Les enchanteurs de Romain Gary

Les enchanteurs de Romain Gary

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Guigomas, le 19 juillet 2006 (Valenciennes, Inscrit le 1 juillet 2005, 48 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 7 étoiles (basée sur 3 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (21 617ème position).
Visites : 2 326  (depuis Novembre 2007)

L'imaginaire plus fort que la mort

Fosco Zaga, le narrateur, est un très vieil homme qui ne peut pas mourir tant il aime. " Si j'ai vécu si longtemps, c'est que j'ai charge d'amour." écrit-il. Il habite Paris, rue du Bac (comme l’auteur du livre) et raconte son enfance russe, deux siècles plus tôt. Dans les années 1760 à Saint Petersbourg, Giuseppe Zaga, père de Fosco, est le descendant d’un illustre famille de saltimbanques, illusionnistes, acteurs… D’une famille d’Italiens émigrés en Russie, Giuseppe est un maître dans l’art de l’illusion sous toutes ses formes, il est même guérisseur, prédit l’avenir et est très bien en cour auprès de Catherine de Russie dont il soigne les constipations chroniques… Il revient un jour d’un voyage en Italie avec une épouse bien trop jeune et jolie, Térésina, dont Fosco va tomber éperdument amoureux. Les années qui vont suivre vont voir se mêler l’amour de Fosco et Térésina, les moments de gloire et déboires de Giuseppe sur fond de philosophie des Lumières et de crépuscule des pouvoirs absolus autour desquels gravitaient Giuseppe et ses parents avant lui, la Russie et Venise, la Commedia del Arte, l’illusion qui aide à vivre et l’atroce réalité.
Ce livre est une ode à l’imaginaire, à la truquerie qui se distingue du mensonge par le fait qu’elle crée la vérité alors que le mensonge la détruit, un hommage à tous ceux qui ont œuvré et oeuvrent à enchanter, et une superbe histoire d’amour. Le vieux Fosco Zaga a un regard à la fois tendre, ironique et désabusé sur les hommes qui ne font qu’inventer sans cesse de nouveaux enchantements (et pour lui tout n’est qu’illusion, destinée à amuser d’abord les puissants, ensuite le peuple) mais qui, lorsqu’ils gardent en eux cette part d’enfance, sont capables d’un amour plus fort que la mort.
« Mon enfance n'allait jamais me quitter. Simplement, elle s'était cachée pour m'aider à mieux faire semblant d'être un adulte. Maternelle, elle voulait ainsi me permettre de me durcir, car il ne fait pas bon aller parmi les hommes lorsqu'on n'a pas appris à protéger d'une carapace solide ce roseau vulnérable et rêveur que l'on porte en soi. Ce n'est pas que les hommes soient délibérément méchants, cruels et acharnés à meurtrir, c'est seulement qu'ils ne savent pas tellement où ils mettent les pieds. »
Anecdotique, peut-être, ce livre a été écrit juste avant qu’Emile Ajar n’entre en scène…

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Les éditions

  • Les Enchanteurs [Texte imprimé] Romain Gary
    de Gary, Romain
    Gallimard / Collection Folio.
    ISBN : 9782070379040 ; EUR 8,40 ; 22/01/1988 ; 373 p. ; Poche
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L'amour est plus fort que la mort

7 étoiles

Critique de Killeur.extreme (Genève, Inscrit le 17 février 2003, 35 ans) - 4 juillet 2015

Romain Gary livre un conte pour adulte, ou plutôt pour l'enfant qui est caché derrière chaque adulte. Le narrateur, Fosco Zaga, est un vieillard sans âge, il prétend qu'il vit depuis plus de 200 ans et que sa longévité vient du fait qu'il est chargé d'amour pour Teresina, la jeune et jolie épouse de son père, et tant que son amour lui permettra de maintenir en vie Terisina celle-ci ne mourra pas réellement.

On est dans le monde des saltimbanques, Giuseppe Zaga est issu d'une famille d'enchanteurs, tout à la fois comédien, illusionniste, médecin et voyant. Ce roman, ou plutôt conte, annonce le déclin de l'aristocratie et la bataille de ces enchanteurs contre la Réalité.

Comme il est écrit dans les critiques précédentes, Romain Gary, l'année suivante, créera le personnage d'Émile Ajar, sous ce pseudonyme, il écrira quatre romans, une des raisons invoquée c'est que ses romans publiés sous le nom de Gary, quelle que soit leur qualité, sortaient dans une certaine indifférence de la part des critiques à tel point que quand il remaniait un de ses romans et le republiait à nouveau, la critique pensait que c'était un nouveau roman, cette même critique qui encensera l'œuvre d'Ajar.

"Les enchanteurs" est un bon roman, avec quelques longueurs.

Une oeuvre parmi d'autres de R Gary

7 étoiles

Critique de Elya (, Inscrite le 22 février 2009, 27 ans) - 4 février 2012

J'ai lu il y a quelques années quelques uns des romans les plus connus et les plus adulés de R Gary : La promesse de l'aube (captivant et magnifique), La vie devant soi (plus accessible et tout aussi prenant), et Gros câlins (drôle et touchant). J'avais envie de relire à nouveau une oeuvre de cet écrivain prolifique et dont j'étais convaincue de préférer toujours plus le style au fil des années. J'ai choisi Les enchanteurs à la bibliothèque, roman dont je n'avais jamais entendu parler.

Le résumé de Guigomas est très clair ; nous suivons en effet l'histoire de cette famille déroutante qui a existé au 18ème siècle, famille d'artistes voire de charlatans, qui avait une conception particulière de la vie, de la tricherie, de l'humour, de l'amour. Ces périples familiaux sont racontés par un homme qui a "du vécu", mais qui nous conte jusqu'à sa plus tendre enfance ses sentiments, ses goûts, son parcours.
R Gary est quelque part lui aussi un magicien ; il arrive à nous berner avec une histoire finalement simplette, avec peu de suspense, qui nous ravit pourtant grâce à l'élégance et à la fluidité de son style. J'ai cependant trouvé ce roman un peu trop long, j'ai eu du mal à arriver au bout malgré l'émerveillement qu'ont suscité certains passages de par leur forme.

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