Li Chin de Shin Kyong-sook

Li Chin de Shin Kyong-sook
(Li Chin)

Catégorie(s) : Littérature => Asiatique , Littérature => Romans historiques

Critiqué par Myrco, le 13 janvier 2013 (village de l'Orne, Inscrite le 11 juin 2011, 68 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 5 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (10 571ème position).
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un destin tragique entre Orient et Occident au XIXème siècle

"Li Chin"est une reconstruction fictionnelle à partir de quelques lignes trouvées dans la correspondance d'un diplomate français, qui attestent de l'existence réelle d'une jeune danseuse coréenne très belle, intelligente et cultivée, attachée à la Cour royale de Corée à la fin du 19ème siècle, ramenée à Paris par Collin de Plancy, premier diplomate français en poste dans ce pays entre 1888 et 1891.
SHIN Kyung-sook, née en 1963-auteure à ce jour d'une dizaine de romans et recueils de nouvelles qui lui ont valu, dans son pays les prix les plus prestigieux-souhaitait au départ écrire une biographie, ce qu'elle n'a pu réaliser, faute de plus amples éléments d'information.

De son imagination naît alors le personnage de son héroïne, Li Chin, qui va donner corps et âme au fantôme de cette danseuse juste entrevue, personnage attachant et quelque peu énigmatique, figure emblématique d'amour filial absolu voué à une reine manipulatrice. Celle-ci fera de cette orpheline très douée le substitut de sa fille perdue avant de saisir l'opportunité de la demande de Collin de Plancy, tombé éperdument amoureux de la jeune fille, pour l'éloigner dès lors qu'elle la percevra comme une menace potentielle. Privée de tout libre arbitre en tant que servante attachée à la Cour, selon l'étiquette et les moeurs en vigueur, Li Chin ne peut que se soumettre aux décisions prises pour elle en s'exilant à Paris pour devenir la compagne du diplomate. Dès lors, elle mène un temps une existence affranchie de ses chaînes, animée par une vive curiosité intellectuelle envers tout ce qu'elle découvre. Mais bientôt, elle sera rattrapée par la nostalgie. Blessée par des déboires intimes, déçue par les promesses non tenues de son compagnon, en perte d'identité, se sentant de plus en plus objet de curiosité, de plus en plus étrangère à son environnement, elle va sombrer peu à peu dans la mélancolie...
D'autres personnages marquants accompagneront ou croiseront cette destinée tragique dont on retiendra particulièrement Yon, le compagnon d'enfance si émouvant dans son amour infini pour Chin ou encore Hong Jong-u, figure sombre et vindicative.

Contée dans une langue élégante, fluide, délicate, au travers de laquelle transparaît souvent une sensibilité très féminine, notamment dans le rapport à l'enfance, l'histoire de cette destinée hors normes vaut par elle seule. Néanmoins, elle est aussi prétexte à retracer une époque particulièrement troublée de l'Histoire de la Corée alors contrainte de s'ouvrir aux puissances occidentales auprès desquelles elle cherchera souvent appui pour contrer les volontés expansionnistes du Japon, après une longue période de domination chinoise. SHIN Kyung-sook nous convie ainsi à un voyage spatio-temporel instructif et captivant dans ce royaume de Choson encore inconnu et mystérieux pour les occidentaux. Nombre de faits réels, précis sont évoqués: les épisodes de grave répression contre les catholiques, l'évangélisation (c'est Mgr Blanc qui apprend le français à Chin) les révoltes contre la Reine Min contrainte de fuir à plusieurs reprises ou encore l'expédition de représailles française en 1866 qui se distingua par le vol des archives royales qui fit l'objet d'un contentieux franco-coréen jusqu'en 2011!! (date à laquelle -c'est amusant- la France a enfin accepté de leur "prêter" définitivement!) . Ceci est d'autant plus passionnant qu'en faisant de Chin quelqu'un de très proche de la Reine, l'auteure ne se contente pas de traiter ces évènements en arrière-fond historique mais les intègre souvent totalement à l'histoire de son héroïne.
Avant d'aborder la seconde partie du roman consacrée à la période parisienne, j'avoue avoir marqué une pause craignant de ne pas lui trouver un intérêt équivalent. Ce ne fut pas le cas puisque celui-ci fut maintenu jusqu'à une fin dramatique et intense. L'immersion dans ce Paris de la Belle Epoque réserve également des moments de lecture agréables. SHIN Kyung-sook nous fait revivre l'engouement des parisiennes pour ce temple des nouveautés que constituait le premier grand magasin, celui de la classe aisée pour l'orientalisme; on y croise des personnalités du moment notamment Maupassant...

Une heureuse découverte dans la sélection pour l'attribution du prix CL 2013!

Message de la modération : Prix CL 2013 catégorie découvrir-roman étranger

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une destinée coréenne

4 étoiles

Critique de Ellane92 (Boulogne-Billancourt, Inscrite le 26 avril 2012, 42 ans) - 2 septembre 2013

Li Chin est un livre qui évoque la Corée à un moment charnière de son développement, permet de découvrir la culture coréenne des années 1900, et évoque avec talent le déracinement.
Découvert à l'occasion du prix critiqueslibres 2013, je n'ai pas aimé ce roman. Je définirai ce livre comme une fiction "pseudo-historique" (je n’ai pas compris l’intérêt de l’auteur d’insister la réalité du personnage sur lequel elle ne sait rien, ou presque), dans lequel l'héroïne (qui est la plus belle, la plus intelligente, la meilleure danseuse, qui parle couramment plusieurs langues, etc...) dont on nous conte la vie fictive, tient une place importante dans une histoire avec des personnages à l'existence réelle au cours de faits avérés !
L'ouvrage est essentiellement descriptif, avec, dès les premières pages, une dimension tragique entretenue par le rappel récurrent d'évènements qui prendront toute leur "importance dramatique" plus tard (ah... combien de fois est évoquée cette histoire de poire grattée à la petite cuiller par la reine Min elle-même ?!?). Si l'on ajoute à cela une certaine propension à la sensiblerie (outre la poire de la reine, on peut citer l'amour "caché" et total de Kang Yon, le dévouement maternel de Mme So...)...

C'est certes bien écrit, mais 576 pages, que c'est long !

Un portrait de femme touchant

9 étoiles

Critique de Pucksimberg (Toulon, Inscrit le 14 août 2011, 37 ans) - 3 juillet 2013

Li Chin, danseuse à la cour royale, est remarquable. Sa danse du loriot la rend fascinante et éblouit tous les spectateurs. Li Chin a grandi avec Kang Yon, jeune homme à l'oreille musicale, frappé de mutisme. Leur proximité leur a permis d'affronter certaines difficultés. L'arrivée du diplomate français Collin de Plancy en Corée va quelque peu bouleverser l'existence de la belle danseuse puisqu'il veut l'épouser.

Ce roman d'une richesse incroyable possède de nombreuses qualités. De facture classique, ce texte semble renouer avec ceux des grands romanciers du 19ème siècle, tant par l'écriture que par le contenu. L'évocation du personnage de Jeanne dans "Une Vie" de Maupassant et de certains personnages de "Notre-Dame de Paris" n'est pas anodine et invite à voir dans Chin une filiation avec ces grandes héroïnes. Shin Kyung-sook peint une Corée méconnue qui puise ses racines dans l'Histoire. Les portraits des personnages sont suffisamment détaillés pour que l'on puisse imaginer l'atmosphère qu'il régnait par exemple au palais. Le tour de force de l'auteur est d'avoir réussi à concilier la fiction et l'Histoire coréenne dont la reine Min est une digne représentante, à la fois dure et maternelle avec Chin. La partie se déroulant à Paris permettra aussi de rencontrer des personnalités bien réelles comme Guimet ou Maupassant qui ne seront pas que de simples figurants, mais des personnages de roman à part entière.

L'auteur peint un univers envoûtant. On s'attache à ces personnages, on sent que des forces les dépassent, qu'ils soient de simples hommes du peuple ou des figures royales. Ce monde déclinant est tragique, et la Corée elle-même est une belle héroïne tragique tiraillée par la Chine et le Japon, presque impuissante ...

Biographie romancée

9 étoiles

Critique de Shan_Ze (Lyon, Inscrite le 23 juillet 2004, 34 ans) - 16 avril 2013

Li Chin est une danseuse du palais royal de Corée à la fin des années 1890. Mais le regard que pose le diplomate français Victor Collin de Plancy sur cette femme va lui permettre de découvrir la France. A travers cette femme admirée pour son intelligence et sa beauté, c’est la Corée et la France de l’époque que l’auteur décrit.
Ce livre de Shin Kyung-sook est une véritable réussite. J’ai appris beaucoup de choses sur la Corée de l’époque. A ce moment-là, la Corée, appelée Royaume de Choson, s’ouvrait sur le monde. Les représentants des différents pays défilaient auprès du roi. Le Japon et la Chine se bataillaient ce pays qui s’éveille. L’auteure s’est intéressée aux regards de l’indigène sur l’étranger, de l’étranger sur les coutumes du pays. Evidemment, c’est une biographie romancée, la présence de certaines personnalités (comme Guy de Maupassant) est imaginée par l’auteur même si elles faisaient partie de son époque.
D’après une note, le texte en français comporte quelques modifications par rapport au texte original, je suis curieuse de savoir lesquelles. Pour la version française, l’auteur a ajouté une préface puisqu’une partie de l’histoire se passe en France.
J’ai eu du mal avec les noms coréens au début mais c’est vraiment un roman à lire, pour apprendre les tragédies de l’époque quand les grandes puissances de ce monde se battaient déjà pour acquérir de nouvelles terres, pour connaitre cette Li Chin, pour passer un bon moment tout simplement.

D’une histoire réelle …

9 étoiles

Critique de Tistou (, Inscrit le 10 mai 2004, 61 ans) - 24 février 2013

Kyung-sook Shin, écrivaine sud coréenne d’une cinquantaine d’années, nous l’explique dans une « Préface à l’Edition française » :

« Le récit que vous allez lire se déroule dans un décor vieux d’un siècle. C’est grâce à un livre publié en France à la même époque que j’ai découvert celle qui allait devenir mon héroïne, Li Chin. Sa vie était brièvement évoquée dans cet ouvrage, rédigé par un diplomate français en mission au royaume de Choson (c’est ainsi que s’appelait alors la Corée) et destiné à faire connaître ce pays dans l’Hexagone. »

Et manifestement cette évocation a diantrement inspiré Kyung-soon Shin puisqu’elle nous imagine-relate la vie de Li Chin, danseuse appartenant littéralement au Roi de Corée, du moins à la maison royale, à un moment où le royaume de Choson était un espace reclus, fermé sur lui-même, excitant les convoitises de la Chine, du Japon, de la Russie, ses voisins, mais sollicitant du coup les puissances occidentales qu’étaient la Grande Bretagne, la Prusse et la France pour tenter de contrebalancer les visées de ses trop intéressés voisins.
Et Li Chin – c’est une vie romancée puisque Kyung-soon Shin nous expliquera qu’elle n’a pas pu retrouver grand-chose de la véritable vie de cette danseuse devenue compagne du Consul de France – a eu une vie qui sort pour le moins de l’ordinaire. Et comme, par ailleurs, Kyung-soon Shin en profite pour imbriquer son histoire personnelle avec celle de son pays à un moment particulièrement charnière, ça en fait un roman doublé d’une fresque historique. Qui a la fraîcheur et les caractéristiques de la Littérature asiatique, une Littérature qui me plait toujours davantage, faut-il l’avouer.
Li Chin aurait dû passer sa vie enfermée, recluse, dans les murs ou la proximité du Palais royal, exerçant son talent de danseuse auprès de la Cour et de confidente – Dame de compagnie auprès de la Reine, quand elle est remarquée par le premier Consul de l’Histoire nommé par la France auprès du royaume de Choson, qui tombe irrémédiablement amoureux et, au risque d’incident diplomatique, demande au Roi de la libérer de son statut pour pouvoir en faire sa femme.
Dans une seconde partie, Kyung-soon Shin imagine, probablement plus qu’elle ne relate des faits avérés, l’arrivée de Li Chin en France, à Paris. La troisième partie, crépusculaire, et qui relate cette fois ci les éléments que l’auteur a pu retrouver, nous parle du retour du couple en Corée, l’occasion aussi de décrire les évènements terribles qui déchirent le royaume entre Japon-Chine et dans une moindre mesure Russie.
C’est très proprement réalisé, nullement didactique ni ennuyeux, et l’histoire proprement dite de Li Chin est suffisamment extraordinaire pour captiver.
Encore une digne représentante de la Littérature asiatique !

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