Les fantômes du vieux pays de Nathan Hill

Les fantômes du vieux pays de Nathan Hill
(The Nix)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par ARL, le 24 janvier 2018 (Montréal, Inscrit le 6 septembre 2014, 32 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 10 étoiles (basée sur 3 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (1 669ème position).
Visites : 867 

Un premier roman fracassant

Il semble qu'à chaque rentrée littéraire, un jeune prodige américain se démarque par un premier roman magistral qui se trouve propulsé au sommet des ventes. Dans certains cas, les éloges sont réellement méritées. Dans d'autres, on suspecte un coup de marketing. Paru en août 2016 dans sa version originale, "The Nix" de Nathan Hill entre dans la première catégorie; un roman si bien écrit, si ambitieux et si réussi qu'on peut difficilement remettre ses mérites en question. L'intrigue est passionnante, les personnages irrésistibles. L'auteur a travaillé plus de dix ans sur ce premier roman, créant une oeuvre si aboutie qu'on se demande comment il pourra un jour l'égaler.

Il est clair que Nathan Hill y a mis toute la gomme; toutes les réflexions, les scènes, les idées qu'il avait emmagasiné depuis plus d'une décennie. Toute la recherche aussi. C'est peut-être le seul défaut des "Fantômes du vieux pays". Beaucoup, beaucoup de mots. Des analyses, des critiques, des personnages trop approfondis pour l'importance qu'ils occupent dans l'histoire. Des allées et venues dans le temps, des revirements, des surprises de dernier instant. Mais le talent de Hill est si éclatant qu'il arrive à soutenir l'intérêt du lecteur là où un autre le perdrait complètement. On peut même lui pardonner un coup de théâtre un peu dur à avaler vers la fin du récit tant le reste de l'oeuvre est épatant. Un grand roman américain.

Connectez vous pour ajouter ce livre dans une liste ou dans votre biblio.

Les éditions

  • Les fantômes du vieux pays [Texte imprimé], roman Nathan Hill traduit de l'anglais (États-Unis) par Mathilde Bach
    de Hill, Nathan Bach, Mathilde (Traducteur)
    Gallimard / Du monde entier (Paris)
    ISBN : 9782070196494 ; EUR 17,99 ; 17/08/2017 ; 720 p. ; Broché
»Enregistrez-vous pour ajouter une édition

Les livres liés

Pas de série ou de livres liés.   Enregistrez-vous pour créer ou modifier une série

Génial premier roman

10 étoiles

Critique de Poet75 (Paris, Inscrit le 13 janvier 2006, 62 ans) - 12 septembre 2018

Publié il y a un an, lors de la rentrée littéraire de septembre 2017, ce premier roman de l’américain Nathan Hill paraît aujourd’hui chez Folio, en édition de poche. C’est l’occasion de l’acquérir, de le lire et ainsi de faire la découverte d’un écrivain pour le moins prometteur car on a affaire à un roman de premier ordre, un de ces romans dont on sait, dès qu’on aborde les premières pages, qu’on sera tenu en haleine jusqu’à la fin. Et c’est bien ce qui se passe : malgré ses plus de 600 pages, on ne le lâche pas et l’on n’a pas une seconde de perte d’attention tant le livre est bien écrit (même en traduction), bien conçu et formidablement captivant. C’est un roman de grande ampleur, embrassant tout un large pan de l’histoire américaine (et pas seulement américaine d’ailleurs), c’est un roman très ambitieux, mais jamais prétentieux, car toujours au service de personnages auxquels on peut s’identifier, même lorsqu’ils sortent vraiment de l’ordinaire. Pour ce faire, pour éviter soigneusement toute impression de suffisance, l’auteur use largement d’un style subtilement teinté d’humour qui m’a rappelé (surtout pendant la première moitié de l’ouvrage) le ton adopté dans ses écrits par le romancier britannique David Lodge.
L’ouvrage de Nathan Hill s’ouvre sur un scandale dont s’emparent aussitôt tous les médias : le gouverneur Packer, candidat à la Présidentielle des Etats-Unis, réputé pour être un ultra-conservateur, a été agressé en public par une femme qui lui a lancé des cailloux. La femme en question se nomme Faye Andresen-Anderson et est aussitôt affublé du surnom de Calamity Packer ! Difficile de passer à côté de l’événement et pourtant le propre fils de l’attaquante, Samuel Anderson, professeur d’anglais à l’Université de Chicago, est un des rares à ne pas être aussitôt informé et ce, parce que, tout enseignant qu’il est, il se passionne pour un jeu vidéo, Le Monde d’Elfscape, auquel il est précisément en train de s’adonner. Il faut dire aussi qu’il a une bonne raison de ne rien savoir au sujet de sa mère, étant donné qu’elle l’a abandonné alors qu’il n’avait que onze ans. Une histoire de livre que Samuel a promis à un éditeur sans jamais remplir son contrat, puis la révélation, en fin de compte, que sa propre mère vient d’agresser un homme politique vont être les déclencheurs de tout ce qui va suivre. Samuel décide d’écrire un ouvrage accablant sur celle qui a déguerpi quand il était enfant et, pour mener à bien son projet, se lance dans une sorte d’enquête tout en se remémorant sa propre enfance.
Se basant sur le dessein que son propre personnage, Samuel, est résolu à accomplir, Nathan Hill entreprend de l’accompagner dans son travail de recherches et, donc, de revisiter toute une large part d’histoire, alternant, tout au long du roman, les chapitres se déroulant en 2011, l’année où tout se déclenche, et les chapitres s’aventurant du côté des événements du passé : la propre enfance de Samuel en 1988, les péripéties vécues par sa mère Faye à Chicago en 1968 et même l’évocation de Franck, le père de cette dernière, venu de Norvège pour faire sa vie en Amérique, ce qui d’ailleurs provoquera, vers la fin du roman, le récit d’un voyage de Faye à Hammerfest, sur les traces de son géniteur ayant quitté sa terre natale pour l’Amérique en emportant avec lui des fantômes (les « nisse » ou « nix » dont il est plusieurs fois question au cours du livre et dont on ne peut se débarrasser qu’en les ramenant chez eux).
Mais si le roman de Nathan Hill provoque l’intérêt persistant du lecteur, s’il tient en haleine, s’il passionne d’un bout à l’autre, c’est parce que, impliqués dans chacune des périodes visitées, les personnages non seulement abondent mais sont tous admirablement décrits par l’auteur. Aucun ne laisse indifférent : que ce soit Bishop, le camarade d’enfance de Samuel, et sa sœur Bethany, future grande violoniste, dont le jeune garçon est follement épris, que ce soit Henry, le prétendant de Faye, ou Alice, l’amie d’université de celle-ci, ou Sebastian, jeune garçon épris de Faye, ou encore l’agent Charlie Brown qui entretient une relation extra-conjugale avec Alice jusqu’à ce qu’il se rende malade de jalousie quand a lieu l’inévitable rupture. Des personnages dont je ne ferai pas l’inventaire complet mais que l’auteur a su intégrer et impliquer avec habileté dans les événements du temps, par exemple les manifestations qui ébranlèrent la ville de Chicago en 1968 (ce qui permet même à Nathan Hill de faire figurer dans son roman des personnages réels comme le poète Allen Ginsberg). Mais il est encore un personnage dont il faut faire mention, tant il est décrit de manière pathétique par l’auteur : il se fait nommer Pwnage et, comme Samuel, se passionne pour le jeu vidéo Le Monde d’Elfscape, mais au point d’en être totalement dépendant, de ne plus avoir d’autre vie que virtuelle, de ne plus vivre que par le biais de ses avatars.
On le comprend, même si ce roman est largement imprégné de l’histoire américaine, il n’en a pas moins la capacité de passionner, d’émouvoir, voire de bouleverser tous les lecteurs : les thèmes qu’il aborde ne sont pas l’apanage des Américains, ils nous concernent tous, qui que nous soyons, et nous interpellent de manière profonde et durable. Le roman terminé, le livre refermé, on ne sera pas près d’en oublier le contenu.

Roman fleuve par excellence.

9 étoiles

Critique de Graine (, Inscrite le 14 mars 2018, 35 ans) - 14 mars 2018

Ce livre c'est Babel : un mélange de voix, de vies, de langues, de parcours, un labyrinthe humain inextricable où tous les parcours sont liés mais on ne le sait que si on prend du recul.
L'histoire démarre avec le récit de Faye et de Samuel, la mère et le fils. L'une se retrouve affublée du surnom "Calamity Parker" suite à l'agression d'un candidat à la présidence, l'autre est professeur de littérature anglaise en faculté et est confronté à la médiocrité passive de ses élèves et évacue son stress, son ennui (sa vie même?), dans un jeu en ligne "Elfscape" avec lequel il rencontre Pwnage, un otaku américain.. Et à partir de là plusieurs personnages clés du passé et du présent, chacun avec leur voie / voix forte (Bishop, Bettany, Laura, Frank, Alice, Sebastian..) se mettent à exister, vivre entre 1968 et 2011. le roman parle de famille, du secret, de l'héritage, de la transmission, de l'amitié, des choix que l'on fait par facilité, par nécessité, passivité, lâcheté, sans y penser réellement tout en espérant très fortement que les choses soient autres... le tout sur un fond historique documenté (les manifestations de Chicago, le mouvement hippie, la guerre du Vietnam, l'après 11 septembre...).
Bref, il ne faut pas avoir peur du format brique de 707 pages de ce roman et se laisser emporter!

Forums: Les fantômes du vieux pays

Il n'y a pas encore de discussion autour de "Les fantômes du vieux pays".