Théorie et pratique du haïku raté de Hozan Kebo, Roger Lahu

Théorie et pratique du haïku raté de Hozan Kebo, Roger Lahu

Catégorie(s) : Littérature => Francophone , Théâtre et Poésie => Poésie

Critiqué par Débézed, le 14 mai 2018 (Besançon, Inscrit le 10 février 2008, 71 ans)
La note : 7 étoiles
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Le Barbu et le Bridé font des haïkus

Beaucoup y pensaient, certains même l’attendaient avec impatience, la collection poésie de Cactus inébranlable éditions est enfin née. Elle a vu le jour, en ce printemps 2018, sous les auspices d’Éric Dejaeger, auteur attitré de la maison, à qui le maître a confié « l’irresponsabilité » de sa collection poPoésie. Le prolifique auteur carolorégien saura, n’en doutons pas, la faire prospérer et rallier à l’ombre de son panache blanc d’ambassadeur littéraire du Pays noir, les meilleurs plumes de la francophonie et peut-être même d’ailleurs.

Pour inaugurer cette collection qui s’annonce prestigieuse, « l’irresponsable » de service a fait appel à un duo haut en couleur : un vieux barbu bourguignon, ancien professeur de français, et un grutier japonais retraité. Le duo ne manque pas d’allure surtout si on donne foi à ce qu’ils disent l’un de l’autre : « J’adore ce vieux bridé surtout quand il se barre de chez moi… », « J’adore ce vieux barbu surtout à cause de ces bibs de dix litres de Mâcon rouge des vignerons des terres secrètes ! ». Ce duo insolite a fait le pari de pondre cent haïkus ratés pour inaugurer cette collection. Le choix du ratage est fort compréhensible si on suit le raisonnement de « l’irresponsable » de la collection : « Les Tokyoïtes n’écrivent pas des sonnets ni des ballades, cela ne fait pas partie de leur culture. Alors cessons de vouloir imiter la leur ». Voilà comment les deux compères, se sont alliés avec malice pour singer ces pseudos poètes qui croient écrire des haïkus alors qu’ils n’ont rien compris à cet art.

Dans le vignoble mâconnais, à peux bas de la tombe de Lamartine, « ce vieux phonse », ils ont bien compris que l’imitation n’a aucune valeur, alors ils ratent sciemment, mais pas forcément innocemment, leurs haïkus pour démontrer que tous ceux qui ne sont pas tombés dans le chaudron quand ils étaient petits et qui se livrent tout de même à cet exercice, ne sont que des écrivaillons qu’ils singent avec malice et croquent même parfois avec une certaine de férocité. L’un écrit la première partie du haïku, le Barbu ? l’autre la seconde, le Bridé ?, pas certain qu’il y ait une règle, tout se joue peut-être à l’improvisation… ? Cet exercice de sabotage volontaire n’est pas qu’une façon de dénoncer la contrefaçon et de stigmatiser les faussaires, c’est aussi une façon de tutoyer les surréalistes et les pataphysiciens en proposant des pensées profondes mais plutôt inattendues :

« on y fait aller »
« faut faire avec »
« faut c’qui faut »

(j’aime les citations philosophiques)

Les deux auteurs se fendent même de quelques conseils pour bien rater ses haïkus, exemple :

« Pour bien rater ton haïku
Il faut une punchline vraiment merdique
Genre : « il pleut sur la vile »

(« il pleut comme vache qui pisse »
c’est déjà mieux)

(mais y en a quand même marre
de toutes ces journées d’averses) »

C’est bien plat, même les chats de Minabi Shimbô font mieux.

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