Photo de groupe au bord du fleuve de Emmanuel Dongala

Photo de groupe au bord du fleuve de Emmanuel Dongala

Catégorie(s) : Littérature => Francophone , Littérature => Africaine

Critiqué par Ghislaine Sathoud, le 27 juin 2010 (Inscrite le 28 mai 2008, 48 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 22 avis)
Cote pondérée : 8 étoiles (566ème position).
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Photo de groupe au bord du fleuve, d’Emmanuel Dongala

L’époque où le combat des femmes était discrédité serait-elle terminée ? Oserait-on affirmer que les hommes et les femmes sont égaux ? Et bien, par exemple, concernant les « libertés » âprement défendues par le mouvement mondial des femmes, il est primordial de noter un gain significatif : l’égalité des sexes est reconnue légalement. Toutefois, dans les faits, il y a encore loin de la coupe aux lèvres…
Nous le savons tous : dans plusieurs pays d’Afrique, la population féminine est majoritaire. Cela ne constitue pourtant pas un avantage. En effet, personne ne sera surpris d’apprendre que la présence des femmes est presque inexistante dans les sphères décisionnelles, et ce, depuis fort longtemps. C’est une réalité tangible ! Quoi qu’il en soit, qui oserait prétendre le contraire ?

Et pour cette raison comme pour beaucoup d’autres, elles doivent constamment lutter pour se faire une place au soleil : le saviez-vous ? Il est indéniable que les discriminations fondées sur le sexe nuisent à l’émancipation des femmes. Parviendra-t-on à se libérer de ces idées préconçues ?
Nous avons tous déjà entendu parler du préjugé selon lequel la femme est le sexe faible. Mais, est-ce vraiment le cas ?
En tout cas, elles sont de plus en plus nombreuses ces battantes qui, quels que soient leur statut social et leur niveau d’instruction, s’insurgent contre les multiples et perpétuelles oppressions imposées aux femmes. Sont-elles des féministes ? Qu’est-ce que le féminisme ?
Pour faire une histoire courte, soulignons simplement que le féminisme est pluriel. Par ailleurs, cette diversité d’opinions devrait être considérée comme positive dans la mesure où elle met l’accent sur les convergences plutôt que les divergences.
Mais oui, bien sûr : les Africaines, elles aussi, contrairement aux rumeurs répandues et entretenues à leur sujet, se battent, à leur manière et avec les moyens du bord, pour combattre le patriarcat. Ces femmes combatives essayent de changer le cours des choses. Plus intéressant encore, les citoyennes originaires d’Afrique peuvent désormais compter sur le soutien de leurs congénères masculins. Certains hommes tendent la main aux femmes – dans une démarche solidaire, totalement platonique et désintéressée – pour faire triompher la justice sociale.
Parmi ceux-ci, citons Emmanuel Dongala, écrivain Congolais, qui vient de publier un ouvrage intitulé Photo de groupe au bord du fleuve aux éditions Actes Sud. Ce roman féministe valorise le courage et la détermination des Africaines qui, ce n’est un secret pour personne, travaillent intensément, dans des conditions exécrables, pour prendre soin de leur entourage. Elles sont les premières à se lever et les dernières à se coucher, assumant ainsi loyalement, inlassablement et assidûment leurs responsabilités familiales. Ces braves héroïnes s’adonnent, avec une détermination sans pareille, aux travaux domestiques, artisan aux et champêtres.
D’ailleurs, ces pénibles conditions de vie occupent une place significative dans le registre des requêtes féministes à l’échelle mondiale. Il faut tout d’abord mentionner le constat suivant : la lectrice retrouve ces travailleuses infatigables dans le livre cité plus haut. Puis, il convient également de préciser que nous n’allons pas ici procéder à une analyse littéraire ladite œuvre. Enfin, et c’est plus important, notre démarche consiste à relever d’autres aspects, tout aussi plaisants, qui donnent à cette publication une dimension constructive.
Une question fondamentale mérite d’être posée : à qui s’adresse l’auteur ? À notre avis, le professeur de littérature africaine francophone à Bard College, aux Etats-Unis montre au créneau pour lancer un message pacifique, unificateur, à tout le monde, aussi bien les femmes que les hommes. Et à ce propos, cette réflexion menée habillement par Emmanuel Dongala nous interpelle à plus d’un titre.
En effet, les portraits dépeints dans ce roman présentent des femmes comme les féministes les aiment. Nombre d’images positives, toutes aussi attrayantes les unes que les autres, se succèdent tout au long des 334 pages. On est bien loin de cette perception erronée, dénigrante et humiliante selon laquelle les femmes sont partisanes du moindre effort.
Voici un extrait intéressant du livre :
« Chers sœurs et camarades, nous sommes des femmes qui essayons de gagner notre vie en cassant et vendant la pierre. Il y a parmi nous des femmes qui sont allées à l’école et des femmes qui ne savent pas lire, il y a des jeunes et des plus âgées, il y a des femmes mariées et des célibataires, des veuves et des divorcées. Nous n’attendons pas que l’Etat nous donne un salaire. Nous, nous sommes des femmes actives et tout ce que nous voulons, c’est qu’on nous achète notre marchandise à son juste prix.» (1)
Comme on le constate, Emmanuel Dongala veut redorer le blason de ses frangines en démontrant que l’on peut gagner sa vie à la sueur de son front, peu importe le sexe. Outre cela, il énumère des protestations revendicatrices menées courageusement par la gent féminine tant en Afrique qu’ailleurs dans le monde.
Ce geste est très symbolique : les femmes sont les grandes oubliées de l’Histoire, leurs contributions sont souvent, sous l’impulsion des ambitions dominatrices, reléguées au second plan.
Or, l’ouvrage Photo de groupe au bord du fleuve retrace les actions remarquables et mémorables inscrites dans les annales des conquêtes féministes :
«Tu penses à ces femmes de Guinée qui, les premières, avaient osé défier le dictateur Sékou Touré en organisant une marche sur son palais ; et aussi à ces femmes maliennes qui avaient bravé un autre dictateur, Moussa Traoré. Tu penses aux mères des disparus chiliens sous les fenêtres de Pinochet, aux femmes d’Argentine qui avaient manifesté pour les enfants enlevés. Plus tu y penses, plus tu es exaltée. Et les noms des femmes fortes de l’histoire te reviennent : Kimpa Vita qui, dans l’ancien royaume du Kongo, avait mené des troupes contre l’occupant portugais, Rosa Park qui avait refusé de céder sa place de bus à un blanc dans une ville du Sud des Etats-Unis d’Amérique.» (2)
Pour conclure, Photo de groupe au bord du fleuve est une œuvre fort intéressante qui nous entraîne dans les sinuosités des velléités féministes. On y découvre des femmes fortes, indépendantes et soucieuses de leur émancipation. Une description. C’est pourquoi nous recommandons fortement ce livre.

Notes :
(1) Photo de groupe au bord du fleuve, p. 129.
(2) Op.Cit. P, 119.

Né en 1941 d’un père congolais et d’une mère centrafricaine, Emmanuel Dongala a quitté le Congo au moment de la guerre civile de 1997. Il vit actuellement aux Etats-Unis, où il enseigne la chimie et la littérature africaine francophone à Bard College at Simonk’s Rock. Son œuvre est traduite dans une douzaine de langues et son roman Johnny chien méchant (Le Serpent à plumes, 2002) a été adapté au cinéma par Jean-Sthéphane Sauvaire sous le titre Johnny Mad Dog

Message de la modération : Prix CL 2013 catégorie Roman de la francophonie

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L'union fait la force

7 étoiles

Critique de Fanou03 (*, Inscrit le 13 mars 2011, 42 ans) - 14 janvier 2016

Le scénario est certes assez classique mais Emmanuel Dongala a mis beaucoup de soin dans la construction, l'enchaînement des péripéties et le rythme de son roman, lui conférant une architecture particulièrement aboutie. Il faut dire que la concentration des événements sur quelques jours seulement participe avec efficacité à la densité dramatique de cette chronique sociale portant aussi bien sur l’inégalité de la répartition des richesses en Afrique, ou sur la dictature, que sur la place des femmes sur le continent. Les doutes de Méré, protagoniste principal et porte-parole du groupe des femmes, quant à sa légitimité dans ce rôle et les choix qu'elle prend en leur nom sont intelligemment développés et font aussi écho aux difficultés de la pratique de la "démocratie".

Notons ceci dit que malgré ces thématiques plutôt graves, l’auteur évite l’écueil du misérabilisme. Pour cela il injecte au roman de revigorantes doses de vie et d’optimisme: la solidarité des femmes du chantier, un ton parfois gouailleur ou des scènes légères (par exemple la scène du crêpage de chignon par chanson interposée entre Anne-Marie et la femme de son amant, très drôle), des personnages à la limite du ridicule (comme Tito Rangi, l'ex-mari de Méré), donnent un peu de baume au cœur. Et du baume au cœur il en faut, car l'histoire de Photo de groupe au bord du Fleuve est aussi un moyen pour raconter sans détour les traumatismes tragiques que peuvent vivre les femmes africaines.

L’aspect un peu naïf et léger de certains passages affaiblit sans doute le message strictement politique et réaliste du livre. Mais Emmanuel Dongala a su trouver cependant un équilibre assez juste entre les deux, me rappelant quelque peu, dans son esprit en tout cas, un autre roman africain, la Grève des Battu, de l'auteure sénégalaise Aminata Sow Fall, qui vous plaira sans doute si vous avez apprécié celui-ci.

Le deuxième bureau.

8 étoiles

Critique de Monocle (tournai, Inscrit le 19 février 2010, 57 ans) - 24 avril 2015

Le deuxième bureau c'est la façon savoureuse dont on parle du mari qui a une maîtresse.
Ce livre est truffé de ces merveilleuses expressions d'un parler-chantant que l'on emploie sous le soleil écrasant de l'Afrique.
L'histoire est ponctuée par des "clips" de la radio qui plongent le lecteur dans la réalité de ce continent : la femme n'a pas de droit, elle n'est qu'au travers de l'homme.
Donc au bord du fleuve quelques femmes vont se rebeller contre l'injustice. Voici donc une jolie histoire africaine (un peu comme un conte de fées) mais qui relate des choses graves. Là, le pari de l'auteur est réussi.

Quelques jolies citations :
- La question de l'heure est toujours une problème dans un pays où l'heure est toujours en avance et où les gens arrivent toujours en retard.
- La réalité est que, parfois un mensonge peut mieux sauvegarder un mariage que la vérité toute.
- Tu comprends pourquoi dans un pays pauvre comme le tien, et par-dessus tout corrompu, les gens non seulement peuvent s'accrocher au pouvoir mais sont prêts à tuer pour y rester !

une belle histoire

7 étoiles

Critique de Joanna80 (Amiens, Inscrite le 19 décembre 2011, 61 ans) - 4 octobre 2014

Une histoire d'une révolte d'un groupe de femmes qui réussit, et c'est ça qui me paraît très optimiste, trop optimiste pour être vrai. Les morceaux des informations à la radio sont très réels par contre. Un peu contradictoire, mais ça reste un bon roman qui vaut le coup d'être lu.

de la pierre en tant qu'affaire d'état

7 étoiles

Critique de Ellane92 (Boulogne-Billancourt, Inscrite le 26 avril 2012, 41 ans) - 21 novembre 2013

Découvert à l'occasion du prix CL 2013, Photo de groupe au bord du fleuve est un bon livre, qu'il faut lire parce qu'il dénonce la condition inhumaine des femmes africaines, fait état d'un combat qu'il ne faut pas abandonner, et évoque la possibilité d'avoir un peu plus de justice en ce monde (si toutes les femmes du monde voulaient se donner la main…).
Ce livre dénonce la précarité des femmes africaines, la misère, la violence dont elles sont l'objet, leurs humiliations, la corruption du système politique… de façon plutôt originale, en mettant en scène un groupe de femmes qui se révolte. Mais cette dénonciation me parait manquer de réalisme. Par exemple, le déroulement de cette histoire me parait peu crédible en premier lieu. L'auteur émaille son récit des histoires terribles de chacune de ces femmes (expropriations, viols, violences, etc) commis en toute impunité par leur mari ou leur famille ; il évoque également, par les histoires des unes ou des autres, ou les bulletins d'information, les disparitions des gêneurs ou d'anonymes, les tirs sur une foule pacifique, etc… La résistance d'une quinzaine de femmes seules non armées, non politisées, non défendues, sans répression ou presque (oui je sais, il y a quelques représailles, mais tellement "peu"), me parait juste impossible. D'autre part, je n'ai jamais réussi à m'immerger totalement dans la vie et les pensées de Méréana. L'utilisation du "tu narratif", sensé je suppose impliquer le lecteur dans l'histoire, m'a au contraire contrainte à prendre de la distance par rapport au personnage de la "meneuse" de ces femmes. De plus, certaines pensées, réactions, ou absences de réactions, m'ont parues peu compatibles avec celles d'une femme, quelle que soit sa nationalité ou sa culture. Au final, j'ai eu l'impression qu'un homme écrivait avec sa vision des femmes une histoire de femmes… un peu en décalage.

Ces hommes qui ont volé nos cailloux pensent que nous sommes femmes et que nous allons nous taire comme d’habitude. Quand ils nous battent au foyer, nous ne disons rien, quand ils nous chassent et prennent tous nos biens à la mort de nos maris, nous ne disons rien, quand ils nous paient moins bien qu’eux-mêmes, nous ne disons rien, quand ils nous violent et qu’en réponse à nos plaintes il disent que nous l’avons bien cherché, nous ne disons toujours rien et aujourd’hui ils pensent qu’en prenant de force nos cailloux, encore une fois, nous ne dirons rien. Eh bien non ! Cette fois-ci ils se trompent ! Trop, c’est trop !

Héroïne malgré elle

6 étoiles

Critique de Isad (Saint-Germain-en-Laye, Inscrite le 3 avril 2011, 57 ans) - 15 septembre 2013

Le style de ce livre est particulier. Le narrateur s’adresse à la protagoniste principale ou au groupe dont elle est devenue la porte-parole comme s’il leur racontait leur histoire et voulait leur accord pour savoir s’il le fait correctement. Cela donne l’impression d’une sorte de distance bienveillante.

L’histoire se passe en Afrique et on peut penser qu’il s’agit du Congo dont l’auteur est originaire. Un groupe de femmes qui se sont retrouvées à casser les cailloux qui sont le matériau de base pour les projets grandioses du président décide d’en augmenter les prix car elles ont entendu à la radio que les entreprises avaient augmenter les leurs. Or, les réflexes non démocratiques ne sont toujours pas oubliés et la police vient prendre les sacs qu’elles n’ont pas voulu brader. Des coups sont échangés, une balle atteint grièvement l’une d’elle et d’autres sont emmenées au poste. La solidarité s’installe et nous apprenons les raisons qui ont amené ces femmes, qui sont presque toutes seules avec des charges de famille, à pratiquer ce dur métier : expropriation par la belle famille de la ‘‘parcelle’’ à la mort du mari, viol, vengeance, mariage forcé, ‘‘2ème bureau’’ malheureux, ...

La corruption et l’écart faramineux entre l’élite qui copie le mode de vie occidental et profite des dons des organisations internationales et la survie hasardeuse des masses populaires sont montrés avec la conviction du bon droit parfois désabusé.

IF-0913-4092

Photographie inquiétante de l'Afrique.

9 étoiles

Critique de Pucksimberg (Toulon, Inscrit le 14 août 2011, 37 ans) - 2 septembre 2013

Ce roman est poignant. Emmanuel Dongala décrit le quotidien de femmes africaines, des femmes qui cassent des pierres pour en faire du gravier. Ce gravier, elles l'entassent dans des sacs qu'elles vendent pour une modique somme. Toutes ces femmes ont été des jouets entre les mains du destin, de la maladie ou des hommes. Elles ont un passé différent, mais des mêmes valeurs et une solidarité qui défierait les armées les plus redoutables. Elles décident d'augmenter le prix de vente des sacs de gravier, pour pouvoir tout simplement survivre. Cette réclamation ne se fera pas sans heurts. Il faut affronter les hommes ...

J'ai eu quelques difficultés à rentrer dans les cent premières pages du roman. Les suivantes m'ont emballé ! Emmanuel Dongala permet au lecteur de se familiariser avec toutes ces femmes. Par des retours en arrière réguliers, l'on a accès au passé de ces personnages, passé qui trahit d'énormes blessures. Il est question de viol, de répudiation, de violences physiques ... L'homme, saint homme, a toujours raison, la femme ne peut que se mettre à genoux et subir sa triste condition.

L'emploi du pronom "tu", l'insertion de faits divers radiophoniques, les retours en arrière sont de gros atouts et permettent d'embrasser la totalité de l'Afrique noire. De ce roman, naît une révolte quand l'on voit la corruption et les dépenses scandaleuses des politiques, le statut de la femme qui n'existe que par l'homme ... C'est un tableau de l'Afrique qui est brossé et certains scènes restent malheureusement inoubliables comme ces parents qui passent une nuit à chercher une seringue afin d'injecter le médicament qui soignera leur bébé et qui ne parviennent pas à leur but détenant dans leurs bras le cadavre du bébé. Attention le roman ne bascule pas dans un simple constat négatif, l'auteur opte pour un certain optimisme. Ces femmes sont pauvres, mais courageuses, téméraires et insolentes. Elles incarnent des valeurs morales admirables. Leur combat est digne et souligne l'espoir. Dans leur malheur, elles deviennent nobles car elles ne baissent pas les bras.

Ce roman engagé a déjà reçu de nombreux prix littéraires qui témoignent de son importance et de l'intérêt accordée à la voix d'Emmanuel Dongala.

Pour une meilleure Afrique

6 étoiles

Critique de Maufrigneuse (Saulieu, Bourgogne, Inscrit le 1 novembre 2010, 28 ans) - 18 août 2013

Emmanuel Dongala écrit ici un roman pamphlétaire sur la condition des femmes en Afrique et sur les abus de régimes politiques infestés par la corruption. On y trouve la dénonciation d'une réalité révoltante mais aussi l'appel à la contestation, selon l'exemple donné par Méré et ses amies de la carrière. Le roman ne nous apprend cependant pas grand chose que nous ne sachions déjà, mais une piqûre de rappel ne peut pas faire de mal.

L'auteur manie habilement la deuxième personne et le présent, l'écriture est fluide. En revanche je rejoins totalement Alma qui dénonce un style plat. Après 15 pages, je m'attendais à une fresque magnifique, dure mais pleine d'espoir ; j'ai été un peu déçu par l'écriture qui n'est selon moi pas à la hauteur du projet.

Les personnages ne sont pas très étoffés et le processus narratif manque de force. J'ai même eu du mal à croire à certains passages : la première dame du pays aurait-elle vraiment reçu une casseuse de cailloux ? Le thème choisi est bien traité et le texte fourmille d'anecdotes intéressantes mais l'ensemble ne donne pas un très grand roman.

La complainte des courageuses casseuses de pierres !

10 étoiles

Critique de Pieronnelle (un petit hameau quelque part, Inscrite le 7 mai 2010, 69 ans) - 18 juillet 2013

Quelle belle trouvaille que ce « tu » pour raconter cet événement! On entre directement dans l’intimité de Mérée jeune femme ordinaire et extraordinaire en même temps ; ordinaire dans son quotidien de femme africaine pauvre et humiliée, extraordinaire car son désir de combattre va bien au-delà de ce que nos féminismes occidentales auraient osé entreprendre… sans opposer bien sûr les unes aux autres ! Mais avouez qu’il est difficile d’imaginer un tel bagne, car c’est bien son nom, que ce lieu où des femmes viennent casser des pierres pour se renflouer d’un peu d’argent. Et c’est là où le style de l’écrivain devient merveilleux ; dans sa façon de déployer comme un kaléidoscope toutes les vies des compagnes de Mérée. C’est elle qui mène la revendication mais chacune, par sa propre histoire, va se joindre à toutes celles des autres formant cette « photo de groupe au bord du fleuve » qui va exploser au visage de ce pouvoir politique africain qui, bien que gangrené, va essayer de se racheter pour se donner une image honorable. Quelle force dans ce livre que celle de ces femmes ! Ah, la condition de la femme africaine, représentée ici dans toutes ces couleurs, ses souffrances, ses injustices tellement effarantes ! Par ce combat, présentée simplement, sans politisation mais avec un poids politique beaucoup plus puissant grâce à la détermination de ces femmes prêtes à braver le pouvoir pour vendre à prix normal le fruit de leur dur labeur, Dongala non seulement valorise la femme africaine mais il lui redonne de la dignité et de la puissance , la rendant porteuse des espérances de cette Afrique si éprouvée par les corruptions en place et exploitée au gré de leurs besoins par nos propres pays.

Femmes fortes

9 étoiles

Critique de Shan_Ze (Lyon, Inscrite le 23 juillet 2004, 34 ans) - 19 juin 2013

Méréana est une casseuse de pierres. Avec ses compagnes de travail, elle aspire à une meilleure vie. Elle veut renégocier le prix du sac de pierres de dix mille à vingt mille francs. Mère de famille de deux grands garçons et mère adoptive de sa nièce, elle essaye tant bien que mal de vivre après sa rupture avec son ex-mari. Mais la négociation devient très vite un combat pour avoir ce qu'elles souhaitent...
Quelles histoires incroyables ! L'histoire de chacune de ces histoires fait monter l'indignation en moi. Et pourtant, c'est le quotidien de beaucoup de femmes en Afrique. La répudiation, l'excision, le déshéritage, le sida... L'auteur décide de montrer du doigt le comportement des hommes envers les femmes dans certains pays africains corrompus. Que ce soit par le biais des infos de la radio ou des histoires des femmes de chantier, on prend conscience de l'étendu des désastres...
J'ai aimé suivre le combat de ces femmes même si, par moments, je trouvais qu'elles s'en tenaient un peu trop à leur décision... Mais un excellent roman "documentaire" que je conseille fortement.

Combats de femmes

9 étoiles

Critique de Marvic (Normandie, Inscrite le 23 novembre 2008, 59 ans) - 5 juin 2013

Méréana est une femme instruite, moderne et courageuse. Séparée de son député de mari, père de ses deux enfants, elle gagne sa vie en cassant des cailloux. Mais elle s'est fixé un but à atteindre qui lui permet de tenir la cadence de ce travail payé au sac. Elle et ses amies d'infortune font partie d'une nouvelle génération de femmes africaines, essayant de sortir de la soumission, et croyant (sans naïveté cependant) au pouvoir de la démocratie.
" … elle (sa tante) était d'une autre génération, de la génération des messes en latin où, les yeux fermés, vous vous agenouilliez avec foi devant le prêtre, ignorant que dans son baragouin il vous disait en réalité : "Fermez les yeux que je vous couillonne." Dieu merci, votre génération est celle de femmes aux yeux ouverts."

On assiste au combat, ô combien difficile de ces femmes, qui n'ont de droit que sur le papier, et qui vivent sous le joug masculin comme les générations précédentes malgré leur instruction... et leurs téléphones portables.
"Deux fois punie, une fois parce que violée et une deuxième fois parce que lapidée. La simple raison ? Elle était née femme ! Au secours, le hommes sont devenus fous... Tu es saisie d'une grande lassitude, chargée du poids de tous ces êtres dont on vole la vie tous les jours simplement parce qu'ils ne sont pas nés avec le bon sexe...Tu arrêtes la radio et, comme une femme, tu te laisses aller à pleurer."

Mais la force et l'originalité de ce roman, c'est le combat que va mener ce groupe de "casseuses de cailloux" pour obtenir une infime mais juste part du profit réalisé par les hommes lors de la construction d'un aéroport. Et cette simple revendication va les emmener très loin, dans les couloirs du palais présidentiel mais surtout va être un superbe signe d'espoir pour l'avenir de ses femmes et la preuve que la solidarité peut aider à surmonter les plus terribles tragédies.

En commençant ce beau portrait de femme, ma première impression fut celle malgré tout d'un sentiment de déjà-lu. Fatou Diome ou Marie Ndiaye ayant écrit elles aussi superbement sur la condition et le combat des femmes africaines.
Mais Emmanuel Dongala a su écrire un roman fort, bouleversant, peuplé de femmes superbes dans leur foi, leur courage.
Je suis un peu surprise que ce roman écrit par un homme m'ait presque plus touchée par la justesse de son écriture, la qualité de son vocabulaire (Tu as complètement perdu ton nycthémère), sans jamais oublier quelques pointes d'humour...
"La question de l'heure est toujours un problème dans un pays où l'heure est toujours en avance et où les gens arrivent toujours en retard."
(A noter que j'avais au départ choisi le même titre que Frunny !)

Exploitation de la femme africaine

8 étoiles

Critique de Dirlandaise (Québec, Inscrite le 28 août 2004, 62 ans) - 16 mai 2013

Un groupe de femmes africaines exerçant le dur métier de « casseur de pierre » afin de survivre et nourrir leur famille, décide de hausser le prix de leur sac et d’en demander le double de ce qu’il perçoit pour le moment. Cette décision est prise suite à des informations voulant que les revendeurs demandent un prix très élevé par rapport à ce qu’ils leur donnent pour leur dur labeur. Méréana est désignée comme porte-parole du groupe car elle est instruite et peut mieux s’exprimer que la majorité de ses consoeurs. Mais les négociations tournent rapidement à la violence et Méréana doit faire preuve de courage et de ténacité afin d’obtenir pour elle et ses collègues des conditions de travail décentes et surtout le respect pour leur statut de femmes chefs de famille seules et pauvres.

Excellent roman de monsieur Dongala présentant bien la lutte que doivent mener ces femmes africaines afin de mettre fin à l’exploitation honteuse dont elles sont victimes. Chacune de ces femmes a une histoire personnelle jalonnée de violence, de coups et de domination de la part des hommes dont elles ont partagé la vie. Leur dépendance financière les rabaisse au rang d’esclaves et de domestiques dans leur propre foyer. C’est un roman social percutant malgré quelques défauts dans le rythme et aussi un peu trop de cellulaires mais enfin, ce sont des détails car le thème sous-jacent est on ne peut plus pertinent et passionnant. Excellente lecture.

Description décapante de la vie des femmes en Afrique

9 étoiles

Critique de Koudoux (SART, Inscrite le 3 septembre 2009, 53 ans) - 6 février 2013

Elles sont une quinzaine à casser des blocs de pierre au bord d'un fleuve africain.
Leur but c'est de gagner de l'argent pour élever leurs enfants et avoir la possibilité de transformer un rêve en projet bien réel.
Un matin, elles apprennent que la construction d'un aéroport va faire augmenter considérablement le prix du gravier.
A travers la narration des actions menées par ces femmes, d'autres sujets vont être exploités : le sida, la maltraitance des femmes, la corruption...
Ce non respect, sous différentes formes, de la femme va provoquer la naissance d'une magnifique solidarité entre elles.

Très bonne idée d'écrire ce roman à la deuxième personne, cela donne au lecteur le sentiment d'être un confident.

Un très bon moment de lecture!

Vision manichéenne du quotidien africain des femmes travailleuses et des politiques

7 étoiles

Critique de Elya (, Inscrite le 22 février 2009, 27 ans) - 3 février 2013

Lorsqu’on pense au travail des femmes en Afrique, ne les voit-on pas s’occuper des enfants ou bien entreprendre des travaux physiques sous un soleil éreintant, un bébé sur le dos ? Ne se les imagine-t-on pas pour la plupart analphabètes ? Emmanuel Dongala entretient en tout cas cette conception, sans doute trop stéréotypée, de la femme africaine en quête non pas d’émancipation, mais de survie.

Comme Yotoga, je n’ai pas été dérangée finalement par le fait que le narrateur s’adresse au lecteur en le tutoyant, même si cela m’a un peu rebutée au début. Dongala arrive très vite à nous immerger dans l’histoire, dans l’inquiétude de ces femmes, dans la volonté de les voir s’en tirer, de ne pas sombrer dans la « politique ». La corruption est un thème fort du livre, l’écrivain employant dans les dernières pages le terme d’ « autocratie » pour désigner le régime en place dans le pays Africain où se déroule l’action.

On oscille entre la dénonciation légitime de comportements inégalitaires vis-à-vis des femmes et plus généralement de toute la société, et une vision caricaturale et dichotomique des classes du pays. Les personnes étant au pouvoir n’étant que des hypocrites, imbus d’eux-mêmes et ne souhaitant rien faire fondamentalement pour améliorer la condition de vie des habitants lambdas ; leurs actions ne seraient qu’artificielles et serviraient leurs propres intérêts : se faire bien voir par leurs supérieurs hiérarchiques.

On se doute, comme le souligne Aaro-Benjamin G. que la réalité est plus complexe. Doit-on pour autant reprocher à l’auteur cette simplification ? La question reste en suspens. Il est certain en tout cas qu’on est entraîné par les péripéties rythmant ce récit.

Une grande claque - une grande classe

10 étoiles

Critique de Yotoga (, Inscrite le 14 mai 2012, - ans) - 27 janvier 2013

Merci aux lecteurs de CL d'avoir proposé cet ouvrage dans la sélection Prix CL2013, sans quoi je n'aurais pas été attentive à ce petit bouquin.

Chaque caractère a son histoire, de la femme riche devenue veuve à la jeune femme fuyant un mariage forcé, elles se retrouvent toutes à casser des pierres et unies par la misère, comme une grande famille. Je m'attendais à un Germinal africain, j'ai lu encore plus. Fan de Zola, à l'avenir je serai aussi fan de Dongala. L'Afrique comme on la ressent : la corruption, le sida, les rapports hommes-femmes, la misère, le système médical défaillant, la solution de sortie par les études (et aussi les diplômées vendeuses sur le marché) ...Oui.

J'ai apprécié particulièrement les passages radios retranscrits tous les matins, pour se mettre dans l'ambiance de la pièce et pour faire de ce pays d'Afrique un témoin de tous les problèmes de pays voisins, de tous ces faits divers que nous avons entendus aussi, de l'autre côté de la Méditerranée mais que nous avons peut-être interprétés autrement.

Le lecteur peut être dérangé par le "tu", personnellement je l'ai ressenti comme la tradition orale des histoires qu'on se raconte ... entre femmes. Mais écrit par un homme ! Il a collectionné toutes ces tranches de vie et les a restituées merveilleusement, cruellement, sous le ton de la confidence forcée.

Ce livre est incroyable, retournant, dérangeant. Il fait mal où il faut.

Des femmes fortes

6 étoiles

Critique de Aaro-Benjamin G. (Montréal, Inscrit le 11 décembre 2003, 48 ans) - 21 janvier 2013

Le sujet est original et aurait pu donner lieu à un roman foisonnant sur les conditions sociales des femmes en Afrique. Mais, le traitement m’a plutôt déçu. Roman humaniste ou sensationnaliste ? Pourquoi des faits divers horribles et vrais entrecoupent certains chapitres ? J’ai eu l’impression que l’histoire était trop simple, que la réalité africaine est beaucoup plus complexe et que le groupe de femmes peu outillé pour mener cette bataille réussit avec une trop grande facilité.

Le style est froid et décalé, probablement en raison de l’utilisation de la deuxième personne. Je déteste quand les auteurs écrivent au ‘Tu’. C’est une erreur grave selon moi, car le lecteur est forcé d’absorber l’histoire à travers le prisme de l’écrivain qui s’adresse à son personnage.

Malgré tout, les personnages sont attachants et j’adore toujours voyager en Afrique via mes lectures. Donc un avis mitigé pour moi.

Des femmes aux yeux ouverts !

7 étoiles

Critique de Frunny (PARIS, Inscrit le 28 décembre 2009, 52 ans) - 14 janvier 2013

Figure du renouveau de la littérature africaine, Emmanuel Boundzéki Dongala (né en 1941) est un écrivain congolais. Exilé en Amérique après le début des conflits qui frappent son pays à la fin des années 1990, l'écrivain porte un regard désenchanté mais non dénué d'humour sur l'Afrique. En 2010, il défend la cause des femmes dans "Photo de groupe au bord du fleuve".

Une trame assez simple; un roman dans lequel le narrateur raconte l'histoire d'une lutte de casseuses de pierres pour vendre le fruit de leur travail à un meilleur prix.
Révolte spontanée qui se transforme progressivement en un mouvement organisé.
Un combat qui met en lumière les travers d'une Afrique corrompue, où la loi de la tradition est plus forte que celle de l'état. Viols, violence des hommes, tortures arbitraires, emprisonnements politiques, répudiation et mariages arrangés.
Une Afrique où il ne fait pas bon être une femme.
Mais cette génération est celle des "femmes aux yeux ouverts", informées, fières, désireuses de faire respecter le Droit.
Chacune des ces femmes a échoué sur ce chantier (concassage de blocs de grès) en empruntant la route particulière de la souffrance. Des histoires de dégringolades sociales plus douloureuses les unes que les autres .

Un roman bien construit mais qui -en 2010- ne nous apprend pas grand chose de plus que nous ne sachions déjà.
Davantage un témoignage sur le sort des femmes africaines qu'un roman où l'histoire passe rapidement au second plan.
Un réquisitoire contre ces "gouvernements fantoches" aux agissements grotesques, s'ils n'avaient pas des conséquences humaines dramatiques .

Un peu naïf tout de même

7 étoiles

Critique de Tistou (, Inscrit le 10 mai 2004, 61 ans) - 18 décembre 2012

« Photo de groupe au bord du fleuve » est une histoire. Sur des femmes congolaises, raconté par un Congolais, même si celui-ci est dorénavant installé aux USA.
Le Congo. Bien compliqué déjà. Des femmes, qui, pour survivre, cassent des rochers en gros cailloux, puis ces gros cailloux en gravier, qu’elles vendent ensuite par unité de sac à des transporteurs qui alimentent la construction d’un barrage. Pas très glamour, on en conviendra, simple stratégie de survie pour des femmes livrées à elles-mêmes.
Méréana est de celles-là sauf que Méréana a de l’éducation. Elle s’est résolue à casser du caillou temporairement, le temps de collecter suffisamment de Francs CFA pour poursuivre une formation privée en Informatique, obligée qu’elle est de se débrouiller seule depuis que son mari l’a chassée de sa vie, elle et ses enfants, mécontent de ce qu’elle lui reproche de la tromper. On est en Afrique et les deuxième, troisième (et plus si affinités) bureaux ne sont pas un vain mot.
Stratégie de survie donc.
Et puis, loi de l’offre et de la demande, les travaux de l’aéroport devenant toujours plus urgents, les femmes ont vent que les transporteurs – qui leur achètent les cailloux pour aller les vendre aux utilisateurs – ont obtenu des prix bien augmentés. On assiste à la naissance d’un « syndicat » informel : Méréana et ses compagnes qui se concertent pour exiger un prix plus élevé et le roman, c’est cette histoire, ce que cette revendication va engendrer, faisant des vagues dans les relations exploités/exploiteurs, femmes/hommes, népotisme du pouvoir, prévarication, … Bref tout ce qui caractérise malheureusement cette « Afrique mal partie » comme la qualifiait il y a déjà bien longtemps René Dumont et qui la retient engluée dans sa misère et son oppression.
Il y a un côté didactique ; « L’Afrique pour les Nuls », intéressant par ailleurs, mais qui m’a paru trop optimiste pour ne pas avoir un côté un peu naïf. J’ai peur que la réalité des « vrais gens » n’autorise pas une quelconque « Happy end ».
Mais ce plaidoyer a le mérite d’exister et de brasser un nombre considérable de problèmes. Qu’on n’imagine pas toujours de nos contrées favorisées.

« Elle s’arrête pour reprendre son souffle. Croyait-elle t’impressionner par ce discours qui n’est rien d’autre que le discours officiel politiquement correct et droit-de-l’hommiste des institutions internationales avec leur vocabulaire formaté et leur consensus mou ? Ne sait-elle pas que tu es la soeur de Tamara, elle qui tout le temps te décrivait au retour d’un de ces colloques et rencontres ce type de femmes que les institutions internationales recrutent comme expertes, qu’elles soient ministres, directrices de projets divers ou d’ONG, consultantes et autres, qui volent de conférence internationale en conférence internationale, tous frais payés, mondaines, parfaites dans la communication et les relations publiques, mais qui en réalité ne connaissent souvent rien du terrain ? Dans tout ce qu’elle vient de te dire, il n’y avait rien de concret concernant ton expérience quotidienne. Que sait-elle de la difficulté de votre travail, la quantité de labeur qu’il faut pour faire éclater la grosse roche sous la chaleur d’un feu de bois ou de pneus enflammés, les dangers encourus pour transformer en moellons les gros blocs obtenus de la roche éclatée, la pénibilité du travail pour concasser à coups de masse les moellons en gravier et le temps qu’il faut pour sortir un sac de gravier, le prix payé par vos corps de femme, sans oublier les nombreux accidents ? Tu ne dis rien. »


Roman à thème

7 étoiles

Critique de Saule (Bruxelles, Inscrit le 13 avril 2001, 52 ans) - 19 novembre 2011

Ce roman écrit à la seconde personne, comme si le personnage se parlait à lui-même, est un roman à thème, qui dénonce la condition de la femme en Afrique. Ce fut une lecture un peu laborieuse pour moi, même si j'ai fini par éprouver une empathie et une réelle sympathie pour la narratrice du roman et pour la cause de ces femmes courageuses confrontées à une culture africaine très inégalitaire pour les femmes.

J'avais un peu peur de tomber dans une histoire dure et démoralisante, mais pas du tout, il s'agit d'un roman plutôt optimiste et qui ne manque pas d'humour, avec un zeste d'érotisme et un peu d'amour.

Lutte et espoir

9 étoiles

Critique de Garance62 (, Inscrite le 22 mars 2009, 55 ans) - 28 juin 2011

L'Afrique. La condition féminine. La solidarité. La misère. Le sida. La corruption. La justice. Le pouvoir. Voilà la plupart des thèmes de ce roman.

Elles sont une quinzaine de femmes africaines à casser des cailloux pour pouvoir vivre. Situation immuable. Pas le choix, ni du travail, ni du prix fixé par les acheteurs. Jusqu'au moment où une demande plus forte se fait jour. Plus de demande égale prix en hausse ? Pas si simple.

A travers cette histoire de revendication collective, Emmanuel Dongala dénonce les violences faites aux êtres humains, dénonce la corruption, les habitudes sociologiques déplorables pour les femmes, les hypocrisies collectives, la corruption, le pouvoir abusif d'où qu'il vienne, souvent des hommes. Des comportements inscrits dans une société machiste dénoncés par cet auteur africain qui a quitté le Congo au moment de la guerre civile en 1977.

Une écriture sans artifices littéraires. C'est un peu dérangeant par moments. Nous sommes plus dans une histoire où le sens prend le pas sur la littérature. A ce que j'en ai perçu. On peut aussi considérer que cette façon d'écrire rapproche le lecteur de la réalité (fictive ?) des personnages.

Pour dépasser la fiction, on peut lire les témoignages de 73 femmes d'aujourd'hui qui luttent, se battent pour un monde plus égalitaire, le leur, leur Afrique dans :

« Femmes d'Afrique, bâtisseuses d'avenir » aux Editions Tirésias Michel Reynaud, une édition créée en 1989 et qui défend la mémoire des opprimés.

http://passagedulivre.com/livre-88329-femmes-d-afr…

Quelques passages de "Photo de groupe au bord du fleuve" :

"Vous voilà maintenant dans l'avenue principale. Encore une fois, tous les véhicules dégagent la rue pour vous laisser passer. C'est donc ça le pouvoir ! Tu fermes les yeux et tu inhales consciemment l'odeur de cuir des sièges. Tu savoures la fraîcheur de l'air climatisé. Pas de pierres à casser, pas de poussière, pas de soleil torride, pas de sueur... Tu comprends pourquoi dans un pays pauvre comme le tien et par-dessus tout corrompu, les gens non seulement peuvent s'accrocher au pouvoir mais sont prêts à tuer pour y rester. Tu comprends les hôtels à trois mille dollars la suite, le champagne à sept cent cinquante dollars la bouteille, les maitresses..."

"Le vrai critère pour jauger une personnalité politique est son efficacité résoudre les problèmes et non pas sa capacité à être aimé ou à être sympathique".

Le pot de terre contre le pot de fer

6 étoiles

Critique de Alma (, Inscrite le 22 novembre 2006, - ans) - 12 mars 2011

Le principal mérite, à mes yeux, de ce roman que j’ai lu avec avidité , est , outre sa construction, claire , efficace, qui nous mène par une série de péripéties bien dosées jusqu’au dénouement – heureux et bien romanesque toutefois ……, ses personnages inoubliables , « les casseuses de cailloux », un groupe de femmes touchantes dans leur dénuement et attachantes dans leur détermination à exiger un juste prix de leur labeur, formant un panel représentatif des violences ou discriminations faites aux Africaines .

Toutefois, à mon sens , il manque à ce roman fait pour toucher le cœur des lecteurs, un réel souffle lyrique ou épique pour relater l’odyssée de ces femmes, cette lutte désespérée du pot de terre contre le pot de fer .

Certes, il constitue à la fois un réquisitoire contre le régime politique, qui donne une bonne idée de la corruption qui sévit à tous les étages, ainsi qu’ un plaidoyer en faveur de la condition de la femme africaine , mais le choix d’une écriture le plus souvent plate et informative diminue la valeur proprement littéraire de l’ouvrage .

Un roman social et humaniste, dans une Afrique contemporaine.

10 étoiles

Critique de Papyrus (Montperreux, Inscrite le 13 octobre 2006, 57 ans) - 12 août 2010

Sur fond de sida, de droits de l'Homme (et surtout de la Femme)bafoués et de politiciens corrompus, un histoire africaine qui transporte le lecteur au coeur de l'âme de ces femmes qui luttent pour leur survie. C'est beau, c'est triste, c'est révoltant, c'est profondément humain... Bref, une de mes plus belles lectures de l'année...
E. Dongala a choisi d'employer le "tu" pour parler de son héroïne, Méréana. Cette posture littéraire originale, si elle m'a désarçonnée au début, m'a totalement conquise au fil des pages. Ce "tu" permet d'entrer dans l'intimité de Méréana et de la côtoyer dans son quotidien, au plus proche de ses états d'âme, ce "tu" c'est moi qui lit, ce "tu", c'est l'annihilation des distances...

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