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Histoire d'une vie
de Aharon Appelfeld
Catégorie(s) : Littérature => Biographies, chroniques et correspondances
critiqué par Sahkti, le 19 janvier 2005
(Genève, Inscrite le 17 avril 2004, 36 ans)
La note:
Moyenne des notes :  (basée sur 2 avis)
Cote pondérée :  (10 302ème position).
Visites : 1 189 (depuis Novembre 2007)
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La douceur d'Appelfeld
Comment expliquer avec les mots justes ce que j'ai ressenti à la lecture de cette "Histoire d'une vie", celle d'Appelfeld.
Un certain malaise, c'est clair. Tout d'abord parce qu'il existe bien ancré chez moi (et chez d'autres, je sais) un puissant sentiment d'incompréhension et de colère face à cette situation sournoise qui s'est mise en place dès les années 1936-1938 dans l'Europe de l'est, face à ces ghettos qui se sont installés sous l'oeil impassible d'un tas de gouvernements, face à cette politique d'extermination et d'exil qui a rapidement révélé son vrai visage. Cela me bloque très vite, je dois d'abord surmonter la puissance de ma colère pour avancer dans le récit.
Ensuite, et c'est lié à cette révolte ressentie à laquelle je viens de faire référence, parce que je suis abasourdie par la douceur et la sagesse qui se dégagent des lignes de Aharon Appelfeld. Peu de colère. Sans doute a-t-il appris à vivre avec cette rage et à la contenir, au fil des années, mais comment est-ce possible après avoir vécu tant d'humiliations? Pas de rancoeur ou de rancune, simplement de l'amertume pour ces années perdues et tous ses proches disparus. Un manque flagrant, celui de ses parents, mais le tout est narré avec une telle douceur de vivre que c'est impressionnant et j'avoue que ça m'a dérangée par moments. J'étais traversée par le dégoût face à certaines scènes (l'enclos Keffer par exemple ou ce convoi d'enfants qu'on embarqua dans un train sous le regard terrorisé des femmes du village), partagée entre l'émotion de la tristesse et un certain désir de vengeance, même par procuration. Mais vengeance de quoi? Je n'ai rien connu de tout cela, rien vécu, il existe un fossé infranchissable qui est et demeurera toujours, celui de l'expérience. C'est sans doute cela qui fait toute la différence et permet à Appelfeld de déployer autant de trésors de douceur et de philosophie. Il l'a vécu, il sait comment faire pour tenter d'échapper à la douleur de ses souvenirs ou apprivoiser sa mémoire. Sur ce point, le livre regorge de beaux passages sur le silence, son prix et sa force, sur ces mots avec lesquels il faut compter pour continuer à vivre, ce qu'on veut dire et ce qu'on préfère taire.
C'est, au-delà de l'importance d'un tel témoignage, une belle leçon de tolérance vis-à-vis de soi-même et un pas décisif dans la quête de la maturité.
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| Les éditions |
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Volume |
Editeur/Collection |
Pages |
ISBN/ASIN |
Parution |
Amazon |
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Histoire d'une vie |
Editions de l'Olivier
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240 |
2879294398 |
2004-09-15 |
go
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| Et la rage ?... |
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Il est vrai que ce livre n'en contient quasiment pas et qu'il n'est pas évident de le comprendre. Mais les marques et les cicatrices ne s'effacent pas pour autant.
Primo Levi a même été capable d'écrire un livre comme "La trève" qui fait penser à une sorte d'épopée qui ne manque pas de moments presque comiques. Dans "Le mort qu'il faut" Semprun décrit aussi des situations horribles, mais presque comme si elles faisaient partie de la vie, d'une certaine vie... Je crois qu'il a simplement voulu nous montrer à quel point l'homme arrive à s'adapter. Pour autant qu'il veuille véritablement survivre.
Cela fait trois soirs que des témoins de cela, des anciens des camps, nous racontent certaines choses. J'ai été frappé par le calme de deux femmes et un homme qui nous en parlaient...
Sahkti, tu le dis très justement, ne l'ayant pas vécu, nous ne pouvons comprendre. Et puis, à chacun son tempérament. Lévi ne s'en est jamais remis, alors que Semprun et bien d'autres oui. Même s'ils n'arriveront jamais à effacer certaines images de leur esprit.
Jules (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 66 ans) - 19 janvier 2005 |
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