La Peur de Stefan Zweig

La Peur de Stefan Zweig
(Angst)

Catégorie(s) : Littérature => Européenne non-francophone , Littérature => Nouvelles

Critiqué par Pendragon, le 25 octobre 2002 (Liernu, Inscrit le 26 janvier 2001, 47 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 10 avis)
Cote pondérée : 8 étoiles (359ème position).
Visites : 6 063  (depuis Novembre 2007)

Le tourbillon des sens !

Cette nouvelle, écrite en 1913, est comme toutes les autres de cet auteur que j'ai déjà eu la joie de lire, un grand classique pour l'époque. On imagine très bien les personnages, les dames à ombrelles et les messieurs à redingote, campés dans leur costume de ce début du vingtième siècle et déambulant dans les rues non encore polluées par les voitures. L’ambiance est là et bien là, Stefan Zweig sait la rendre !
L'histoire est malheureusement classique, une femme, un mari, deux enfants et un grand ennui général qui englobe tout cela, qui les tient serrés dans ses rêts. Un mari, juge d'instruction, qui travaille beaucoup, des enfants pas forcément difficiles mais qui peuvent aisément le devenir et la sauce prend, le coup de griffe de l’adultère entame la chair !
Mais là où le virtuose de Zweig prend toute sa splendeur, c’est dans la façon bien particulière qu'il a de nous présenter la lente descente au enfer de la femme qui subit les affres de « La Peur » suite au chantage d'une fille de rien qui l'a vue descendre de chez son amant et qui lui extorque Louis, Doublons et autres Shillings pour prix de son silence.
Au-dessus de tout cela, le mari, aimant, qui tente de comprendre pourquoi sa femme fait des cauchemars, crie sur les gosses et sur le petit personnel (très aube du siècle cette formule !) sans raison, pourquoi elle sursaute au moindre coup de sonnette… Et il n'est pas bête le mari, il n’est pas bête du tout : « On venait de punir un voleur pour une escroquerie qu’il avait commise trois ans auparavant ; c’était à son avis une injustice, car au bout de trois ans ce crime n’était plus le sien. On punissait un autre homme, et en plus on le punissait deux fois parce qu'il avait déjà passé trois ans dans le cachot de sa propre peur, dans l’inquiétude permanente que sa culpabilité ne fût prouvée. » et autre phrase du même ordre sont maintes fois répétées à sa femme dans la quête de la vérité…
Et toujours ce chantage obscène… Et toujours cette peur qui monte… Et toujours l'angoisse qui va crescendo. Et toujours, « parlera-t-elle ou non ? ». Diable, comment cela finira-t-il ?
Quant au revirement final, il est, ma foi, tout simplement grandiose !!!

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Le maître de la psychologie

10 étoiles

Critique de Veneziano (Paris, Inscrit le 4 mai 2005, 39 ans) - 26 mars 2017

La Peur est une nouvelle envoûtante, par la montée du suspense qui la traverse et la fin belle et assez heureuse qui y met un terme. C'est encore une grande réussite que ce recueil de nouvelles. Celles qui suivent sont intéressantes, bien que moins impressionnantes. Les personnages sont excellemment décrits et la trame narrative aussi bien maîtrisée qu'il est possible à la lectrice et au lecteur de ressentir la scène, comme si on était placé en son coeur. Cet ouvrage à recommander, comme tout ce qu'écrit Zweig.

Malaise perceptible

10 étoiles

Critique de Nathafi (SAINT-SOUPLET, Inscrite le 20 avril 2011, 50 ans) - 18 août 2013

La peur sous toutes ses formes... Ces six nouvelles sont très prenantes, à ce point que certaines peuvent donner au lecteur un sentiment de malaise.

"La femme et le paysage" m'a particulièrement troublée... Cette attente interminable de l'orage, qui apporterait la pluie et la fraîcheur, dans cette atmosphère étouffante... J'ai apprécié l'écriture de cette nouvelle, la description de ce moment d'une tension extrême et les images de ce paysage et de cette nature à laquelle le protagoniste se confond.

La première, "La peur", montre la triste déchéance de la femme adultère.

"La révélation inattendue d'un métier" joue moins sur le sentiment. C'est plutôt une analyse du personnage, de son savoir-faire, la peur étant indissociable de son activité, par défaut...

"Leporella", "Le bouquiniste Mendel" et la "Collection invisible" parlent de la dévotion, l'une à son Maître, le second aux Livres, et le dernier à l'Art...

Un recueil de nouvelles à lire, pour voir à nouveau Stefan Zweig analyser l'âme humaine, et s'offrir quelques frissons...

Au-delà du talent, au-delà du génie...

10 étoiles

Critique de Provisette1 (, Inscrite le 7 mai 2013, 5 ans) - 16 juillet 2013

Comment parler avec des mots communs d'un tel livre?

Comment pouvoir dire ces émotions d'une si exceptionnelle, si rare intensité qu'elles nous transfigurent, nous laissent comme stupéfiés, béats, en apesanteur?

Oui, comment?

Comment quand l'histoire du bouquiniste Mendel ou du collectionneur vous émeuvent aux larmes par leur humanité profonde?

Zweig écrit à la fin d'une de ces nouvelles: "...je sais que les livres sont faits pour unir les hommes par-delà la mort et nous défendre contre l'ennemi le plus implacable de toute vie, l'oubli."

Zweig: un "trésor" inestimable.

Mon soleil littéraire, quelle que soit la couleur de la nuit.

Un coup de maître

9 étoiles

Critique de Nb (Avion, Inscrit le 27 août 2009, 33 ans) - 18 octobre 2011

Eblouissant. C'est le mot qui me vient à l'esprit pour qualifier ce recueil de nouvelles. Six nouvelles bien distinctes, chacune ayant son charme et sa couleur propre.
La nouvelle titre "La Peur", est sans doute la plus marquante. Stefan Zweig nous y décrit les sentiments éprouvés par une bourgeoise viennoise, terrifiée à l'idée que son mari apprenne qu'elle a un amant. Si le thème n'est pas particulièrement original, la plume de l'auteur retranscrit parfaitement les états d'âme d'Irène et pointe ses faiblesses de façon remarquable.
"Leporella" et "La collection invisible" m'ont aussi particulièrement fasciné, de par le caractère singulier des protagonistes. La servante dévouée, le collectionneur passionné, sont profondément touchants, et leurs défauts ne les rendent que plus humains.
Un petit bémol serait pour la "Révélation inattendue d'un métier", que je n'ai pas su apprécier; j'ai trouvé moins de profondeur dans les personnages.
Cela dit, je conseille bien évidemment la lecture de ce recueil fascinant.

Exceptionnel !

10 étoiles

Critique de Tameine (Lyon, Inscrite le 9 juin 2008, 52 ans) - 23 août 2011

Il est rare quand même, très rare, parmi tous les livres que nous avons le bonheur de lire et de trouver bons, que l'un d'eux de temps en temps surpasse à ce point tous les autres : celui-là en est un : génie de l'écriture, maîtrise absolue d'un suspense à être au bord du malaise, logique de l'histoire et en plus beauté du dénouement. Là Stefan Zweig, qui est un narrateur sublime, on l'a lu dans "le joueur d'échec" ou "Voyage dans le passé", nous tiens en haleine de bout en bout, en apnée même.. Ce livre est renversant.

Une excellente maîtrise de la psychologie

9 étoiles

Critique de Le café de... (Perpignan - Bordeaux, Inscrite le 17 août 2008, 33 ans) - 29 décembre 2008

En lisant ce livre, j'ai moi-même ressenti cette peur, ce malaise vécu par l'héroïne... Bien que pressentant le dénouement de l'histoire, je n'ai pu qu'avoir de l'empathie pour son sort, me trouver près d'elle, espérer que le destin ne s'acharne pas trop sur elle...
Une fois de plus, Stefan Zweig sublime les dialogues psychiques de ses personnages, les dépeint de façon terriblement réaliste, faisant succéder les sentiments de la culpabillité face à la faute cachée.

Vibrant d'humanisme

9 étoiles

Critique de Nance (, Inscrite le 4 octobre 2007, - ans) - 8 juin 2008

J’avais vraiment l’impression de vivre les personnages, de voir avec leurs yeux et sentir avec leurs corps. On les comprend. Stefan Zweig est définitivement mon genre d’écrivain. J’apprécie la finesse et la sensibilité de son l’écriture. C’est un conteur qui maîtrise son l’art. J’ai très peu lu de lui, mais tout ce que j’ai lu est venu me chercher. J’ai été émue. J’ai même pleuré pour La collection invisible, ma nouvelle préférée de ce recueil. Une lecture marquante pour moi. À lire et relire.

La voix de l'étrangère

7 étoiles

Critique de Seby1689 (, Inscrit le 24 février 2007, 36 ans) - 24 février 2007

Le sentiment de culpabilité est au sein de cette histoire d'Irène qui essaie de diviser sa vie en deux sphères qui ne se sont pas reliées. La première, c'est son existence en tant qu'une femme au foyer fidèle, contente de partager sa vie avec ses enfants et son mari. L'autre sphère est celle d'aventure qui la pousse à aller voir son amant le musicien.

Les deux rôles demeurent distincts et n'entraînent pas de difficultés. La culpabilité n'est pas là au début. Dès le commencement de l'histoire, Irène croit normal d'avoir un amant car c'est une chose habituelle chez ses amies. Selon elle, cette affaire n'est rien qu'un plaisir insignifiant qui ne met en doute son amour pour son mari. Tout est bien tranquille jusqu'à ce qu'une étrangère surgisse qui la force à se confronter au conflit entre ses deux rôles de femme au foyer et adultère.

Après que l'étrangère menace Irène de révéler son infidélité à son mari, elle s'efforce de l'ignorer. Mais Irène ne peut pas s'arrêter d'y penser. La voix de l'étrangère qui l'accuse d'être légère fait écho dans ses pensées malgré sa résolution de croire qu'elle n'ait pas commis une injustice. Irène s'assujettit à cette voix de l'étrangère car elle ne cesse pas de parler dans sa tête.

Sous la pression de cette voix, Irène perd son point de vue initial et commence peu à peu à éprouver des remords d'être injuste envers son mari. Après avoir été accusée sans relâche par la maître-chanteuse, Irène finit par croire qu'elle ne mérite plus l'amour de son mari. Elle évite son regard, se crispe, et se tend en sa présence. Pendant la nuit, elle tremble avant de s'endormir et se réveille en sueur parce qu'elle a fait des cauchemars.

Tout à fait comme Freud, son contemporain Viennois, Zweig comprenait bien le pouvoir hypnotisant de la manipulation émotionnelle de renforcer les moeurs vieilles et d'annuler la confiance des gens qui en dépassaient les limites.

Toute la force de Zweig

9 étoiles

Critique de Oxymore (Nantes, Inscrit le 25 mars 2005, 45 ans) - 12 juillet 2005

La peur

Cet ouvrage n'est pas le plus connu de Stefan Zweig, pourtant il mérite une attention particulière au travers des six nouvelles proposées.
La peur tout d'abord, nous entraine au plus profond des angoisses d'une femme qui a commis l'adultère et qui se voit contrainte de payer une femme pour lui acheter son silence. L'épilogue est étonnant et contient un beau message d'amour.
La révélation inattendue d'un métier raconte la fascination que suscite à un témoin oculaire la curieuse occupation d'un homme aperçu dans un quartier parisien. Clochard ? Détective ? Non cet homme se révèle être un pickpocket et notre témoin-narrateur va suivre, tracer, épier dans tous les recoins cet homme jusqu'à en éprouver une sympathie réelle.
Leporella retrace la véritable dévotion d'une ancillaire envers son patron, comte Autrichien qui déteste sa femme avec diplomatie et fatalité. Austère, étique et renfermée notre chère servante va rendre un sacré service (du moins le croit-elle) au comte et sceller l'épilogue de cette nouvelle qui sonne comme un Zola ou un Balzac.
La femme et le paysage est un hymne à l'amour et à la nature, les deux étant constamment placés (implicitement) sur un même plan ici. Zweig décrit à merveille cette nature qui gronde, ces feuilles qui courent, ces nuages qui crèvent et enfin cette chaleur qui n'en finit pas. Les mots sont justes, précis et donnent une puissance réelle à cette nouvelle qui prend la consistance d'un roman.
Le bouquiniste Mendel c'est ce petit homme juif qui depuis trente ans s'assied chaque jour à la table du café Gluck à Vienne pour faire l'inventaire et donner les références d'une multitude de livres. Doté d'une mémoire exceptionnelle, Mendel n'a nul besoin de papier ou de notes, son cerveau emmagasinant le tout de façon titanesque. Désireux de peu, Mendel ne vit qu'au travers de ses livres jusqu'au jour où des gendarmes viennent le chercher pour le mener au camp. La singularité de son destin le ramènera au café Gluck mais.... la mémoire des hommes est courte, le temps passe et le souvenir s'évanouit. Zweig s'attache ici à nous montrer combien les livres sont importants et détiennent les clés de toutes les .... histoires, si petites soient-elles.
La collection invisible enfin nous transporte dans une bourgade autrichienne où un homme vient rencontrer un vieux collectionneur d'estampes devenu aveugle. Ce dernier va présenter une bien étrange collection à son visiteur et nous prouver à quel point la passion maintient tendu quelquefois le minuscule fil de la vie. Cette dernière nouvelle est très touchante et reflète la puissance de Zweig, sa propension a donner à l'homme toute sa force, à en ressortir toute sa bonté mais aussi toute sa faiblesse.

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