Sissi

avatar 19/11/2014 @ 20:59:56
Ma belle-mère, qui a exercé le beau métier de sage-femme, répertorie depuis des années tous les passages relatifs à l'accouchement que l'on peut trouver dans la littérature.
Je n'ai jamais pensé, jusqu'alors, à faire un appel ici, ce qui semble pourtant fort judicieux!
Alors il ne s'agit pas de grossesse, d'allaitement, de maternité, de gazouillis et de nourrisson, il s'agit bel et bien de contractions, d'utérus, de placenta, d'expulsion, de sueur, de délivrance, de cris, de douleur et de sang (eh oui messieurs...).

Ce serait gentil de garder ça dans un petit coin de votre tête, et, si le cas se présente, de venir le consigner ici, en me donnant les références du livre, ainsi que les pages concernées (vous pouvez même, si vous êtes très bons, recopier carrément le passage, mais il ne faut peut-être pas trop en demander non plus).

Merci!

Un exemple:

"Chhhhh…Tout de suite la main de la Schwester plaquée sur la bouche de Mila et sa voix étouffée dans l’oreille, si près qu’une mèche échappée du chignon effleure sa joue, que les lèvres bougent contre son cou, qu’elle respire son odeur de savon et de sueur. Elle ne voit pas le visage de l’infirmière, la Schwester est ce murmure impératif, schrei nicht, stöt den Doktor nicht, schrei nicht ! Bitte, elle ajoute tout bas, s’il te plaît. Debout face à Mila, son front touchant le sien, l’infirmière tient ferme la nuque de la jeune femme, éloigne a peine son visage du sien pour la fixer, yeux écarquillés, l’index sur la bouche, Ruhe, verstehst du ? Silence, tu comprends ? Elle comprend, la douleur gonfle sa gorge, elle l’avale comme un morceau de pain sec. L’infirmière montre du pouce, par dessus son épaule, une porte entrouverte, celle du médecin allemand qui ne veut pas de cris, surtout ne pas le déranger, elles sont au milieu d’un couloir jonché de corps vivants et morts et l’infirmière répète entre ses dents, verstehst du ? Mia hoche la tête. Elle chancelle, l’infirmière serre fort sa main sur ses cervicales pour l’empêcher de tomber, la tient debout clouant ses pupilles aux siennes. Mila ferme les yeux, mord les doigts de l’infirmière. Ses genoux plient. Guidée lentement vers le sol, couchée sur le dos, elle répète Ruhe, Ruhe, Ruhe, et sa bouche saigne comme une cerise.
Au plafond une mouche se cogne, elle vibre contre le blanc, se cogne encore. Rentrer le cri, voir la mouche se cogner encore. Sous les omoplates, les vertèbres, le bassin, le carrelage froid ponce le pointu des os. Perdre les os. Contracter les mâchoires. La Schwester est là, se penche sur son visage, le sien et lisse, sans expression. Elle imbibe un morceau d’ouate, elle dit schnell, schnell, on dirait qu’elle a peur, schnell, qu’il ne faut pas qu’on la surprenne avec de l’ouate et le flacon, elle accomplit des gestes interdits et toi, Mila, tu obéis, tu respires vite. Ça sent l’amande, c’est froid comme la neige, ça allège tout le corps et décolle la douleur, empêche le cri.
Tu appuies le coton contre tes narines, y fait entrer davantage de neige et d’amande, mais la Schwester le retire, das ist genug, juste avant la torpeur.
Elle referme le flacon, elle te soulève, Mila, et tu ne pèses rien, tu te laisses faire, algue et nuage, elle te tire sur une paillasse couverte d’un drap blanc, puis elle appuie sur le haut de ton ventre et tu redeviens viande et tu mords ta bouche, chhhhhh.
La main de Mila tâte le sol, cherche l’ouate chloroformée tandis que sa peau se déchire. Ruhe, Fräulein, articule la Schwester mais le son franchit les lèvres de Mila alors la Schwester noue un bâillon sur sa bouche. Le sang bat aux gencives, bat aux tempes, bat dans la poitrine, dans les seins durcis, bat entre les cuisses, bat dans l’utérus, souille la bouche et le foulard, chhhh, souffle la Schwester, le sang pulse dans les veines étroites, Mila obéit à l’infirmière, suit ses mouvements de sémaphore : elle abaisse les bras, mains flexes au bout des poignets, Mila pousse et ses yeux se décillent ; la Schwester ramène les mains vers sa poitrine et gonfle sa cage thoracique, Mila inspire, écartelée. Et cela dure et se répète, cette langue muette, il faut pousser, inspirer, pousser encore, durcir le ventre et avaler le cri. A un moment un bout de chair est posé dans le cou de Mila bâillonnée, elle touche la chose rouge sortie du corps sans os, muette, épuisée, cette chose a un visage, elle ne pleure pas, elle est peut-être morte ou bien elle connaît les mots d’ordre, Ruhe, schreist du nicht, ne dérange pas le docteur, la chose sait, se tait, c’est un bébé de Konzentraziosn lager. Ein Junge, un garçon, dit la Schwester, et aussitôt Mila pense un garçon c’est solide. Mila tâte la chose rouge et silencieuse, une tête, deux oreilles, deux bras, deux mains, une autre vague contracte l’utérus, la Schwester jette ce qui sort, Mila se rappelle la poche translucide autour des chatons, qu’ils crevaient et que la chatte avalait illico, elle poursuit son repérage, deux jambes, deux pieds, un bébé de Ravensbrück pareil à un bébé du dehors.

Valentine Goby, Kinderzimmer (Actes Sud,2013, pages 115, 116, 117)

Feint

avatar 19/11/2014 @ 21:23:27
Il y en a un (enfin, surtout juste avant et juste après l'accouchement) dans un roman que tu as lu en 2011.

Sissi

avatar 19/11/2014 @ 22:17:41
Il y en a un (enfin, surtout juste avant et juste après l'accouchement) dans un roman que tu as lu en 2011.


Absolument. Pages 98, 99, 100 et 101 dudit livre.
Déjà noté!

Sissi

avatar 19/11/2014 @ 22:22:54
il s'agit bel et bien de contractions, d'utérus, de placenta, d'expulsion, de sueur, de délivrance, de cris, de douleur et de sang


Et je rajoute, donc, tiens, du coup: liquide amniotique, perte des eaux, et monitoring ;-)

Antinea
avatar 19/11/2014 @ 22:47:37
Scène d'accouchement mémorable (et pas ragoutante) dans "la joie de vivre", superbe roman d'Emile Zola.

Dirlandaise

avatar 20/11/2014 @ 00:06:27
Dans "Pot-bouille", une servante accouche seule dans sa chambre si je me souviens bien. C'est une scène affreuse et sordide à souhait.

Mo Yan dans le livre que je suis en train de lire soit "Beaux seins, belles fesses", décrit aussi un accouchement au tout début du livre. Dans "Le chantier" du même auteur, une femme accouche d'une fille que son mari s'empresse d'abandonner dans un temple désaffecté.

Sissi

avatar 20/11/2014 @ 09:28:28
Merci beaucoup! Je note tout ça
(Mais, entre parenthèses, c'est d'un gai...)

Fanou03
avatar 20/11/2014 @ 10:46:15
Je me souviens d'un passage d'une nouvelle de Le Clézio qui (d'après ce que j'ai pu retrouvé) s'appelle "Moloch" (dans le recueil "La Ronde et autres faits divers") qui évoque un accouchement, passage à la fois très beau et éprouvant et qui m'avait fortement impressionné à l'époque.

Pieronnelle

avatar 20/11/2014 @ 11:22:28
Dans le livre "Le chant de la nuit" de Androméda Romano-Lax il y a au début une extraordinaire scène d'accouchement que j'ai évoquée dans ma critique mais qui est entièrement décrite dans le livre ; je ne pourrai la citer que lorsque j'aurai retrouvé le livre dans le midi :-) (en janvier)

Sissi

avatar 20/11/2014 @ 18:12:36
Et bien nous attendrons, Pieronnelle! :-)
Et merci de toute façon.
M'en vais lire (ou relire, parfois malheureusement on oublie) ta critique.
Et merci Fanou.
Elle va être rudement contente, la belledoche! (je plaisante, elle est adorable)

Sissi

avatar 20/11/2014 @ 18:19:28
Très belle critique (que je n'avais pas encore lue), ça donne envie de lire le livre. Mais ouh la la, un accouchement par le siège...

Yotoga

avatar 22/11/2014 @ 19:53:13
Et puis paulette, Barbara Constantine
edition livre de poche
de la page 257 à 260

Fanou03
avatar 14/02/2015 @ 10:23:23
coucou Sissi !

en guise de clin d’œil à ce fil, voici un histoire issue du recueil "Sagesses et malices de Nasreddine, le fou qui était sage", tome III (le tome I est critiqué ici sur le site: http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/17098)

Pendant l'accouchement de son épouse, Nasreddine attendait impatiemment devant la chambre. Soudain, la sage-femme lui annonça la bonne nouvelle:
- C'est un garçon !
Fou de joie, il poussa la porte pour voir sa femme et son fils.
- Non ! Attends lui dit la sage-femme, j'ai l'impression qu'il y en a un deuxième. Au bout d'un moment, elle s'écria:
- Le second est aussi un garçon !

Nasreddine s'avança.

- Attends encore. J'ai l'impression qu'il y en a un troisième. C'est aussi un garçon ! Mais on dirait qu'il en arrive un quatrième !

A ce moment-là Nasreddine se précipita dans la chambre et souffla la lampe à pétrole.

- Malheureux, qu'as-tu fait ? dit la sage-femme. On ne voit plus rien !
- Ne comprends-tu pas que c'est la lumière qui les attire ? répliqua-t-il en claquant la porte derrière lui.


Une histoire intitulé très justement "La lumière qui attire"...

Sissi

avatar 15/02/2015 @ 12:31:31
Oh je n'avais pas vu.

Merci beaucoup Fanou!

Débézed

avatar 15/02/2015 @ 13:22:03
J'ai dû en lire au moins une centaine mais où ?

Myrco

avatar 20/05/2017 @ 12:06:02
Pour Sissi (si elle ne nous a pas abandonnés).
Une scène d'accouchement à la spartiate ( dans une voiture avec pour seule aide une gamine de 13 ans!) dans le très beau roman de Marlène van Niekerk "Agaat" que je suis en train de lire (pages 190-196 dans la collection Gallimard Du monde entier).

DE GOUGE
avatar 03/06/2017 @ 16:33:33
Anne- Marie SICOTTE a écrit une série romanesque : "Les accoucheuses" qui relate, depuis 1845 la véritable naissance du statut de "Sage-femme" au Canada, et la lutte contre un système ancré catholico- machiste-médical navrant.(3 livres à ce jour)
Du très beau travail avec, par moment, des cotés exaspérant d’amour plus ou moins sirupeuses, mais l'ensemble de l'ouvrage vaut la peine d'être lu, dans son analyse sociétale et dans sa lutte contre les dogmes réactionnaires et tellement humains traitant de la femme, de l'attente et la mise au monde de l'enfant.
Une société ultra- religieuse, un machisme médical, une connaissance intime de femmes entre elles, l'ébauche puis la concrétisation d'une vraie formation de Sage-Femme, à l'encontre d'une idéologie dominante, puritaine et sexiste.
Je crois que ta belle-mère, Sissi, y trouvera un bel ouvrage de références, historiques (références européennes incluses) humaines et même scientifiques : ces femmes ont une passion des découvertes.
Une aparté intéressante sur les tentatives de sociétés utopistes dans l'état de New York.
J'attends le dernier ouvrage de la série pour en faire une critique complète.
Les histoires d'amour m'agacent mais le fond de construction et reconnaissance d'un vrai métier envers et contre tout, est fascinante, l'écriture allègre et aisée. Bref, ta belle-mère devrait y trouver un vrai bonheur.
LES ACCOUCHEUSES en Pocket
Livre 1 : la fierté
Livre 2 : La révolte
livre 3 : La déroute

Eric Eliès 05/06/2017 @ 11:10:10
Bonjour Sissi. Il y a une très belle scène d'accouchement, avec une écriture à la fois précise et poétique, dans "Nativité cinquante et quelque" de Lionel Edouard Martin (critiqué sur le site), même si le dénouement est cruel et un peu morbide...

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