Près de la mer de Abdulrazak Gurnah

Près de la mer de Abdulrazak Gurnah
(By the sea)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone , Littérature => Africaine

Critiqué par Débézed, le 6 avril 2012 (Besançon, Inscrit le 10 février 2008, 70 ans)
La note : 8 étoiles
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« C’était arrivé parce que je le désirais. »

Un vieil africain, usé, originaire d’une île qui n’est jamais citée mais qui pourrait être Zanzibar, celle où est né l’auteur, essaie de pénétrer en Grande Bretagne avec des faux papiers en jouant à celui qui ne comprend pas l’anglais. L’interprète, sollicité pour communiquer avec le vieil homme, constate avec stupeur que celui-ci porte le même nom que son père désormais décédé et qu’ils sont issus tous les deux de la même île. Alors, entre les deux personnages, se noue une relation ambiguë au cours de laquelle le vieil homme essaie de faire comprendre, à son concitoyen d’origine, l’histoire qu’il a vécue. Cette histoire qui se mélange continuellement avec celle de leur pays commun, de leur ville, de leurs familles réciproques qui se sont rencontrées, côtoyées, mélangées, opposées, combattues, haïes, trahies, pour des raisons pas très nobles, futiles, mercantiles et puériles, attisées par un commerçant qui joue le rôle de l’ami des deux parties qu’il trahit de la même façon. « Avez-vous remarqué les incroyables conséquences des querelles de famille dans l’histoire des sociétés islamiques. »

Avec pour fond l’Océan Indien à l'époque où les commerçants y régnaient en maîtres sous l’œil attentif des Européens, surtout anglais et portugais, l’auteur évoque la nostalgie d’un temps révolu où la liberté était peut-être limitée par l’occupant mais où régnaient la paix et le calme nécessaires aux transactions commerciales. La fin d’une époque, la mort du mythe de la splendeur du Sultanat de Zanzibar qui a fait rêver tant de générations d’Européens.

Dans une prose dense, riche, au rythme lent qui correspond à celui de ce vieux noir usé qui a connu bien des misères dont celles des geôles des dictateurs tanzaniens, l’auteur raconte le parcours du combattant de l’exilé, sa réticence à s’intégrer, sa difficulté de rompre avec son passé, son pays, sa culture, son peuple et sa famille même si elle n’est plus. Il stigmatise aussi le rôle de la religion dans les luttes entre les peuples et les familles ; il ne peut, cependant, pas cacher que la religion est nécessaire à sa vie et surtout à la gestion de la fin de celle-ci.

Mais, pour moi, ce livre atteint sa véritable plénitude à travers le discours que Gurnah propose, sur la mémoire, le passé qui construit le présent et projette l’avenir, les souvenirs qu’on a gardés, ceux qu’on perdus et, ceux qu’on voudrait avoir. Car la mémoire n’est pas une chose fiable, c’est une reconstruction de ce qui a été par ce qui est, le souvenir du passé qu’on voudrait avoir eu peut-être plus que celui qu’on a eu. Et, ces deux êtres s’enferment dans un huis clos où ils essaient de satisfaire leur besoin de savoir pour être, quitte à réinventer le passé pour qu’il soit conforme aux souvenirs qu’ils voudraient avoir pour justifier leur présent et appréhender leur avenir. Une façon de voir les choses telles qu’ils voudraient les voir et pas forcément telles qu’elles ont été.

« Peut-être ai-je rêvé cette chose là, l’ai-je fantasmée. Peut-être l’ai-je désirée, et j’ai pensé que c’était arrivé parce que je le désirais. »

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