Flammarion est en train de ré-éditer l'oeuvre de Graham Greene dans une nouvelle traduction, faite par Claro.
J'ai lu la plupart des romans de Greene dans la traduction de Marcelle Sibon (je ne pense pas qu'il y en avait une autre), et j'ai tellement aimé ces romans que j'ai supposé que la traduction était parfaite (je suis d'ailleurs fasciné par le travail de cette Marcelle Sibon, j'ai toujours été admiratif des traducteurs).
Mais sur le blog de Claro, il y a une série d'articles trÚs intéressants à propos de sa nouvelle traduction. Dans le premier je lis ceci, ce qui est exactement ce que je ressens
Quand on lit une traduction, il est difficile de se rendre compte de son infidĂ©litĂ© dĂšs lors quâelle se pare dâĂ©lĂ©gance. Son naturel semble dĂ©mentir toute Ă©ventuelle trahison. Le sens est lĂ , fermement campĂ© dans une prose qui tient debout, alors pourquoi douter de la justesse du tour de passe-passe ? Mais le fait est quâon assiste parfois Ă des réécritures ayant pris un envol un peu⊠cavalier (si tant est quâun envol puisse ĂȘtre cavalier, Ă moins dâĂȘtre PĂ©gase).
https://towardgrace.blogspot.com/2025/04/…
Et il donne des exemples de traductions par Marcelle Sebon en effet un peu "bizarre"
On a déjà abondemment discuté sur le site de la traduction de Dostoievevsky par Markovitz, mon point de vue était que autant je trouve le travail de Markovitz formidable et j'ai un plaisir à redécouvrir l'oeuvre grace à lui, autant je ne renierai jamais l'ancienne traduction, qui trahit certes le style original, mais qui m'avait procuré un plaisir énorme. Je pense que pour Claro et Graham Greene ce sera la meme chose.
Ce qui me passionne ce sont les notes de Claro à propos de sa traduction, c'est super enrichissant. Comme quand Markovitz se livre à une exégÚse de l'oeuvre de Dostoievsky (dans les trop rares notes), nous révÚlant le symbolisme chrétien par exemple.
Je vais lire The man within en VO (https://standardebooks.org/ebooks/graham-greene/…) et je vais aussi me procurer la traduction de Claro pour bĂ©nĂ©ficier au maximum de cette traduction. Et j'espĂšre que Flammarion et Claro continueront Ă traduire l'oeuvre, pour l'instant les deux premiers sont retraduits, et pour la suite l'idĂ©e est de faire trois par an (si le public suit)
J'ai lu la plupart des romans de Greene dans la traduction de Marcelle Sibon (je ne pense pas qu'il y en avait une autre), et j'ai tellement aimé ces romans que j'ai supposé que la traduction était parfaite (je suis d'ailleurs fasciné par le travail de cette Marcelle Sibon, j'ai toujours été admiratif des traducteurs).
Mais sur le blog de Claro, il y a une série d'articles trÚs intéressants à propos de sa nouvelle traduction. Dans le premier je lis ceci, ce qui est exactement ce que je ressens
Quand on lit une traduction, il est difficile de se rendre compte de son infidĂ©litĂ© dĂšs lors quâelle se pare dâĂ©lĂ©gance. Son naturel semble dĂ©mentir toute Ă©ventuelle trahison. Le sens est lĂ , fermement campĂ© dans une prose qui tient debout, alors pourquoi douter de la justesse du tour de passe-passe ? Mais le fait est quâon assiste parfois Ă des réécritures ayant pris un envol un peu⊠cavalier (si tant est quâun envol puisse ĂȘtre cavalier, Ă moins dâĂȘtre PĂ©gase).
https://towardgrace.blogspot.com/2025/04/…
Et il donne des exemples de traductions par Marcelle Sebon en effet un peu "bizarre"
On a déjà abondemment discuté sur le site de la traduction de Dostoievevsky par Markovitz, mon point de vue était que autant je trouve le travail de Markovitz formidable et j'ai un plaisir à redécouvrir l'oeuvre grace à lui, autant je ne renierai jamais l'ancienne traduction, qui trahit certes le style original, mais qui m'avait procuré un plaisir énorme. Je pense que pour Claro et Graham Greene ce sera la meme chose.
Ce qui me passionne ce sont les notes de Claro à propos de sa traduction, c'est super enrichissant. Comme quand Markovitz se livre à une exégÚse de l'oeuvre de Dostoievsky (dans les trop rares notes), nous révÚlant le symbolisme chrétien par exemple.
Je vais lire The man within en VO (https://standardebooks.org/ebooks/graham-greene/…) et je vais aussi me procurer la traduction de Claro pour bĂ©nĂ©ficier au maximum de cette traduction. Et j'espĂšre que Flammarion et Claro continueront Ă traduire l'oeuvre, pour l'instant les deux premiers sont retraduits, et pour la suite l'idĂ©e est de faire trois par an (si le public suit)
J'ai eu l'occasion d'écouter Claro parler de son travail de traducteur ; il est passionnant. Accessoirement c'est lui aussi qui a publié chez Inculte la nouvelle traduction du Maßtre et Marguerite de Boulgakov, par Markowitz et Morvan. Et je recommande chaudement la lecture réguliÚre du Clavier cannibale, trÚs riche.
Je parcours donc les notes de traduction de Claro sur son blog et je tombe sur ceci :
"Nâimaginons pas que traduire câest dĂ©velopper, car ce nâest pas le cas. DĂ©plier signifie ici aplatir, autrement dit affirmer le primat du sens sur une forme soigneusement calibrĂ©e. Bref, plus on foisonne, plus on dĂ©conne. La traduction nâest pas une explication de texte mais une duplication de texte. Il sâagit dâinventer un double au texte."
Or, pourquoi pas, mais il me semble qu'il s'agit d'un parti prix tout aussi valable qu'il critique dans ce billet et qu'il se fait "le pape de la traduction" dont il critique les dogmes plus haut dans le mĂȘme billet.
IndĂ©pendamment de la qualitĂ© des traductions respectives, est-ce que tout cela n'a pas aussi Ă voir avec le statut d'auteur, et le respect que l'on doit Ă son auguste personne, qui aurait peut-ĂȘtre Ă©voluĂ© depuis 1950 ? L'exigence d'une traduction plus littĂ©rale, fidĂšle, ne revient-elle pas Ă sacraliser le texte original et son auteur, lĂ oĂč les traducteurs antĂ©rieurs Ă©taient peut-ĂȘtre plus proches de ce que faisaient les dramaturges classiques avec les anciens et s'emparaient d'un texte dans une autre langue pour se faire co-auteurs de ce texte en français ?
Autre question, cette recherche d'efficacité, de briÚveté pour coller au plus prÚs au texte de Greene n'est-elle pas précisément l'illustration de l'influence de l'anglais sur la langue française (je pense notamment au "dû à ", calqué sur le "due to", dont usent et abusent les élÚves en lieu et place de "du fait de", soit un tiers de mots en plus) ?
Il y a aussi parfois un peu de malhonnĂȘtetĂ© dans les exemples donnĂ©s : « "he picked one of the offending papersâ (il sâempara dâun des journaux incriminĂ©s) devient « il jeta un coup dâĆil sur ces journaux qui avaient mĂ©contentĂ© le docteur »" Autant, "jeta un coup d'oeil" pour "picked" est contestable, autant "qui avaient mĂ©contentĂ©" marche pour "offending" que le "incriminĂ©s" de Claro, qui semble vouloir ici Ă dessein faire court pour exacerber le foisonnement de la prĂ©cĂ©dente traductrice.
"Nâimaginons pas que traduire câest dĂ©velopper, car ce nâest pas le cas. DĂ©plier signifie ici aplatir, autrement dit affirmer le primat du sens sur une forme soigneusement calibrĂ©e. Bref, plus on foisonne, plus on dĂ©conne. La traduction nâest pas une explication de texte mais une duplication de texte. Il sâagit dâinventer un double au texte."
Or, pourquoi pas, mais il me semble qu'il s'agit d'un parti prix tout aussi valable qu'il critique dans ce billet et qu'il se fait "le pape de la traduction" dont il critique les dogmes plus haut dans le mĂȘme billet.
IndĂ©pendamment de la qualitĂ© des traductions respectives, est-ce que tout cela n'a pas aussi Ă voir avec le statut d'auteur, et le respect que l'on doit Ă son auguste personne, qui aurait peut-ĂȘtre Ă©voluĂ© depuis 1950 ? L'exigence d'une traduction plus littĂ©rale, fidĂšle, ne revient-elle pas Ă sacraliser le texte original et son auteur, lĂ oĂč les traducteurs antĂ©rieurs Ă©taient peut-ĂȘtre plus proches de ce que faisaient les dramaturges classiques avec les anciens et s'emparaient d'un texte dans une autre langue pour se faire co-auteurs de ce texte en français ?
Autre question, cette recherche d'efficacité, de briÚveté pour coller au plus prÚs au texte de Greene n'est-elle pas précisément l'illustration de l'influence de l'anglais sur la langue française (je pense notamment au "dû à ", calqué sur le "due to", dont usent et abusent les élÚves en lieu et place de "du fait de", soit un tiers de mots en plus) ?
Il y a aussi parfois un peu de malhonnĂȘtetĂ© dans les exemples donnĂ©s : « "he picked one of the offending papersâ (il sâempara dâun des journaux incriminĂ©s) devient « il jeta un coup dâĆil sur ces journaux qui avaient mĂ©contentĂ© le docteur »" Autant, "jeta un coup d'oeil" pour "picked" est contestable, autant "qui avaient mĂ©contentĂ©" marche pour "offending" que le "incriminĂ©s" de Claro, qui semble vouloir ici Ă dessein faire court pour exacerber le foisonnement de la prĂ©cĂ©dente traductrice.
J'ajoute
1/ que Claro est peut-ĂȘtre partiellement dĂ©barrassĂ© de faire acte d'auteur dans la mesure oĂč il est dĂ©jĂ auteur par ailleurs, et n'a donc pas besoin de se cacher derriĂšre Greene pour faire marcher sa plume ;
2/ que cette série de billets lui permet précisément de réaliser les explications de texte qu'il reproche à Sibon.
1/ que Claro est peut-ĂȘtre partiellement dĂ©barrassĂ© de faire acte d'auteur dans la mesure oĂč il est dĂ©jĂ auteur par ailleurs, et n'a donc pas besoin de se cacher derriĂšre Greene pour faire marcher sa plume ;
2/ que cette série de billets lui permet précisément de réaliser les explications de texte qu'il reproche à Sibon.
Je suis tout à fait d'accord avec toi Stavro. Tout d'abords sur le point trÚs important que le traducteur fait partie entiÚre de l'oeuvre. Marcelle Sibon est une pointure de la traduction (166 resources à la Bnf, https://data.bnf.fr/fr/ark:/12148/cb11924674f) et pour moi qui ai découvert avec elle, elle restera toujours la référence.
Pour prendre au autre exemple
Quoi quâil en soit, la passion de lâexpansion semble assez courante dans les annĂ©es 50, si lâon en juge par certains exemples tirĂ©s de la traduction du MinistĂšre de la peur. LĂ oĂč Greene Ă©crit : « The papers lay in the lamplightâ (Six mots pour parler dâune pile de journaux quâĂ©claire une lampe de bureau), la traductrice se lĂąche allĂšgrement avec un « Les journaux Ă©pars sur le bureau reflĂ©taient la lumiĂšre crue de la lampe cachĂ©e sous un abat-jour. » (dix-sept motsâŠ) On dirait presque un exercice de style Ă la Queneau.
la traduction de Marcelle Sibon n'est pas fidĂšle mais elle est belle. Graham Greene a un style trĂšs visuel, c'est peut-etre pour ca qu'il est souvent adaptĂ© au cinĂ©ma. Un style visuel, ca veut dire qu'en le lisant les images surgissent dans notre esprit, on a l'impression de voir un film en meme temps que lire un livre. J'aime Ă©normĂ©ment. Et bien dans cet extrait, l'abat-jour de Marcelle Sibon a sa place car c'est exactement ce que je vois. Il faut dire que je suis de la gĂ©nĂ©ration d'Ă©tudiant pour qui une lampe de bureau avait toujours un abat-jours. Et ca rejoint une autre question que Claro pose quelque part sur son blog : Greene Ă©crivait dans les annĂ©es quarante, Ă©poque ou les lampes avaient des abats-jours, mais les jeunes lecteurs de maintenant ne connaissent que les lampes LED. Faut-il "moderniser" ? Pourquoi pas, mais c'est un choix, c'est pas une Ă©vidence. Confere la discussion avec le club des cinqs, la nouvelle traduction oĂč tout les termes dĂ©licieusement dĂ©suets sont passĂ©s Ă la trape ... c'est bien triste aussi.
Mais ca pose une nouvelle question qui va me tourmenter : le style visuel de Greene serait du Ă la traductrice, pas Ă lui ? Bon, non, je ne crois pas, mais si c'est vrai que les traducteurs francais avaient tendance Ă en "rajouter" c'est intriguant
Il y a aussi le fait que Claro découvre Graham Greene. Si il avait lu enfant tout les livres de Greene traduit par Marcelle Sibon il aurait une autre approche, peut-etre.
Mais je suis trÚs intéressé par sa nouvelle traduction et je vais comparer, la sienne, celle de Marcelle et la mienne :-)
Pour prendre au autre exemple
Quoi quâil en soit, la passion de lâexpansion semble assez courante dans les annĂ©es 50, si lâon en juge par certains exemples tirĂ©s de la traduction du MinistĂšre de la peur. LĂ oĂč Greene Ă©crit : « The papers lay in the lamplightâ (Six mots pour parler dâune pile de journaux quâĂ©claire une lampe de bureau), la traductrice se lĂąche allĂšgrement avec un « Les journaux Ă©pars sur le bureau reflĂ©taient la lumiĂšre crue de la lampe cachĂ©e sous un abat-jour. » (dix-sept motsâŠ) On dirait presque un exercice de style Ă la Queneau.
la traduction de Marcelle Sibon n'est pas fidĂšle mais elle est belle. Graham Greene a un style trĂšs visuel, c'est peut-etre pour ca qu'il est souvent adaptĂ© au cinĂ©ma. Un style visuel, ca veut dire qu'en le lisant les images surgissent dans notre esprit, on a l'impression de voir un film en meme temps que lire un livre. J'aime Ă©normĂ©ment. Et bien dans cet extrait, l'abat-jour de Marcelle Sibon a sa place car c'est exactement ce que je vois. Il faut dire que je suis de la gĂ©nĂ©ration d'Ă©tudiant pour qui une lampe de bureau avait toujours un abat-jours. Et ca rejoint une autre question que Claro pose quelque part sur son blog : Greene Ă©crivait dans les annĂ©es quarante, Ă©poque ou les lampes avaient des abats-jours, mais les jeunes lecteurs de maintenant ne connaissent que les lampes LED. Faut-il "moderniser" ? Pourquoi pas, mais c'est un choix, c'est pas une Ă©vidence. Confere la discussion avec le club des cinqs, la nouvelle traduction oĂč tout les termes dĂ©licieusement dĂ©suets sont passĂ©s Ă la trape ... c'est bien triste aussi.
Mais ca pose une nouvelle question qui va me tourmenter : le style visuel de Greene serait du Ă la traductrice, pas Ă lui ? Bon, non, je ne crois pas, mais si c'est vrai que les traducteurs francais avaient tendance Ă en "rajouter" c'est intriguant
Il y a aussi le fait que Claro découvre Graham Greene. Si il avait lu enfant tout les livres de Greene traduit par Marcelle Sibon il aurait une autre approche, peut-etre.
Mais je suis trÚs intéressé par sa nouvelle traduction et je vais comparer, la sienne, celle de Marcelle et la mienne :-)
J'ajoute
1/ que à mon avis un traducteur est toujours un auteur. Je veux dire par là que quelqu'un avec une parfaite maitrise de l'anglais (voire une AI) ne sera jamais capable de faire une traduction littéraire, car il faut bien ré-écrire. Et j'aurais tendance à penser qu'un auteur-traducteur qui est trÚs bon parvient à améliorer le texte, par exemple quand Proust traduit Ruskin, ou Marguerite Yourcenar Mishima, ou André Gide Conrad, ... maintenant il faut évidemment qu'il y ait des affinités, si c'est un travail de commande c'est pas la meme chose.
1/ que à mon avis un traducteur est toujours un auteur. Je veux dire par là que quelqu'un avec une parfaite maitrise de l'anglais (voire une AI) ne sera jamais capable de faire une traduction littéraire, car il faut bien ré-écrire. Et j'aurais tendance à penser qu'un auteur-traducteur qui est trÚs bon parvient à améliorer le texte, par exemple quand Proust traduit Ruskin, ou Marguerite Yourcenar Mishima, ou André Gide Conrad, ... maintenant il faut évidemment qu'il y ait des affinités, si c'est un travail de commande c'est pas la meme chose.
@Saule
Dans ton exemple : des journaux sur le bureau sous la lampe avec abat jour, je trouve que la traduction de Marcelle Sibon rend parfaitement lâatmosphĂšre du texte de Graham Green et câest ce qui compte. Et il ne faut surtout pas supprimer lâabat-jour sous prĂ©texte que ce nâest plus Ă la mode. Ces textes anciens ont justement le charme de parler de choses qui ont disparu avec le temps.
Dans ton exemple : des journaux sur le bureau sous la lampe avec abat jour, je trouve que la traduction de Marcelle Sibon rend parfaitement lâatmosphĂšre du texte de Graham Green et câest ce qui compte. Et il ne faut surtout pas supprimer lâabat-jour sous prĂ©texte que ce nâest plus Ă la mode. Ces textes anciens ont justement le charme de parler de choses qui ont disparu avec le temps.
@Stavro
« Bref, plus on foisonne, plus on dĂ©conne. La traduction nâest pas une explication de texte mais une duplication de texte. Il sâagit dâinventer un double au texte. » (dixit Claro)
Ce nâest pas non plus mon avis, enfin ce nâest pas mon goĂ»t.
Câest tout lâart du traducteur de rendre lâatmosphĂšre du livre sous une forme littĂ©raire plutĂŽt que de faire du mot Ă mot comme dans les juxtapositions quâutilisaient les mauvais Ă©lĂšves pour les devoirs de versions latines.
(câest bien dommage quâon ne voit plus jamais Provis)Â ;-))
« Bref, plus on foisonne, plus on dĂ©conne. La traduction nâest pas une explication de texte mais une duplication de texte. Il sâagit dâinventer un double au texte. » (dixit Claro)
Ce nâest pas non plus mon avis, enfin ce nâest pas mon goĂ»t.
Câest tout lâart du traducteur de rendre lâatmosphĂšre du livre sous une forme littĂ©raire plutĂŽt que de faire du mot Ă mot comme dans les juxtapositions quâutilisaient les mauvais Ă©lĂšves pour les devoirs de versions latines.
(câest bien dommage quâon ne voit plus jamais Provis)Â ;-))
On avait parlĂ© des traductions Ă propos des livres russes. Dirlandaise avait donnĂ© des extraits de La Guerre et la Paix par une traductrice qui se disait princesse deâŠÂ ? Depuis je cherche cette traduction chez les bouquinistes mais personne nâa lâair de connaĂźtre. Finalement ça nâexiste peut-ĂȘtre quâen livre audio.
Tu peux trouver la traduction de "Une Russe" sur internet, mais il faut alors la lire sur une liseuse. Je pense que sur des marchĂ©s on peut la trouver aussi. Mais elle date de 1879. "Une Russe", c'est la princesse IrĂšne Ivanovna Paskevitch, qui traduisit sous le nom dâ « Une russe » Guerre et paix en 1879 (https://bibliotheque-russe-et-slave.com/notes.php)
https://critiqueslibres.com/i.php/forum/…
https://critiqueslibres.com/i.php/forum/…
Cette traduction étant libre de droits, on en trouve plusieurs éditions
https://amazon.fr/s/…
https://amazon.fr/s/…
Sur gutenberg aussi, mais je ne crois pas que SJB ait une liseuse.. https://www.gutenberg.org/ebooks/17949
Pour le coup, je trouve que l'abat-jour est clairement de trop. Il est complÚtement absent de l'original, n'apporte pas grand chose et me semble alourdir la phrase. Je ne doute pas que les deux traductions ont leur mérite (et leurs faiblesses). J'ai beaucoup d'admiration pour ce que fait Claro et je ne doute pas de l'excellence de sa traduction. Je trouve juste un peu dommage qu'il ait choisi de justifier sa traduction en disant du mal de la précédente et qu'il ait érigé des partis pris en dogmes.
Je n'ai jamais trop compris cette nouvelle mode ...
Si la traduction existante est bonne, parfois mĂȘme "adoubĂ©e" par l'auteur de son vivant quel est l'intĂ©rĂȘt, - si ce n'est commercial -, de publier toutes ces "nouvelles" traductions?
Récemment, voulant relire le fameux : "1984" de George ORWELL, et puisque ce livre est maintenant "tombé" dans le domaine public, je me demandais quelle traduction lire, puisque l'on a le choix entre :
- La traduction historique de Amélie Audiberti
- La traduction de Josée Kamou
- La traduction de Célia Izoard
- La traduction de Philippe Jaworski (qui est aussi celle de la Pléiade)...
Comme je ne savais pas laquelle choisir j'ai demandĂ© Ă une connaissance, grande spĂ©cialiste de lâĆuvre de l'anglais, qui m'a envoyĂ© ceci : https://en-attendant-nadeau.fr/2021/02/…
Et donc, finalement, j'en suis resté à la traduction "historique" de Mme. Audiberti!
Pourquoi "aller voir ailleurs", quand je peux lire celle qui a donné tous les termes qui sont devenus des lieux communs, comme Big Brother (volontairement non traduit à l'époque d'ailleurs...) ou novlangue etc etc...
Ce texte est vraiment trĂšs intĂ©ressant Septu, mĂȘme si je pense que le cas de Orwell est diffĂ©rent.
Pour Greene, je crois que le but c'est de trouver un nouveau public, plus jeune. Rien que grace au fait qu'on en parle, que les livres sont ré-édités (certains sont épuisés). Maintenant je pense que peu de gens attachent de l'importance à la traduction, ce qui est dommage pour eux. Pour celui qui aime c'est une chance de pouvoir comparer et surtout d'avoir les notes du traducteurs, car par exemple Claro via son blog apporte un éclairage trÚs intéressant sur l'oeuvre.
Pour Greene, je crois que le but c'est de trouver un nouveau public, plus jeune. Rien que grace au fait qu'on en parle, que les livres sont ré-édités (certains sont épuisés). Maintenant je pense que peu de gens attachent de l'importance à la traduction, ce qui est dommage pour eux. Pour celui qui aime c'est une chance de pouvoir comparer et surtout d'avoir les notes du traducteurs, car par exemple Claro via son blog apporte un éclairage trÚs intéressant sur l'oeuvre.
J'ai beaucoup lu aussi Graham Greene dans les traductions existantes. Mais il y a deux ou trois romans que je n'ai pas lus, et j'attendrai pour les lire la traduction de Claro.
Claro te rĂ©pond ici : https://towardgrace.blogspot.com/2025/04/…
Je n'ai jamais trop compris cette nouvelle mode ...
Si la traduction existante est bonne, parfois mĂȘme "adoubĂ©e" par l'auteur de son vivant quel est l'intĂ©rĂȘt, - si ce n'est commercial -, de publier toutes ces "nouvelles" traductions?
(Personnellement, j'ai tendance au contraire qu'il est sain que plusieurs traductions coexistent. J'ai moi-mĂȘme publiĂ© trois "traductions" de Kubla Khan, le poĂšme de Coleridge, qui n'ont Ă peu prĂšs rien Ă voir les unes avec les autres.)
Concernant les nouvelles traductions qui dĂ©poussiĂšrent le texte, j'ai un sentiment trĂšs mitigĂ©. La retraduction de "1984" faite en 2018 sur commande de Gallimard me semble un artifice purement commercial pour relancer les ventes d'un livre qui n'avait pas demandĂ© qu'on le "booste". Je l'ai achetĂ©e et j'ai donc les 2 Ă©ditions en français et j'en veux Ă Gallimard de prendre ses lecteurs pour des idiots. Quand je lis le texte original en anglais, la premiĂšre traduction en français (faite en 1950, de mĂ©moire) et la nouvelle traduction (faite en 2018), je ne vois pas une traduction mais une modernisation pour l'adapter aux goĂ»ts du nouveau public, quitte Ă trahir le texte original pour le rendre plus "nerveux". En fait, c'est simple, je trouve que la nouvelle traduction est une trahison. Par exemple, la nouvelle traduction fait le choix de basculer la narration du passĂ© au prĂ©sent, pour dramatiser l'action comme dans un polar. Ainsi, la premiĂšre phrase de 1984 est "It was a bright cold day in April, and the clocks were striking thirteen", ce qui donnait dans la premiĂšre traduction "CâĂ©tait une journĂ©e dâavril froide et claire. Les horloges sonnaient treize heures." Dans la nouvelle traduction, on lit "Câest un jour dâavril froid et lumineux et les pendules sonnent 13 :00." De quel droit le traducteur change-t-il le temps de la narration ? Sinon, on n'a plus qu'Ă réécrire tous les livres en français du 19Ăšme siĂšcle pour les mettre au goĂ»t du jour.
En outre, il est assez irritant, quand on place les deux traductions en vis-à -vis, de ressentir la désagréable impression que la nouvelle traduction a cherché à tout prix à se démarquer de l'ancienne traduction, en remplaçant chaque fois que possible un mot par son synonyme, souvent sans rien apporter au texte (par exemple "Maison de la Victoire" qui devient "Résidence de la Victoire"). Surtout, les bonnes idées de la premiÚre traduction ont été remplacées par de nouvelles tournures maladroites et imprécises. Par exemple, la "novlangue", qui était une belle trouvaille (à tel point qu'elle est entrée dans le langage courant) est devenu le "néoparler". C'est trÚs moche, et en plus ça me semble affadir la dénonciation d'Orwell d'un langage détourné de la vérité de parole.
En outre, il est assez irritant, quand on place les deux traductions en vis-à -vis, de ressentir la désagréable impression que la nouvelle traduction a cherché à tout prix à se démarquer de l'ancienne traduction, en remplaçant chaque fois que possible un mot par son synonyme, souvent sans rien apporter au texte (par exemple "Maison de la Victoire" qui devient "Résidence de la Victoire"). Surtout, les bonnes idées de la premiÚre traduction ont été remplacées par de nouvelles tournures maladroites et imprécises. Par exemple, la "novlangue", qui était une belle trouvaille (à tel point qu'elle est entrée dans le langage courant) est devenu le "néoparler". C'est trÚs moche, et en plus ça me semble affadir la dénonciation d'Orwell d'un langage détourné de la vérité de parole.
Concernant les nouvelles traductions qui dĂ©poussiĂšrent le texte, j'ai un sentiment trĂšs mitigĂ©. La retraduction de "1984" faite en 2018 sur commande de Gallimard me semble un artifice purement commercial pour relancer les ventes d'un livre qui n'avait pas demandĂ© qu'on le "booste". Je l'ai achetĂ©e et j'ai donc les 2 Ă©ditions en français et j'en veux Ă Gallimard de prendre ses lecteurs pour des idiots. Quand je lis le texte original en anglais, la premiĂšre traduction en français (faite en 1950, de mĂ©moire) et la nouvelle traduction (faite en 2018), je ne vois pas une traduction mais une modernisation pour l'adapter aux goĂ»ts du nouveau public, quitte Ă trahir le texte original pour le rendre plus "nerveux". En fait, c'est simple, je trouve que la nouvelle traduction est une trahison. Par exemple, la nouvelle traduction fait le choix de basculer la narration du passĂ© au prĂ©sent, pour dramatiser l'action comme dans un polar. Ainsi, la premiĂšre phrase de 1984 est "It was a bright cold day in April, and the clocks were striking thirteen", ce qui donnait dans la premiĂšre traduction "CâĂ©tait une journĂ©e dâavril froide et claire. Les horloges sonnaient treize heures." Dans la nouvelle traduction, on lit "Câest un jour dâavril froid et lumineux et les pendules sonnent 13 :00." De quel droit le traducteur change-t-il le temps de la narration ? Sinon, on n'a plus qu'Ă réécrire tous les livres en français du 19Ăšme siĂšcle pour les mettre au goĂ»t du jour.Chaque cas est particulier. J'ai plusieurs fois fait Ă©tudier A l'ouest, rien de nouveau Ă mes Ă©lĂšves, et je rĂąlais contre le non-sens littĂ©raire - mais parfaitement d'Ă©poque - qui avait conduit le traducteur Ă remplacer le preterit allemand par un passĂ© simple, alors que le rĂ©cit de Remarque, complĂštement ancrĂ© dans la situation d'Ă©nonciation, ne pouvait passer correctement avec notre passĂ© simple. J'ai Ă©tĂ© soulagĂ© de voir rĂ©cemment que dans les nouvelles Ă©ditions le passĂ© simple avait enfin Ă©tĂ© remplacĂ© par le passĂ© composĂ©.
RĂ©cemment j'ai aussi dĂ©couvert le formidable Berlin Alexander Platz de Döblin ; il y avait un je-ne-sais-quoi qui me gĂȘnait dans ma vieille traduction ; j'ai achetĂ© la nouvelle qui en effet est bien meilleure.
Claro te rĂ©pond ici : https://towardgrace.blogspot.com/2025/04/âŠ
(Personnellement, j'ai tendance au contraire qu'il est sain que plusieurs traductions coexistent.
Euh... Franchement?
AprĂšs la lecture de cet article, j'ai encore moins envie de la lire sa nouvelle tradcution des oeuvres de Greene !!
J'ai moi-mĂȘme publiĂ© trois "traductions" de Kubla Khan, le poĂšme de Coleridge, qui n'ont Ă peu prĂšs rien Ă voir les unes avec les autres.)
La poésie est encore un autre cas, trÚs particulier.
J'en parle d'ailleurs ici : https://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/55937 avec les traductions trÚs... Disons "innovantes" d'André Markovicz...
Je ne t'apprendrais rien en te disant qu'il suffit de changer un seul mot et tout le sens du poÚme change. Sans compter que en changeant de langue les images, les sonorités, les rimes, etc etc... Tout change...
Je plains souvent les traducteurs de roman, je plains encore plus les traducteurs de poésie !!
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