L'automne avec Brahms de Olivier Bellamy

L'automne avec Brahms de Olivier Bellamy

Catégorie(s) : Arts, loisir, vie pratique => Musique

Critiqué par Poet75, le 15 novembre 2022 (Paris, Inscrit le 13 janvier 2006, 69 ans)
Critiqué par Poet75, le 15 novembre 2022 (Paris, Inscrit le 13 janvier 2006, 69 ans)
La note : 9 étoiles
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Aimez-vous Brahms?

« Aimez-vous Brahms ? ». La question pourrait m’ĂȘtre posĂ©e, non pas pour les raisons invoquĂ©es dans le roman Ă©ponyme de Françoise Sagan mais parce qu’à plusieurs reprises (et, encore, en juin dernier en rendant compte d’un ouvrage d’Éric Chaillier) je me suis plu Ă  affirmer l’admiration sans borne que j’éprouve pour un autre compositeur, Anton Bruckner (1824-1896). Or, c’est peu de dire que Johannes Brahms (1833-1897) dĂ©testait ce dernier (qui d’ailleurs le lui rendait). Brahms se gobergeait des « symphonies pythons » de Bruckner, il raillait son amateurisme et en parlait comme d’un « pauvre fou ». Bruckner, lui, traitait Brahms de « protestant frigide » et accusait ses symphonies de manquer d’idĂ©es. Tous deux Ă©taient considĂ©rĂ©s par leurs partisans respectifs comme des chefs de file, l’un de la fidĂ©litĂ© Ă  un certain classicisme (Brahms), l’autre comme un des fers de lance (Ă  la suite de Wagner, tout de mĂȘme !) de la musique du futur. Les deux camps se haĂŻssaient copieusement.
Cela Ă©tant dit, de l’eau a coulĂ© sous les ponts et nous pouvons fort bien, aujourd’hui, ne plus tenir aucun compte de ces querelles de jadis. Elles n’ont plus lieu d’ĂȘtre ni d’interfĂ©rer dans le plaisir que nous pouvons Ă©prouver Ă  nous mettre Ă  l’écoute de l’un et l’autre compositeur. Pour ma part, si j’aime Ă  m’immerger dans l’incomparable substrat sonore et mĂ©lodique des symphonies de Bruckner, si j’y retrouve mille accents qui rĂ©sonnent jusque dans mon for interne, je suis loin de dĂ©daigner pour autant me mettre, en quelque sorte, en osmose avec l’Ɠuvre immense de Brahms dans toute sa diversitĂ© (et elle l’est beaucoup plus que celle de Bruckner, c’est Ă©vident).
Je ne sais pas si le livre d’Olivier Bellamy peut faire aimer Brahms davantage, car ce qui compte, c’est, bien sĂ»r, d’écouter les Ɠuvres, mais sans doute peut-il en renouveler la perception, l’enrichir et susciter une curiositĂ© encore plus grande. Avec Brahms, comme l’explique fort bien l’auteur, nous avons affaire Ă  un homme plein de contrastes. Olivier Bellamy se plaĂźt Ă  les Ă©numĂ©rer en s’interrogeant au sujet des yeux du compositeur, tels qu’ils apparaissent sur un de ses portraits : « L’Ɠil droit est fixe et pĂ©nĂ©trant, curieux et dĂ©cidĂ©, avec une lueur de mĂ©lancolie. L’Ɠil gauche est tout douceur et charme, avec une propension Ă  l’humour et aux plaisirs de la vie. » « À droite, ajoute l’écrivain, c’est l’architecte des grandes formes qui est Ă  l’Ɠuvre. À gauche, c’est le promeneur bucolique qui prend son temps, l’éternel amoureux et l’homme de foi. »
Sans doute, l’automne convient Ă  merveille Ă  Brahms (comme l’hiver Ă  Schubert, selon un autre livre d’Olivier Bellamy). On l’imagine volontiers en train de marcher sous de belles frondaisons d’automne, les mains croisĂ©es dans le dos et la grande barbe blanche en avant et trouvant son inspiration dans ce « ma non troppo », pour reprendre l’indication si prĂ©sente en tĂȘte des mouvements de ses Ɠuvres. « Brahms trouve ses thĂšmes grĂące au rythme naturel de la marche. » Cette approche est profondĂ©ment juste, mĂȘme s’il ne faut pas se figurer Brahms uniquement comme un vieillard Ă  barbe blanche. Jeune, Ă  20 ans, quand il se prĂ©senta Ă  Schumann, il lui fit l’effet d’ĂȘtre un ange descendu du ciel, un ange qui, cependant, lui dĂ©roba tout ce qu’il avait : « son rang de premier compositeur, sa femme Clara, sa raison, son gĂ©nie, sa vie. »
Brahms aima Clara tant qu’il le put, mais il ne se maria jamais, il prĂ©fĂ©ra frĂ©quenter les femmes de petite vertu. Cependant, et cela n’est pas contradictoire, comme l’écrivait le chef d’orchestre Wilhelm FurtwĂ€ngler, « chaque Ɠuvre de Brahms est un trĂ©sor enfoui, et ce trĂ©sor est amour. »
Des notations ou des citations aussi intĂ©ressantes, il y en a en abondance dans l’ouvrage d’Olivier Bellamy, un ouvrage toujours Ă  la portĂ©e de tous les publics. Nul besoin d’ĂȘtre un spĂ©cialiste pour en parcourir les pages, il suffit de se laisser guider un tant soit peu par une saine curiositĂ© et de ne surtout pas tenir compte de je ne sais quels prĂ©jugĂ©s. Il est fini, je l’espĂšre, le temps oĂč un pianiste aussi prestigieux que Samson François persiflait en traitant les Ɠuvres de Brahms de « musique pour dimanche aprĂšs-midi pluvieux. » Olivier Bellamy, lui, se livre avec bonheur Ă  de passionnantes analyses des diffĂ©rents domaines musicaux dans lesquels Brahms s’illustra : ses quatre symphonies (qu’il composa tardivement tant il voulait ne pas dĂ©mĂ©riter Ă  la suite de Beethoven), ses concertos, sa musique de chambre, ses Ɠuvres vocales. Une musique savante, si l’on veut, mais pas tant que ça, Brahms ne dĂ©daignant pas de se laisser inspirer par la musique populaire, celle des tsiganes par exemple. Une musique, quoi qu’il en soit, qui, si l’on se dispose Ă  l’écouter avec attention, va, le plus souvent, droit au cƓur.

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Les éditions

L'automne avec Brahms
de Bellamy, Olivier
Phébus
ISBN : 9782369145998 ; 9,10 € ; 03/11/2022 Poche
Amazon FR
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