Oblomov de Ivan Gontcharov

Oblomov de Ivan Gontcharov

Catégorie(s) : Littérature => Russe

Critiqué par Montag, le 7 février 2009 (Saint Etienne, Inscrit le 3 février 2009, 31 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 5 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (1 379ème position).
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Eloge de la paresse...

Oblomov,chef d'oeuvre trop méconnu, est considéré comme un ouvrage capital de la littérature russe par des auteurs illustre tels que Dostoïevski ou Tolstoï. Son héros est un mythe littéraire aussi présent que Faust ou Don Juan.
Oblomov est donc un aristocrate paresseux, oisif à souhait que rien ni personne ne semble pouvoir déloger de son lit, même l'amour de la belle Olga. Apparemment léger, le roman de Gontcharov est une critique acerbe de l'aristocratie russe du XIXè siècle, qui se reconnait assurément en Oblomov.. Agréable à lire, le ton est volontiers ironique et toute la première partie du roman est un régal avec des répliques savoureuses et drôles. Oblomov est aussi un livre qui nous renvoie à nos modes de vie contemporains où tout doit aller toujours plus vite. Ce Prince fainéant vous donnera sans doute envie de laisser passer le temps pour vous remettre à rêver...

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Lorsque la robe de chambre a des vertus inestimables

10 étoiles

Critique de Sentinelle (Bruxelles, Inscrite le 6 juillet 2007, 49 ans) - 25 novembre 2016

L’auteur Ivan Gontcharov, né en 1812, mettra dix années à rédiger son chef d’œuvre intitulé Oblomov, publié en 1859. Ce roman connaîtra un tel succès que son personnage principal donnera naissance au néologisme russe oblomovchina, une étrange maladie de l’âme proche de la rêverie conduisant à l’incapacité de prendre la moindre décision, tout en demeurant continuellement dans l’apathie, l’inertie et la nostalgie de l’enfance, sorte de paradis perdu. Avec un tel personnage aussi lâche que languissant, le lecteur peut légitimement craindre de s’ennuyer à la lecture de ce roman. Il n’en fut rien, tant il est difficile de ne pas éprouver malgré soi une certaine sympathie pour ce doux rêveur qui a pour seule ambition le renoncement à tout ce qui pourrait entraver sa tranquillité, ne souhaitant que la douceur de vivre dans la répétition et l’absence de passions. Divisé en quatre parties, c’est la première partie, basée sur le comique de répétition, qui se révèle la plus drôle. La tension dramatique dans les parties suivantes s’attache plus particulièrement à sa relation amoureuse avec Olga et à sa situation matérielle mise en péril par une arnaque dont il est victime par son entourage. En contrepoint à la passivité d’Oblomov, l’auteur introduit son ami d’enfance Stolz, un homme énergique, solide et résolument tourné vers l’action. Bref, on ne s’ennuie jamais à la lecture d’Oblomov de Ivan Gontcharov, qui manie l’humour et la dérision avec l’élégance du désespoir. Une écriture étonnement fluide et très agréable à lire, ce qui est important à souligner car il n’en est pas toujours de même pour tous les romans de la littérature russe traduits en français.

Comment vivre à l'horizontale

10 étoiles

Critique de Pierrequiroule (Paris, Inscrite le 13 avril 2006, 38 ans) - 27 août 2013

Dans un appartement de Saint-Pétersbourg, Ilia Ilitch Oblomov, propriétaire terrien, passe ses journées allongé sur un divan. Non qu’il soit malade - son visage replet respire au contraire la santé -, quant à son âge, c’est celui de la maturité florissante qui permet à la plupart des hommes de mener une vie active. Seulement voilà, Ilia Ilitch souffre d’oblomovisme, apathie chronique caractérisée par une tendance à la rêverie, une incapacité à prendre des décisions et une aversion profonde pour toute forme d’effort. Pourquoi prendre la peine de sortir ou de travailler alors que la vie peut être si confortable dans un intérieur douillet ? Aux soirées mondaines, Oblomov préfère une sieste réparatrice sur son canapé ; aux habits élégants, sa large robe de chambre et ses chaussons moelleux. La monotonie de ses journées n’est rompue que par la succession des repas. Et lorsqu’il s’agit de lire, le journal de l’an passé suffit bien, vu qu’Ilia Ilitch ne l’a pas encore achevé… Qu’elle est douce cette existence prévisible ! Vous l’aurez compris, notre anti-héros n’aspire qu’à une chose : le repos. Mais peut-on vivre ainsi à l’écart de toute société, en simple spectateur, sans passions ni sans chagrins ? Il semblerait que non. Les soucis liés au monde extérieur ont tôt fait de rompre cette quiétude. Oblomov est sollicité pour régler des factures, s’occuper de son domaine rural, répondre à des lettres, faire des visites… Toutes choses qu’il se contente de remettre au lendemain, avant de se rendormir du sommeil du juste. Ce laisser-aller mène progressivement Oblomov à sa ruine. Son intendant le vole, la plupart de ses connaissances ne sont que de vils pique-assiettes, quant au valet Zakhar, il considère les soins du ménage comme superflus. Pourtant Stolz, le meilleur ami d’Oblomov, est un homme volontaire, pratique, actif. Parviendra-t-il à tirer Ilia Ilitch de son marasme ? La belle Olga saura-t-elle éveiller la passion dans cette âme indolente?

Ce roman, l’un des plus brillants de la littérature russe, a suscité l’admiration de Dostoïevski et de Tolstoï, dont Gontcharov était un contemporain. Fresque sociale, il nous entraîne dans la Russie des tsars, à la rencontre des fonctionnaires pétersbourgeois et des barines (propriétaires terriens). Mais c’est avant tout un roman psychologique qui tient à la fois de la comédie et du drame. La première partie est un chef d’œuvre de drôlerie, car pendant 200 pages chacun tente de tirer Oblomov du lit sans y parvenir. Les dialogues sont vivants, comiques et on visualise les situations aussi bien que devant une scène de théâtre. Mais au fil des pages, le récit gagne en profondeur. C’est une véritable tragédie qui se noue, non pas de celles que déchaînent les passions, mais plutôt un drame existentiel. Que signifie le bonheur ? Faut-il agir pour l’atteindre ou se contenter d’être ? Oblomov et son ami Stolz font des choix que tout oppose, c’est pourquoi leurs destins seront très différents. Alors, l’oblomovisme est-il un vice, un spleen à la russe ou une forme de sagesse ? Qui sait ? On ne peut répondre avec certitude, mais si la littérature a pour vocation de nous interroger, Oblomov y tient assurément une place de choix. Que vous aimiez rire, réfléchir ou rêver, lisez ce roman, car même si notre paresseux prône la passivité, le lecteur lui ne s'ennuie pas une seule seconde!!

L'existence inachevée

6 étoiles

Critique de Stavroguine (Paris, Inscrit le 4 avril 2008, 35 ans) - 1 juillet 2013

Oblomov, le personnage qui prête son nom au grand roman d’Ivan Gontcharov, est comparé, dès le quatrième de couverture, à Don Juan, Faust ou Don Quichotte. Plus bas, on nous indique qu’il s’agit d’un grand classique de la littérature russe, salué par Tolstoï et Dostoïevski, qui le reconnaissaient pour tel. Bref, avec une telle introduction, on se sentirait presque dans l’obligation d’aimer le roman : la dignité du lecteur est en jeu.

Et pourtant, Oblomov est une véritable déception.

Cela avait très bien commencé : les 150 premières pages sont un délice absolu. Les visiteurs se succèdent chez Oblomov qui n’a pas plus envie de les recevoir que de les suivre à Ekaterinhoff où ils veulent tous le trainer pour assister à on ne sait quelle fête tandis que lui-même, Oblomov, n’est obnubilé que par deux importants soucis : son bailleur qui l’oblige à déménager et son intendant, dans son domaine en province, qui lui annonce de mauvaises récoltes, des travaux et surtout une baisse de ses revenus. Or, ces deux nouvelles sont particulièrement mauvaises puisqu’Oblomov, plongé depuis des années dans une douce léthargie, n’exerce aucune autre activité que de s’allonger dans son fauteuil pour n’en jamais bouger. On ne peut donc rien envisager de pire que de devoir à la fois déménager et se démener pour régler ses affaires et continuer à jouir d’une rente confortable. Toujours est-il que, malgré la passe difficile que traverse le bon Ilia Ilitch, le lecteur, lui, se réjouit de ses malheurs et de la personnalité - mais en est-ce seulement une ? - d’Oblomov qui l’amène à éconduire en discutaillant ses différents visiteurs, à se plaindre paresseusement de ses ennuis, et à se disputer avec son vieux serviteur, Zakhar, aussi paresseux que lui et incapable de comprendre pourquoi on le blâme, lui, du fait que l’appartement est infesté de punaises parce que, vous comprenez, est-ce que c’est lui qui les a inventées, les punaises ? Bref, pendant 150 pages, ça fuse dans tous les sens, c’est truculent, c’est du Gogol des Âmes mortes et du théâtre en même temps, c’est drôle et absurde, et on en redemande d’autant plus que le tout est entrecoupé de quelques descriptions à travers lesquelles l’auteur porte sur Oblomov et son mode de vie un regard plein de bonté et de douce ironie qui nous le rend extrêmement sympathique malgré - et peut-être même à cause de - sa léthargie proprement maladive.

En effet, Oblomov semble être un de ces personnages hors du temps, non pas parce qu’il en est déconnecté, mais parce qu’il ne souhaite tout simplement pas rentrer dans sa course. Il se contente avec bonhommie d’un succédané de bonheur, d’une paresse tranquille, en se laissant bercer par le destin que les autres décident pour lui, comme si quelque sagesse lui avait fait comprendre qu’il était inutile de se battre de toutes ses faibles forces contre le cours des choses. Il est loin des petits complots fomentés par le malveillant Tarantiev et de l’affairisme tout germanique de son néanmoins très fidèle et bienveillant ami, Stolz. En plus de cela, Oblomov dévoile de grandes qualités humaines et même une certaine perspicacité quand il jette un regard plein de lucidité sur ce monde auquel il ne participe pas.

En somme, Oblomov possède bel et bien toutes les qualités pour être un grand roman ; mais cela ne dure malheureusement que 150 pages. Ensuite, vient d’abord un long, très long songe qui nous plonge dans l’enfance d’Oblomov, à la recherche des racines de son mal. On y rencontre un Ilia Ilitch couvé par une armée de serviteurs anticipant le moindre de ses faits et gestes et le privant de toute autonomie. Le roman ressemble alors à une critique du mode de vie oisif de l’aristocratie russe qui vit depuis des temps immémoriaux des rentes de ses domaines sans être capable de jamais évoluer ou même de faire quoi que ce soit par elle-même. Le roman devient même un traité de géopolitique quand on compare Oblomov et ses pairs à l’industrieux Stolz, l’Allemand qui se démène, toujours affairé à Petersbourg, à Paris ou à Berlin pour bâtir une fortune, plein de besogneuse énergie et de l’envie d’en découdre. A une époque où la Russie est encore féodale, Gontcharov semble l’exhorter à regarder vers l’Ouest.

Pourquoi pas ? Même si l’opposition est un peu trop tranchée et que faire de Stolz - le meilleur ami d’Oblomov et un personnage sympathique par bien des aspects - une sorte de businessman obsédé par ses affaires, ses contacts dans le monde et sa réussite économique finit par le rendre assez désagréable, trop parfait peut-être, ou trop éloigné des valeurs d’Oblomov pour que le lecteur le considère comme un exemple à suivre. Mais le principal problème du roman ne vient pas de Stolz. Il s’agit plutôt d’Olga. Présentée à Oblomov par Stolz, sa romance avec Ilia Ilitch occupera deux bons tiers du roman et on n’en sort pas. Personnage assez creux, elle est surtout la source d’un prodigieux enlisement de ce pauvre Oblomov qui s’empêtre dans son sentiment amoureux comme un Louis de Funès tombé dans une cuve de chewing-gum. Sauf que là, le gag dure bien trop longtemps. Des pages et des pages d’atermoiements, de « qu’est-ce que c’est bon d’être amoureux, mais alors, ce n’est pas du tout tranquille, je ne suis absolument pas prêt à cela ». Et voilà que ce qu’on redoutait en se plongeant dans le roman d’une existence vouée à la passivité arrive : on s’ennuie. Au moment où on ne s’y attendait plus, après ce début de roman extraordinaire où Gontcharov nous démontrait que la paresse pouvait être un sujet diablement excitant, voilà que le couperet tombe. Un ennui aussi profond que le fauteuil d’Oblomov et duquel on s’emmitoufle comme il fait de sa vieille robe de chambre. Et alors, on comprend à quel point la lecture peut être barbante et, comme lui, on songe à poser le livre tranche vers le haut, jusqu’à ce qu’une couche de poussière l’enterre.

Les pages se tournent finalement et on se dépatouille enfin d’Olga comme on sort d’une relation destructrice, mais le mal est fait : on veut en finir. Alors, tout ce qui viendra par la suite nous semblera artificiel, à commencer par les combines de Tarantiev et du frère de la logeuse d’Oblomov pour exploiter ce dernier, ainsi que les nombreuses interventions de Stolz en Deus ex machina pour maintenir inutilement à flot la barque de l’existence sans objet d’Oblomov. Même l'astucieuse mise en abyme des dernières pages n'y changera rien : le plat est définitivement gâté.

On éprouve donc un immense regret quand on referme ce livre : c’est l’impression non pas d’être passé à côté d’un grand roman, mais plutôt que ce livre aurait véritablement pu en être un. Pour refaire le parallèle avec Les âmes mortes, c’est un peu comme si Gogol, après sa première partie truculente, avait tout gâché avec la seconde partie rédemptrice qu’il projetait d’écrire. Malheureusement, Gontcharov, contrairement à lui, a bel et bien terminé son oeuvre. Le lecteur, quant à lui, serait presque tenté de le regretter.

Une œuvre magique

10 étoiles

Critique de Thomasdesmond (, Inscrit le 26 juillet 2004, 38 ans) - 7 juin 2011

Roman univers, monde dans le monde, Oblomov est un des plus grands livres que j'ai eu la chance de lire. Pourtant, le thème de départ peut paraître ennuyeux : on passe les 150 premières pages couchés au lit avec Oblomov, propriétaire terrien vivant à St Pétersbourg, dans un appartement qu'il loue et habite avec son grossier domestique Zakhar, et où il passe ses journées à ne rien faire, vautré sur son divan, repoussant éternellement au lendemain les soucis, éludant les lettres alarmistes du régisseur de son domaine familial, où il n'a pas mis les pieds depuis 10 ans, et ignorant les demandes incessantes de son propriétaire qui lui demande de quitter l'appartement.
Il a bien un grand plan, ingénieux et novateur, pour moderniser le fonctionnement de son domaine, mais ses idées restent à l'état de pensées. Il n'est plus visité que par des individus médiocres, ou parasites, qui profitent de sa naïveté et de sa bonté, et n'a plus aucune vie sociale à l'extérieur. Seul son meilleur ami Stolz, bouillonnant homme d'affaire russe-allemand, fera tout pour "ressusciter" son ami, en le confiant aux bons soins de sa meilleure amie, la jeune Olga, dont Oblomov va tomber fou amoureux, avant d'être rattrapé par son doux mal, que Stolz nomme, avec fatalisme, l'Oblomovisme, mal qui ne tolérera rien sauf l'immobilité et l'isolement.
Après les 150 premières pages où l'on découvre l'apparente fainéantise agaçante du héros, on plonge avec lui dans ses rêves, rêves qui nous permettent de revivre à ses côtés son enfance, dans le domaine familial. Pages exceptionnelles et lyriques, qui nous permettront de comprendre les origines de la névrose d'Illia Illitch Oblomov. Petit maître choyé et protégé par une foule de domestiques, empêché de faire quoi que ce soit, Oblomov n'a pas vécu, n'a jamais été un petit garçon comme les autres, à la différence de son jeune ami Stolz, qui, au même âge, vagabondait parfois loin de sa maison, plusieurs jours, à la grande fierté de son père (industrieux allemand et professeur d'Oblomov), qui le renvoyait parfois durement faire son apprentissage de la vie dans les bois quand son fils n'avait pas rendu sa traduction de grec.
Grâce à Stolz, Oblomov réussira à devenir un jeune homme attiré par le bien, par la poésie et la compréhension du monde, aimant à rejeter toute forme de bassesse, en esprit ou en action ; mais l'éloignement de son ami, parti faire fortune, le ramènera à son état léthargique, inanimé, désintéressé de tout, même de son propre bonheur, et il plongera très vite dans sa vie allongée.
Mais cette idée du bonheur, (travail / vie de couple / reproduction) vendue par la société comme la norme, et incarnée par Stolz ("la vie, c'est le travail"), ne fonctionne pas avec Oblomov, qui perdra l'amour d'Olga, pourtant acquis, pour vivre pleinement son bonheur à lui : l'immobilisme total dans une petite et obscure pension, parfaitement tenue par une femme fée du logis, de basse extraction, simple mais physiquement attirante, qui s'occupera de notre héros comme ses domestiques le faisaient dans son enfance, tout en étant, sans s'en rendre compte, un objet de désir puissant pour le noble locataire, qu'elle choit comme un trésor. Ses coudes nus, sa chair pleine et sa poitrine épanouie obsèdent Oblomov, et font disparaître à jamais les rêves (sont-ils les siens ?) de vie élégante, dans son domaine rénové, avec des personnes éduqués, marié à une femme comme Olga, dans l'opulence et l'oisiveté sereine. Oblomov ira au bout de son oblomovisme, parfaitement heureux de son sort, père d'un petit bâtard qui lui aura donné sa logeuse, loin du monde et de ses exigences fatigantes.
Stolz récupérera Olga et l'épousera, en lui faisant comprendre que sa relation avec Oblomov (donc il rit en l'apprenant) n'était pas de l'amour, mais une erreur de jeunesse, car Oblomov ne peut être aimé, pour la simple raison qu'il n'est qu'un enfant. Lui, Stolz, est un homme fait, actif, entreprenant, sûr de lui, un homme fait pour être époux et père.
Mais c'est là qu'est la magie de l'histoire : Olga n'est pas heureuse. Passées les premières années de leur idylle, la torpeur du cœur s'installe en elle, et un mal sans nom la prend, et l'éloigne du bonheur total, paradis sur terre, que lui avait promis Stolz. Elle se souvient d'Oblomov, de son cœur bon, incapable de méchanceté, et on comprend qu'elle ne l'a pas oublié.
Pour satisfaire sa femme, Stolz fera tout pour sortir son ami de sa situation, selon lui horrible et déshonorante, et pour le ramener auprès de lui et d'Olga, le ré-installer dans son domaine, depuis longtemps remis en marche par ses bons soins. Mais Oblomov est trop loin, hors de portée, isolé dans son monde à lui. La perspective, proposée, voire imposée, par Stolz, de rejoindre ce monde, pour lui depuis longtemps oublié, le terrorise. Il préfère rester auprès de sa logeuse, dans l'ombre tiède et réconfortante.
Mais qui a raison ? Qui a compris ce qu'était la vie ? Qui a été heureux ? Stolz et sa femme dépressive, amoureux de l'idée de leur bonheur plutôt que l'un de l'autre ? Ou Oblomov et sa logeuse, parents épanouis, s'aimant silencieusement, sans discours, vivant simplement, sans ce besoin de s'élever par l'esprit vers les sphères intellectuelles.
Là est pour moi la grande question de cette grande œuvre, passionnante et haletante comme un feuilleton réussi, et inspirante comme les grands chefs d'œuvres littéraires.

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  Oblomov à la Comédie Française 8 Stavroguine 4 mai 2016 @ 10:45

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