Arvida de Samuel Archibald

Arvida de Samuel Archibald

Catégorie(s) : Littérature => Francophone , Littérature => Nouvelles

Critiqué par Montréalaise, le 17 février 2012 (Inscrite le 7 août 2010, 26 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 4 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (20 598ème position).
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À la recherche d'histoires perdues

« Honnêtement, je ne sais plus si c'est une histoire vraie ou une histoire inventée, mais je sais que c'est toute la littérature que je sortirais jamais d'une MacCroquette. Au final, je me retrouve jamais là. Les MacCroquettes ne sont pas des madeleines, l'oubli est plus fort que la mémoire et on peut pas écrire toute sa vie sur l'impossibilité de raconter » (p. 313).

À l'autre bout du monde il y a Arvida, ville modèle érigée au début du vingtième siècle par l'industriel américain Arthur Vining Davis.

Le narrateur de ce livre est né là, dans la capitale de l'aluminium, construite en cent trente-cinq jours. Petite utopie nordique peuplée de braves gens, de menteurs compulsifs et de pures crapules. Dans les quatre paroisses d'Arvida, le long du Saguenay et par-delà l'horizon bleuté des monts Valin, on se raconte des histoires de nuits en forêt et de matins difficiles. Des histoires de jeunes filles innocentes et de bêtes sauvages, de meurtres ratés et de mutilation rituelle, de roadtrip vers nulle part et de maison hantée. Des histoires tantôt tristes, tantôt drôles, tantôt horribles, et souvent un peu tout ça à la fois, mémorables pour leur profonde authenticité, même si, il faut bien le dire, elles sont toutes à moitié fausses et à moitié inventées.

Digne fils de son conteur de père, Samuel Archibald se révèle dans ces pages un émule de Cormac McCarthy obsédé par Proust, un héritier d'Anne Hébert qui a trop lu Jim Thompson et Stephen King.

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Recréer un univers unique

7 étoiles

Critique de Angreval (Brossard, Inscrit le 11 août 2010, 72 ans) - 11 janvier 2016

Le sous-titre < Histoires > est approprié pour ces récits campés pour la plupart dans la région d'Arvida au Saguenay. Par touches successives, l'auteur nous immerge dans un monde qui prend vie sous nos yeux. Par les expressions, par la langue et par la précision des images qu'il évoque, l'auteur recrée un univers qui a son caractère unique mais assez proche de nous pour croire y habiter.

Pourtant son caractère si vivant a quelque chose d'intemporel qui dans notre imaginaire, nous fait camper les récits quelque part au milieu du XXè siècle, sinon avant. Mais tout-à- coup un détail, un objet nous ramène dans un passé beaucoup plus proche. C'est là qu'on comprend que ce passé est celui d'un auteur bien jeune qui puise dans les souvenirs de son enfance et dans les anecdotes transmises par ses parents ... qui sont mes contemporains. Ça donne un coup de vieux au lecteur mais ça témoigne également de l'art de l'auteur à donner vie à son univers.

Un bémol pour ma part: la nouvelle Jigai, bien qu'elle puisse exprimer l'horreur conséquente à un abus évoqué dans une nouvelle antérieure, brise le ton du livre qui heureusement reprend son souffle dans les nouvelles suivantes.

J’aime un peu, beaucoup…pas passionnément!

8 étoiles

Critique de FranBlan (Montréal, Québec, Inscrite le 28 août 2004, 77 ans) - 3 mars 2013

Impossible de résumer un bouquet d’histoires aussi dense, éclectique…,
Samuel Archibald ratisse large: s’y croisent les héros locaux, une parenté faite de personnages plus grands que nature, des filles marquées au fer rouge par leur histoire intime, et un félin mythique qui courrait toujours dans la région…
Dès qu’on croit avoir saisi de quel bois se chauffe l’écrivain, il nous entraîne ailleurs…
J’ai lu les trois ou quatre premières histoires, quelques soixante-quinze pages, puis j’ai abandonné; quelques semaines plus tard, j’ai tout relu du début…, jusqu’à la fin!

L’écriture est maîtrisée, parsemée d’images saisissantes et poétiques, ailleurs infusée d’oralité (América).
On navigue entre fantastique et folklore régional, tout ça mis au service d’un art du récit jubilatoire, maîtrisé, libre, dans sa forme, d’entremêler souvenirs d’enfance et conte gothique.
Une voix bien distincte vient d’apparaître et on ne peut qu’avoir envie de la célébrer.

Même si je n’ai su apprécier les quatorze histoires de manière égale, la qualité de l’écriture, qui donne vie ainsi qu’une forme à ces histoires, transcende mon plaisir inégal.
Car l’écriture est là, aussi maîtrisée qu’inspirée, triomphante!

De la madeleine à la mac-croquette

8 étoiles

Critique de Libris québécis (Montréal, Inscrit(e) le 22 novembre 2002, 77 ans) - 8 mars 2012

Les gens d’Arvida sont gens de causerie, qui parlent pour parler, dirait Gilles Vigneault. Il faut les écouter. C’est parfois vérité, c’est parfois mensonge, mais la plupart du temps, c’est le bonheur qu’ils tentent de saisir à travers la misère emmaillée au plaisir d’en parler à l’aise à l’ombre de l’Alcoa, une fonderie érigée nulle part à quelque 200 km au nord de la ville de Québec. La ville n’a pas emprunté son nom aux Amérindiens. Ses trois syllabes sont tirées des premières du nom du fondateur américain Arthur Vining Davis. Construite en 135 jours en 1925, la capitale de l’aluminium a réuni les employés et tous les ouvriers spécialisés venus des quatre coins de notre ronde planète pour y travailler et se donner un pays à dire.

Sourire en coin et larmes ravalées, Samuel Archibald, né à Arvida en 1978, raconte « l’antan » de sa ville natale avant qu’il ne s’évanouisse dans la nuit de ses souvenirs, à l’instar de Fred Pellerin, qui a ajouté son village de Saint-Élie-de-Caxton à l’itinéraire des touristes québécois. Les deux auteurs sont redevables à leurs grand-mères pour la restauration du fier blason de leurs lieux de naissance.

De la bouche de la sienne, le jeune Samuel apprend que son père était et est toujours un fieffé menteur. C’est un conteur qui allie la menterie (mensonge) à l’histoire. Victor Hugo aurait écrit qu’il se consacre à raconter une « Histoire écoutée aux portes de la légende ». Fier rejeton de son géniteur, le fils a suivi ses traces en 2011.

Comme Proust avec sa madeleine, Archibald exerce sa mémoire sans pudeur et sans prétention devant un mac-croquette, peut-on imaginer. « À la recherche du temps perdu » il essaie de raviver sa ville, annexée après son déclin au chef-lieu de la région. Légende, événement glorieux, crainte des animaux, partie de pêche, amour déçu, maison hantée, déficience mentale, abus d’alcool et des corps, histoire familiale, chaque élément est amené sans crier gare avant que l’auteur ne découvre son don pour l’écriture avec la vieille Underwood de sa grand-mère.

On présente l’œuvre comme un recueil de nouvelles. Pas du tout. C’est un roman, voire une autofiction. Comme on est l’homme de son enfance, Samuel Archibald tient aux repères qui ont présidé à son « formatage » dans le milieu clos d’une ville conceptualisée pour la fabrication de l’aluminium. Sans être iconoclaste, il a cependant transgressé le concept pour vivre au rythme du monde comme professeur et romancier.

Romancier qui fait des détours incongrus à travers les légendes d'ailleurs. Son roman s’éloigne ainsi quelque peu du sujet qu’il traite dans une langue affaiblie par les réformes scolaires. Les jeunes auteurs ne manipulent pas aisément les mots de liaison comme les conjonctions ou les pronoms relatifs. « Sa grand-mère quitte le Saguenay pour revenir à Beauport, dont ses sœurs ne s’étaient jamais éloignées. » Le «dont» devrait être un «d’où». Mais il reste que cette œuvre est exemplaire comme autofiction. Elle a fui le nombrilisme pour laisser place aux gens et aux événements qui ont concouru à la genèse de l’auteur.

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