Joseph de Marie-Hélène Lafon

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Pieronnelle, le 15 octobre 2014 (un petit hameau quelque part, Inscrite le 7 mai 2010, 69 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 8 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (2 493ème position).
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« "On baignait dans ces images, on était traversé par elles, on attrapait des morceaux... »

Ce livre est le long déroulement d'une vie où tout s'enchaîne ; et c'est une belle performance de l'auteure de faire rebondir immédiatement un souvenir sur un autre souvenir ; en fait s'agit-il vraiment de souvenir ? On n'est pas véritablement dans les pensées de Joseph mais plutôt dans le film de sa mémoire ; sa vie imbriquée dans celles des autres y est relatée avec beaucoup d'humanité et de détails ce qui montre à quel point l'auteure s'est penchée avec attention sur ce monde rural et cet homme qui est passé de ferme en ferme, de famille en famille. Je n'ai pu m'empêcher de penser à mon grand-père, enfant de l'assistance, qui a passé sa vie de jeune homme comme employé de fermes, et j'ai un regret immense de ne l'avoir jamais entendu raconter ; là j'ai une idée de ce qu'il a pu vivre, même si lui a pu épouser la fille de la dernière ferme et ainsi rompre en allant travailler en ville car ce mariage n'était pas accepté par les patrons-fermiers. Certains livres peuvent avoir des résonances particulières en chacun de nous.
C'est un acte généreux, presque d'amour puisque l'attention c'est déjà un commencement de geste d'amour ; parce qu'il va nous faire voir le fond de ce qui nous échappe peut-être sur ce monde là qui disparaît.
Mais surtout ce qui ressort de ce livre, à mon avis, c'est l'empathie dont l'auteur fait preuve envers Joseph. Il est curieux de se rendre compte à quel point le travail de la terre et tout ce qui a trait à la ruralité nous rapprochent de l'âme humaine. Je pense à ces tableaux de peintres qui représentent la vie des paysans, courbés sur leurs champs, ou réunis autour d'une table à manger ; les bêtes qui paissent ; les intérieurs rustiques où chaque objet a son usage précis. Et ces dos voûtés en disent long sur cette vie de peine. J'ai « vu » Joseph et ai été touchée...
Et puis il y a ce drame de la boisson, ce fléau qui s'abat souvent au cours de ces vies dures, de travail, de déception, de ratages. Et la vraie séparation qui a brisé Joseph n'est pas en fait celle d'avec la compagne qui l'a trahi (cette période qu'il nomme « ce trou rempli d'eau sale"), mais c'est le jour où la mère est partie avec son jumeau et, sans bien sûr l'avouer, il s'est senti abandonné, lui le fragile qui se réfugiera dans la boisson...
« Joseph avait toujours eu moins de caractère que Michel, c'était souvent comme ça avec les jumeaux, chez les gens comme chez les bêtes, il y en avait un qui prenait le dessus ».
Comment se sortir de ça ?!
J'ai pensé aussi à Emile Guillaumin, un des rares écrivains paysans, qui a relaté cette vie dans « La vie d'un simple ».
Hélène Lafon n'a pas choisi d'écrire un roman avec des ressorts dramatiques mais une sorte de chronique de cette vie d'un simple ; et même la chronique n'est pas tout à fait adaptée à la forme qu'elle a choisie. Ces longues phrases avec très peu de points soulignent le déroulement , pas forcément dans un ordre chronologique et presque sans rupture, de la vie dense mais ordinaire de cet homme acteur au sein de la vie des autres dont il est aussi le témoin. La monotonie que l'on peut ressentir au début de la lecture se transforme vite en une plongée passionnante et on se laisse vite prendre dans ce flot d'images un peu comme Joseph le fait quand il regarde et entend la télévision dans une des fermes :

« Il aimait bien les soirs, on restait devant la télévision, on ne regardait pas forcément, on l'entendait, on était les trois dans son bruit, des images apparaissaient, disparaissaient, en fortes couleurs qui circulaient dans la pièce autour des corps, on baignait dans ces images, on était traversé par elles, on attrapait des morceaux... »

Oui, c'est bien un peu ce que j'ai ressenti à cette lecture. On est dans la vie de Joseph mais on n'attrape pas tout ; car Joseph est timide, secret, vulnérable et ses états d'âme ne nous sont pas livrés ; c'est un robuste aux pieds d'argile qui n'a pas une grande estime de lui parce qu'il doit se louer, dépendre de maîtres plus que de patrons. Alors il se tue à la tâche de la même façon qu'il boit...
J'aime quand on aime les gens, surtout ceux qui a priori ne sortiraient pas de l'ordinaire si des écrivains au regard humain ne les mettaient pas sur le devant de la scène ; la scène de la vie... Et sans aucun misérabilisme Marie-Hélène Lafon nous offre un Joseph tout en vérité et profondeur.

« Il a peu d'affaires, tout tient dans une grosse valise dure et carrée qui lui vient de famille, du côté du père ; on avait toujours dit la valise de l'oncle Gustave, que le père et la mère appelaient l'oncle de Paris, mais il ne savait pas qui était cet oncle ni s'il avait vraiment vécu à Paris. Il laisse ses choses dans cette valise où elles restent à l'abri de la poussière... »

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"Les temps on changé... "

10 étoiles

Critique de Frunny (PARIS, Inscrit le 28 décembre 2009, 52 ans) - 11 novembre 2017

Marie-Hélène Lafon (1962- ) est un professeur agrégé et écrivain français.
Son premier roman, "Le Soir du chien", a reçu le prix Renaudot des lycéens.
"Joseph" parait en 2014 (Buchet-Chastel)

A l'orée de ses 60 ans, Joseph -ouvrier agricole dans une ferme du Cantal- se raconte.
Il se souvient des maisons, des bêtes, des prés, des bois et des gens.
Son monde à lui n'est pas constitué de mots.
Joseph est un taiseux, qui se rappelle toutes les places occupées dans les fermes du Canton.
Il a retenu les histoires des gens et les a rangées par listes.
Il appartient à ces paysans qui "ne font pas maison" (ne fondent pas de famille) mais qui louent leurs services aux patrons.
Il pense "se finir" doucement dans cette ferme car les patrons sont honnêtes et respectueux.
Puis il rejoindra probablement une maison à Riom.
Joseph a toujours su mieux s'y prendre avec les bêtes qu'avec les gens.
Sa droiture, son courage et son dévouement sont reconnus dans le Canton et on ne revient plus sur le "trou", la faille béante traversée entre sa 32 ième et 47 ième année.
Oui, Joseph est un Homme, un journalier taiseux et solitaire qui a rencontré le Grand Amour.

Marie-Hélène Lafon déroule le récit d'une vie.
Celle de Joseph mais plus certainement celle d'un monde paysan qui n'en finit pas de mourir.
Et avec lui, des valeurs puissantes.
Un roman sur la solitude. Celle d'un homme qui s'est crée un monde à lui, sans les mots.

Un très court roman, simple mais aux forces évocatrices d'une puissance rare.
J'avoue avoir été "remué" par ce personnage qui rappellera (à des degrés divers) un grand-père agriculteur.
La très grande force de l'auteure réside dans le vocabulaire employé et la construction des phrases.
Elle parvient à poser des mots là où le personnage rumine en lui.
Un hymne, un hommage au monde rural.
Un chef d'oeuvre que je recommande.

Vie d'un tâcheron

8 étoiles

Critique de Fredericpaul (Chereng, Inscrit le 19 mai 2013, 56 ans) - 10 décembre 2016

C'est un court mai très beau livre que celui-là. Le style - lent, précis et sans artifice - est celui de son sujet : la vie d'ouvrier agricole resté vieux garçon. Une belle vie de malheur avec aussi ses épisodes douloureux (l'alcool, une compagne volage, un souvenir ineffaçable).
On rentre d'autant plus facilement dans l'intimité du personnage que cette part propre à lui semble mince; et l'on ne sait si cela est triste ou finalement assez salutaire que cette moindre emprise à intérioriser le monde.

Une vie tranquille

7 étoiles

Critique de Marvic (Normandie, Inscrite le 23 novembre 2008, 59 ans) - 10 mai 2015

Joseph est un ouvrier agricole, autrefois on disait garçon de ferme.
À quelques jours de la retraite, il retrace sa vie laborieuse.
Sa vie un peu à l'écart des "patrons". Sa vie où tout se passe bien parce qu'il sait rester à sa place : ne pas utiliser la salle de bains des patrons, se taire...
Et à travers ses souvenirs, c'est la vie rurale que l'on partage, comme une espèce de documentaire. La répétition des jours, des tâches, la distraction dominicale, l'alcool rituel comme une dépendance contre laquelle on ne peut rien...
Mais Joseph a aussi quelques souvenirs privés; sa rencontre avec Sylvie, "pas une fille pour lui", mais qui lui aura permis de croiser l'amour avant de retourner à sa solitude.
Une sagesse résignée, une acceptation de son sort, émouvante et tranquille.
"ça faisait comme un reposoir ". Joseph avait trouvé que ce mot était doux, il allait bien pour les morts et pour les vivants, pour la mère et pour lui."
Et pour ce petit roman aussi...

Court mais fichtrement efficace

8 étoiles

Critique de Christian Palvadeau (, Inscrit le 19 janvier 2011, 53 ans) - 10 novembre 2014

La lecture est un phénomène mystérieux : j’avais été agacé par « L’Annonce » de Marie-Hélène Lafon, en 2009, que d’autres encensaient, et pourtant j’ai beaucoup aimé « Joseph », cette année, du même auteur et qui explore les mêmes territoires littéraires et géographiques.

C’est le très beau portrait d’un valet de ferme, dirait-on, dans le Cantal. Un simple parmi les simples, un presque sexagénaire marqué par la vie, l’alcool, les peines sentimentales, sur fond d’un monde agricole en mutation. Un court roman servi par une belle langue qui touche juste et place régulièrement le petit détail qui crie de vérité. Un régal.

Un beau livre...

10 étoiles

Critique de Shelton (Chalon-sur-Saône, Inscrit le 15 février 2005, 61 ans) - 18 octobre 2014

Il y a quelques jours, j’entendais une personne définir, à sa façon, et je la respecte même si je ne la partage pas, la littérature. En effet, au-delà de quelques banalités, il est assez délicat de donner un sens absolu à ce mot, une définition qui serait acceptée par tous et qui serait la référence. Elle parlait, sans être très claire d’ailleurs, de profondeur, de valeur universelle, de difficulté de lecture… et quand elle fit la synthèse, on pouvait croire qu’un ouvrage de littérature était tout simplement un livre difficile à lire, peu accessible, élitiste…

J’avoue que de telle définition me laisse quelque peu dubitatif. D’abord, parce qu’on a l’impression que la littérature ne serait définie qu’à travers le lecteur. Un peu comme si on oubliait l’auteur ! Etonnant ? Or, tous ceux qui ont écrit savent qu’écrire simple, concis et court, tout en dégageant de la force et du sens, c’est complexe, ça nécessite du travail, c’est une création à part entière qui nécessite du talent…

Justement, le roman Joseph de Marie-Hélène Lafon est un texte court, ciselé au micron, où chaque mot est à sa place. Il peut sembler au lecteur que ce soit trop banal, trop simple, trop descriptif, trop lent… Mais, pour moi, nous avons là un texte qui entre dans la littérature. Est-ce un roman, un récit, une enquête anthropologique ou sociologique ? Qu’importe, elle est à la condition agricole ce que l’auteur de Germinal est à la mine !

La forme ! Elle peut décontenancer au départ le lecteur. Il s’agit d’une longue narration avec des descriptions, l’utilisation de l’imparfait, une absence totale de dialogue, aucun découpage en paragraphe, des chapitres assez longs car comme on ne trouve pas les zones de respiration, on est un peu en apnée… Si vous me permettez cette expression ! La langue est pure, agréable à lire, mérite même la lecture à voix haute. En lisant certains passages, je me disais qu’il y aurait eu là matière à créer une dictée, ces dictées comme on en faisait quand j’étais en troisième. Certes, je sais bien que ce n’est plus d’actualité, mais je crois que je prenais plaisir à écouter le rythme des mots, la musique des phrases, tout en collectionnant les fautes d’orthographe…

La forme toujours de cette narration ! Elle ne suit aucune logique, elle n’est ni chronologique, ni psychologique, ni scientifique, ni agricole – je rigole un peu quand même – mais elle fonctionne comme le rêve, comme la mémoire, comme nos pensées vagabondes… un mot en appelle un autre, une idée en réveille une autre, une image en reconstruit une autre… L’enchainement est rapide, certaines évocations sont très fugaces, millimétrées, s’estompent à peine arrivées…

D’ailleurs, cet enchainement de mots et d’idées, d’images et de scènes, a eu chez moi quelques conséquences qui m’ont laissé craindre que je ne puisse jamais terminer ce pauvre Joseph. En effet, au bout d’une page, je me suis perdu à penser… Les mots appelaient les mots, les images les images et en quelques minutes je me retrouvais sur une autre rive bien loin du récit de Marie-Hélène Lafon. Je me reprenais, portais mon attention avec beaucoup d’efforts sur le texte et après trois pages j’errais de nouveau loin du Cantal, en Lorraine, avec d’autres personnages. En colère contre moi-même, je m’interrogeais sur ce roman qui ne savait pas me garder avec lui. Au bout de quelques heures, je comprenais que cette forme de récit me correspondait tellement que j’étais victime, consentante, d’un appel aux histoires, celles de Joseph, mais aussi les miennes et celles de tous ceux que j’avais croisés… Joseph fonctionnait pour moi comme un récit d’humanité s’ouvrant sur l’humanité universelle, totale… et c’est, peut-être là, aussi, une définition de la littérature.

La forme encore ! L’auteur donne l’impression de regarder Joseph mais de l’intérieur sans lui donner franchement la parole et du coup le lecteur hésite. Joseph est-il un héros à suivre, est-ce lui le cœur de la narration, ou est-ce le monde rural, la misère verte, le prolétariat agricole… Il hésite avant de comprendre que cette narration est surtout et essentiellement celle qui raconte de façon réaliste la vie quotidienne de Joseph, ouvrier agricole, dans le Cantal. Remarquez que le Cantal est très anecdotique et que la même histoire pourrait avoir lieu dans le Charolais, dans la Bresse ou dans n’importe quelle des campagnes agricoles françaises…

Car le thème est une peinture réaliste de ce monde rural en voie de disparition, du moins tel qu’il nous est décrit là. Les ouvriers agricoles ne sont presque plus hébergés ainsi, les liens ne sont plus de personne à personne, il y a eu une prolétarisation de ces métiers. Ils sont d’ailleurs salariés et éjectés dès qu’il n’y a plus le besoin. Fini les « carrières » dans une même ferme durant une année, une décennie, voir plus…

Mais le thème est plus complexe car à partir du moment où on veut montrer toute cette vie, il faut aussi parler de l’amour, de la vie, de l’argent, de l’alcool, de la mort… Oui, il y a bien tout cela dans ce texte, même si certains points ne sont là qu’en ponctuation du récit…

Certaines scènes peuvent sembler secondaires, mais sont plus fortes qu’on ne le pense à la première lecture. Par exemple, quand la mère de Joseph part pour habiter chez son autre fils, elle résume sa vie, ce qui lui reste, ses racines, en un petit volume qui doit tenir dans la voiture. La ferme, la terre, les bêtes, n’appartiennent pas aux agriculteurs. Elles sont avant eux et restent après. Du coup, les biens sont très peu nombreux… Pour la mère cela tient dans le coffre de la voiture, mais pour Joseph, qu’est-ce qu’il y aura quand on aura enlevé de son enveloppe-coffre-fort de quoi régler les frais d’obsèques ?

Les personnages sont très nombreux, finalement, et souvent on les croise vite et on en retiendra qu’un prénom, un qualificatif, le frère, la mère… Est-ce que, là encore, ce n’est pas la preuve que l’auteur considère que les femmes et les hommes sont secondaires par rapport à cette campagne qui vit et continue de vivre malgré tout ? Certains personnages, je pense à un certain Daniel, provoquent l’interrogation ou la révolte du lecteur. Mais ce dernier n’en saura pas beaucoup plus car pour l’auteur l’évocation, la présence d’un enfant dans son lit, le malheur induit par cette situation, ne sont là que pour poser une touche de couleur – comme un peintre qui termine sa toile avec des gestes que nous ne comprenons pas car tout semble terminé – car ce n’est pas un roman sur la pédophilie !

Enfin, la question de l’alcool est bien abordée et certains le savent, ce n’est pas une question qui me laisse indifférent puisque ma mère a été touchée par cette maladie particulière qui fait souffrir l’environnement familial et amical…

Mon ressenti à cette lecture, certains l’ont déjà compris, est très positif. Tout d’abord, parce que c’est cette littérature que j’aime. Il n’est pas question pour moi de dire qu’elle est grande, classique, éternelle… mais plutôt d’affirmer qu’elle me parle, tout simplement. J’aime cette littérature qui me parle des êtres humains, sans sentimentalisme excessif, sans chaleur particulière, sans proximité usante et périlleuse. L’être humain est là, il tente de survivre, il est balloté par le temps, les autres, la nature, les circonstances… mais il tente de rester là, debout, vivant !

J’aime ces phrases simples, qui montrent sans porter de jugement. Après tout, si j’avais été Joseph j’aurais aimé qu’on me foute la paix ! On peut parler de moi, ça je ne peux pas l’éviter, mais qu’on ne porte pas de jugement, qu’on ne cherche pas à me dire ce qu’il faut faire ou pas…

C’est pour cela que j’ai adoré ce roman comme j’aime les textes d’Annie Ernaux qui, dans un genre légèrement différent, enchantent par de ce quotidien qui écrase l’homme, l’étouffe, le fait souffrir… et le laisse blessé sur le bord de la route…

La vie à la campagne vue par Joseph

6 étoiles

Critique de Pucksimberg (Toulon, Inscrit le 14 août 2011, 37 ans) - 17 octobre 2014

Je ne reviens pas sur le résumé, Pieronnelle l'a très bien fait.

Ce roman plonge le lecteur dans le Cantal, à la campagne. L'on suit le personnage de Joseph, ainsi que les personnes qui gravitent autour de lui. C'est une photographie fidèle de ce monde rural que Marie-Hélène Lafon présente au lecteur, empreinte d'un grand réalisme et d'une simplicité propre à ce cadre. Il ne s'agit pas d'un roman qui repose sur de multiples rebondissements ou sur des personnages singuliers. Ici, c'est le quotidien qui est retranscrit. S'entremêlent des scènes de vie à la campagne, des évocations de l'enfance de Joseph, de ses amours contrariées, des personnes avec lesquelles il vit ...

L'écriture possède une force qui lui est propre. Chaque chapitre n'est constitué que d'un seul paragraphe et plonge le lecteur dans cet univers duquel on ne parvient pas à s'extraire grâce au style de l'auteure. Les phrases sont plutôt longues et l'on suit souvent la pensée du personnage principal. C'est davantage sa manière de concevoir le monde qui l'entoure qui est intéressante que les actes qu'il commet.

Pour ce qui est du plaisir ressenti à la lecture, cela reste mitigé pour moi. Même si l'histoire en elle-même ne permettait sans doute pas une grande originalité, je n'ai pas été séduit par le récit. Je suis resté à ras du sol, il m'a manqué ce petit plus qui fait que l'on adhère à l'histoire même si le monde décrit est loin du nôtre. Marie-Hélène Lafon décrit tout de même de nombreux personnages par le biais de Joseph, mais cela n'a pas suffi à attiser ma curiosité.

L'écriture reste le point fort de ce texte et sans doute ce qui restera dans ma mémoire.

Les habitants du Cantal

6 étoiles

Critique de Aaro-Benjamin G. (Montréal, Inscrit le 11 décembre 2003, 48 ans) - 16 octobre 2014

Ce court roman est un bel hommage aux gens de la terre. À travers le personnage de Joseph, un ouvrier agricole, c’est toute une région qui nous est racontée. Étrangement ce personnage principal n’a rien d’un héros ou d’un protagoniste, « ...il avait toujours détesté, lui, se voir en photo, avec son air de lapin malade… » Il s’agit d’un homme réservé, marqué par des blessures émotives, dont la sensibilité est refoulée et qui ayant atteint un certain âge se contente d’accomplir son boulot correctement sans faire de vagues.

Une phrase pour moi résume Joseph, « …il gardait une autre enveloppe avec de l’argent pour son enterrement, il en mettait de côté chaque mois depuis qu’il travaillait dans cette ferme, il avait lu un article dans le journal, les obsèques coûtaient cher, il avait écrit ce mot sur l’enveloppe, obsèques, en majuscules, et précisé dessous, à Saint-Saturnin. »

En première partie, l’écriture est animée par une urgence de mettre en place le décor. Par la suite, les choses se placent lorsque le passé de Joseph est ressassé, la trame devient plus intéressante. Mais, ce n’est pas une histoire bouleversante. La forme est épurée, sans dialogues et avec très peu d’interactions entre les personnages.

Le monde rural décrit en est un de non-dits et de contraintes. L’auteure a probablement mis Joseph au centre du livre pour le symboliser, au lieu par exemple d’une patronne ou son frère jumeau. Mais avec ce choix, s’est imposée une ligne. Il en résulte un roman tranquille, sans rebondissements, et qui en somme souffre de sa propre retenue.

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