Anna, soror... de Marguerite Yourcenar

Anna, soror... de Marguerite Yourcenar

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Jules, le 1 novembre 2001 (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 73 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 7 étoiles (basée sur 6 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (19 884ème position).
Discussion(s) : 1 (Voir »)
Visites : 6 635  (depuis Novembre 2007)

Quel écrivain que Marguerite Yourcenar !... Sa place n'était pas à l'Académie !

Nous sommes au royaume de Sicile vers 1580. L'Espagne occupe la région ainsi que la Calabre. on Alvaro, marquis de la Cerna, est gouverneur du Fort Saint-Elme. On y enferme les opposants aux espagnols ou les prisonniers de la Sainte Inquisition qui a été installée dans les territoires occupés.
don Alvaro est marié avec Agnès de Montefeltro, une très belle femme, dont il a une fille, Anna et un fils don Miguel. Son épouse est bien plus jeune que lui, mais il la délaisse préférant les rapports charnels avec des moresques des établissements du port. Valentine n’en a cure et s'adonne à la religion, mais sans excès. « Valentine acquit jeune la gravité et le calme de ceux qui n’aspirent pas même au bonheur. »
Anna et don Miguel s'aiment d’un amour qui nous semble bien vite dépasser celui d’un frère pour une sœur et vice versa. Avant de mourir leur mère leur dira « .quoi qu’il arrive, n'en arrivez jamais à vous haïr. » Elle meurt et laisse ses enfants avec leur père qui ne s'en occupe absolument pas. Il est bien trop occupé par son ambition ou par ses crises de mysticisme et de pénitence après ses excès de la chair. Nous sommes dans un milieu espagnol et le poids de la religion y est encore bien plus lourd qu’ailleurs !. Les deux enfants restent donc seuls avec leur chagrin… Quel sera leur avenir ?.
Surtout, ne ratez pas la postface de vingt six pages écrites par Marguerite Yourcenar en 1981. Elle nous explique superbement cette œuvre, son climat, son objectif. Elle nous dit l’avoir écrite comme une partie d’un roman qui devait se composer de trois parties. Celles-ci, nous dit-elle, contenaient la substance d'une grande partie de toute son oeuvre. L'une d'elles donnera naissance à « Un homme obscur » et une autre à une partie de « L’oeuvre au noir ».
En 1935, elle réécrira « Anna Soror » dans un but d’en améliorer le style qu'elle tenta de rendre plus strict et plus concis. Il sera publié ainsi cette année là. En 1981, elle l'écrira à nouveau et supprimera la plus grande partie des modifications de 1935, estimant que son texte d’origine y avait perdu beaucoup de son âme.
Il est aussi très intéressant de la voir comparer le sujet de ce livre avec des oeuvres du dramaturge élisabéthain John Ford, de Byron, de Goethe, de Montesquieu, de Chateaubriand, de Martin du Gard et de Thomas Mann ayant le même thème.

Elle nous dit aussi : « Si j'insiste sur ce que ces pages ont pourtant d'inchangé, c'est que j'y vois, parmi d'autres évidences qui peu à peu se sont imposées à moi, une preuve de plus de la relativité du temps. Je me sens tout autant de plain-pied avec ce récit que si l’idée de l’écrire m'était venue ce matin. »
Une dernière citation que je trouve particulièrement belle et vraie : « Les constructions inachevées, dont l'aspect, comme pour décourager le maître d'œuvre, imite par avance la ruine qu'elles seront un jour, lui rappelaient que tout bâtisseur, à la longue, n’édifie qu’un effondrement. »

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Eblouissant

10 étoiles

Critique de FemmeChouette (, Inscrite le 6 avril 2013, 116 ans) - 6 avril 2013

Un chef d'œuvre tout simplement.

3 étoiles!

6 étoiles

Critique de Js75 (, Inscrit le 14 septembre 2009, 34 ans) - 13 novembre 2010

Anna, soror... est un livre écrit par Marguerite Yourcenar. Le style de l'auteur est plutôt bon, classique, épuré. L'intrigue est concise, prenante de manière aléatoire (début d'un bon niveau puis baisse de niveau vers la fin). Un assez bon drame psychologique, décevant sur la fin.

Miguel, dolor …

7 étoiles

Critique de Tistou (, Inscrit le 10 mai 2004, 61 ans) - 10 décembre 2007

L’histoire est finalement assez simple. Histoire de vie ou de mort, d’amour ou de haine. Anna et Don Miguel sont frère et soeur, enfants de Don Alvaro et Agnès de Montefeltro.Don Alvaro, le marquis de la Cerna, est gouverneur espagnol à Naples, royaume de Sicile occupé par les Espagnols. Nous sommes au XVIème siècle.
Le contexte particulier de leur situation, occupants en terre étrangère et enfants de la plus haute autorité locale, amène les deux jeunes gens à se tourner l’un vers l’autre. Marguerite Yourcenar nous fait vivre la montée progressive de l’amour incestueux d’Anna et Don Miguel. Progression irrésistible et cataclysmique, telle la survenue d’un éternuement. La transgression aura lieu, déchaînera des évènements incontrôlés conduisant à la séparation des deux amants, à la mort de Don Miguel et à l’expiation le restant de sa vie de la part d’Anna. Soror …

« Anna, soror … est une oeuvre de jeunesse, mais de celles qui restent pour leur auteur essentielles et chères jusqu’au bout. Ces quelques cent pages faisaient originellement partie d’une vaste et informe ébauche de roman, Remous, dont j’ai parlé ailleurs, esquissée entre ma dix-huitième et ma vingt-troisième année, et qui contenait en germe une bonne part de mes productions futures. …
Je tiens à parler plus longuement des quelques corrections apportées à ce texte, ne fût-ce que pour répondre d’avance à ceux qui croient que mon temps se passe, de façon maniaque, à tout refaire et à tout changer, ou encore au jugement trop rapide qui ferait d’Anna, soror … une « oeuvre de jeunesse » republiée telle quelle. Les corrections apportées en 1935 au texte de 1925 étaient grammaticales, syntaxiques ou stylistiques. La première Anna datait encore de l’époque où, aux prises avec une immense fresque destinée à rester inachevée, j’écrivais rapidement, sans souci de composition ou de style, puisant directement dans je ne sais quelle source qui était en moi. C’est plus tard seulement, à partir d’Alexis, que je me suis mise à l’école stricte du récit à la française ; c’est plus tard encore, vers 1932, que je me suis adonnée à des recherches de techniques poétiques dissimulées dans la prose, et crispant parfois celle-ci. Le texte de 1935 portait la marque de ces diverses méthodes : j’avais resserré certaines phrases, comme par une série de tours de vis, au risque de les faire éclater ; un effort maladroit de stylisation raidissait çà et là l’attitude des personnages. Presque toutes mes corrections de 1980 ont consisté à assouplir certains passages. »

C’est ainsi que s’exprime Marguerite Yourcenar dans une postface particulièrement éclairante. On comprend mieux la « densité », l’aspect touffu de son écriture, entière et exigeante.

Partagée...

7 étoiles

Critique de Saint-Germain-des-Prés (Liernu, Inscrite le 1 avril 2001, 49 ans) - 6 août 2002

J'suis dans mes p'tits souliers.
Critiquer Yourcenar.
Surtout qu’j’ai pas été emportée…
Commençons par le positif.
L’histoire, tragique sans être larmoyante, est bien construite.
La psychologie des personnages est dépeinte avec justesse, précision et vraisemblance.
Tout cela avec style, sans emphase.
Comment se fait-il alors que je n’ai pas été transportée par cette histoire ?
Que je ne l'aie pas habitée ?
Peut-être le nombre de pages restreint contraint le récit, qui couvre toute une vie quand même, à rester en surface, à brosser rapidement les traits, à ne pas s'appesantir.
Du coup, j'ai survolé le livre.
Peut-être même suis-je passée à côté…

La grande dame

2 étoiles

Critique de Eric B. (Bruxelles, Inscrit(e) le 15 février 2001, 50 ans) - 5 novembre 2001

Le titre de la critique de Jules me fait penser à cet aphorisme d'Achille Chavée, je crois : "Un jour, je n'entrerai pas à l'Académie française." Une autre citation qui me vient à l'esprit est une phrase de Paul Vandromme, critique féroce qui n'aimait guère l'auteur des Mémoires d'Adrien : "Marguerite Yourcenar n'eut jamais plus de talent que lorsqu'elle traduisit les negro spirituals...". On aura compris que la grande dame du Nord, soucieuse tout au long de sa vie de sculpter elle-même sa propre statue pour l'Eternité, ne fait pas partie de mon Panthéon personnel. Outre son personnage, je crois qu'il y également une raison littéraire à mon rejet : son style froid, policé, "traduit du latin", me paraît manquer singulièrement de coeur. Le seul de ses livres qui trouve grâce à mes yeux sont les "Nouvelles orientales", pour sa dimension fantastique. Mais je reconnais que tout ceci est purement subjectif et probablement de très mauvaise foi...

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  Pour Eric B. 3 Le petit K.V.Q. 4 novembre 2004 @ 21:15

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