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Le rêve du Celte de Mario Vargas Llosa

Titre original : El sueño del Celta

Catégorie(s) : Littérature => Romans historiques , Littérature => Sud-américaine

critiqué par Tanneguy, le 29 octobre 2011 (Paris, Inscrit le 21 septembre 2006, 72 ans)

La note: 10 etoiles
Moyenne des notes : 9 etoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 6 etoiles (12 131ème position).
Visites : 777 

Remarquable !

Je n'avais jamais entendu parler de Roger Casement (1864-1916) avant d'entamer le roman de Vargas Llosa. Et pourtant il est aujourd'hui presque vénéré en Irlande (beaucoup moins en Ulster !)et le web regorge de références à son sujet. C'est un personnage hors du commun que le récent Prix Nobel de littérature a voulu étudier dans un "roman", probablement très proche de la réalité.

Le jeune Casement, sujet britannique d'origine irlandaise, est passionné très jeune par les exploits des découvreurs de continents (Stanley-Livingstone ont bercé son enfance !). A 20 ans il part en Afrique et accompagnera même Stanley qui participe à l'édification du Congo Belge. Mais il commence à se poser de sérieuses questions sur le comportement des colonisateurs et se tient à l'écart. Il rejoindra le Foreign Office britannique et, consul au Congo, il se verra chargé d'une mission officielle pour évaluer les conditions de l'exploitation du caoutchouc dans le Haut-Congo et dénoncera les sévices infligés aux autochtones dans un rapport hautement apprécié à Londres, qui l'enverra quelques années plus tard effectuer le même travail dans les forêts amazoniennes du Pérou. Son nouveau rapport aura un même succès et lui vaudra d'être anobli par la Couronne ! Mais cela lui vaudra aussi de nombreux ennemis. Epuisé physiquement, sir Roger présentera sa démission et se consacrera désormais à la lutte pour la libération de l'Irlande qui le mènera à l'échafaud en 1916.

L'auteur s'attache surtout à nous présenter la complexité du personnage, qui par exemple montrait une vive attirance sexuelle pour les jeunes et beaux garçons, une chose peu appréciée par la puritaine société britannique et la très catholique Irlande. Par ailleurs il n'hésita pas à se compromettre avec l'Allemagne, y compris lors de la Grande Guerre.

Le roman passe d'un épisode à l'autre avec maestria, le style est limpide, l'intérêt du lecteur ne faiblit pas. De somptueuses descriptions de la nature sauvage et de ses difficultés jalonnent le récit. Et nous restons à nous poser des questions sans fin sur la personnalité de cet être de chair et de sang qui ne peut laisser personne indifférent.

Un très grand livre digne d'un Prix Nobel !

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Les éditions
small Le rêve du Celte [Texte imprimé], roman Mario Vargas Llosa traduit de l'espagnol (Pérou) par Albert Bensoussan et Anne-Marie Casès
de Vargas Llosa, Mario Bensoussan, Albert (Traducteur) Casès, Anne-Marie (Traducteur)
Gallimard / Du monde entier (Paris)
ISBN : 9782070132898 ; EUR 22,90 ; 2011-10-06 ; 521 p. ; Broché
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Un rêveur éveillé 7 etoiles

Roger Casement était citoyen britannique mais conservait en lui cette identité irlandaise qui l’a emmené à se battre pour l’indépendance de son pays. A la recherche constante de sa culture celtique, il voulait briser le joug de l’Angleterre imposé à son Irlande natale. Mal lui en prit quand il crut pouvoir se servir du conflit mondial qui secouait l’Europe en ce début du 20°siècle.
Tel était ce personnage réel, précurseur de l’autonomie irlandaise, que Mario Vargas Llosa a le mérite de nous faire connaître. Un rêveur qui croyait à l’émancipation, mais un rêveur éveillé qui s’est forgé à la lutte contre l’injustice en dénonçant les atrocités commises au Congo belge et en Amazonie péruvienne.
Car Roger Casement, en tant que sujet britannique, fut envoyé par sa gracieuse majesté aux confins des comptoirs anglais comme diplomate. Et c’est au cours de ses voyages en Afrique puis au Pérou qu’il constata les drames imposés aux populations indigènes. Au nom de la rentabilité, l’exploitation du caoutchouc devint surtout celle des femmes et des hommes soumis à la barbarie, aux tortures et au dénuement le plus total. L’envoyé britannique alerta les pouvoirs publics européens de ces exactions et fut élevé au titre de lord par la reine.
Mais comment ne pas faire de parallèle avec la situation vécue par son propre peuple ? Roger Casement développa alors le même sentiment d’injustice qu’il avait ressenti ailleurs contre toute forme de totalitarisme, contre l’injustice sociale et la tyrannie. Son Irlande était envahie par ceux qui l’avaient anobli.
Des rives du Congo à celles de l’Amazone, Mario Vargas Llosa nous emporte enfin à Dublin où la répression à la révolte irlandaise fut un acte de colonialisme cruel. Ce que Casement avait dénoncé se produisait chez lui.
Sans corroborer la vision très tranchée de Casement avec ce rapport effectué entre situation des indigènes et celle des femmes et des hommes de son pays, le combat qu’il mena pour la justice l’honore totalement. La méthode employée soulève encore aujourd’hui une polémique incontestable, Roger Casement étant encore considéré en Angleterre comme coupable de haute trahison.
Le livre nous apprend des faits trop souvent ignorés. Il eut été, selon moi, souhaitable que l’auteur ne s’attarde pas avec une certaine complaisance aux fantasmes de son personnage, ce qui le rend certes très humain, mais plus aux actes et motivations qui l’ont emmené à coopérer avec l’ennemi. Car c’est de Berlin que Roger Casement tenta d’assouvir son rêve d’indépendance. L’Europe se déchirait.
Une belle leçon d’histoire pour comprendre les imbrications qui mènent parfois des hommes à commettre des choses incomprises par d’autres.

Hamilcar (PARIS, Inscrit le 1 septembre 2010, 56 ans) - 24 avril 2012


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