Saint Jean-Baptiste 08/12/2017 @ 17:47:27
https://lexpress.fr/culture/livre/…) Ce lien, donné par Fanou03, cite des extraits des livres de d’Ormesson et on peut mesurer combien son écriture était remarquable.

Je fais le copier-coller d’une partie de cet extrait :

Où l'auteur reconnaît qu'il n'est ni Benjamin Constant, ni Émile Zola, ni François Mauriac. Il s'en désole, bien sûr -et il s'en console. 

« ...J'admire aussi, et plus encore, Homère, Ronsard, La Fontaine, Racine, et quelques autres. Il ne me viendrait pas à l'esprit, même si j'en étais capable, d'écrire une épopée, un sonnet, une ode ou une tragédie classique. Laissons les morts enterrer les morts. 
Nous en avons trop vu. Après tant de désastres et de ruines, le théâtre est méconnaissable. La pièce n'est plus la même. Les décors ont changé. L'histoire galope. Nous n'avons plus le temps. Il n'est pas impossible que les raisins d'hier soient trop verts aujourd'hui. Ce qui est sûr, en tout cas, c'est que nous sommes rassasiés. Il nous faut autre chose. Pour être tant bien que mal et si peu que ce soit à la hauteur de nos maîtres vénérés et trahis, il s'agit d'abord de nous éloigner d'eux, de les combattre, de trouver des chemins qu'ils n'aient pas parcourus. Vous savez ce que nous voulons, ce que nous espérons, ce que nous essayons de faire avec une espèce de désespoir? Du nouveau. Encore du nouveau. Toujours du nouveau. »

C’est, je trouve, une remarquable analyse en raccourci de l’histoire de l’art d'aujourd'hui : nous essayons de faire, avec une espèce de désespoir, du nouveau, encore du nouveau, toujours du nouveau.
Finalement, D’Ormesson n’a pas dit que des sottises.

Myrco

avatar 08/12/2017 @ 18:02:10

Mais faut-il recommencer l’éternel débat, si souvent ouvert sur CL : doit-on bannir une œuvre en raison de la conduite de son auteur ?


Certes non. Mais l'œuvre vaut-elle qu'on élève le bonhomme au rang de "génie national"? J'en doute fort à moins que le génie d'aujourd'hui n'ait subi une forte dévaluation;-)
Quant à faire du lyrisme avec le sang des massacres, cela cadre mal avec l'élégance d'esprit qu'on a pu lui prêter en effet.
Et quant à la misogynie de ses propos, ils éclairent l'homme et se passent de commentaires.

Myrco

avatar 08/12/2017 @ 18:06:22
Je viens de lire le dernier post de SJB.
Si l'analyse est peut-être pertinente, je ne vois dans l'écriture rien de remarquable; c'est le moins qu'on puisse dire.

Saule

avatar 08/12/2017 @ 18:18:29

3.Sur le génocide rwandais et les crimes contre l'humanité, quand il avait été envoyé spécial du Figaro pour couvrir le génocide: « La leçon de votre tragédie, c’est que les hommes sont tous coupables et sont tous innocents »

Mais il ne faut pas sortir ça du contexte. Il me semble que j'ai déja lu la même chose chez dovstoieski et peut-être bien de la bouche de saints... il y a quelque chose de vrai à dire que chacun est responsable des actes de tout les autres. Et ca veut dire que ce que le tutsi a fait à son voisin, hutu nous même, dans les circonstances identiques, on l'aurait fait aussi.

Myrco

avatar 08/12/2017 @ 18:37:24

3.Sur le génocide rwandais et les crimes contre l'humanité, quand il avait été envoyé spécial du Figaro pour couvrir le génocide: « La leçon de votre tragédie, c’est que les hommes sont tous coupables et sont tous innocents »


Mais il ne faut pas sortir ça du contexte. Il me semble que j'ai déja lu la même chose chez dovstoieski et peut-être bien de la bouche de saints... il y a quelque chose de vrai à dire que chacun est responsable des actes de tout les autres. Et ca veut dire que ce que le tutsi a fait à son voisin, hutu nous même, dans les circonstances identiques, on l'aurait fait aussi.


Cette phrase en soi ne m'avait pas choquée non plus. Je suis pas sûre de faire exactement la même analyse que toi mais j'y vois effectivement le constat de la nature duelle de l'homme partagé entre le bien et le mal et qui selon le contexte et les circonstances fait parler l'une ou l'autre de ces deux facettes en lui. Et les victimes innocentes d'hier ne sont-elles pas parfois devenues les persécuteurs d'aujourd'hui sur d'autres victimes innocentes?

Saint Jean-Baptiste 08/12/2017 @ 18:47:46

les hommes sont tous coupables et sont tous innocents »
Mais il ne faut pas sortir ça du contexte.

chacun est responsable des actes de tout les autres.
C’est vrai qu’il faudrait remettre ces mots dans un contexte mais d’Ormesson ne le fait pas ; alors, c’est surtout pour faire un mot ou pour dire n’importe quoi et c’est normal que ça se retourne contre lui.
« Chaque personne est responsable des actes de tous » ça fait partie de ce que les chrétiens appellent « la Communion des saints » mais ça demanderait aussi un développement sinon, ça ressemble un peu à des paroles en l’air.

Feint

avatar 08/12/2017 @ 18:48:00
Ce qui est triste, c'est que William Gass vient de mourir et que personne n'en parle (et même pas moi qui ne l'ai pas encore lu - mais ça, en revanche ce n'est pas triste : du plaisir probable en perspective).
Et que personne ne relève, voilà ce qui est triste. Parce que la mort en soi, celle dont tout le monde parle, après une vie dont l'auteur reconnaît lui-même (dans un titre bien lourd de son alexandrin) qu'elle "fut belle", je ne vois pas bien ce qu'elle peut avoir de triste.

Saint Jean-Baptiste 08/12/2017 @ 18:53:15
je ne vois dans l'écriture rien de remarquable; c'est le moins qu'on puisse dire.
Je suis un peu surpris de ce que tu dis, Myrco, parce que l’écriture de d’Ormesson est souvent ce qu’on apprécie le plus. Par contre, on trouve souvent que ce qu’il dit est superficiel. Personnellement, j’aime bien ce qu’il a écrit mais je trouve qu’il s’est trop souvent répété.

J’ai trouvé que c’était bien de lui rendre un hommage aussi solennel. Il représente une certaine France et il l’a incarnée avec beaucoup de brio.
Demain on va rendre un hommage dithyrambique à Johnny Halliday et je trouve que c’est bien aussi ; lui aussi incarne une certaine France et, lui aussi avec beaucoup de brio.
Je trouve que les deux ont leur place dans la société, ça en fait même le charme.

Saint Jean-Baptiste 08/12/2017 @ 19:07:01
Ce qui est triste, c'est que William Gass vient de mourir et que personne n'en parle (et même pas moi qui ne l'ai pas encore lu - mais ça, en revanche ce n'est pas triste : du plaisir probable en perspective).

Et que personne ne relève, voilà ce qui est triste. Parce que la mort en soi, celle dont tout le monde parle, après une vie dont l'auteur reconnaît lui-même (dans un titre bien lourd de son alexandrin) qu'elle "fut belle", je ne vois pas bien ce qu'elle peut avoir de triste.

Pourquoi tant d’aigreur, Feint ? ;-))
Je trouve que ce qu’en a dit Shelton résume bien les choses : « Il parlait bien, jouait avec les mots, écrivait très bien même si je n'avais pas lu tous ses ouvrages et je garderai de lui l'image d'une personne qui aimait la littérature, les livres, les histoires, les auteurs... et c'est déjà beaucoup par ces temps que nous vivons... » (dixit Shelton).
Dans son discours Macron a dit (à peu près) : il était l’antidote des jours de grisailles que nous vivons aujourd’hui…
C’est aussi mon avis. Quant à savoir si c’est triste ou plus triste que la mort d’un autre, ça c’est selon...

Feint

avatar 08/12/2017 @ 19:31:04

Pourquoi tant d’aigreur, Feint ? ;-))
Je trouve que ce qu’en a dit Shelton résume bien les choses : « Il parlait bien, jouait avec les mots, écrivait très bien même si je n'avais pas lu tous ses ouvrages et je garderai de lui l'image d'une personne qui aimait la littérature, les livres, les histoires, les auteurs... et c'est déjà beaucoup par ces temps que nous vivons... » (dixit Shelton).
Dans son discours Macron a dit (à peu près) : il était l’antidote des jours de grisailles que nous vivons aujourd’hui…
C’est aussi mon avis. Quant à savoir si c’est triste ou plus triste que la mort d’un autre, ça c’est selon...
Mon aigreur est bien simple : personne ne parte de William Gass, qui vient de mourir. J'en dis un mot, et personne ne relève. Personnellement je connais mal la littérature américaine contemporaine, mais je connais pas mal de gens dont c'est le métier de la connaître, et qui parlent de lui comme d'un des plus importants, voire le plus important des écrivains américains contemporains. Ça mériterait bien d'aller regarder d'un peu plus près.

Frunny
avatar 08/12/2017 @ 19:58:38
En définitive, on aime (ou pas) Jean d'Ormesson à 'L'envie" !

Saule

avatar 08/12/2017 @ 20:10:15
J'avais relevé William Gass. Mais il m'est inconnu, il n'y a pas de critiques sur le site et du coup je risque en effet de continuer à passer à côté !

De D'ormesson j'ai lu deux livres, notamment le "Juif errant" car mon collègue - à l'époque, c'était mon premier boulot, il y a 30 ans - m'en bassinait les oreilles. Mais je n'avais pas accroché. Plus tard j'ai lu son roman avec l'ange Gabriel mais j'avais trouvé ça ennuyeux. Mais au moins on en parle, évidemment ce serait bien qu'on parle aussi de William Gass ou d'autres moins médiatiques.

Ce que je trouve hasardeux c'est de revenir sur des vieux épisodes de sa vie et d'en tirer des conclusions. Qui ne se trompe jamais dans la vie ? Tout le monde a dit un jour ou l'autre une bêtise..

Dirlandaise

avatar 08/12/2017 @ 20:48:56
Pour ma part, je suis très sensible à la beauté de l'écriture, sa poésie, sa magie et le seul roman que j'ai lu de Jean D'Ormesson réunissait toutes ces qualités. Je fus éblouie par cette écriture lumineuse et belle.Je suis aussi très sensible à la personnalité de l'auteur et celle de cet homme était très attachante. Je suis bien triste de cette disparition soudaine mais sa vie fut belle donc qu'il repose en paix.

Septularisen

avatar 08/12/2017 @ 20:59:32
Mon aigreur est bien simple : personne ne parte de William Gass, qui vient de mourir. J'en dis un mot, et personne ne relève. Personnellement je connais mal la littérature américaine contemporaine, mais je connais pas mal de gens dont c'est le métier de la connaître, et qui parlent de lui comme d'un des plus importants, voire le plus important des écrivains américains contemporains. Ça mériterait bien d'aller regarder d'un peu plus près.


Bah, Pentti HOLAPPA, le plus grand poète contemporain finlandais (pourtant beaucoup plus près de nous que les États-Unis d'Amérique...) est mort le 10 octobre dernier et franchement personne ne s'en est aperçu, pas même à un seul entrefilet dans un grand journal français...

Alors...

Pour lui rendre hommage et pour ceux que cela pourrait intéresser: http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/50146

Le rat des champs
avatar 08/12/2017 @ 21:12:56
Petite question aux bons cathos de site: ce que vous appelez la communion des saints, c'est une espèce d'équilibre budgétaire, dans lequel les mérites, par exemple de François d'Assise, effacent les crimes de Dutroux? Eh bien, désolé, je n'y crois pas et je répète qu'il est indécent de mettre sur le même pied les assassins et leurs victimes.

Débézed

avatar 08/12/2017 @ 21:40:52
Il est mort et je ne l'ai pas encore lu ! Va falloir que je m'y mette pour pouvoir avoir un avis perso.

Feint

avatar 08/12/2017 @ 22:35:36
Mon aigreur est bien simple : personne ne parte de William Gass, qui vient de mourir. J'en dis un mot, et personne ne relève. Personnellement je connais mal la littérature américaine contemporaine, mais je connais pas mal de gens dont c'est le métier de la connaître, et qui parlent de lui comme d'un des plus importants, voire le plus important des écrivains américains contemporains. Ça mériterait bien d'aller regarder d'un peu plus près.



Bah, Pentti HOLAPPA, le plus grand poète contemporain finlandais (pourtant beaucoup plus près de nous que les États-Unis d'Amérique...) est mort le 10 octobre dernier et franchement personne ne s'en est aperçu, pas même à un seul entrefilet dans un grand journal français...

Alors...

Pour lui rendre hommage et pour ceux que cela pourrait intéresser: http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/50146
Et Hubert Lucot, l'un de nos vraiment grands écrivains français, est mort cette année aussi dans la plus parfaite indifférence.

Saule

avatar 08/12/2017 @ 22:46:30
Petite question aux bons cathos de site: ce que vous appelez la communion des saints, c'est une espèce d'équilibre budgétaire, dans lequel les mérites, par exemple de François d'Assise, effacent les crimes de Dutroux? Eh bien, désolé, je n'y crois pas et je répète qu'il est indécent de mettre sur le même pied les assassins et leurs victimes.

Je crois plutôt que le sens c'est que lorsque des abominations sont commises par un homme ou un groupe d'hommes, ça rejaillit sur l'humanité entière car ce que ces hommes ont pu faire d'horrible, n'importe lequel d'entre nous placé dans le même contexte, l'aurait (peut-être) fait. Et ça marche dans l'autre sens, pour les actes de pure bonté aussi. En ce sens chacun est "responsable" de ce qu'un autre a pu faire.

Le rat des champs
avatar 09/12/2017 @ 08:15:51
En ce sens chacun est "responsable" de ce qu'un autre a pu faire.

Capillotracté. Je ne vois pas comment et pourquoi quelqu'un qui est mort à Auschwitz serait responsable des crimes d'Hitler. C'est une idée monstrueuse. Chacun est responsable de ses propres actes et des impropres aussi.

Saule

avatar 09/12/2017 @ 09:09:22
C'est une notion diffficile à expliquer, celui de la responsabilité collective. D'ou les demandes de pardon d'un réprésentant d'un peuple pour des crimes commis dans le passé (même si lui-même personnellement il n'était pas né au moment des faits, il parle en tant que représentant de la nation).

C'est la même chose pour le sort qu'on fait subir aux animeaux: j'ai lu que les porcs sont concés dans un un enclos et qu'ils ne peuvent pas bouger de toute leur vie. Un tel traitement indigne retombe sur l'espèce humaine en général même si toi et moi on a jamais élevé de porcs en enclos !

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