La véranda aveugle de Herbjørg Wassmo

La véranda aveugle de Herbjørg Wassmo
( Huset med den blinde glassveranda)

Catégorie(s) : Littérature => Européenne non-francophone

Critiqué par Jules, le 1 décembre 2000 (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 75 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 5 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (2 521ème position).
Visites : 4 068  (depuis Novembre 2007)

Un grand choc émotionnel, des livres d’une grande beauté et profonds

En Norvège, Wassmo est classée parmi les grands classiques de la littérature moderne.
Cette trilogie doit être considérée comme un tout et il ne m'était pas possible de les commenter séparément. Le premier a été publié en 1981 et chez Actes Sud en 1987. Les deux autres volumes sont sortis dans les années 90.
Nous sommes sur une petite île de Norvège, séparée du pays par une heure ou deux de bateau. Tora est une jeune fille qui vit dans un petit logement avec sa mère et son second mari, Henrik. Celui-ci est fortement aigri suite à une blessure de guerre qui lui a fait perdre l’usage d’un bras. Tora, elle, est très troublée par le mystère que l’île entretient quant à son père. Elle devine qu’il était allemand et que ce n’est pas bien. Chez eux, l’ambiance est lourde. Sa mère est craintive, toujours fatiguée par son travail et Henrik parle peu, ruminant des idées noires, ou rentre soûl. Fréquemment la mère de Tora travaille de nuit et la jeune fille est seule avec Henrik. À plusieurs reprises, elle entend celui-ci respirer derrière sa porte. Jusqu’au jour où il entrera !… De ce moment, Tora devra vivre avec un secret qu’elle ne pourra partager avec personne, et la crainte sans cesse renouvelée qu’elle a d'entendre la porte s'ouvrir à nouveau.
Heureusement pour elle, Tora a son oncle Simon et sa tante Rakel, sœur de sa mère. Ils sont aussi heureux et gais que sa mère et Henrik sont tristes. Elle se réfugie souvent chez eux, mais ne dit rien de ce qu’elle subit. Un jour arrivera sur l'île un jeune garçon accompagné de sa mère. Il est sourd et muet, mais une grande complicité va naître entre Tora et lui. Elle a l'impression qu'il comprend sans qu'elle doive lui parler et que lui aussi a sa croix, comme elle. Elle a également une amie, un rien plus âgée qu’elle, qui vit dans son bâtiment et s'appelle " Soleil ". Elle porte bien son nom, car elle communique à Tora sa volonté de bonheur ainsi que celle de quitter l’île un jour.
Wassmo nous transmet très bien l'ambiance de cette île à la population réduite, pauvre et simple. Le monde est clos, tous se connaissent et s’épient. La vie des pêcheurs est dure et les seuls emplois possibles sont à la conserverie de poissons, ou dans le magasin qui vend tout et fait aussi office de café. Il consent crédit quand il le faut, souvent, et c’est là que l'on parle de la vie et des autres.
Les personnages de ces livres sont merveilleusement bien campés, depuis le simple pêcheur, l'instituteur, le commerçant, le marchand juif, tous pourtant secondaires. Que dire alors du maléfique Henrik, du joyeux Simon, de la triste mais gentille mère, de la chaude Rakel et de la dynamique Soleil !.
L’écriture de Wassmo est forte, précise, fouillée. Elle sent tout : les non-dits, les ambiances, les rapports entre les êtres, les terreurs, les freins, les peurs, les forces malignes. Ces livres abordent les problèmes de l’adolescence, de la condition de la femme à cette époque et dans ce milieu restreint et fermé, l’influence de la crainte, de la haine, de l'amour et de l'argent.
Tora prendra son corps en haine et seule l'existence de Simon lui permettra de penser qu'il existe des hommes différents de Henrik. Quelle horreur que d'entendre Tora dire " que ce qu’elle voyait n’était pas assez laid pour être tout à fait réel " !…Et en même temps on sent une grande force en elle, une capacité de supporter, de lutter, une volonté de croire que le monde pourrait aussi être autre chose que toute cette laideur !…Son histoire est encore longue, mais à vous de la découvrir… si Tora vous plaît et vous touche.
Il a été impossible pour moi de lire le premier tome de cette trilogie sans me plonger directement dans les deux suivant. Je crois que cette oeuvre mérite une place parmi les plus importantes de la seconde moitié du Xxe siècle. "

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Un beau livre

9 étoiles

Critique de Nathafi (SAINT-SOUPLET, Inscrite le 20 avril 2011, 52 ans) - 31 août 2014

"La véranda aveugle" est un beau livre. L'histoire de Tora est touchante. Cette jeune fille vit, et survit, malgré le détachement flagrant de sa mère, les responsabilités qui pèsent sur ses épaules, toutes ces choses qu'on demande à une trop jeune enfant encore, mais qu'elle honore ou subit tant bien que mal. Elle grandit toute seule, fait face à la vie qui n'est pourtant pas tendre avec elle. Ce qui la sauve et l'aide ? Ses rêves... et ses livres, qui l'extirpent de cet univers glauque. Elle a quelques amis, avec qui elle partage ses secrets. Ce qui frappe dans ce livre, c'est la solitude de Tora, malgré ses moyens d'évasion, elle semble s'ennuyer, et attend le meilleur après avoir connu le pire...

Un beau livre, je me répète, tout en émotion et sensibilité, avec des images fortes, des thèmes forts, et des personnalités plus ou moins attachantes...

La Véranda aveugle

9 étoiles

Critique de Millepages (Bruxelles, Inscrit le 26 mai 2010, 60 ans) - 11 juin 2010

Dans ce petit village de l'extrême Nord, Tora vit au mieux une existence triste et morne; mais quand "il" rentre éméché et résolu à évacuer ses frustrations, elle subit carrément des moments dramatiques.
Est-ce parce que ce sont les Allemands qui l' ont estropié et que son géniteur est justement Allemand que son beau-père l'a choisie comme souffre-douleur ?
Tora vit donc avec une mère résignée et un beau-père frustré.
Heureusement sa tante Rakel est là, avec sa foi qui soulève les montagnes, son optimisme à toute épreuve et sa franchise qui lui font dévoiler une partie de la jeune fille laissée secrète par une mère incapable d'assumer un passé que la vindicte lui reproche.
Et puis il y a Gunn, l'institutrice qui met un coeur énorme à éduquer chaque enfant, quel que soit son passé, quels que soient ses défauts.
Et Simon, qui réconcilie Tora avec la gent masculine.
Frits, le sourd-muet qui lui apprend le langage des signes.
Et d'autres personnages attachants, dont ce commerçant qui vend de tout et qui sait tenir compte de la condition de ses clients au moment de fixer le prix.
Tora trouve également dans les livres de quoi entretenir la flamme qui brûle en elle; elle essaiera même de persuader sa tante Rakel de suspendre de temps à autre ses activités frénétiques pour se plonger dans les mondes merveilleux qu'offrent les bouquins.
Je n'ai encore lu que le premier de la trilogie, mais je sens que je ne vais pas résister longtemps aux deux suivants.....

L'histoire de Tora

8 étoiles

Critique de Dirlandaise (Québec, Inscrite le 28 août 2004, 64 ans) - 1 mars 2005

L'histoire se déroule dans un petit village de pêcheurs en Norvège. Tora vit avec sa mère Ingrid et son beau-père Henrik qui la viole presque tous les soirs pendant que Ingrid est au travail. Il n'y a pas beaucoup de bonheur dans la vie de Tora. Des personnages illuminent cependant sa triste vie: sa tante Rakel et son oncle Simon qui possède une pêcherie, sa jeune institutrice Gunn et un ami sourd-muet Frits. En fait, c'est tout un petit village qui prend vie dans ce roman avec ses différents personnages et ses évènements plus ou moins tragiques.

Étant moi-même issue d'un tout petit village, je me suis attachée très vite à cet univers semblable à celui qui fut le mien dans mon enfance et adolescence. La lutte constante des villageois pour survivre, la solidarité, la haine et les ragots. Le sort des uns et des autres, leurs misères et leurs petites victoires. Et surtout, le personnage de Tora pour qui j'ai éprouvé de la tendresse mêlée de pitié devant son malheur et sa détresse.

C'est un livre rempli de douceur et de poésie. Un peu triste cependant. Certains passages difficiles et assez révoltant dont celui d'un adulte abusant lâchement d'un enfant. Très belle écriture. J'ai apprécié le dénouement final. À lire.

je n'ai pu résister

10 étoiles

Critique de Chat pitre (Linkebeek, Inscrite le 23 février 2001, 48 ans) - 18 juillet 2003

moi aussi après la lecture du premier volume à lire les deux autres. Un grand souvenir littéraire...

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