Voici un bien étrange roman. Imaginez un peu… Tout commence avec une nouvelle mettant en scène un enquêteur hors normes, un certain Hercule Poirot. Et voilà qu’au moment où la reine du polar et du crime se décide à le mettre en roman, elle supprime son héros belge et ne le remplace pas par un autre de ses enquêteurs favoris. Du coup, un roman sans vedette mais avec une intrigue alambiquée à souhait qui va certainement plaire à ceux qui refusent les histoires cousues de fil blanc… ou plus exactement noir, dans le cas qui nous préoccupe.
Tout commence donc avec un anniversaire qui se termine par le suicide de celle qui était à l’honneur, une certaine Rosemary. C’est du moins ainsi que Iris, sa sœur, George, son mari, Stephen et Alexandra Farraday, leurs amis, ont vécu cette tragique soirée…
Vous êtes en train de vous dire que s’il s’agit bien d’un suicide, ce n’est pas là le cœur du roman d’Agatha Christie… et s’il s’agit d’un crime, alors autant le dire tout de suite, une bonne fois pour toute ! Je vous comprends, mais admettez, pour une fois, que le doute pourrait bien faire partie du roman, des intentions de l’auteure. Un suicide, avec des raisons qui semblent crédibles, avec une police qui y croit et des sommités médicales qui l’ont bien confirmé… Et, surtout, un mari qui tente péniblement et progressivement de faire son deuil…
La construction du roman est très bien faite car nous allons nous retrouver à vivre cette soirée dramatique, mais aussi tous les mois qui suivront en nous mettant à la place de chacun des protagonistes Un événement vu à travers les yeux de chacun, avec des sentiments différents, avec des motivations variées et surtout avec la surprise de voir se confirmer les motifs d’un suicide programmé et des mobiles tout à fait réels et plausibles… pour un peu on s’y perdrait !
Il faudra attendre que le mari, ce bon George, décide de réinviter tout le monde pour l’anniversaire d’Iris, un an après, jour pour jour, au même endroit, au « Luxembourg », pour que le noir nous tombe dessus de façon irrémédiable… Oui, la lumière aura bien du mal à arriver.
J’ai beaucoup apprécié ce roman qui commence par une partie très psychologique. Pas de crime, pas de clarté dans les faits, juste des sentiments, des ressentis, des souvenirs. Petit à petit, Agatha Christie pose ses personnages, on s’y attache ou on les rejette et on se retrouvera en difficulté quand les rencontres et soirées viendront donner du sens à tout cela, mais pas celui que l’on avait, éventuellement, envisagé.
Finalement, c’est plutôt une bonne chose que Hercule Poirot ait disparu de ce roman car je suis certain qu’il aurait faussé les choses, voir même qu’il se serait trompé de coupable… Impossible ! Non, tout à fait envisageable. N’oubliez pas que s’il s’était trompé, si certains accusés avaient été pendus, personne ne serait venu vous le dire ! Ni Poirot le prétentieux, encore moins Hastings son fidèle admirateur, et je crois qu’Agatha Christie, elle-même, ne s’en serait pas vanté… alors qu’un policier et un ancien agent de sa majesté, en bonne intelligence, ne pouvait qu’acculer, certes avec difficultés, le coupable à se dénoncer ! Coupable ? Zut ! Je me suis trahi, vous savez maintenant qu’il y a eu au moins un crime dans ce roman policier…
Shelton (Chalon-sur-Saône, Inscrit le 15 février 2005, 55 ans) - 29 mars 2011 |