Les fantômes du vieux pays de Nathan Hill

Les fantômes du vieux pays de Nathan Hill
(The Nix)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par ARL, le 24 janvier 2018 (Montréal, Inscrit le 6 septembre 2014, 34 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 6 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (1 529ème position).
Visites : 2 707 

Un premier roman fracassant

Il semble qu'à chaque rentrée littéraire, un jeune prodige américain se démarque par un premier roman magistral qui se trouve propulsé au sommet des ventes. Dans certains cas, les éloges sont réellement méritées. Dans d'autres, on suspecte un coup de marketing. Paru en août 2016 dans sa version originale, "The Nix" de Nathan Hill entre dans la première catégorie; un roman si bien écrit, si ambitieux et si réussi qu'on peut difficilement remettre ses mérites en question. L'intrigue est passionnante, les personnages irrésistibles. L'auteur a travaillé plus de dix ans sur ce premier roman, créant une oeuvre si aboutie qu'on se demande comment il pourra un jour l'égaler.

Il est clair que Nathan Hill y a mis toute la gomme; toutes les réflexions, les scènes, les idées qu'il avait emmagasiné depuis plus d'une décennie. Toute la recherche aussi. C'est peut-être le seul défaut des "Fantômes du vieux pays". Beaucoup, beaucoup de mots. Des analyses, des critiques, des personnages trop approfondis pour l'importance qu'ils occupent dans l'histoire. Des allées et venues dans le temps, des revirements, des surprises de dernier instant. Mais le talent de Hill est si éclatant qu'il arrive à soutenir l'intérêt du lecteur là où un autre le perdrait complètement. On peut même lui pardonner un coup de théâtre un peu dur à avaler vers la fin du récit tant le reste de l'oeuvre est épatant. Un grand roman américain.

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Les éditions

  • Les fantômes du vieux pays [Texte imprimé], roman Nathan Hill traduit de l'anglais (États-Unis) par Mathilde Bach
    de Hill, Nathan Bach, Mathilde (Traducteur)
    Gallimard / Du monde entier (Paris)
    ISBN : 9782070196494 ; EUR 25,00 ; 17/08/2017 ; 720 p. ; Broché
  • Les fantômes du vieux pays [Texte imprimé] Nathan Hill traduit de l'américain par Mathilde Bach
    de Hill, Nathan Bach, Mathilde (Traducteur)
    Gallimard / Collection Folio
    ISBN : 9782072798009 ; EUR 10,80 ; 23/08/2018 ; 960 p. ; Poche
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Quand les « Nisse » s’invitent dans le Nouveau Monde …

9 étoiles

Critique de Tistou (, Inscrit le 10 mai 2004, 63 ans) - 21 mars 2020

Les « Nisse » (ou « Nix » tel le titre original du roman), ces créatures mi-troll mi-lutin, scandinaves, qui hantent potentiellement habitat et personnes. Eh bien oui, Franck, le père de Faye et grand-père de Samuel , le « héros » du roman, en a emmené avec lui quand il a émigré pendant la seconde guerre mondiale de Hammerfest, en Norvège, aux USA. C’est en tout cas ce qu’il a expliqué à Faye, sa fille, et à Samuel, son petit-fils. Il suffit de les avoir dérangés, perturbés, une fois et les voilà, ces Nisse qui vous hantent pour la vie … Le vieux pays, il est là-bas, en Europe, en Norvège …
Mais Les fantômes du vieux pays débordent (très) largement cette problématique. D’ailleurs ça déborde tellement qu’il est question de … de quoi au fait ? Eh bien ni plus moins que de l’évolution et des démons des USA de 1968 à nos jours (puisque Nathan Hill situe l’action contemporaine autour de Samuel en 2011).
Ce premier roman, foisonnant, est tout simplement remarquable. 703 pages et vous ne vous y ennuyez pas une seconde. Et pour autant vous ne le lisez pas en deux temps trois mouvements, je vous le garantis. C’est tellement dense, il y a tellement d’infos à digérer, à replacer dans leur contexte – Nathan Hill évolue beaucoup par alternance de l’époque actuelle et de flash-backs de 1968 – que vous êtes contraints de prendre votre temps.
Un peu une boule à facettes, qui ne renvoie jamais la même source de lumière et surtout pas dans la même direction. Tant de thèmes passent sous la plume que c’en est confondant. Et il parvient néanmoins à pratiquer un humour sous-jacent, vous savez cet humour dont on dit qu’il est la politesse du désespoir …
Citons en vrac la condition féminine dans le Sud des USA dans les années soixante, la guerre du Vietnam, les luttes pour le féminisme, le dilemme de l’écriture, la pratique des jeux vidéo, l’arrogance d’une certaine jeunesse actuelle friquée, … Nathan Hill nous prend tout ça, nous le secoue (pas n’importe comment), et ça ressort agencé en un roman de 703 pages dans lequel en même temps qu’on va accompagner Samuel dans sa quête de l’histoire de Faye, sa mère qui l’a abandonné à onze ans, on va s’intéresser à toutes les problématiques susdites.
Remarquable !

Impressionnant

8 étoiles

Critique de Marvic (Normandie, Inscrite le 23 novembre 2008, 61 ans) - 26 février 2020

C’est l’histoire de Samuel, professeur de littérature, qui en attendant de devenir un écrivain célèbre, passe des heures passionnantes sur jeu vidéo en réseau le Monde d’Elfscape...
C’est l’histoire d’un petit garçon de 10 ans que sa maman a abandonné un jour, sans jamais donner de nouvelles...
C’est l’histoire d’une jeune fille, solitaire, dans une petite ville au bord du Mississippi qui refuse le destin tracé qui l’attend…
Les hasards de la vie vont remettre face à face 22 ans plus tard, la mère et le fils. Le destin de la mère dépendant maintenant des décisions du fils.
"Cette question est la seule qui compte. C’est la seule raison de ta venue. Maintenant tu vas arrêter de mentir et me la poser.
D’accord. OK. Pourquoi m’as-tu abandonné ?"

Mais c’est aussi, au travers de ces deux personnages, l’histoire des états-unis de 1968 à 2011 ; l’Amérique réactionnaire et puritaine des petites villes américaines, la naissance du mouvement hippie et l’incroyable violence de la répression.
C’est aussi le récit de manipulations, humaines, politiques, médiatiques, d’ambitions personnelles, dont dépendent les destins de milliers de personnes.
"L’idée fait froid dans le dos, quand on y pense, que les politiciens aient appris à manipuler ce medium mieux que les professionnels de ce medium eux-mêmes. La première fois que le vieux Cronkite s’en est rendu compte, il s’est surpris à imaginer le genre de personnes qui deviendraient des politiciens dans le futur. Et il en a frissonné d’effroi."

Sans oublier, bien sûr, de belles (ou moins belles) histoires d’amour.

Un livre impressionnant, tant par sa construction que par le nombre de sujets abordés de façon limpide et instructive.
Mais…. des énumérations, des listes, des pages de descriptions (comme celles concernant le jeu vidéo) m’ont fait paraître interminable la première partie de ce roman de plus de 700 pages.
Et c’est mon principal reproche car j’ai beaucoup d’admiration pour le travail de l’auteur, pour la construction intelligente de l’histoire qui ne perd jamais son lecteur même dans les changements réguliers d’époques.

Psychogénéalogie et déliquescence de l’Amérique

7 étoiles

Critique de Fanou03 (*, Inscrit le 13 mars 2011, 44 ans) - 19 février 2020

Les fantômes du passé hantent bien souvent nos vies et nous empêchent de les rendre épanouies : c’est peut-être ce qu’il faut retenir de ce roman virtuose qui explore aussi bien la psychogénéalogie, la déliquescence de l’Amérique que le pouvoir des écrans prompts à déformer la réalité. Nathan Hill construit l’équilibre de son récit sur plusieurs éléments.

Le premier de ces aspects est le volet documentaire indéniable du roman (comme le prouve d’ailleurs la très riche bibliographe en fin d’ouvrage). Cela permet à l’auteur de développer des chapitres très vivants sur les années 1950-1960, abordées dans les différents retours en arrière ou, dans un autre registre, toutes les parties consacrées à l’univers du jeu vidéo. Les passages qui mettent en scène le personnage de Pwnage, qui incarne un joueur addictif à Elfscape, un jeu en ligne qui n’est pas sans rappeler quelque World of Warcraft, m'ont énormément plu. Le chapitre de la huitième partie, celui où Pwnage se résout à abandonner le jeu de façon épique, mélange ainsi l’érudition de Nathan Hill sur le sujet à un fond et une forme d’une grande puissance.

L’autre aspect qui fait la richesse du livre est l’alternance de passages mélancoliques, tristes, durs, voire glauques (la description des abus subis par le jeune Bishop m’a mis particulièrement mal à l’aise) avec des moments très drôles. Je pense par exemple au chapitre où l’ambitieuse et nullissime étudiante de Samuel essaie de le convaincre qu’elle n’a pas triché à son devoir de littérature : franchement j’ai beaucoup ri !

Et puis enfin donc il y a la réflexion sur ces fameux fantômes qui nous habitent de génération en génération, sur les non-dits familiaux, sur les incomplétudes de nos vies, sur le quotidien qui les ronge Cela fait la colonne vertébrale de ce roman, un roman très prenant, dont le rythme est varié et où Nathan Hill fit montre d’une grande maîtrise scénaristique et d’un grand talent de compositeur.

Génial premier roman

10 étoiles

Critique de Poet75 (Paris, Inscrit le 13 janvier 2006, 63 ans) - 12 septembre 2018

Publié il y a un an, lors de la rentrée littéraire de septembre 2017, ce premier roman de l’américain Nathan Hill paraît aujourd’hui chez Folio, en édition de poche. C’est l’occasion de l’acquérir, de le lire et ainsi de faire la découverte d’un écrivain pour le moins prometteur car on a affaire à un roman de premier ordre, un de ces romans dont on sait, dès qu’on aborde les premières pages, qu’on sera tenu en haleine jusqu’à la fin. Et c’est bien ce qui se passe : malgré ses plus de 600 pages, on ne le lâche pas et l’on n’a pas une seconde de perte d’attention tant le livre est bien écrit (même en traduction), bien conçu et formidablement captivant. C’est un roman de grande ampleur, embrassant tout un large pan de l’histoire américaine (et pas seulement américaine d’ailleurs), c’est un roman très ambitieux, mais jamais prétentieux, car toujours au service de personnages auxquels on peut s’identifier, même lorsqu’ils sortent vraiment de l’ordinaire. Pour ce faire, pour éviter soigneusement toute impression de suffisance, l’auteur use largement d’un style subtilement teinté d’humour qui m’a rappelé (surtout pendant la première moitié de l’ouvrage) le ton adopté dans ses écrits par le romancier britannique David Lodge.
L’ouvrage de Nathan Hill s’ouvre sur un scandale dont s’emparent aussitôt tous les médias : le gouverneur Packer, candidat à la Présidentielle des Etats-Unis, réputé pour être un ultra-conservateur, a été agressé en public par une femme qui lui a lancé des cailloux. La femme en question se nomme Faye Andresen-Anderson et est aussitôt affublé du surnom de Calamity Packer ! Difficile de passer à côté de l’événement et pourtant le propre fils de l’attaquante, Samuel Anderson, professeur d’anglais à l’Université de Chicago, est un des rares à ne pas être aussitôt informé et ce, parce que, tout enseignant qu’il est, il se passionne pour un jeu vidéo, Le Monde d’Elfscape, auquel il est précisément en train de s’adonner. Il faut dire aussi qu’il a une bonne raison de ne rien savoir au sujet de sa mère, étant donné qu’elle l’a abandonné alors qu’il n’avait que onze ans. Une histoire de livre que Samuel a promis à un éditeur sans jamais remplir son contrat, puis la révélation, en fin de compte, que sa propre mère vient d’agresser un homme politique vont être les déclencheurs de tout ce qui va suivre. Samuel décide d’écrire un ouvrage accablant sur celle qui a déguerpi quand il était enfant et, pour mener à bien son projet, se lance dans une sorte d’enquête tout en se remémorant sa propre enfance.
Se basant sur le dessein que son propre personnage, Samuel, est résolu à accomplir, Nathan Hill entreprend de l’accompagner dans son travail de recherches et, donc, de revisiter toute une large part d’histoire, alternant, tout au long du roman, les chapitres se déroulant en 2011, l’année où tout se déclenche, et les chapitres s’aventurant du côté des événements du passé : la propre enfance de Samuel en 1988, les péripéties vécues par sa mère Faye à Chicago en 1968 et même l’évocation de Franck, le père de cette dernière, venu de Norvège pour faire sa vie en Amérique, ce qui d’ailleurs provoquera, vers la fin du roman, le récit d’un voyage de Faye à Hammerfest, sur les traces de son géniteur ayant quitté sa terre natale pour l’Amérique en emportant avec lui des fantômes (les « nisse » ou « nix » dont il est plusieurs fois question au cours du livre et dont on ne peut se débarrasser qu’en les ramenant chez eux).
Mais si le roman de Nathan Hill provoque l’intérêt persistant du lecteur, s’il tient en haleine, s’il passionne d’un bout à l’autre, c’est parce que, impliqués dans chacune des périodes visitées, les personnages non seulement abondent mais sont tous admirablement décrits par l’auteur. Aucun ne laisse indifférent : que ce soit Bishop, le camarade d’enfance de Samuel, et sa sœur Bethany, future grande violoniste, dont le jeune garçon est follement épris, que ce soit Henry, le prétendant de Faye, ou Alice, l’amie d’université de celle-ci, ou Sebastian, jeune garçon épris de Faye, ou encore l’agent Charlie Brown qui entretient une relation extra-conjugale avec Alice jusqu’à ce qu’il se rende malade de jalousie quand a lieu l’inévitable rupture. Des personnages dont je ne ferai pas l’inventaire complet mais que l’auteur a su intégrer et impliquer avec habileté dans les événements du temps, par exemple les manifestations qui ébranlèrent la ville de Chicago en 1968 (ce qui permet même à Nathan Hill de faire figurer dans son roman des personnages réels comme le poète Allen Ginsberg). Mais il est encore un personnage dont il faut faire mention, tant il est décrit de manière pathétique par l’auteur : il se fait nommer Pwnage et, comme Samuel, se passionne pour le jeu vidéo Le Monde d’Elfscape, mais au point d’en être totalement dépendant, de ne plus avoir d’autre vie que virtuelle, de ne plus vivre que par le biais de ses avatars.
On le comprend, même si ce roman est largement imprégné de l’histoire américaine, il n’en a pas moins la capacité de passionner, d’émouvoir, voire de bouleverser tous les lecteurs : les thèmes qu’il aborde ne sont pas l’apanage des Américains, ils nous concernent tous, qui que nous soyons, et nous interpellent de manière profonde et durable. Le roman terminé, le livre refermé, on ne sera pas près d’en oublier le contenu.

Roman fleuve par excellence.

9 étoiles

Critique de Graine (, Inscrite le 14 mars 2018, 36 ans) - 14 mars 2018

Ce livre c'est Babel : un mélange de voix, de vies, de langues, de parcours, un labyrinthe humain inextricable où tous les parcours sont liés mais on ne le sait que si on prend du recul.
L'histoire démarre avec le récit de Faye et de Samuel, la mère et le fils. L'une se retrouve affublée du surnom "Calamity Parker" suite à l'agression d'un candidat à la présidence, l'autre est professeur de littérature anglaise en faculté et est confronté à la médiocrité passive de ses élèves et évacue son stress, son ennui (sa vie même?), dans un jeu en ligne "Elfscape" avec lequel il rencontre Pwnage, un otaku américain.. Et à partir de là plusieurs personnages clés du passé et du présent, chacun avec leur voie / voix forte (Bishop, Bettany, Laura, Frank, Alice, Sebastian..) se mettent à exister, vivre entre 1968 et 2011. le roman parle de famille, du secret, de l'héritage, de la transmission, de l'amitié, des choix que l'on fait par facilité, par nécessité, passivité, lâcheté, sans y penser réellement tout en espérant très fortement que les choses soient autres... le tout sur un fond historique documenté (les manifestations de Chicago, le mouvement hippie, la guerre du Vietnam, l'après 11 septembre...).
Bref, il ne faut pas avoir peur du format brique de 707 pages de ce roman et se laisser emporter!

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