ne serait-ce que par les quelque 500 noms de l’index et 125 pages de notes : philosophes, sociologues, économistes, scientifiques, politiques, ONG etc. sont abondamment cités à propos de leurs œuvres et propositions respectives.

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