La maison de la mosquée de Kader Abdolah

La maison de la mosquée de Kader Abdolah
( Het huis van de moskee)

Catégorie(s) : Littérature => Moyen Orient , Littérature => Européenne non-francophone

Critiqué par FROISSART, le 2 avril 2009 (St Paul, Inscrit le 20 février 2006, 71 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 6 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (13 088ème position).
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Le commentaire de Patryck Froissart

Titre : La maison de la mosquée
Auteur : Kader Abdolah
Titre original : Het huis van de moskee
Traduit du néerlandais par Anita Concas
Editeur : Gallimard (2005)
ISBN : 9782070783335
476 pages

A Sénédjan, en Iran, la famille d’Aga Djan possède, depuis des temps immémoriaux, la mosquée du vendredi et la grande demeure qui fait corps avec les minarets et la salle de prière.
Aga Djan partage paisiblement la maison familiale avec son cousin Alsabéri, l’imam de la mosquée (la famille est titulaire héréditaire de cette charge importante), un autre cousin, aveugle, Aga Shodja, qui fait office de muezzin et qui fabrique des poteries renommées. Les épouses et enfants y vivent en harmonie avec les deux vieilles régisseuses du palais, venues toutes jeunes au service de la maisonnée et que tout le monde appelle désormais « les grand-mères »
Aga Djan est par ailleurs le chef du bazar, où il vend les tapis que tissent pour lui les plus habiles artisans.
Quand le roman commence, le Shah Reza, bien rassis sur son trône par les Américains, et son épouse Farah Diba ont entrepris de moderniser le pays et d’occidentaliser les mœurs, ce qui ne plaît ni aux islamistes ni aux communistes.

Le cours du temps semble immuable. Les traditions paraissent bien ancrées. Aga Djan et sa famille sont respectés, et comptent parmi les notables. Aga Djan voit déjà son neveu Shahbal lui succéder au bazar, et son autre neveu Ahmad, qui étudie la théologie à Qom, devenir imam après Alsabéri.

Mais l’Histoire va connaître une brutale accélération. Tout se met à changer. Les ayatollah agitent les populations. La police secrète du Shah veille, surveille, espionne, emprisonne, et tue. Khomeyni attend son heure, en Irak puis en France.

Les évènements se précipitent.
Les fils, les filles, les épouses prennent des partis différents, voire opposés. La famille, dont le ciment paraissait indestructible, se disjoint, se déchire. Les gardiens du temple, pris dans une tourmente qui détruit tout, qui ne respecte plus ni le passé ni les hommes qui en sont les dignes héritiers, désemparés, tentent de sauver ce qui peut l’être, et finissent par être dépossédés « au nom de la République Islamique », de leurs biens et de leurs charges.

A travers le destin de ces hommes qui voient s’écrouler tout ce en quoi ils croyaient, Kader Abdolah, écrivain iranien résidant aux Pays-Bas, retrace les bouleversements rapides, brutaux, tragiques qui ont marqué l’Iran sous la dictature impériale et l’avènement de la Charia, sans pour autant occulter les défauts de la société iranienne traditionnelle fondée sur une reproduction sociale figée, où les privilèges des grandes familles se transmettent de père en fils, et où la femme est soumise aux désirs de l’homme.

Un livre prenant, qui force à la réflexion.

Patryck Froissart
Plateau Caillou, jeudi 2 avril 2009

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Les éditions

  • La maison de la mosquée [Texte imprimé], roman Kader Abdolah traduit du néerlandais par Anita Concas
    de Abdolah, Kader Concas, Anita (Traducteur)
    Gallimard / Du monde entier (Paris).
    ISBN : 9782070783335 ; EUR 23,50 ; 17/01/2008 ; 475 p. ; Broché
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Loin de Téhéran

8 étoiles

Critique de Yotoga (, Inscrite le 14 mai 2012, - ans) - 4 février 2014

Dans les livres de Marjanne Satrapi ou de Azar Nafisi, la condition des femmes est prépondérante.
Ici, à travers cette histoire, le lecteur suit plusieurs Imams, le grand-père Alsaberi génération paisible, le fils Ahmad, Galgal le mari de la fille, ainsi que deux imams remplaçants. Chacun « travaille » avec la croyance et propose différentes visions de la religion, des interprétations des textes et de son comportement par rapport aux lois religieuses. Alsaberi est plongé dans ses livres et manque la vie actuelle dehors, Ahmad consomme opium et prostituées alors qu’il est marié, Galgal assez radical dès le début, intègre le pouvoir et devient proche de Khomeini.

Pour celui qui connait l’Histoire iranienne, pas de faits nouveaux, mais une approche toute en douceur dans l’insouciance politique avant le chamboulement fanatique de certains personnages et la non-compréhension des autres.
Les passages tirés du coran ou de la poésie iranienne ne sont pas toujours référencés mais apportent au roman un souffle poétique entre le récit familial et les repères historiques officiels.

Comme un spectateur de la cour intérieure, le lecteur survole la vie de chacun, mais l’auteur reste distant et sans détails, comme timide de voyeurisme. Après un baiser, le rideau tombe, le chapitre finit et le lecteur laisse place à son imagination. J’ai apprécié ce côté discret et sous-entendu, correspondant aux voiles derrière les murs des maisons, aux mains pour cacher la bouche qui sourit et intimidant de discrétion.

Documentaire

7 étoiles

Critique de Sahkti (Genève, Inscrite le 17 avril 2004, 45 ans) - 30 septembre 2011

L'Iran vu par un des siens de l'extérieur. Intéressant et instructif. Pas mal d'éléments sont certes déjà connus mais il est toujours intéressant de se plonger dans le ressenti de ceux qui l'ont vécu de près, touchés dans leurs âmes et dans leurs corps.
Un récit qui, à mes yeux, ne brille pas tant par ses prétentions littéraires que par sa qualité documentaire. On plonge rapidement au coeur de l'Histoire et de la destinée d'un peuple qui se déchire au gré des évolutions politiques. On a parfois (moi en tout cas) le sentiment que depuis longtemps, l'Iran est une vaste marionnette dont les fils sont tirés par des dirigeants souvent illégitimes, alors il est utile de confronter son point de vue d'occidental loin de tout cela à celui d'un Iranien qui côtoie cela de plus près; sans pour autant savoir si tout cela restitue avec fidélité le sentiment d'une nation car nous sommes malgré tout ici dans un roman et il faut faire la part des choses. Il est dommage sur ce point que ce ne soit pas un brin plus fouillé, genre véritable saga romanesque, mais quelle était réellement la motivation de l'auteur ? Créer une histoire ou témoigner ?
C'est un ouvrage agréable à lire, bien écrit, dans lequel on apprend pas mal de choses sur la société iranienne et la manière dont les changements politiques (et sociétaux qui en découlent) sont abordés.

À lire pour le contexte historique et social

7 étoiles

Critique de Dirlandaise (Québec, Inscrite le 28 août 2004, 63 ans) - 23 septembre 2011

J'ai aimé : le contexte historique et social servant de toile de fond à cette chronique : le régime du Shah, la résistance des ayatollahs à l'envahissement de la modernité et surtout, au mode de vie de l'Amérique, la révolution iranienne entraînant le retour de l'ayatollah Kohmeini, les massacres commandés par ce sinistre personnage envers tous les opposants à son régime, son déclin et finalement son éviction du pouvoir, le sort des femmes iraniennes de plus en plus attirées par l'attrait de la vie à la mode américaine et puis, leur régression due au régime de Khomeyni qui leur impose encore et toujours le port du tchador et l'interruption pour beaucoup d'entre elles de leurs études. C'est ce qui m'a le plus intéressée dans ce livre avec aussi les détails sur le mode de vie iranien et sur la religion islamique avec les nombreux extraits de différentes sourates, enfin le côté spirituel.

J'ai moins aimé : à mon avis, l'auteur introduit trop de personnages et il n'arrive pas à bien les développer donc, je ne me suis attachée à aucun d'entre eux. Je suis restée assez indifférente à leur sort respectif car ce ne sont que des ébauches mal définies. L'auteur passe de l'un à l'autre trop vite et sans suffisamment de transition. Jamais on ne les connaît vraiment, jamais on n'a accès à leurs pensées profondes, à ce qui motive leurs actions et leur vie. Ils arrivent et repartent comme des ombres fugitives sans réelle consistance. Le roman peine à avancer et en devient un brin ennuyeux malgré la belle écriture irréprochable. Certains comportements des personnages sont étranges et à la limite de l'absurde.

Ce n'est pourtant pas un mauvais livre loin de là mais il manque quelque chose, un ingrédient magique qui m'aurait permis de l'aimer vraiment qui hélas, n'est pas présent. Trop de faits racontés superficiellement donne l'impression de lire un simple compte rendu, une chronique journalistique froide et impersonnelle.

À lire pour le contexte historique et pour les moeurs iraniennes dominées par les différents régimes politiques et religieux.

Saga iranienne

6 étoiles

Critique de Tistou (, Inscrit le 10 mai 2004, 62 ans) - 7 septembre 2011

Tout d’abord, relevons le fait notable que ce roman a été écrit par un iranien, exilé aux Pays-Bas, … en néerlandais ! « Het huis van de moskee ». La chose me parait tellement délicate … Elle me fait penser à Andreï Makine qui, si je ne m’abuse, écrit en français ?
Sous couvert d’un roman s’étirant sur les années charnières : période Shah d’Iran – révolution islamique – post révolution, Kader Abdolah s’emploie à nous faire toucher du doigt le bouleversement considérable que fut la prise du pouvoir en Iran par des fondamentalistes musulmans, à la tête desquels l’Imam Khomeiny. Il procède par courts chapitres, assez ludiques somme toute – ça m’a fait penser au procédé employé par Armistead Maupin dans ses Chroniques de San Francisco, dans un autre genre toutefois ! – concernant une famille installée depuis les temps immémoriaux (ou du moins longtemps !) à Sénédjan et possédant une mosquée, habitant la maison de la mosquée. Donc famille plutôt aisée et respectée, pratiquants religieux qui vont se faire déborder par l’intégrisme en marche. Kader Abdolah nous raconte le temps qui ne s’écoule pas, les traditions ancrées dans la pratique familiale, le temps de l’insouciance en quelque sorte. Puis viennent les bouleversements, progressivement, et la révolution islamique d’un coup. A noter qu’il ne s’attarde pas à tenter de montrer les racines du mécontentement qui a pu provoquer ce raz de marée islamiste. La situation devient de plus en plus critique à la maison de la mosquée où le contrôle de celle-ci leur est retiré. Arrivent des Imams toujours plus fondamentalistes, entretenant troubles et mécontentements. Et les temps deviennent gris : les repères se sont envolés. C’est la guerre contre l’Irak, la lutte intestine contre les Moujahidines, ex-alliés, la répression, l’éclatement de la cellule familiale. Kader Abdolah se met d’ailleurs, dans les dernières pages du roman, dans la peau d’un des membres de cette famille … exilé aux Pays-Bas !
Nul doute que la trame soit largement autobiographique. Ca fait penser finalement à un de nos romans de terroirs à la sauce iranienne. Plus un intérêt documentaire et historique que littéraire.

Le triomphe de l'intégrisme

7 étoiles

Critique de Débézed (Besançon, Inscrit le 10 février 2008, 71 ans) - 9 février 2011

Au moment où l’Egypte s’ébroue pour essayer de se débarrasser de son dictateur, j’ai lu par hasard ce livre de Kader Abdolah qui n’est en fait que la démonstration de l’effritement du pouvoir du Shah d'Iran devant la montée en puissance de celui des religieux les plus extrémistes et les plus intolérants.

A Sénédjan, trois cousins habitent dans une maison séculaire adossée à la mosquée, le chef du bazar, gardien des clés de celle-ci, l’imam timoré et tolérant de cette mosquée, le muezzin qui s’est tellement fondu dans sa fonction que tous l’appellent par le nom de son emploi. Ces trois familles, une vingtaine de personnes environ, constituent comme un condensé de la population iranienne : riche commerçant pieux et bienveillant, imam modéré, grands-mères vestales du foyer, gardiennes de la tradition, frère adepte de la modernité de Téhéran, jeunes révoltés contre la dictature et la religion ou partisan des ayatollahs de Qom et ceux qui ne comptent pas beaucoup mais qui sortiront de l’ombre le moment venu, sans oublier la Perse éternelle perpétuée par le poète de la famille.

« C’étaient des années tranquilles mais comment aurait-il pu savoir qu’une nouvelle époque allait bientôt s’ouvrir avec une rapidité inouïe ? Et qu’une tempête destructrice était imminente ? Une tempête furieuse qui le ferait plier et trembler comme un vieil arbre. » Et, cette tempête manifestera ses premiers symptômes quand le gendre de l’imam décédé viendra prendre sa place et enflammera la mosquée par ses prêches exaltés et ses prises de positions extrémistes.

Cette société vivait dans un équilibre qui semblait pourtant bien réel, la stabilité nécessaire au commerce régnait partout, les familles regroupaient tous les leurs : les vieux, les fous, les infirmes et les handicapés, les religieux comme les profanes. Personne n’était rejeté et on traitait toujours les problèmes en famille pour ne pas mêler la police aux affaires internes. Et pourtant, la ville changeait à grande vitesse, le Shah conduisait une politique de modernisation, de laïcisation, d’industrialisation et de libération de la femme qui faisait craquer ces équilibres ancestraux. « Le tapis persan n’était plus un facteur déterminant de l’économie et de la politique. Il était désormais supplanté par le gaz naturel et le pétrole. »

Le centre névralgique de la ville se déplaçait en même temps que les sphères du pouvoir et de l’influence, la ville moderne s’opposait au bazar, la Perse à l’Iran, Téhéran à Qom, la religion à la modernité, l’obscurantisme et les ténèbres aux lumières des boutiques, le Shah aux ayatollahs et la dictature devenait toujours plus dure pour contenir la montée en puissance des opposants. Et brusquement, « nous avons eu une révolution, pas un simple changement de pouvoir politique. C’est un bouleversement total de la mentalité des gens. Il va se passer des choses qu’on n'aurait jamais imaginées en temps normal. La population pourra commettre des actes horribles. »

La famille est alors emportée, comme le fut l’Iran, dans le tourbillon de la révolution islamique, chacun voyant son destin basculé, des têtes tombèrent, certains sortirent de l’ombre, d’autres flairèrent le changement et surent tourner casaque, et certains allèrent même jusqu’au bout de leur idéal pour le pire mais aussi pour le meilleur. Les Egyptiens peuvent, peut-être, tirer quelques enseignements de cette fiction mais El Aswani leur avait déjà communiqué quelques clés avec celles de « L’immeuble Yacoubian ».

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  littérature arabe ? et quoi encore ??? 5 Darius 11 avril 2016 @ 16:52

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