Marie Montraudoigt de Gabriel Nigond

Marie Montraudoigt de Gabriel Nigond

Catégorie(s) : Littérature => Francophone , Littérature => Romans historiques

Critiqué par JulesRomans, le 30 avril 2014 (Nantes, Inscrit le 29 juillet 2012, 63 ans)
La note : 8 étoiles
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Vendéen ventre à choux, tu es mon bijou, mon joujou et sur mes genoux jette des cailloux à ce hibou plein de poux

Gabriel Nigond est un Berrichon, mais l’action de "Marie Montraudoigt" se déroule ici en Vendée militaire. Certes il y eût une Vendée berrichonne et plus précisément sancerroise. "Le Moulin de Mourut " conte l’épilogue de ce mouvement contre-révolutionnaire dans l’ouvrage "Les grandes affaires criminelles du Cher". Louis Edmond Le Picard de Phélippeaux , un officier d’artillerie commandait l’Armée Catholique et Royale du Sancerrois.

Bernard Capo, auteur de BD né à Bourges a par ailleurs donné à la fois un album intitulé "Charette", alors que "La Révolte de Crève-Bouchure : La petite chouannerie du Bas-Berry" est sorti avec des dessins de l’orléanaise Chard ainsi qu'un scénario de Francis Bergeron aux origines familiales à aller chercher dans l’Indre.

Dans une très intéressante préface Hilaire de Veysre explique qu’à Verneuil (dans le sud du Cher) où résida Nigond, un paysan surnommé "le père François". Ce dernier avait recueilli vers 1870 d’un marchand ambulant en brosses et balais le récit oral des mésaventures de la tante du colporteur dite "la Chuine" (allusion à "chouan") que cette dernière avait eu durant les Guerres de Vendée.

" Marie Montraudoigt" est un livre qui porte l'histoire d’une contre-révolutionnaire, il est donc globalement favorable au discours des blancs. Toutefois Gabriel Nigond, par souci d’honnêteté historique, ouvre sur les Massacres de Machecoul, qui furent une exaction contre-révolutionnaire du début de la révolte.

« Elle nous apprit du joli ! À Machecoul, devant chaque porte, croupisssait une flaque de sang ! M. Descouvé, le drapier, percé tout à vif à coups de lardoire, sa femme fichue dans un feu ! Le juge de paix, les gars l’avaient pendu, et aussi le maître de poste, à qui je vendais des œufs ! Et quantité d’autres bourgeois, sans compter le nouveau curé républicain, saigné comme un porc au mitant de l’escalier du clocher, où il se tenait caché, accroupi d’épouvante ! La plupart des maisons flambaient toujours, les tueries continuaient de plus belle : on prenait à peine le soin d’enterrer les morts ». (page 18)

L'héroïne réside dans la proximité du domaine de Charrette, ici évoqué sous le titre de général:

"Quelque temps après que mes frères s’en furent retournés vers Legé, nous eûmes encore de leurs nouvelles par le vieux Marcelin, l’homme à Claudie, qui tomba lui-même à Fonteclose, le dernier dimanche de mai, ce dont sa bonne femme faillit passer de joie !

Après les portements, Marcelin nous confia qu’il avait reçu mission de venir chercher à Fonteclose, pour son général, des habits d’uniforme qu’un tailleur de Nantes y avait fait parvenir, à travers mille périls. Il devait repartir pour Legé le lendemain soir et les emporter dans sa charrette, serrés dans une grande caisse, enfouie sous des bottes de paille". (page 39)

La Claudie nous ayant priées de venir l’aider à emballer ce riche butin, nous y fûmes toutes trois, curieuses de le voir de près. Les habits furent posés sur la table ronde, dans le salon de compagnie ; il y en avait trois, tous si fringants et bien troussés que nous ne nous lassions pas de les admirer, moi comme les autres, je l’avoue, malgré mon grand chagrin. L’un était bleu, l’autre marron, et le troisième vert olive. Outre cela, des culottes, des écharpes de soie, trois chapeaux à plumes blanches et deux paires de bottes, très hautes, dont le cuir embaumait.

Il y avait encore, dans une boîte fourrée de velours bleu, des cravates, une paire de ciseaux, des rasoirs et un petit miroir ovale, pour se barbifier.

La famille est victime d’une réquisition de leur bétail par les bleus. Ceci entraîne le père de l’héroïne à rejoindre les armées blanches. Ce dernier est blessé lors d’un affrontement à Luçon. Un concours de circonstances amène l'héroïne à faire connaissance d’un Angevin de bonne taille Flavien Lechâvre, qui sert dans la bande autour de M. Charette (page 21). Rappelons, que les généraux vendéens avait chacun leur groupe d’hommes et jouaient très personnels pour parler comme aujourd'hui.Nous suivons donc l’aventure commune de Flavien et Marie (devenus amants à la page 58) auprès des hommes qui mènent la guérilla dans le pays de Retz (en gros le Marais breton qui est une extrémité du Poitou) et le Bas-bocage. De leur amour naît une petite fille, Marie en est séparée lors d’une attaque des bleus qui ont pu la tuer (page 173).

Les lecteurs vendéens verront un chapitre consacré au séjour de Charrette à Belleville, où ne coule pas le Vic (comme l’écrit l’auteur) mais la Vie. Un passage est consacré à l’arrestation du général contre-révolutionnaire près du manoir de La Chabotterie et à ses derniers jours. Flavien Lechâvre est vraisemblablement mort aux côtés du chevalier de Charette. Marie retourne à La Garnache (près de Challans) où elle résidait avant- guerre. En vain elle attend un miracle qui lui ferait venir vers elle sa fille ou son mari.

"Marie Montraudoigt" est un roman historique sur les Guerres de Vendée, paru en 1928 et réédité en 1947, qui est largement méconnu (y compris dans les régions touchées par la révolte vendéenne). Le récit permet une bonne approche des souffrances dues à cette insurrection et sa répression. Le souvenir de ces moments tragiques, il est vrai bien entretenu, est resté vivace dans la Vendée départementale, le Choletais, le nord des Deux-Sèvres et le sud de la Loire-Atlantique.

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