Roger Casement était citoyen britannique mais conservait en lui cette identité irlandaise qui l’a emmené à se battre pour l’indépendance de son pays. A la recherche constante de sa culture celtique, il voulait briser le joug de l’Angleterre imposé à son Irlande natale. Mal lui en prit quand il crut pouvoir se servir du conflit mondial qui secouait l’Europe en ce début du 20°siècle.
Tel était ce personnage réel, précurseur de l’autonomie irlandaise, que Mario Vargas Llosa a le mérite de nous faire connaître. Un rêveur qui croyait à l’émancipation, mais un rêveur éveillé qui s’est forgé à la lutte contre l’injustice en dénonçant les atrocités commises au Congo belge et en Amazonie péruvienne.
Car Roger Casement, en tant que sujet britannique, fut envoyé par sa gracieuse majesté aux confins des comptoirs anglais comme diplomate. Et c’est au cours de ses voyages en Afrique puis au Pérou qu’il constata les drames imposés aux populations indigènes. Au nom de la rentabilité, l’exploitation du caoutchouc devint surtout celle des femmes et des hommes soumis à la barbarie, aux tortures et au dénuement le plus total. L’envoyé britannique alerta les pouvoirs publics européens de ces exactions et fut élevé au titre de lord par la reine.
Mais comment ne pas faire de parallèle avec la situation vécue par son propre peuple ? Roger Casement développa alors le même sentiment d’injustice qu’il avait ressenti ailleurs contre toute forme de totalitarisme, contre l’injustice sociale et la tyrannie. Son Irlande était envahie par ceux qui l’avaient anobli.
Des rives du Congo à celles de l’Amazone, Mario Vargas Llosa nous emporte enfin à Dublin où la répression à la révolte irlandaise fut un acte de colonialisme cruel. Ce que Casement avait dénoncé se produisait chez lui.
Sans corroborer la vision très tranchée de Casement avec ce rapport effectué entre situation des indigènes et celle des femmes et des hommes de son pays, le combat qu’il mena pour la justice l’honore totalement. La méthode employée soulève encore aujourd’hui une polémique incontestable, Roger Casement étant encore considéré en Angleterre comme coupable de haute trahison.
Le livre nous apprend des faits trop souvent ignorés. Il eut été, selon moi, souhaitable que l’auteur ne s’attarde pas avec une certaine complaisance aux fantasmes de son personnage, ce qui le rend certes très humain, mais plus aux actes et motivations qui l’ont emmené à coopérer avec l’ennemi. Car c’est de Berlin que Roger Casement tenta d’assouvir son rêve d’indépendance. L’Europe se déchirait.
Une belle leçon d’histoire pour comprendre les imbrications qui mènent parfois des hommes à commettre des choses incomprises par d’autres.
Hamilcar (PARIS, Inscrit le 1 septembre 2010, 56 ans) - 24 avril 2012 |