Zamour et autres nouvelles de William Goyen

Zamour et autres nouvelles de William Goyen
(The faces of blood kindred)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone , Littérature => Nouvelles

Critiqué par Jlc, le 4 avril 2013 (Inscrit le 6 décembre 2004, 75 ans)
La note : 8 étoiles
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Nostalgie d'un passé enfoui

De livre en livre, William Goyen recréa le monde et le passé qui furent les siens. D’un recueil de nouvelles à l’autre, on retrouve des histoires de souffrance sans résignation au malheur comme le dit très bien Patrice Repusseau dans sa préface ; des personnages « entre errance et retour » ; des lieux qui ont la nostalgie du paradis perdu. Goyen n’a jamais vraiment quitté son enfance. Son travail littéraire est essentiellement biographique, mais la mémoire qui n’est, selon Philip Roth, « qu’un élément mineur du processus créatif » ne suffit pas à faire revivre ce passé enfoui. Il y faut la magie de l’écriture qui « tisse entre des instants et des spectacles apparemment disparates ses propres liens secrets ». Il y faut aussi la poésie du temps qui engloutit trop de promesses dans l’oubli « pour renouer avec un très ancien commencement et l’espoir jaillira ». Chez William Goyen et dans ce livre en particulier, la nostalgie ne va jamais ou presque sans renouveau.

Ces onze nouvelles, très différentes les unes des autres, se passent au bord du Mississippi, le pays de l’enfance, à New York ou en Italie. Toutes rôdent autour de l’héritage (« Zamour » est sous-titré « Une histoire d’héritage »), de l’obsédante question de l’identité, de l’hérédité avec ses infirmités, « traces visibles de tares communes » et malédictions. Ainsi le grand père a-t-il un pied bot, la belle Rodhy est atteinte de boiterie, deux sœurs voient « leurs joues s’ombrer d’un mignon collier de barbe noire ». Un texte appelé à juste titre « Les liens du sang » raconte l’histoire d’une famille et de deux cousins sur lesquels un incident minuscule laissera « une cicatrice de ressemblance ancienne et perpétuée intacte au fil des générations ». Un autre évoque une partie de pêche où un petit-fils découvre vraiment ce grand-père qui jusque là lui faisait si peur et qui va le charger de retrouver sa famille de l’autre côté du Mississippi où lui n’est jamais retourné. « Zamour » est probablement le portrait de sa mère qui ne supporta jamais d’avoir dû suivre son mari à la ville et transmit à son fils, par amour excessif, le dégoût des villes. « La rose mousse » est une très belle nouvelle qui fait la part belle, au souvenir, à l’enfance, tissant des liens entre la 3ème avenue à New York et la tombe d’une petite sœur là bas dans le Sud.

Tous ces récits laissent un sentiment de fragilité mais aussi de grâce, « entre la faute et le rachat ». L’existence de ses personnages tient à un fil. Goyen est une espèce de marionnettiste qui leur impulse la vie sans jamais attenter à leur liberté. Mais après lui ? Trente ans après sa mort, ces moments se sont-ils effilochés, ces personnages se sont-ils évanouis, ces familles ont-elles glissé dans l’oubli? Non bien sûr. Ce recueil nous fait retrouver le chemin de Rodhy « envahi par les herbes et caché par le temps mais…gravé dans le pré comme un sillon indélébile ». Il nous laisse l’empreinte d’une rose-mousse « fragile vestige d’un monde disparu ». Il nous émeut par cette « impression de brièveté et de délicatesse extrême en cet après midi fugace, un moment de mai vulnérable que la pluie pourrait faner et flétrir, le vent déchirer et emporter ».

L’émotion du souvenir est plus forte que l’alchimie de la mémoire et c’est ce qui donne à ce livre son charme, sa beauté et un grand plaisir de lecture. Roth a donc raison mais peut-être a-t-il lu Goyen !

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