Coutal
avatar 18/12/2010 @ 21:21:54
C'est difficile d'expliquer ce livre, tant de secrets sont cachés dedans. Je vais néanmoins m'y atteler, sans avoir été influancé par les autres critiques sur le net.
Un des critiques du site a dit de ce livre : "Czentovic, c'est le nazisme". Pour moi, c'est l'explication clé.
Czentovic est une personification du nazisme, les échecs incarnent l'esprit de compétition, la guerre. Czentovic étant un débile complet, son seul moyen d'exister socialement se fait par le jeu d'echecs. On peut dire la même chose d'Hiter et nombre de nazis : jusqu'à ce qu'ils se fassent connaitre politiquement, ils n'étaient rien. Le jeu d'échecs est "une science sans application". "Ses possibilités sont infinies mais elles ne mènent à rien". On peut se remémorer Montaigne : "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme". Les echecs, c'est l'esprit de compétion, le désir de reconnaissance qui sommeille en chacun de nous (la compétion est toujours engagée à des fins de reconnaissance). Les echecs vont permettre au narrateur et à l'industriel écossais, voyageurs anonymes, "égaux" jusque là, de se mesurer l'un l'autre. C'est une compétition saine puisqu'elle ne met en valeur que l'intelligence, et non les multiples appuis dont à pu bénéficier l'écossais pour devenir riche (sa défaite le frustre d'ailleurs beaucoup). Quand la grande partie face au maitre va débuter, tous les hommes du bateau, qui ne se fréquentaient pas, s'allient face à un ennemi commun : le champion. On peut voir un parallèle entre cette partie et la guerre (qui est la forme pousée à son extrème de compétion). La compétition rassemble aussi bien qu'elle divise. Seine au départ, elle devient néfaste quand elle est poussée à son extrème.
L'extrème, c'est Czentovic : un homme qui vit par et pour la compétition. il a eu une enfance difficile, une reconnaissance à rattraper. Son intelligence ne lui permet de se faire reconnaitre que par la compétition. Il est une machine à jouer aux échecs. Une machine froide, détestable. C'est l'homme nazi : il n'a pas d'imagination ou de création, il obéit à la marche des pièce dans le but d'éliminer les pièce adverses. Il se refuse à toutes les autres choses qui n'entrent pas dans SES règles, comme la discussion. Il n'est pas là pour débattre mais pour combattre. Et comme les nazis, il ne supporte pas la défaite, il DOIT gagner. Et il supporte encore moins que cette défaite vienne du petit.
Monsieur B, c'est la victime du nazisme. En restant enfermé dans sa pièce, il a compris les échecs, il a compris le nazisme. Le nazisme l'a rendu fou, lui a fait un lavage de cerveau. Il a été contaminé par le nazisme, par les échecs. Il pourrait devenir nazi, il a suffisament perdu sa sensibilité pour celà. Seulement il refuse. Il refuse de jouer aux échecs, de rester en Autriche. Il part. Dans le salon, il prète une aide aux joueurs en détresse. Non pas par esprit de compétition, mais parce qu'il est le mieux à même de voir venir le danger. La tentation de revenir dans la compétition lui vient à la fin, quand il accepte de rejouer contre le maitre. Il accepte ainsi de prendre les armes, de combattre le mal par le mal, de faire comme les nazis, les communistes (tout ce que voulez en -iste) et de mettre de côté son humanité pour marcher au pas. Un combat vain, néanmoins. Mais son humanité le reprend. Non, il préfère laisser le champion gagner, et garder sa conscience pour lui.
Sweigh est sans aucun doute ce monsieur B : un homme qui fuit l'Europe des joueurs d'échecs, des blancs contre les noirs, "la patrie A contre la patrie B" disait Céline. Il est affligé de voir que pour regrouper les hommes, qu'ils communiquent, il faille une partie d'échecs, une guerre. Il est lassé de la folie des hommes. Il a tout compris au nazisme, au mal, peut être est il le seul à avoir tout compris. Mais il n'est pas fasciné, il en a marre. Il veut mourir, car malheureusement pour lui, il a tout compris aux échecs, il en a trop compris.

Frunny

avatar 18/12/2010 @ 21:40:47
la meilleure explication a été donnée par Gaeldorozario dans sa longue et brillante critique.

Saule

avatar 18/12/2010 @ 22:20:01
Très belle analyse coutal.

Chaly

avatar 18/12/2010 @ 22:52:17
C'est superbement bien dit tout ! Moi j'adore !

Maufrigneuse

avatar 06/01/2011 @ 19:43:53
Bonne analyse Coutal ! La critique du nazisme est évidente dans ce livre mais je n'avais pas vu que Czentovic pouvait en être une personnification.

Je pense qu'il ne faut tout de même pas limiter Le Joueur d'échecs à une dénonciation politique, cela ne suffit pas à l'exliquer. Zweig aborde aussi longuement le thème de la passion destructrice comme il l'a déjà fait dans Vingt-quatre heures de la vie d'une femme par exemple.

Garance62
avatar 06/01/2011 @ 19:55:43
Je ne l'avais pas imaginé ainsi.
A relire sous cet angle, pourquoi pas ?
Je suis plutôt de l'avis de Maufrigneuse. Comme dans "la pitié dangereuse", une émotion poussée à son paroxysme, impossible à combattre.


Les echecs, c'est l'esprit de compétition, le désir de reconnaissance qui sommeille en chacun de nous (la compétition est toujours engagée à des fins de reconnaissance).

Pas seulement me semble-t'il.

Nowhereboy
avatar 07/04/2011 @ 12:01:08
Analyse pertinente de Coutal en effet mais d'accord avec Maufrigneuse, le roman n'est pas seulement une dénonciation de la barbarie...

Blue Boy
avatar 25/11/2012 @ 18:15:57
Je viens de le lire, et je trouve très pertinente l'analyse de Coutal, qui je l'avoue ne m'avait pas forcément sauté aux yeux... Pour l'émotion poussée à l'extrême impossible à contrôler (qu'on retrouvait aussi dans La Confusion des sentiments), c'est vrai aussi comme le dit Maufrigneuse, mais peut-être la couleur est-elle plus politique ici...

Blue Boy
avatar 25/11/2012 @ 18:24:42
la meilleure explication a été donnée par Gaeldorozario dans sa longue et brillante critique.


certes ;-)))

Débézed

avatar 25/11/2012 @ 19:01:39
Pour moi l'aspect politique est évident, même trop évident, je crois que Zweig va beaucoup plus loin dans son exposé, il part à la recherche du mal, pourquoi certains ont sombré dans le nazisme ? pourquoi d'autres ont choisi de lutter ? tout le livre est construit autour de cette dualité entre le bien et le mal, ceux qui se sont commis et ceux qui se sont opposés. Une dualité qui plonge jusqu'au fond des âmes et qui interroge toute l'humanité.

Attention avec Zweig de ne pas sombrer trop vite dans la facilité des explications toutes faites, il y a différents angles de lecture à ce texte, j'ai choisi la dualité entre bien et le mal, il y en a d'autres dont un un sur le processus littéraire qui, si je me souviens bien, est particulièrement intéressant.

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