Stavroguine
avatar 03/05/2013 @ 17:19:05
Parisiens amateurs de théâtre et de littérature russe, Oblomov sera repris par la Comédie Française au théâtre du Vieux Colombier du 7 mai au 9 juin 2013.

Radetsky
avatar 20/12/2014 @ 13:26:40
Oblomov a été donné hier soir au "Grand Angle" de Voiron, avec Guillaume Galienne dans le rôle titre. Nous y fûmes... N'ayant jamais lu la pièce, ce fut donc une découverte. Il est piquant de constater combien la critique d'une classe sociale (la vieille noblesse russe campant sur ses terres et son oisiveté) finit par se renverser tout aussi bien contre son antagoniste d'alors, à savoir la bourgeoisie entreprenante et "dynamique" représentée par Stolz (Sébastien Pouderoux). Forme de postérité dont il n'est pas certain que Gontcharov l'ait entrevue de cette manière.
Quant au jeu des acteurs, disons qu'il fut juste, mais manquant peut-être un peu de profondeur. Il est vrai que jouer l'immobilisme militant ne va pas de soi, pas plus que son antidote sautillant d'énergie optimiste par trop démonétisé à nos yeux désabusés du XXIe siècle.
N'étaient l'ignorance d'Oblomov pour le noyau de vérité contenu dans sa propre interrogation, et la fausse conscience qu'il avait des possibilités de son dépassement, aisément perceptibles, il fallait des trésors de subtilité et de rage afin de faire "exploser en douceur" cette fausse comédie. Nous n'y étions pas, hélas. La lettre et l'esprit respectés, certes, mais manquant de génie. Une photo sépia un peu floue. Dommage...

Sissi

avatar 27/04/2016 @ 15:07:48
Bon, je termine Oblomov de Gontcharov à l'instant, ça a pris un peu plus de temps que prévu.

Je ne me suis ennuyée à aucun moment dans ce livre, que je range dans la catégorie des grands livres (à savoir, ceux qu'on n'oubliera pas) et je vais me demander encore longtemps ce qu'est "l'Omoblovtchina", parce que la réponse n'est finalement pas complètement tranchée: un état dépressif grave? Une paralysie psychique qui empêche d'agir? Le fruit d'un déterminisme social ou encore une fatalité? une conséquence de l'oisiveté? Une philosophie de vie? Le pessimisme incarné? L'aquabonisme de Gainsbourg? Une incapacité au bonheur? Un peu de tout ça à la fois, mais en tout cas le cas de cet homme intrigue et j'ai eu plaisir à le découvrir- je parle de l'homme- et ce au fil du temps- quasiment à l'échelle d'une vie.
Parce que, certes, Gontcharov aurait pu s'arrêter à la farce, ne pas dépasser ces 150 pages du début si drôles, mais alors tout le personnage d'Oblomov, qu'on aurait alors considéré comme une grosse feignasse léthargique sans grand intérêt, nous aurait échappé. Le récit de son enfance nous éclaire sur un certain "héritage" familial et social (le seul évènement marquant vécu par les parents semble avoir été une lettre, arrivée inopinément, et qu'ils ont mis quatre jours à ouvrir quand même!!), mais ce sont surtout les discussions avec Stolz, son illustre contraire, qui m'ont vraiment émue. Oblomov est intelligent, simplement il est épris d'absolu, il veut une vie idéale, magique, parfaite...ou rien. Ses aspirations amoureuses, ses attentes sont immenses, alors on espère qu'une rencontre le "sauvera", et vient l'histoire d'amour, (un tout petit peu trop longue, allez je veux bien concéder ça), qui enfin l'exalte un peu mais qui retombe comme un soufflé, par une espèce de paralysie devant le nécessité de l'action.
Et puis la boucle se boucle, et, peut-être qu'Oblomov a-t-il été quand même un peu heureux sur la fin de sa vie, quand il a obtenu cette fameuse "tranquillité" à laquelle il aspirait tant?
Non seulement j'ai aimé ce livre, mais je l'ai trouvé terriblement émouvant, j'éprouve une tendresse et une compassion incroyables pour cet homme qui a vécu à côté de la vie.
Et me vient une envie de repli, pour y penser, une espèce d'Oblomovtchina qui me saisit...

Allez, une petite chanson pour terminer, autant Danse avec Nathan Golshem m'avait fait fredonner longtemps Quand on n'a que l'amour de Brel, autant là c'est évident aussi:

https://www.youtube.com/watch?v=4yo9Y0WRUqc

Stavroguine
avatar 27/04/2016 @ 15:14:18
Même si j'ai exprimé mes réserves sur ce livre (pas besoin d'y revenir), je trouve ta lecture tout à fait ce juste, sauf sur ce point :


Parce que, certes, Gontcharov aurait pu s'arrêter à la farce, ne pas dépasser ces 150 pages du début si drôles, mais alors tout le personnage d'Oblomov, qu'on aurait alors considéré comme une grosse feignasse léthargique sans grand intérêt, nous aurait échappé.


En ce qui me concerne, même dans ce début farceur, je n'ai jamais considéré Oblomov comme "une grosse feignasse léthargique sans grand intérêt". Justement, je trouve que dans ce début Gontcharov fait bien passer qu'il est bien plus que ça. Ne serait-ce que c'est parce que c'est à une mondanité qu'on l'invite et à laquelle il ne cesse de refuser d'assister et qu'ainsi, il montre justement son refus des convenances et du "monde". C'est tout à fait autre chose que de la flemme, c'est un refus du trépignement idiot du monde autour de lui : puisque l'absurde, de toute façon, est de tous les côtés, autant rester sur place. C'est déjà presque beckettien, et ce, dès le début selon moi. Et c'est parce que ce début est si brillant que j'aurais aimé qu'il s'arrête là. Le reste ne vient qu'expliquer (maladroitement) et rajouter (inutilement) des symptômes à un mal déjà bien identifié (selon moi).

Cela dit, je suis ravi que tu aies aimé et ça reste un livre à connaître, sans doute important.

Mais il est certains livres qui s'arrêtent en cours et qu'on peut trouver grands jusqu'à un certain point. S'arrêter de lire Le Rivages des Syrthes après les coups de canons, par exemple, ou Le grand Meaulnes à la fin de la deuxième partie, c'est assez peut-être pour voir leur grandeur ; la fin se traîne un peu. Idem pour Oblomov. Idem aussi, d'ailleurs, pour le troisième acte de Tannhauser ou Le retour du Jedi : ça tient peut-être à l'essence du troisième acte qui doit dénouer, trouver des aboutissements, des fins à tout ce qui a été mis en place avant. Mais je dévie...

Sissi

avatar 27/04/2016 @ 15:19:44
En ce qui me concerne, même dans ce début farceur, je n'ai jamais considéré Oblomov comme "une grosse feignasse léthargique sans grand intérêt". Justement, je trouve que dans ce début Gontcharov fait bien passer qu'il est bien plus que ça. Ne serait-ce que c'est parce que c'est à une mondanité qu'on l'invite et à laquelle il ne cesse de refuser d'assister et qu'ainsi, il montre justement son refus des convenances et du "monde".


Bon, en me relisant je réalise que j'ai été effectivement excessive et j'avais oublié les invitations refusées et l'argumentaire qui allait avec.
Mais, re bon, il n'en demeure pas moins que dans cette première partie, pour ma part j'ai été plus encline à la moquerie qu'à la réflexion.
Oblomov, je ne l'ai vraiment découvert que quand il a commencé à parler, vraiment et longuement, donc lors de sa discussion avec Stolz, et j'ai été très surprise, à ce moment là, parce que je n'avais pas saisi auparavant à quel point il "savait penser", à quel point il avait analysé les choses.
C'est d'ailleurs pourquoi il m'a tant émue. Donc je me dis que je serais passée à côté de ça si ça s'était arrêté avant.


Et c'est parce que ce début est si brillant que j'aurais aimé qu'il s'arrête là. Le reste ne vient qu'expliquer (maladroitement) et rajouter (inutilement) des symptômes à un mal déjà bien identifié (selon moi).




Et bien moi c'est sur ce point que je ne suis vraiment pas d'accord avec toi.

D'une part parce que j'ai apprécié ces "explications", l'histoire familiale m'a intéressée, les discussions encore plus, et malgré tout cela on ne saurait complètement définir l'Oblomovchina, un peu comme la saudade, mot intraduisible (d'où mes guillemets au mot explication). C'est un état, un ressenti, donc c'est difficilement explicable et moi j'en suis encore à m'interroger dessus. Je ne trouve pas que la "réponse" soit explicitement donnée, c'est quoi, le Russe dans toute sa (non) splendeur? C'est une maladie non identifiée?( il faut quand même être malade pour dormir à ce point) Un tempérament? J'arrête là mais beaucoup d'interprétations sont permises et en cela le livre conserve une part de mystère qui contribue également (grandement) à me le faire aimer.

D'autre part, la suite (toujours de cette première partie) ne constitue pas qu'une longue explication, le livre ne fait pas que tenter d'expliquer, il montre aussi: une fois le décor planté on voit comment ce personnage évolue, on espère, d'ailleurs, moi j'ai espéré, vainement mais comme Olga a espéré avant de renoncer j'ai espéré,et il montre aussi les conséquences de cet état sur la vie du personnage.
Oblomov aurait eu une tout autre vie s'il n'avait pas été atteint de ce "mal", finalement pas très bien identifié.
C'est ça en tout cas que j'en retiens.

Ça aurait été un tout autre livre, en fait, si ça s'était arrêté après le "plantage de décor", un livre bien aussi, mais un livre rudement moins bien et qui aurait perdu en richesse selon moi.


Mais il est certains livres qui s'arrêtent en cours et qu'on peut trouver grands jusqu'à un certain point.



Oui ça c'est vrai, là je suis d'accord, mais pas pour celui-là, en fait.

Sissi

avatar 27/04/2016 @ 15:21:04
Oubli: et puis d'ailleurs, est-ce Oblomov qui refuse de s'ancrer dans le monde, la vie, ou bien est-ce la vie/le monde qui se refuse à Oblomov?
Ne veut-il pas ou ne peut-il pas?
Je n'ai pas de réponse à cette question...

Cyclo
avatar 27/04/2016 @ 22:04:19
A voir aussi le film russe de Nikita Mikhalkov, "Quelques jours dans la vie d'Oblomov", qu'on peut emprunter en dvd dans les médiathèques, ce que j'ai fait.
Pas mal, mais comme dans la plupart des adaptation au cinéma, le roman plane loin au-dessus.
Je l'avais trouvé extraordinaire, le roman, et très russe, comme ceux de Dostoïevski, alors que Tolstoï et Tourgueniev me semblaient plus proches de la sensibilité européenne... et donc, plus accessibles...

Sissi

avatar 04/05/2016 @ 10:45:40
A voir aussi le film russe de Nikita Mikhalkov, "Quelques jours dans la vie d'Oblomov",


J'essaierai de la trouver. Mais en parlant de Mikhalkov, tu as vu "Les yeux noirs" (inspiré de nouvelles de Tchekhov) avec Mastroianni (mon acteur préféré)?

Cyclo
avatar 10/05/2020 @ 17:56:11
Oui, j'ai vu pas mal de films de Mikhalkov :

Cinq soirées
Esclave de l'amour
Le nôtre parmi les autres
Partition inachevée pour piano mécanique, d'après Tchékhov
Soleil trompeur
Urga
Les yeux noirs

Tous très bons, j'aime presqu'autant le cinéma russe (y compris soviétique) que la littérature russe !

Page 1 de 1
 
Vous devez être connecté pour poster des messages : S'identifier ou Devenir membre

Vous devez être membre pour poster des messages Devenir membre ou S'identifier