Le Marchand de passés de José Eduardo Agualusa

Le Marchand de passés de José Eduardo Agualusa
( O vendedor de passados)

Catégorie(s) : Littérature => Africaine

Critiqué par Sahkti, le 4 mai 2006 (Genève, Inscrite le 17 avril 2004, 44 ans)
La note : 7 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 4 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (12 946ème position).
Visites : 2 618  (depuis Novembre 2007)

Identités angolaises

Le narrateur de ce beau roman est un lézard, un gecko, qui observe minutieusement les moindres faits et gestes de Félix Ventura, un bouquiniste de Luanda qui est marchand de passés. A savoir qu'il vend aux personnes désireuses de se construire une identité, des souvenirs, des photos, une famille, une histoire. Avec de l'argent, n'importe qui obtient une généalogie et donc une existence. Un jour, un étranger arrive, un drôle de type, blanc, qui veut avoir des ancêtres angolais. Petit à petit le passé refait surface, la tâche s'avère complexe et ce n'est pas le narrateur, esprit d'un défunt caché sous lézard, qui pourrait contredire ça.

Etrange petit roman, très riche d'idées et de symbolique! Dans un Angola en crise, ce marchandage de passés est synonyme de la recherche de ses racines, d'une identité nationale. Beaucoup de lecture entre les lignes, comme dans "Le Porc épique" de Manuel Rui.
J'ai aimé le ton employé par le narrateur, cet espionnage sans fin d'un vendeur de souvenirs, c'est étonnant, une ambiance très particulière qui ajoute du mystère à l'histoire, à l'image de secrets de famille qu'on préfère taire à jamais en achetant une nouvelle histoire personnelle. Et puis l'inévitable... A force de vendre des souvenirs aux autres, Félix finit par perdre les siens. Suit une réflexion intéressante sur le souvenir, la mémoire, la perte de notion de réalité au profit du rêve et de la fiction.
Un livre auquel il faut s'accrocher pour ne pas perdre le fil. De souvenirs en souvenirs, de digressions en méditation, Agualuza promène son lecteur au risque de plonger celui-ci dans la confusion, parce que tout s'emmêle et s'entrecroise. A l'image de racines identitaires à jamais perdues et qu'on cherche en vain, retournant tout sur son passage.
Un roman que j'ai pris plaisir à lire et dont la fin bouscule, laissant la porte ouverte à pas mal d'interrogations.

Connectez vous pour ajouter ce livre dans une liste ou dans votre biblio.

Les éditions

»Enregistrez-vous pour ajouter une édition

Les livres liés

Pas de série ou de livres liés.   Enregistrez-vous pour créer ou modifier une série

Gabriel GARCIA MARQUEZ ? Non! José SARAMAGO? Non! Jorge Luis BORGES? Non! José Eduardo AGUALUSA? Oui!

8 étoiles

Critique de Septularisen (Luxembourg, Inscrit le 7 août 2004, 51 ans) - 12 mars 2019

L’histoire du «Marchand de passés» tient en quelques lignes.
L’action se passe à Luanda, la capitale de l’Angola à la fin de la guerre révolutionnaire. Nous faisons la connaissance de Félix Ventura, un bouquiniste albinos, qui exerce aussi une autre profession très insolite. Pour de riches hommes d’affaires ou des politiciens, et contre espèces sonnantes et trébuchantes il leur «crée» de toutes pièces, un faux passé… En effet à grand renfort de faux documents, fausses identités et photos truquées, il leur crée des généalogies, comportant des ancêtres prestigieux, venant de familles richissimes et très anciennes où les titres de prestige ne manquent pas…

Son commerce est fleurissant jusqu’au jour où un mystérieux étranger, - qui ne veut rien révéler de lui, même pas son nom -, à la recherche d’une identité angolaise pénètre dans sa boutique… La vie de Félix Ventura va en être bouleversée à jamais...

Et? Et c’est tout! Et pourtant de si peu, José Eduardo AGUALUSA tire une histoire magnifique, douce-amère, étrange, pleine d’invraisemblances et de fantaisie. Il y a d’ailleurs un peu du fantastique du colombien Gabriel GARCIA MARQUEZ dans ce récit. Après tout vous en connaissez beaucoup vous des histoires racontées par un gecko, (qui d’ailleurs se nomme Eulalio !), qui fait des rêves dans lesquels il parle aux humains et qui en fait se révèle être la réincarnation d’un être humain ?

C’est aussi une satire féroce, mais non dénuée d’humour, mais d’un humour grinçant bien sûr, de la société angolaise qui n’est pas sans rappeler les livres du portugais José SARAMAGO. Mais aussi une réflexion sur la vie, la mort, le passé, le présent, l’histoire, la vérité, le mensonge la nature humaine… Oui tout cela, et rien de cela en fait! Puisque c’est aussi un livre un peu labyrinthique comme ceux de de l’argentin Jorge Luis BORGES.

Voilà! Sans doute cette recension ne vous aura pas appris grand-chose sur ce livre, qui il faut le dire est impossible à résumer en quelques mots, puisque ce dont il nous parle et sans aucun doute beaucoup moins important de ce dont il ne nous parle pas!.. Mais peut-être aura-elle éveillé votre curiosité, vous aura-t-elle donné envie de le découvrir, et c’est sans doute là le plus important, car il faut vraiment le lire et se laisser entrainer, sans forcément essayer de tout comprendre, pour en découvrir tous les mystères cachés…

Le passé recomposé

8 étoiles

Critique de Débézed (Besançon, Inscrit le 10 février 2008, 71 ans) - 6 juillet 2010

Accroché au plafond, caché sur l’armoire, un gecko tigre raconte l’histoire de celui qui l’héberge, à Luanda là-bas en Angola, Félix, l’albinos, « … un homme qui trafiquait les souvenirs, qui vendait le passé, secrètement, comme d’autres font de la contrebande de cocaïne. » Il trafique, notamment, quelque peu l’arbre généalogique de ceux qui ont assuré leur avenir pendant et après la guerre civile afin qu’ils puissent garantir cet avenir par un passé solide et convaincant. « Ce qu’il manque à ces gens, c’est un bon passé, des ancêtres illustres, des parchemins. »

Mais, un jour Félix, accueille un reporter photographe qui lui demande une nouvelle identité et il doit faire le choix de devenir un véritable faussaire et non pas un simple maquilleur de passé. Ce reporter qui a couvert tous les conflits de la planète et photographié la partie la plus ténébreuse de l’humanité va rencontrer l’amie photographe du marchand de passé qui, elle, photographie les nuages, la plus belle partie de l’univers. Et cette rencontre va provoquer l’irruption du passé dans le présent et hypothéquer l’avenir de chacun.

Dans ce superbe petit livre, un peu labyrinthique, où le gecko alterne la narration de l’intrigue avec le récit de ses rêves, Agualusa évoque le problème de l’identité sous toutes ses formes : identification, usurpation, imposture, sosie, double, mais aussi le vrai, le faux, la vérité, le mensonge, la vie, l’apparence de la vie, la vie après la vie. Mais le mensonge n’est-il pas plus sincère que la vérité, et l’apparence plus crédible que la réalité ? « Je vous donne une vérité impossible, vous me donnez un mensonge banal et convaincant. »

Cette dissertation sur le vrai et le faux se déroule sur fond d’Angola après la guerre civile qui n’est jamais évoquée explicitement par l’auteur mais dont les stigmates apparaissent pourtant clairement car ce livre est rempli de symboles : le héros principal est un nègre blanc qui peut évoquer le racisme mais qui surtout insinue le doute sur l’identité, la réincarnation du gecko peut aussi symboliser la transformation de l’Angola après la guerre, la métamorphose des espoirs révolutionnaires en réalité moins idylliques, l’intervention du gecko peut-être aussi une allusion à la spiritualité animiste, une façon aussi de voir la vie après la vie et que dans cette autre vie on se souvient de celle d ‘avant.

Une façon peut-être aussi d’éluder les atrocités de la guerre en se disant que la réalité n’est peut-être pas la vérité et que le rêve est peut-être plus réel. « Dieu nous a donné les rêves pour que nous puissions jeter un coup d’œil de l’autre côté… Pour que nous parlions avec nos ancêtres. » Et, qu’ainsi la continuité soit assurée, que la guerre ne soit pas un point final et que le bonheur soit encore possible. « Le bonheur est presque une irresponsabilité. Nous sommes heureux pendant les brefs instants où nous fermons les yeux. » Pour rêver encore le vie qu’on aurait voulue ?

Qui est qui ?

9 étoiles

Critique de Aaro-Benjamin G. (Montréal, Inscrit le 11 décembre 2003, 49 ans) - 19 décembre 2008

Par la bouche d’un lézard, Agualusa tisse un fascinant mystère en huis-clos autour de trois personnages, dont un quatrième – un albinos fabricant d’identités – sera la clé. J’ai été séduit du début à la fin, d’abord par la façon dont l’auteur intercale une pensée philosophique à travers sa narration. (Il n’est pas con ce gecko !) Par la suite, en découvrant par couche la véritable identité des acteurs d’un drame ancien. Vraiment un petit roman délicieux.

Forums: Le Marchand de passés

Il n'y a pas encore de discussion autour de "Le Marchand de passés".