Nanterre, du bidonville à la cité de Victor Collet

Nanterre, du bidonville à la cité de Victor Collet

Catégorie(s) : Sciences humaines et exactes => Economie, politique, sociologie et actualités , Sciences humaines et exactes => Histoire

Critiqué par Colen8, le 10 novembre 2019 (Inscrite le 9 décembre 2014, 78 ans)
La note : 8 étoiles
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Symbole et mémoire de l’immigration depuis l’après-guerre

La face sombre des Trente Glorieuses et des décennies suivantes se révèle dans cette thèse de doctorat en sciences politique publiée par un militant lui-même familier de l’environnement qu’il décrit. Dès la fin de la guerre l’arrivée en nombre de français musulmans d’Algérie pour la reconstruction a dépassé les capacités d’hébergement en métropole. Ces premiers arrivants devenus étrangers dès l’indépendance ont été rejoints par des marocains, des tunisiens, des portugais principalement. Nanterre, à l’origine petite commune mi-bourgeoise, mi-agricole puis industrielle s’est trouvée coincée dans son plan d’urbanisme : entre les boucles de la Seine, d’anciens terrains militaires repris pour le site de l’université au nord, les grands axes de circulation en projet, la préemption par l’EPAD(1) de ce qui allait devenir plus tard le quartier d’affaires de la Défense au sud. Des bidonvilles provisoires en théorie s’y sont installés sur des friches et des terrains vagues dont la municipalité communiste s’est défaussée au plus vite sur l’Etat, considérant que le relogement de ces milliers de familles n’entrait pas dans ses attributions.
Les premiers soutiens informels aux habitants des bidonvilles, ceux du Petit-Nanterre, de la Folie, des Pâquerettes ont été le fait de chrétiens, cathos de gauche et protestants, parfois aussi de quelques incursions des aristos de Neuilly la riche commune voisine. La politisation est apparue plus tard avec les groupes gauchistes(2), ceux qui avaient été favorables à l’indépendance algérienne, avec les étudiants de l’université en chantier, leur Mouvement du 22 mars suivi de Mai 1968, avec les maoïstes et l’extrême gauche dans les années 1970. Progressivement la destruction des bidonvilles a dispersé leurs habitants dans des cités de transit construites pour du provisoire et vites dégradées à leur tour(3). L’histoire ne s’arrête pas quand les familles ayant eu accès aux HLM sont restées à Nanterre. Une partie de la seconde génération mal intégrée, se sentant discriminée et sans avenir s’est laissé embarquer dans la délinquance, la drogue, l’engrenage des répressions policières violentes, les expulsions musclées. Les autres pour partie se sont émancipés par la culture, la littérature, le cinéma et enfin par la politique.
Des figures marquantes, des photos anciennes des lieux et de leurs habitants viennent illustrer cette histoire chaotique qui se poursuit : en 2014 un campement de tziganes roumains et bulgares installé entre les échangeurs des voies rapides a été démantelé.
(1) Etablissement Public d’Aménagement de la Défense
(2) considérés a posteriori comme paternalistes
(3) Cité Gutenberg, jugée par certains pire que le bidonville.

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