L'Egyptomanie : Une imposture de Roger Caratini

L'Egyptomanie : Une imposture de Roger Caratini

Catégorie(s) : Sciences humaines et exactes => Histoire

Critiqué par Bolcho, le 17 février 2002 (Bruxelles, Inscrit le 20 octobre 2001, 74 ans)
La note : 8 étoiles
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Egyptomaniaques du monde entier, unissez-vous !

… et pleurez ensemble vos illusions perdues ! L'Egypte ancienne est très mal connue parce qu’elle a laissé bien peu de traces écrites et elle est très en retard sur Sumer dans la plupart des domaines. Les lecteurs de Christian Jacq et de Pauline Gedge que nous sommes vont devoir en rabattre. Voici quelques exemples. Akhenaton n'est pas le premier monothéiste (et d’ailleurs, où est le mérite ? Mais c’est une autre histoire.) mais le premier fanatique religieux. On sait très peu de choses sur ces personnages qui ont fait couler tant d’encre romanesque : Hatchepsout, Touthankhamon, Amosis (la date de l’invasion des Hyksos provient d'un texte écrit 500 ans plus tard…). Ramsès II a eu un règne effectivement très long, mais surtout très calme : une bataille plutôt perdue (Qadesh, contre les Hittites) puis 62 ans pour s’en glorifier sans raison. Le premier traité international de l'histoire qui fait suite à la bataille (traite d'alliance contre les Assyriens) est sans doute d'inspiration hittite et non égyptienne. En matière de construction des pyramides, il n'y a aucun mystère particulier et d’ailleurs, personne n'évoque les mystères des constructions de cathédrales qui, bien que plus récentes, ne bénéficient pas de moyens techniques plus avancés. Bref, dans quasiment tous les domaines, l'auteur fait retomber le soufflé : - les hiéroglyphes sont bien postérieurs à l’écriture cunéiforme et restent confinés dans le domaine des nobles et des religieux ; - les conventions en matière artistique ne bougent jamais, sauf le court épisode amarnéen (Akhénaton) qui se referme sans laisser de traces ; - les connaissances mathématiques restent au niveau de la pratique et ne s'intéressent jamais à la théorie, au contraire des Mésopotamiens ; - les connaissances en matière de calendrier résultent entièrement de l'heureux rythme des crues du Nil : aucune compréhension là non plus ; - les connaissances médicales sont « normales » pour l'époque mais fortement teintées de mysticisme non scientifique et surtout, elles restent inchangées pendant 2000 ans ; - il n’existe aucune loi écrite chez les Egyptiens alors qu'il en existe à Ur en 2100 av JC et l’épopée de Gilgamesh décrit même des événement typiques d'une monarchie parlementaire en 3000 av JC. - il n'y a jamais de civilisation réellement urbaine en Egypte, ce qui constitue un frein important à l’évolution des connaissances. Cette absence de civilisation urbaine est une conséquence logique de ce qu’on a appelé les « bienfaits du Nil » qui conduisent naturellement à une civilisation de type villageois.
Bref, comme on peut le voir, l'auteur n’est pas tendre pour les Egyptiens, habiles à construire des digues et des monuments mais « incapables d’accomplir la révolution urbaine qui les auraient mis sur la voie du véritable progrès politique d’abord, mais aussi religieux, moral, scientifique, culturel, artistique et, pour tout résumer, humain, dont les Sumériens ont été les promoteurs(.) ». On sent à travers tout le bouquin planer une sorte d'hostilité, dirigée contre les historiens égyptolâtres (et c'est compréhensible) mais aussi contre l'Egypte antique elle-même . L’auteur n'aime pas cette civilisation (autoritaire, figée) ce qui fait de lui un égyptophobe pas toujours plus crédible que les égyptomanes qu’il fustige (mais plus honnête, car il nous cite et nous traduit toutes les sources qui sont dramatiquement peu nombreuses). Je m'étonne tout de même, par exemple, qu’il répète à de nombreuses reprises ce cliché des monuments construits grâce à d’ « innombrables esclaves », et qui nous installe dans le cinéma hollywoodien, alors que la structure sociale égyptienne était plutôt de type féodal, ce qui n’implique pas l'esclavage mais le servage ou même, plus simplement, une sorte d'impôt d'Etat, payé sous forme de travail pour la collectivité ; travail presté par les paysans au plus fort de la crue du Nil, à un moment où le travail de la terre est de toute façon impossible.
On retiendra surtout cette image d'une Egypte immobile, pareille à elle-même tout au long de son histoire, incapable d'évoluer. Là encore, la géographie est un facteur explicatif : l'Egypte était une sorte d’île fertile isolée du reste du monde par les déserts.
A mon sens, ce bouquin est un passage obligé pour ceux que passionne l’Egypte antique (pas se fâcher Sorcius…). Attendons les réactions des égyptomanes professionnels. Mais que cela ne nous empêche pas de lire et relire Jacq et Gedge qui nous font rêver. Le rêve et l'histoire sont deux activités différentes, c'est tout.

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